Les massacres de civils belges

 
Les principaux crimes ont été commis par les SS, mais également par les équipes
spéciales composés de SS Français ou Belges, gestapistes ou rexistes toujours au
service de l'Allemagne.

Bourcy le 20 décembre : 4 habitants

Nadrin le 23 décembre : 6 habitants

Houffalize le 23 décembre : nombre inconnu précisément

Bande le 24 décembre : 34 habitants

Wanne le 18 décembre : 5 habitants (un le lendemain)

Stavelot et environs les 19 et 20 décembre : 130 civils

Jevigné le 20 décembre : le curé

Noville le 21 décembre : 7 habitants

Wibrin le 24 décembre : 2 civils

La Roche le 5 janvier, 5 habitants tués dans les bois près de Wibrin

A cela, il faut ajouter les victimes des bavures de l'Air Force à Malmédy (23-25
décembre), des erreurs de tirs de chars ou d'artillerie.
Ainsi,
- La Roche : 100
- Rochefort : 33
- St Vith : 300
- Houffalize : 200
- Malmédy : 400 victimes (civils et soldats américains) alors que les Allemands
n'y étaient pas !

Le nombre total de victimes civiles belges s'établit à environ 2500

Les dégâts matériels sont aussi fort importants

Houffalize qui comptait 340 maisons est entièrement détruite

La Roche : 496 maisons détruites (sur 500)

St Vith, complètement détruite

Bastogne : 212 maisons détruites

Rochefort : 112 maisons détruites

Malmédy : la moitié de la ville

Trois Pont : 74 maisons

Noville : 30 maisons détruites, 10 inhabitables (sur 40)

Au total 11 000 immeubles détruits dont 18 églises.


 
Le massacre de Bande :

Bande se situe sur la route reliant Marche-en-Famenne et Bastogne. Pour replacer
les faits, il faut remonter jusqu'au début septembre 1944. A cette époque, alors
que les Allemands fuyaient l'armée Alliée, les résistants avaient livré des
combats aux alentours de ce petit village. Les Allemands n'ayant pas le temps de
"s'occuper" de la résistance, le village fut malgré tout préservé.
La répression vint cependant en décembre.
Le 24, les Allemands (ou bien des traîtres au service de l'Allemagne) firent
irruption dans les maisons du village et emmenèrent les jeunes gens pour un
"interrogatoire" sur les évènements de septembre.
Ils gardèrent dix-sept d'entre eux, dont neuf du village. Ensuite, d'autres
jeunes furent introduits dans le groupe de prisonniers. Ces autres jeunes
venaient de communes plus éloignées. Certains étaient séminaristes et avaient
fui Bastogne avec l'abbé Musty.
Au total, 35 jeunes gens furent arrêtés par la Gestapo.
On les dépouilla de leurs objets personnels, puis, dans la soirée, on les aligna
sur trois rangs devant une maison en ruine. Ensuite, on les appela un par un
dans la maison où le plancher avait disparu, et où la cave était devenue un trou
béant. Un coup de feu claquait, et un corps basculait dans le trou au moment ou
le suivant était appelé.
Un seul parvint à s'échapper. Il s'agit de Léon Praile et a 21 ans.
Il raconte :
"On est venu me chercher à mon domicile et on m'a conduit dans le baraquement de
la scierie. Là, on m'a volé tout ce que je portais sur moi : montre, argent,
nourriture. On m'a demandé si j'avais quelque chose à raconter sur ce qui
s'était passé en septembre 44. J'ai évidemment répondu que je n'étais au courant
de rien.
Vers 6H30, on nous a conduits en face du café de la Poste. Nous étions sur trois
rangs, les mains en l'air, et encadrés par des soldats armés. On nous fit
attendre quelques instants. Puis, l'un après l'autre, on nous introduisit dans
les ruines de la maison Bertrand. On entendait éclater un coup de feu, parfois
deux. Quelquefois aussi, on percevait un cri. Cela durait environ 20 secondes.
Par trois fois, j'ai proposé à mes camarades de fuir tous ensemble et de risquer
le tout pour le tout. Maintenant que nous savions le sort qui nous était
réservé, autant courir cette dernière chance. Mais mes camarades ne répondirent
pas.
J'étais le vingt-cinquième. Mon tour allait arriver. Il y avait autour de nous
une dizaine de soldats, la mitraillette sous l'épaule. Ma détermination était
prise, mon voisin venait d'être abattu. J'ai entendu le coup sec; c'était mon
tour. Un soldat vint me chercher. Il me conduisit vers la maison. Arrivé à 2
mètres environ de l'immeuble, j'ai bondi sur lui et d'un violent coup de poing
en pleine figure, je l'ai étendu sur le sol. Puis, prenant mes jambes à mon cou, je
me suis enfui en longeant le mur sur une distance d'environ 25 mètres. Aussitôt,
on se mit à tirer dans ma direction.
Les balles sifflaient autour de moi. Mais déjà, l'obscurité s'épaississait. J'ai
traversé la grand-route comme une flèche. J'ai sauté par dessus une barrière et
je me suis sauvé à travers les champs et les bois? J'ai passé une rivière, la
Wamme. Je ne sentais même plus que l'eau était glacée. J'ai dû, à plusieurs
reprises, m'aplatir sur le sol pour laisser passer des patrouilles allemandes.
Enfin, à 4H00 du matin, j'arrivais, exténué, à Lignières, à 5 km de Bande où je
me réfugiai chez mon oncle. La maison était pleine d'Allemands, mais ils
dormaient. Mon oncle m'a caché jusqu'à la libération."

