Ecluses de Menin

Les parachutages ne servaient pas seulement à fournir des armes à la Résistance.  Durant l'été 1943, deux parachutistes liégeois venant directement d'Angleterre furent largués dans la région de Brasménil-Baugnies.  L'un d'eux, Jean Woluwé, s'installa à Callenelle chez les religieuses Louise-Marie Bierliaire et  soeur Marie-Chantal, à l'emplacement de l'Ecole Communale des filles et l'autre, Henri, chez Baraffe à la frontière.  Ils participèrent au dynamitage du château d'eau de Blaton.  Leur mission essentielle était de faire sauter les écluses sur le canal pour retarder au maximum la navigation.  Les charges étaient fixées au bout de bâtons emboîtés les uns dans les autres ; elles étaient immergées à la base des portes. Bourdon Georges, grossiste en bois de Callenelle les conseilla très utilement.  En effet, la scierie dont il était le propriétaire livrait le bois pour l'administration.  Quand une écluse était sabotée, elle devait être réparée rapidement.  La scierie traînait autant que faire se peut et ce malgré les harcèlements allemands pour livrer le bois.  L'administration, quant à elle, ne réagissait pas, Bourdon Georges était de connivence avec Draily, directeur de la partie hydraulique des Ponts et Chaussées et Cotman, directeur de la navigation.  Celle-ci ne fut jamais régulière.  Au moment où une écluse fonctionnait normalement, le lendemain ou les jours suivants, une autre sautait.
Les deux Liégeois furent contraints de retourner en Angleterre, ils n'avaient plus de pigeons pour transmettre les messages. Bourdon Georges put obtenir d'un ami du papier à en-tête d'une usine de Raismes dans le Nord de la France. Il leur tapa un ordre de mission commercial  attestant qu'ils devaient se rendre dans le Sud de la France pour effectuer des travaux.  Par sécurité également, sachant qu'ils devaient transporter des documents écrits sur le papier employé à la scierie et pouvant compromettre Bourdon Georges, celui-ci simula un vol dans son bureau avec effraction de la porte.  Il le déclara immédiatement à la gendarmerie de Péruwelz.  Il insista auprès du Commandant pour envoyer deux policiers constater les faits.  Celui-ci délégua Lupant et Lenne qui rédigèrent sans difficulté le procès-verbal voulu par Bourdon Georges. Plus tard, trois Allemands lui rendirent visite et ils ne purent rien prouver ! Les parachutistes traversèrent donc la France.  Arrivés en Espagne, ils furent faits prisonniers et internés quelque temps au camp de Miranda.  Ils regagnèrent finalement l'Angleterre d'où ils envoyèrent un message par l'entremise de radio Londres pour rassurer leurs hôtes callenellois : " Prosper et Tchanchès sont bien arrivés ".

