Le pont Mauroy au début du XX°siècle

L'extension

La commanderie de Saint-Léger qui fut chef de juridiction (elle avait tous les droits et privilèges qu'à Haut-Justicier appartenait) devint importante quant à son domaine utile.

En février 1257, elle accrut ses possessions de cinq bonniers gisant paroisse de Leers, domaine qu'elle arrenta immédiatement pour 8 livres.

> Le bonnier de Tournai valait en général 1,1724 ha; il se subdivisait en 1600 verges, le cent ( ou seizième de bonnier ) 

« 1257 (2 février) Ham.  JEANNE, dame de Ham, et Jean et Olivier, ses fils, font connaître qu'Olivier de Sart a donné au Temple 5 bonniers, paroisse de Lers, terre tenue à rente et cens d'Olivier de Wastines, avec l'accord du dit Olivier et d'ellemême.  Les Templiers ont loué ces 5 bonniers à bail à Nicolas Panier de Wastines, à charge de 8 livres tournois l'an, à payer au Temple de Saint-Léger.  S. GAUTHIER DE VILLERS, Commandeur en Flandre, GUILLAUME d'YPRES, chevalier, PAUL AUDIFER, commandeur de Cobrieux. »
(Archives nationales, Paris.  S.5210. Liasse 45, n°15)

« 1257 (19 juin) W... de Douai, chanoine et official de Tournai, fait savoir que Maurice de la Cabocherie et Gauthier son frère ont vendu au Temple de Saint-Léger les 3/4 d'un pré situé dans cette paroisse au lieu-dit "à la carrière", pour 44 livres tournois à payer en diverses parts. »
(Archives nationales, Paris.  S.5210. Liasse 43, n° 2)

Le nom de COBRIEUX vient d'être cité.  Cela prouve que la commanderie de Saint-Léger était unie, ou dépendait sinon primitivement, du moins vers le milieu de ce XIlle siècle à cette commanderie française.


La façade Est de la chapelle des Templiers (fin du XIII° - début du XIV° siècle) est animée
par quatre baies gothiques. 
On remarque dans chaque lancette gauche, une petite baie carrée encadrée de bois. 

Une autre preuve nous en est fournie dans ce texte :

« L'official de Tournai répartit les taxes ecclésiastiques dans le diocèse de Tournai.  Chacune des maisons du Temple de COBRIEUX, SAINT-LEGER, SLIJPE, GAND, BRUGES, RUISSELEDE et la HAIE-LILLE paiera 10 livres tournois (ce qui constituait le maximum de la taxe).  Le collecteur de ces revenus sera B. de Eynes, chanoine de Tournai.»
(KERVIJN de L., Codex dunensis, p. 105, n°lxxi)

Il existait donc deux maisons de l'Ordre dans la Flandre gallicante : celle de Cobrieux et de Saint-Léger.

La commanderie de Cobrieux fut fondée le 17 août 1226, lorsque Amaury de Cobrieux abandonna aux frères de Flandre le tiers du fief de ce nom, et le tiers de celui de Genech, avec l'accord et en présence de ses suzerains.  Suivent alors les confirmations en chaîne : celle du fondé de pouvoirs de l'évêque de Tournai, le 18 août.  Le 8 septembre, le même publie la liste des témoins de l'acte précédent.  Celle du comte de Flandre en novembre, de Rabaud de Rumes qui avait quelques droits sur le fief de Cobrieux, le 28 janvier 1228.
Entretemps, en janvier de l'année précédente, le châtelain avait investi féodalement les Templiers pour ces terres.  Le 4 février 1235, les Templiers complétaient leurs possessions de Genech par l'achat de 4 bonniers de terre dans cette paroisse.

L'Ordre du Temple à Saint-Léger affirma au fil des années sa puissance et son influence.

Les terres qu'y possédaient les Templiers touchaient celles qu'avait l'abbaye Saint-Martin de Tournai, à Categnies, hameau de Pecq.