Le plus jeune avait 16 ans, le plus âgé, 32.


 


 
 
Le massacre de Baugnez-Ligneuville :

Le 285 ème bataillon d'observation d'artillerie de campagne US était cantonné à
proximité de la 7ème division blindée US à Haarlen , en Hollande. Trois
groupements de marche de la batterie B, avec approximativement 140 hommes et 30
véhicules devaient accompagner la division vers St Vith, au sud. Ils sont placés
entre le CCR et le 7ème Régiment d'artillerie blindée.
A 11 h 45 le 17 décembre, le convoi arrive à Malmédy mais ne peut se frayer
facilement un chemin du fait d'une importante circulation.
A 12 h 45, le convoi s'arrête devant le poste de commandement du 291ème
bataillon du génie de combat U.S., qui constitue à ce moment la seule défense de
Malmédy. Alors qu'il indiquait la route qui lui était assignée au Colonel
Pergrin, commandant du 291ème, le lieutenant Lary est averti de la présence de
chars allemands à Bullange. On lui conseille alors de changer son itinéraire afin
d'éviter l'affrontement. Comme Lary a la responsabilité de respecter
l'itinéraire, il choisit de garder le chemin qu'on lui a assigné et de courir le
risque. C'est ainsi que le petit groupe s'engage sur la N 23 vers l'aile nord du
Kampfgrüppe Peiper. Ils passent un barrage établi par les sapeurs du 291ème,
chargés de déboiser les bords de la route, et arrivent au carrefour de Baugnez.
Deux MP du 518ème détachement de la Police Militaire sont de garde au carrefour.
Après le passage du CCR, l'un des deux retourne déjeuner à Malmédy.
Le MP qui est resté guide la jeep du lieutenant Lary vers la droite, en
direction de Ligneuville. Après que le dernier véhicule du convoi soit passé, le
MP entre dans le café du carrefour (café "Bodarwez") et, à ce moment, entend le
bruit d'un tir de char. Il se rend compte que la colonne qui vient de passer
est attaquée par une colonne allemande coupant à travers champs. Dans la
fusillade, quelques GI's sont tués. D'autres tentent de se défendre en se jetant
dans des tranchées. Mais contre des chars, le combat est inégal. Les véhicules
de la colonne américaine sont poussés par les chars sur le bas côté de la route
afin de libérer le passage.
Le lieutenant Lary, se voyant incapable de répondre à l'attaque se lève afin de
se rendre. Quelques hommes réussissent à s'enfuir vers le café du carrefour.
Le commandant Diefenthal arrive et la fusillade cesse. Les Allemands partent à
la recherche des Américains qui se sont rendus et les amènent au carrefour où
ils les entassent dans un champ près du café. Ils sont environ 120 alignés sur 8
rangs.
Le commandant Diefenthal fait alors repartir la colonne allemande et laisse les
prisonniers aux soins du train de l'arrière qui suit. Celui-ci retire deux
Panzer IV de la colonne et les fait manoeuvrer de telle sorte que les prisonniers
et le champ soit sous le feu de ceux-ci.
Le sergent Soptrott, commandant du char 731 reçoit alors l'ordre d'ouvrir le
feu. Il donne alors l'ordre à son canonnier-assistant le soldat Fleps d'exécuter
l'ordre reçu. Ce dernier a déjà sorti son pistolet. Il ajuste le chauffeur du
lieutenant Lary et tire. Il est exactement 14h.
Lary ne comprend pas et demande à ses hommes de ne pas paniquer afin de ne pas
déclencher un tir plus important encore. Mais les mitrailleuses des chars
entrent alors en action.
