Mouscron et le War Office
 
Transmission des messages 
Dès 1941, des jeunes étudiants et travailleurs du village de Saint-Léger [ Hainaut ] prirent contact avec des résistants de Mouscron et assurèrent la distribution et la vente de journaux clandestins.  Sur les ordres reçus de Londres par la B.B.C., des sabotages avec des moyens de fortune furent réalisés et de vieilles armes récupérées chez les habitants.
Un groupe d'anciens soldats de la commune s'affilia au sein d'un groupement de résistance, l'A.S. (Armée Secrète), ayant comme mission de préparer les combats précurseurs de la libération de la Belgique occupée.  Ce groupe de l'A.S. fut actif et récupéra des aviateurs alliés abattus par la chasse allemande et la D.T.C.A. (canons anti-aériens ), les cacha et les transmit aux filières d'évasion établies en Belgique, France et jusqu'en Espagne pour rejoindre l'Angleterre.
En 1943, quelques résistants du Rassemblement National des Jeunes formèrent une équipe de sabotage avec les services anglais S.O.E., établis en Belgique et travaillant chez nous sous le nom de W.O. (War Office), dénommé après la guerre le groupe G.
Grâce à des parachutages d'armes, de mitraillettes Sten, de munitions et d'explosifs (T.N.T.), l'équipe de sabotage du W.O. composée de Saint-Légériens et de réfractaires de Tournai réalisa plusieurs dizaines de sabotages stratégiques contre les croisements des voies de chemin de fer, les cabines d'aiguillages, les bateaux sur le canal de l'Espierres et l'Escaut et même en plein jour dynamita le pont de chemin de fer établi sur le canal de Moen à Bossuit.
Le 16 juin 1944, à la suite de la désorganisation du secteur 34 Mouscron-Tournai, provoquée par les nombreuses arrestations des chefs du W.O., le secteur fut réorganisé par un habitant de Saint-Léger, Jacques Deweer, et plus de 125 actions stratégiques furent réalisées sur les voies ferrées et fluviales. 
Ces sabotages effectués par les résistants belges du W. 0. sur les chemins de fer des lignes Gent-Mouscron-Lille et Bruxelles-Tournai-Lille et sur les voies fluviales, canaux Espierres-Moen et l'Escaut, furent doublées par des actions similaires exécutées par les résistants français du W.O. du Nord de la France et du Pas-de-Calais.  Ce réseau français était appelé Sylvestre Farmer et était commandé par le Capitaine parachutiste anglais Michel Trotobas, qui fut abattu à Lille par la Gestapo le 27 novembre 1943.
Grâce à l'action combinée des résistants du W.O. Français et Belge, sous les ordres du S.O.E. de Londres, les trains de munitions et de troupes allemandes furent retardés et les renforts lancés pour détruire les soldats alliés débarqués en Normandie arrivèrent tardivement sur le front de débarquement.
A la libération, les résistants du W.O. Français et Belge s'attaquèrent aux soldats allemands et 14 d'entre eux furent capturés à Saint-Léger le 3 septembre à la ferme Duthoit.  Une contre-attaque d'une autre unité motorisée allemande fut la cause de la mort de Léon Descamps de Leers-Nord.

La presse clandestine

Des milliers d'exemplaires de journaux clandestins tant nationaux que régionaux ont inondé la région depuis 1942 jusqu'à la libération.  La lecture de cette presse interdite fut d'un très grand réconfort pour la population locale en même temps qu'elle aidait au soutien d'un grand nombre de réfractaires.  Cette presse joua également un rôle très important comme premier jalon d'autres formes de résistance.
Parmi les titres de journaux distribués, relevons Le Patriote Mouscronnois, La Libération, Combat, La Libre Belgique, Le Phare, Solidarité, Le Laboureur, La Voix des Jeunes, Hardi, Au Travail, Le Sud, Le Peuple, le « faux » Soir, La Voix des Belges... A cette liste, il faut ajouter : Vers la Victoire et L'Éclaireur.

Le journal clandestin « Vers la Victoire » (qui reçut par la suite de nombreux éloges à la Radio Belgique de Londres), organe du R.N.J. (Rassemblement National des Jeunes) fut fondé vers juin 1941.  A la base de celui-ci se trouvait Alfred STEUX, de Dottignies, incontestable chef du groupe malgré son jeune âge.  Il put toutefois compter sur toute une équipe de rédacteurs et de distributeurs.  Parmi les principaux rédacteurs se distinguèrent principalement Henri Lecroart, de tendance communiste, Lucien Detremmerie, socialiste et Roger Vanschoorisse, catholique.  Avec Alfred Steux comme libéral, le comité R.N.J. de Dottignies réalisait ainsi parfaitement à son échelle l'unité de la résistance.
Le journal semble d'abord avoir été rédigé dans un village proche de Dottignies, à Warcoing.  La machine à écrire provenait d'ailleurs du même endroit.  Par la suite, les journaux furent ronéotypés chez Alfred Steux, des articles étant sans doute frappés chez André Volcke, à Herseaux.  Le R.N.J. publia ainsi environ vingt numéros du « Vers la Victoire » tirés à 200 ou 300 exempaires et répandus à travers la région, notamment à Mouscron par Jacques Schot, Henri Nuytten et Maurice Vandenberghe, à Herseaux grâce à Gaston Den Haerynck, André Volcke et Camille Christiaens, à Dottignies par Roger Vanschoorisse, Gustave, Jules, Georges Steux et André Libbrecht surtout, par Maurice Alessi à Warcoing et par Raymond Depraetere à Espierres.  Près de quarante personnes travaillèrent de près ou de loin au clandestin.
Tout se passa bien jusqu'à la fin de 1942.  A cette époque, Henri Lecroart fut menacé et remplacé dans le comité de rédaction par Achille Carette, un camarade de bureau.  Mais ce dernier fut arrêté le 31 décembre 1942 en même temps que Roger Vanschoorisse et l'ensemble du groupe fut démantelé, Voici ce qu'on put lire dans les rapports de la G.F.P. du ler au 31 janvier 1943 : « A Dottignies, il a été procédé à l'arrestation de 21 personnes, qui depuis environ deux ans rédigeaient et diffusaient le journal clandestin « Vers la Victoire ». Le journal incite à l'espionnage, au sabotage, à la résistance et à tous les actes punissables possibles contre la Wehrmacht et les milieux nationalistes flamands.  Dix autres personnes suspectes sont encore en fuite.  Les recherches sont engagées ».
Heureusement, le « gros gibier » réussit à s'échapper.  Henri Lecroart parvint à se cacher à Roubaix et cela pendant tout le reste de la guerre tandis qu'Alfred Steux et Lucien Detremmerie se réfugièrent d'abord à Mouscron, ensuite à Liège et à Bruxelles.  Ils eurent moins de chance que Lecroart, surtout Steux qui finit par être décapité. Detremmerie connaîtra, lui, les affres des camps de concentration allemands.  Tous deux avaient voulu poursuivre la lutte au sein du Comité National du R.N.J.  La majorité des autres collaborateurs dottigniens du « Vers la Victoire » furent pris, mais pour eux, la captivité ne dura guère plus d'un an.