MANOIR ( ferme ) DU TEMPLE
L'accès à la cour se fait par un portail cintré pris entre deux murs de pignon: sous une petite bâtière de tuiles (arcade de briques en anse de panier).
Enfermant la cour rectangulaire, les ailes en briques ont été édifiées principalement aux XIX° et XX° siècles.
Le corps principal est formé d'une ample bâtisse en petits moellons. L'étage fut détruit sur une longueur de six travées, en 1764, comme l'indique le millésime en tuiles noires de la bâtière abaissée. Le volume primitif est conservé à gauche sur deux travées; un ancien mur de refend en moellons sert aujourd'hui de pignon.

Au moyen d'une petite porte en arc de briques surbaissé et traversant un muret en moellons repris en briques, on a accès à la face latérale Est de la chapelle des Templiers dont le côté opposé a été dissimulé lors de l'agrandissement du logis au XIX siècle. Façade du dernier tiers du XIII° siècle ou du début du XIV° siècle, en moellons grossièrement équarris, animée par quatre baies gothiques groupées en doublet, aujourd'hui aveugles. Encadrement profilé en cavet bordé d'un tore, arcs brisés posant sur des colonnettes appareillées sous chapiteau à crochets; seuils en glacis. Dans chaque lancette gauche, on remarque l'existence d'une petite baie carrée encadrée de bois.
Au Sud du quadrilatère, s'élève une vaste grange en large de même orientation que le logis. La construction est en moellons; le caractère gothique est affirmé par les contreforts à talus qui renforcent encore l'angle sud-ouest et les parois nord-ouest et sud. Le mur latéral Est a été refait en briques lors d'un rétrécissement du bâtiment.

Un bâtiment unique en Belgique

Le bâtiment. actuel résulte de la réunion de deux bâtiments d'époque différentes.
Le premier est un bâtiment de plan rectangulaire à deux corps: un de plan carré, l'autre de plan rectangulaire (20 x 9,5 m). Le premier corps comprend deux travées sur trois niveaux. Le niveau bas, demi-enterré et voûté, sert de cave. Elle est en berceau et percée de petites ouvertures. Le niveau du rez-de-chaussée est percé côté ouest de deux grandes fenêtres et d'une petite, côté nord, (en partie conservée). Le côté est ne présente plus de fragments authentiques lisibles. Le premier étage est percé de deux grandes fenêtres à l'ouest, de trois au nord et de deux à l'est. Il s'agit de fenêtres avec banquette.
Les façades sont maçonnées avec de petits moellons de forme rectangulaire. Les coins en pierre de taille sont plus grands avec des chaînes d'angle. Les murs sont divisés avec des cordons, une plinthe en bas et une corniche en haut. La façade nord est terminée en pignon et percée d'une rosace polylobée (huit). La façade sud présente un mur mitoyen avec le deuxième corps qui est percé en bas d'une ouverture à l'ouest et en haut à l'est. Dans ce mur à l'étage, on remarque aussi une cheminée qui est d'époque. Le plancher ne l'est plus.
Le deuxième corps comprend six travées sur deux niveaux. Le rez-de-chaussée est percé de cinq fenêtres et d'une porte d'entrée côté ouest; les côtés est et sud ne présentent plus de détails originaux. Le mur est tout à fait refait.
Au deuxième niveau côté ouest, on voit encore le départ de fenêtres, rien du côté est. Le côté sud a la même disposition que le mur nord du premier corps. Il n'y a pas de fenêtres avec banquette. Au rez-de-chaussée, une cheminée existait contre le mur mitoyen. Les façades sont de conceptions égales à celIes du premiers corps. Les charpentes des deux corps ne sont plus d'origine.


L'étage fut démoli sur une longueur de six travées, en 1764,
comme l'indique cette date sur la toiture

Le deuxième bâtiment est accolé au premier. Il est de plan rectangulaire (9,5 x 6,5 m). Le corps est d'un niveau, percé à l'est de deux fenêtres d'origine. Au nord, il y a une grande fenêtre qui était percée jusqu'au pignon.
Le côté ouest a été démoli, la plinthe a été réutilisée pour construire un nouveau mur ouest en briques aligné sur le premier bâtiment. La façade sud-est à pignon présente sur les coins deux contreforts. Le mur Est est encore couronné par une corniche d'origine. La charpente d'origine a disparu.
Les archives connues ne nous renseignent pas explicitement sur la construction du bâtiment. Elles mentionnent seulement une donation faite aux Templiers par Alard de Hainemont et Jean Mousnier, son frère, par Jornols de Mortagne, châtelain de Tournai de tout ce qu'il possédait à Cloevaing et à Saint- Léger: « A St-Ligier en manoirs, en rentes et en iretages, tout frankement aussi comme on tient les autres alues de tornésis ».On peut donc en déduire que les Templiers ont  OBTENU UN MANOIR SEIGNEURIAL en août 1244.


