Kahlo Frida

Mexicaine au sang indien, un accident d’autobus le 17 septembre 1926 déterminera son existence. Condamnée par ses médecins (colonne vertébrale disloquée, côtes et jambes fracturées, bassin écrasé), elle s’en sort pourtant, grâce à une incroyable énergie vitale et à un humour noir à toute épreuve. De retour chez elle, Frida est immobilisée pour neuf mois dans un corset de plâtre. Sa mère lui fait installer un lit à baldaquin et, en guise de ciel de lit, un miroir pour qu’elle puisse se voir et devenir son propre modèle. Son premier tableau au traitement maniériste « Autoportrait à la robe de velours » (1926), montre une jeune fille longiligne et pâle, le regard fiévreux. Son plâtre enlevé, Frida fréquente le milieu artistique engagé dans la lutte communiste : le révolutionnaire cubain Julio Antonio Mella, assassiné quelques mois plus tard, et l’Italienne Tina Modotti, photographe et militante. Frida, qui avait troqué quelques années plus tôt sa date de naissance contre celle de la Révolution mexicaine (1910), s’inscrit au parti communiste et part à la rencontre de l’artiste Diego Rivera, qu’elle admire, pour solliciter son avis sur la possibilité d’une carrière artistique. Elle l’épouse le 21 août 1929. Appelé aux USA pour y exécuter des peintures murales, il emmène sa jeune épouse, qui inaugure alors une nouvelle manière de peindre dans le style d’une iconographie populaire.
De retour à Mexico en 1934, Diego la trahit avec sa propre soeur, Cristina. Frida quitte son époux infidèle, part avec son amie Anita Brenner à New-York. Pour survivre au désamour, elle se lie en 1936 avec le sculpteur nippo-américain Isamu Noguchi. De retour à Mexico, elle vit une brève aventure avec Trotski, venu trouver asile avec sa femme à la Casa Azul, la maison natale de Frida. André Breton, venu rencontrer le révolutionnaire russe pour rédiger avec lui le Manifeste de la Fédération internationale des artistes révolutionnaires indépendants, est fasciné par la liberté d’expression de l’artiste.


Le Cadre - 1937

A son retour, Frida doit affronter deux épreuves : la rupture avec Nickolas Muray, qui se marie, et la demande de divorce de Diego, qui sera prononcé en octobre 1939. Malade et inquiétée par la police après l’assassinat de Trotski, elle finit par rejoindre Diego Rivera à San Francisco en septembre 1940, après dix-huit mois de séparation. Le peintre la persuade de l’épouser à nouveau. Son père qu’elle chérissait meurt peu après. C’est alors qu’elle commence à écrire son journal et s’installe à Coyoacân où elle vivra désormais jusqu’à la fin, faisant peindre les murs de la maison de cette couleur indigo dont étaient peints les temples et les palais aztèques, et qui donnera son nom à la Maison bleue.


Nature morte au perroquet et au drapeau - 1951

En 1954, une tentative de greffe osseuse à la colonne vertébrale échoue. Elle peint "Arbre de l’espérance, tiens-toi bien droit" où elle apparaît, splendide, en robe indienne de Tehuana, à côté d’une autre représentation d’elle-même, allongée sur une civière et cousue de cicatrices. De nouveau hospitalisée à Mexico au début de 1950, elle chante sa reconnaissance au médecin qui l’opère dans son « Autoportrait avec le portrait du Dr Juan Farill » (1951) où elle se représente en fauteuil roulant, pinceaux à la main, son coeur en guise de palette. L’art est son seul moyen  d’exister et de survivre. Un an avant sa mort, une première exposition personnelle lui est enfin consacrée au Mexique. Ses médecins lui interdisent de s’y rendre, elle doit garder le lit. C’est sur son lit à baldaquin, transporté jusqu’à la galerie, qu’elle recevra les hommages émus de ses amis. Elle s’éteindra le 13 juillet 1954.


Sol y vida - 1947