Enseignes
Les enseignes sacrées comme profanes sont principalement de petites pièces de bijouterie bon marché, courantes entre le XIIIe et le XVe siècle, que l’on nomme généralement enseignes. Cousues ou épinglées sur les vêtements, elles permettent à leurs possesseurs d’exprimer des préoccupations personnelles d’ordre sacré ou profane, un peu à la manière d’un actuel badge.
Constituées d’un alliage de plomb et d’étain, ces broches étaient produites par la fonte dans des moules en pierre fine réalisés par des artisans spécialisés, possédant la technique de la gravure et des connaissances iconographiques certaines. La relative facilité de fabrication et le faible coût du métal devaient permettre des productions dans des quantités considérables. Les enseignes de pèlerinages étaient achetées par les pèlerins dans les sanctuaires qu’ils rencontraient sur leur chemin ou à destination. Plus qu’un simple souvenir, on leur attribuait les mêmes pouvoirs protecteurs que les reliques auxquelles elles faisaient référence. Les nombreuses découvertes issues de la Seine et de la Tamise permettent de suggérer que nombre d’entre elles étaient volontairement jetées dans un cours d’eau. Dans le cas de Valenciennes, l’ensemble a très vraisemblablement pour origine l’offrande en ex voto. Les enseignes, sacrées comme profanes, étaient jetées dans la rivière Sainte-Catherine depuis l’escalier des jardins d’une résidence comtale, l’Hôtel de Hollande. Une croyance particulière faisait peut-être de cet endroit un lieu cultuel favorable à l’exaucement des voeux. Plusieurs pièces, à thèmes religieux ou non, portent d’ailleurs des traces de destruction volontaire. Certains de ces objets évoquent bien sûr « le chevaleresque » ou l’emprise de la religion à l’époque médiévale, mais cette fois ils sont décrits par la base. Des sujets contrastés, sacrés et profanes, sous forme d’enseignes populaires et bon marché : peut-être le support le plus évident pour saisir les préoccupations de la majorité de nos aïeux du Moyen Age finissant. Ceux-ci, tiraillés par les sentiments religieux imposés par un clergé omniprésent, et par des occupations plus en rapport avec la nature humaine, expriment généralement l’amour.

Ce mot « Amour » est celui que l’on retrouve le plus souvent parmi les inscriptions. Un amour religieux ou galant que l’on énonce parfois à l’aide de symboles empruntés à la fin’amor, « l’amour raffiné » hérité de l’art courtois du XIIIe siècle. Mais pourtant, à Valenciennes comme dans d’autres régions de France, la méthode n’est pas toujours aussi délicate et la déclaration d’amour des fiancés consiste à se cracher mutuellement dans la bouche.
Pèleriner par amour de Dieu et par esprit de pénitence? Pas seulement. Même si la majorité des pèlerins recherchaient la purification de l’âme et le renouveau spirituel, certains d’entre eux étaient projetés sur les routes par condamnation judiciaire. La pratique était courante d’envoyer un condamné vers un lieu saint, parfois très éloigné; ces pèlerinages pénitentiels étaient imposés par les tribunaux civils comme ecclésiastiques. Les enseignes sacrées proviennent de sanctuaires locaux ou très éloignés. Les enseignes profanes quasi identiques se retrouvent également dans plusieurs pays d’Europe.
 
 

 

Buste d'homme

Hochet

 


Fuite en Egypte et Massacre des Innocents





In :
* Enseignes sacrées et profanes médiévales découvertes à Valenciennes
  Tixador Arnaud
  Service Archéologique de Valenciennes – 2004
* Exposition : Valentiana
  Visages du Moyen Age à Valenciennes
  2004-2005