Manoir du Temple vu du clocher de l'église
[ photo 1987 ]

Datation des constructions

Les éléments qui nous donnent le plus d'informations concernant la datation sont les fenêtres.
Les fenêtres du PREMIER BÂTIMENT sont les mieux conservées dans le corps carré et au premier étage. Nous observons immédiatement qu'il y avait deux sortes de fenêtres: celles du côté est et celles du côté nord et ouest. Les premières sont d'un dessin plus primitif: le cordon se continue horizontalement et le tympan trilobé n'est pas ajouré. Le tympan est couronné d'une moulure avec cordon. Les deuxièmes sont d'un dessin plus élaboré. On constate par analogie que les fenêtres des murs nord et est de l'hôtel de ville d'Alost datent du premier quart du treizième siècle. Les fenêtres du début du siècle n'ont pas le tympan ajouré. Celles du château de Boulogne datent aussi du premier quart du siècle. Elles ont été vitrées et possédaient des volets à l'intérieur (les crochets de suspension existent encore). Nous pouvons donc conclure que le premier bâtiment FUT CONSTRUIT VERS 1220.
Les fenêtres du DEUXIEME BÂTIMENT sont nettement plus développées que celles du premier. Les proportions des fenêtres sont celles d'une chapelle. Les sections des moulures déjà compliquées sont de la deuxième moitié du XIIIe siècle. On peut les comparer avec celles de l'église Sainte-Marie-Madeleine de Tournai. Il s'agit déjà du gothique en plein développement.

Typologie du bâtiment

Dans son état primitif, le bâtiment est du type « manoir seigneurial ». Il s'agit d'un bâtiment de résidence de la noblesse. Ce genre de résidence existait déjà à l'époque mérovingienne ( Naranco en Espagne ).
 De ce type de bâtiment sont nés les donjons au XI°siècle, en les agrandissant et les fortifiant.
Le « domicilium » de Saint-Léger a une pure fonction de résidence. Les murs n'ont que 80 cm d'épaisseur et tous les niveaux sont pleinement ouverts. S'il existait un système de défense, c'était probablement une enceinte avec des douves et un pont-levis.
Le domicilium comprenait en théorie la camera, l'aula et la capella ( le château de Caen ).
- La camera était l'appartement privé du seigneur qui comportait une chambre à coucher (solarium) et qui se situait au premier étage du corps carré; cette chambre était chauffée par une cheminée murale.
- L'aula : c'était la salle où le seigneur dînait et recevait; à Saint-Léger, elle se trouvait dans le deuxième corps, aussi chauffé.
- La capella: la chapelle dont nous n'avons pas de données. La chapelle des Templiers fut construite pendant la deuxième moitié du treizième siècle pour les besoins religieux de ceux-ci.
- Le rez-de-chaussée du premier corps servait certainement de cuisine, laquelle communiquait avec la cave. Dans nos observations, nous n'avons pu déceler des traces de cheminée.
- Un problème fondamental est celui de la situation de l'escalier qui donnait accès au premier étage: en se référant à plusieurs manoirs existant encore en Angleterre, plusieurs possibilités se présentent. L'une est plus plausible que les autres: l'escalier en bois à une volée était adossé au mur de l'aula. Seule une fouille archéologique pourrait nous donner des informations plus précises.

Conclusion

Nous pouvons affirmer que le bâtiment de Saint-Léger est unique en Belgique par ses qualités de conservation authentique et surtout par sa survivance de type MANOIR. Le terme de « ferme » ne peut dont être appliqué qu'ULTÉRIEUREMENT vu l'usage que l'on fit du bâtiment. On peut faire quelques comparaisons avec le château de Thy-le-Château et le premier donjon du Château des Comtes à Gand, mais aucun de ces manoirs rencontrés ne possède deux niveaux de fenêtres égales sur toute la largeur du bâtiment.