Le 31 mars 1944, les Partisans reçurent un message leur annonçant un nouveau parachutage.  C'était le groupe de Dropsy qui devait le recevoir.  Vers 23 h 30, l'avion passa, retourna puis revint mais ne vit pas les feux à l'endroit prévu.  Finalement ayant repéré des signaux à Léridas, il lâcha son contenu près de la ferme Allard. 1500 kgs d'armes et de matériel divers furent largués et provisoirement enterrés aux abords du champ.  Quelle ne fut pas la surprise des Résistants de voir descendre trois hommes ! Le premier arrivé se présenta.  Il s'agissait d'Alphonse, dit le Marconiste, officier d'une vingtaine d'années et habitant Swansea.  On apprit plus tard qu'il s'agissait d'un capitaine anglais du nom d'Alan Gardiner.  Les deux autres étaient nos deux Liégeois Jean et Henri qui revenaient au pays.  Ils furent étonnés de se trouver là ! Normalement, ils auraient dû être à Callenelle.  La nuit, ils furent hébergés à la ferme Allard puis ils quittèrent ce lieu le premier avril vers 18 heures pour Callenelle.  Les armes, quant à elles, furent cachées ensuite chez Allard en les recouvrant de gerbes de paille.  Les deux fûts d'essence contenant chacun une centaine de litres furent enfouis sous le fumier dans la fosse à purin.  Le bouchon d'un de ceux - ci s'étant ouvert, l'essence s'échappa et répandit une odeur nauséabonde.  Pour l'étouffer, une des femmes goudronna une porte de la cour.  Les armes furent enfin enterrées dans une annexe de la grange de Mme Descamps à Braffe.
Jean et Henri furent de nouveau hébergés chez Baraffe et chez soeur Bierlaire et Gardiner chez Bourdon Georges. Un dépôt d'armes fut d'ailleurs constitué chez celui-ci.  Il s'agissait d'armes allemandes récupérées par les Anglais en Egypte.  De là, Gardiner envoyait des messages à Londres.  Le poste-émetteur était caché dans une petite valise bleue.  En Angleterre, des gens étaient payés pour jeter ce genre de valise sur des cailloux pour qu'elles parussent usagées, donc non repérables.  Par mesure de sécurité, pour ne pas se faire repérer, il dut changer de secteur et partit dans la région d'Amougies.  Là, il fut arrêté.
 
Un Allemand Otto Wagner en possession d'une carte d'identité au nom d'Oscar Van Bever, se faisant passer pour un réfugié politique autrichien logeait chez Talman, meunier à Callenelle.  Il avait été parachuté à Maubray en habit de prisonnier allemand et amené à Callenelle.  Il se disait échappé d'un camp nazi à Calais.  Il avait refusé de se rendre au front ! En fait, ce n'était qu'un tissu de mensonges. Les parents de Mme Talman étaient fabricants de vélos à Gand.  Wagner en reçut un.  Il l'abandonna quand il partit.  Ce fut Gardiner qui l'obtint pour se rendre à Amougies dans une boulangerie.  Là, il fut donc arrêté.  Il possédait une fausse carte d'identité au nom de Marc Briemant de Callenelle qui venait de décéder, et délivrée par Durieu, secrétaire communal de Wiers.  La jeune femme de la boulangerie, à l'arrivée de l'ennemi, eut la présence d'esprit de manger cette carte.  Il ne fut donc pas pris comme " terroriste ", mais comme prisonnier de guerre, ce qui lui évita les geôles de la Gestapo.  Wagner, ayant reconnu son vélo, rentra à Callenelle pour y mener son enquête et surtout comprendre pour quelle raison un Anglais était en possession de sa machine.  Ses recherches ne donnèrent aucun résultat positif.  Quant à Talman, il fut victime de son hôte, il mourut dans un camp de concentration.
Les deux autres Résistants, Jean et Henri, avaient reçu l'ordre de saboter les écluses de Menin.  Ils partirent avec Valère Delcourt, Robert Coutier et la nièce de soeur Bierlaire âgée de 16-17 ans.  Elle porta les armes.  Là-bas, la mission échoua, ils rencontrèrent des VNV [nationalistes flamands collaborateurs].  Henri fut tué, Jean fut arrêté et emmené dans un camp en Allemagne.  La jeune fille Marie-Louise Bierlaire fut aussi arrêtée et ne put résister aux tortures atroces que les nazis lui infligèrent.  Elle parla. Bourdon Georges fut inquiété.  Il dut se rendre à la Kommandantur de Courtrai où il fut confronté avec elle.  Il ne dut son salut qu'au départ précipité des occupants, les Alliés talonnant leurs positions.  Soeur Louise-Marie Bierlaire fut arrêtée également puis libérée, quand les nazis furent contraints de replier bagages.  Ceux-ci firent un partage arbitraire parmi leurs prisonniers.  Une moitié fut libérée et l'autre partie les suivit dans leur retraite!  Elle eut la chance de se trouver dans le bon groupe ainsi que sa nièce !


Tank américain à la Libération
[Bonsecours-Péruwelz]