El Greco


The Adoration of the Shepherds

Le Greco Domenikos Theotokopoulos (1541-1615) fut réellement redécouvert à la fin du XIXe siècle pour ne plus cesser d’être adulé. Originaire de Crète, il fait ses débuts comme peintre d’icônes. Mais il est, comme tant d’autres, attiré par Venise, qui, sous la férule du Titien et de Tintoret, fomente un tout autre avenir pour la peinture. Il fait le voyage alors qu’il a moins de trente ans, réalisant des oeuvres suffisamment proches du Titien dont il est le disciple pour que - si l’on en croit Palomino, le Vasari espagnol - on les confonde l’un et l’autre.
Le Greco aurait alors décidé d’adopter un style très personnel où les visages extatiques, souvent en lame de couteau, les figures démesurément allongées, ondulant comme des flammes, les yeux brillant d’un feu intérieur, se rattachent au maniérisme. Quittant Venise où la commande est monopolisée par les grands Italiens, le Crétois se rend à Rome en 1570, plus ouverte depuis la disparition de Michel-Ange. Il séjourne brièvement au palais Farnèse. En fait, le peintre quitta assez promptement Rome non sans s’être allié l’un ou l’autre homme de pouvoir susceptible de l’introduire à Tolède.


A View of Toledo

Grâce à la construction de l’Escorial et de nombreux couvents, cette ville apparaissait évidemment prometteuse à un peintre voué à la peinture religieuse. Elle deviendra sa seconde patrie. En pleine période d’épanouissement culturel, la ville espagnole dominée par les institutions religieuses - et où séjournaient Thérèse d’Avila et Jean de la Croix - lui offrit les conditions de son épanouissement, orientant définitivement son oeuvre vers cette lumière métaphysique qui ne le quittera plus, même dans les portraits d’hommes, plus sobres mais consumés par une même flamme intérieure.

On s’aperçoit en effet que le réalisme d’un oeil vitreux peut dialoguer avec le lyrisme ardent et presque immatériel des étoffes comme dans ces magistraux tableaux que sont les quatre versions de « La Purification du Temple » (1570 - 1610) et « Saint Pierre et saint Paul ». Cette dialectique entre réel et mysticisme, modernité et spiritualisme se met réellement en place après son arrivée à Tolède en 1577 et culmine dans les dernières années bien représentées par les extraordinaires « Laocoon », « Adoration des Mages » du Prado et « Vision de saint Jean » [The Opening of the Fifth Saint John], œuvre magistrale  pour sa vision apocalyptique au pathos exacerbé. Le Greco fascinera Velasquez - et plus tard Manet - qui admire les sujets profanes mais critique les peintures religieuses, trop « folles » tandis que Picasso se montra durablement impressionné par l’énergie formidable qui circule entre les figures…Assez vite, les drapés amples, tout de brillance et de lumière témoignent d’une maîtrise incomparable. Ils habitent le tableau comme des acteurs à part entière, doués d’une vie propre presque abstraite et lui prêtent un mouvement résolument ascendant. On voit dans cette conception de la couleur qui ne se mêle pas aux autres, l’ancien créateur d’icônes et l’attachement à la tradition byzantine. Le très beau tableau « La dame à l’hermine » ( A Lady in a Fur Wrap )suscite bien des controverses : le visage - qui serait celui de la compagne du Greco étonne en raison de son classicisme.Convaincu de son talent hors normes, homme d’affaires éclairé mais incapable de concevoir un contrat comme les autres, il heurte une partie de ses contemporains, en fascine d’autres. La distorsion des formes surtout frappait les esprits au point qu’on la mit parfois au compte de la folie ou de l’astigmatisme !



A Lady in a Fur Wrap
 


Saint Louis, roi de France, avec un page




National Gallery de Londres - Trafalgar Square
2004