« 1258 (24 juin) Enumération de biens que possède l'abbaye de Saint-Martin à Tournai, à Categnies (Pecq), à la verge de Saint-Léger, longeant les terres de Gossuin Festret et celles du Temple... »
(Arch.  Gén. du Roy.  Bruxelles, Cartul. 124, d'HERBOMEZ, Cart. de l'ab.  Saint-Martin.  Il. 142)

L'abbaye de Saint-Martin

L'abbaye de Saint-Martin de Tournai comptait un total de 69 moines à la fin du XIIII siècle et possédait un domaine qui, d'après certaines études, était l'un des plus importants de Belgique.  Ce domaine comprenait, vers 1290, une quarantaine de courts, d'une superficie globale de 5000 hectares, 44 autels, plus de 20 maisons rien qu'à Tournai, une vingtaine de moulins, environ 350 hectares de bois, des biens dans au moins vingt localités et l'exercice des droits de justice en de nombreux endroits; elle possédait un haut standing de vie, puisque, sur la fin du XIV° siècle, elle ne possédait pas moins de 40 domestiques et plus de 57 chevaux pour la seule ville de Tournai.

En 1349, le domaine était évalué, approximativement, à 5000 hectares; le monastère possédait à cette date plus de 50 maisons à Tournai, il percevait des cens et des rentes sur une cinquantaine de localités et l'étendue de ses fiefs dans le Tournaisis s'élevait à environ 160 bonniers; ses revenus enfin oscillaient entre 6000 et 9000 livres par an.

Les possessions de l'abbaye à Saint-Léger étaient loin d'être négligeables (même au 18e siècle : existence de 8 baux).

Arnoul, Seigneur de Mortagne et Châtelain de Tournai de 1226 à 1266, donna à l'abbaye de Saint-Martin, pour réparer les injures qu'il avait pu lui faire, un alleu dans la paroisse de Saint-Léger (31 janvier 1246).

Cet alleu s'étendait en 2 pièces sur près de 6 bonniers à Saint-Léger.  C'était Sigérus d'Evregnies qui le tenait en fief d'Arnould.

L'official de Tournai déclare à ce sujet :
en juillet 1248, le don de divers immeubles à Evregnies et Saint-Léger, fait à l'abbaye de Saint-Martin, par le chevalier Sigerus d'Evregnies, à charge par l'abbaye de commémorer tous les ans, l'anniversaire du donateur, de ses parents et du châtelain de Tournai.

Les biens immeubles gisaient en plusieurs pièces à Saint-Léger et à Evregnies sur 6 bonniers et demi de terre ( 6 bonniers en alleu et un terrage d'1/2 bonnier ).

Le 21 janvier 1250, Lambert Lampat, héritier de Willelmus Usurarius, a abandonné à l'abbaye de Saint-Martin les trois bonniers de terre à Evregnies, Saint-Léger et Dottignies, que Willelmus avait légués à la dite abbaye.
En avril 1250, Elizabeth, soeur du chevalier Sigerus d'Evregnies, d'accord avec Gilles des Kennes, son mari, a ratifié le don fait jadis à l'abbaye de Saint-Martin par Sigerus, de 6 bonniers de terre et d'un terrage d'1/2 bonnier à Evregnies.
Le 16 avril 1250, Julienne, femme d'Arnoul Kaneson et ses 2 fils, en leur qualité d'héritiers de feu Sigerus d'Evregnies, ont ratifié le don que ce seigneur avait fait à l'abbaye de Saint-Martin, de 6 bonniers de terre et d'un terrage d'1/2 bonnier à Evregnies et à Saint-Léger.
Avril 1262, Marguerite, Comtesse de Flandre et de Hainaut, énumère et ratifie toute une série d'acquisitions de francs alleux et de dîmes, faites par l'abbaye de Saint-Martin, notamment :
« "Raulenghien" dans la paroisse de Saint-Léger, ainsi qu'un autre lieu-dit "Les Marais" ».
( ... in parrochia Sancti Leodegarii in locis qui dicuntur as Mares et apud Raulenghien).