Quand les chars ont fauché tous les prisonniers, ils s'en vont. Des pionniers du
génie allemand entrent dans le champ pour achever tout Américain montrant signe
de vie. Les Allemands laissent quelques hommes de garde au carrefour et s'en
vont. Heureusement, une vingtaine de GI's ne sont que miraculeusement blessés, y
compris Lary. D'un seul coup, ils se lèvent et courent vers les bois, au nord.
Après s'être ressaisis de leur surprise, les Allemands de garde ouvrent le feu.
Une dizaine d'Américains dévient de leur route et se réfugient dans le café
"Bodarwez". Celui-ci est alors incendié, et les Américains réfugiés à
l'intérieur, abattus au fur et à mesure de leur sortie. Pergrin, qui était resté
à Malmédy, a entendu les coups de feu et se décide à partir vers le carrefour de
Baugnez, afin de se rendre compte de ce qui se passe. Au moment où il arrive au
dessus d'une colline surplombant le lieu de la tuerie, il voit arriver quatre
hommes, témoins du massacre, qui ont couru et marché à travers le bois. Il les
ramène à Malmédy. D'autres survivants parviennent à regagner les positions du
291ème bataillon de génie US. Ce n'est finalement qu'à la tombée de la nuit
qu'un des derniers survivants, qui s'était réfugié dans l'eau glaciale d'un
ruisseau put rejoindre à son tour, ses lignes.
Au total, 17 survivants regagneront Malmédy entre 15h30 et minuit, et 43 hommes
au total purent échapper au massacre.
Le rapport officiel donne une liste de 86 hommes abattus au carrefour.
Une très grande publicité sera faite autour de ce massacre et , certaines unités
américaines iront jusqu'à appliquer la vengeance de ce crime.
Le 21 décembre, le quartier général du 328ème Régiment d'infanterie transmet ses
ordres en vue d'une attaque projetée pour le lendemain : "Aucun SS ou
parachutiste allemand ne sera fait prisonnier !" Cet ordre sera scrupuleusement respecté...
Après la guerre, un mémorial sera construit aux environs du lieu du massacre.
Étrangement, il n'y a que 84 noms inscrits.
En décembre 1946, un procès eut lieu à Dachau où les principaux responsables du
crime furent jugés.
Sur les 74 Panzer-SS jugés, 43 furent condamnés à mort, 22 aux travaux forcés à
perpétuité, et 8, à des peines de 10 à 20 ans.
Certains, dont Peiper échappèrent à la peine de mort. En réalité, on sait
maintenant que ni lui, ni son Kampfgrüppe ne se trouvaient sur les lieux à
l'heure exacte du crime.

 
 
LES DÉSESPÉRÉS 

Se tiennent par la main et marchent en silence 
Dans ces villes éteintes que le crachin balance 
Ne sonnent que leurs pas pas à pas fredonnés 
Ils marchent en silence les désespérés 

Ils ont brûlé leurs ailes ils ont perdu leurs branches 
Tellement naufragés que la mort paraît blanche 
Ils reviennent d'amour ils se sont réveillés 
Ils marchent en silence les désespérés. 

Et je sais leur chemin pour l'avoir cheminé 
Déjà plus de cent fois cent fois plus qu'à moitié 
Moins vieux ou plus meurtris ils vont le terminer 
Ils marchent en silence les désespérés 

Et en dessous du pont l'eau est douce et profonde 
Voici la bonne hôtesse voici la fin du monde 
Ils pleurent leurs prénoms comme deux jeunes mariés 
Et fondent en silence les désespérés 

Que se lève celui qui leur lance la pierre 
Il ne sait de l'amour que le verbe s'aimer 
Sur le pont n'est plus rien qu'une brume légère 
Ca s'oublie en silence ceux qui ont espéré.

Jacques Brel, 1964