Le pignon près de la chapelle garde des traces du bâtiment d’origine. 
Il comporte dans le haut la partie inférieure d’une grande rose 
et au-dessous une fenêtre ogivale bouchée. 

En mars 1264, Ernous (Arnould), Seigneur de Mortagne et Châtelain de Tournai, assigna à l'abbaye de Saint-Martin, une rente à Saint-Léger que Sohier de Wès lui devait sur plusieurs pièces de terre, en échange d'une autre rente.
 En mars 1265, il ratifia l'achat par l'abbaye de Saint-Martin de Tournai, des francs alleux appartenant à Pierre d'Esquelmes, sur Saint-Léger.
 Le 4 juillet 1265, il déclara effectuer la remise à l'abbaye de Saint-Martin de Tournai, de tout ce qu'Arnould de Wez possédait en fief et en alleu à Saint-Léger.
 En septembre 1265, il promit qu'à son retour des Pouilles (Italie), il ratifierait solennellement la vente faite à l'abbaye de Saint-Martin de Tournai par Arnould du Wez, de tout ce qu'il possédait, en alleu comme fief sur Saint-Léger.
Le retour des Pouilles évoque le retour d'une croisade de ce nom à laquelle participa le châtelain. 
 En juillet 1266, il garantit aux moines de Saint-Martin, la libre jouissance des biens achetés par eux d'Arnould du Wez, à Saint-Léger.
 En 1317, on constate l'achat de terres, manoirs (fermes, habitations) et prés à Saint-Léger, au bénéfice de la Chapellenie de Thierry de Phalempin, au béguinage de Tournai.
En 1337, un achat de 3 bonniers et 42 verges de terre à Evregnies et à Saint-Léger au bénéfice de la chapellenie de Laurent de Hollande, à la cathédrale de Tournai.
Le 23 décembre 1460, Tiercelet de Lannoy vendit à Ghérard de Laubiel la seigneurie qu'il tenait du roi de France à cause de la cour de Maire à Tournai, située dans les paroisses d'Evregnies et d'Estaimpuis, de Saint-Léger et d'Espierres et appelée les Francs Alleux d'Auberbus.

A la fin de l'année 1258, les Templiers de Saint-Léger durent céder à l'abbaye de Saint-Martin la dîme de Templeuve qu'ils percevaient indûment.  A leur décharge, il faut dire qu'ils l'avaient achetée sans savoir que le vendeur était un imposteur.  La rétrocession fut approuvée par la comtesse de Flandre et l'évêque de Tournai.

1258 ( 23 novembre ) MATHIEU de Motte d'Esplechin approuva la cession, faite par les Templiers de Flandre à Saint-Martin de Tournai, de la dime de Templeuve-en-Dossemer, acquise par eux de Guillaume de Bauduinmont, à condition que les moines lui " paieront les mêmes cens et relief que les Templiers lui payent".  Il a été prouvé par l'abbaye que le vendeur n'avait aucun droit sur cette dîme.
TEMOINS: frère GAUTHIER DE VILLERS, Maître du Temple en Flandre, frère ALEXANDRE, Maitre de la maison de Saint-Léger, Arnoul, clerc des Templiers, messire GUILLAUME, chapelain des Templiers (de Saint-Léger). 
( Arch. génér. du Roy.  Brux.  CART. 121, pp. 255-258 -
d'HERBOMEZ, Cart. de Saint-Martin Tournai, Il. p. 149 )


 
 
 

" Je , Iernouls, chevalier, sire de Mortagne et châtelain de Tournai, fait savoir à tous ceux que ces lettres verront ou entendront que le don que Gosses, qu'on appelle Fastret de Saint-Léger a fait au temple (...)
Nous disons que ce Gillain doit payer aux dits Frères dix livres de relief ."

( Extrait des Chartes duTemple en Flandre )