Marc Dugain s'est imposé comme l'un de nos jeunes romanciers les plus doués avec « La Chambre des officiers ». Il est né au Sénégal en 1957. Après des études en sciences politiques et financières, il a exercé différentes fonctions dans la finance et le transport aérien avant de se consacrer à l'écriture. La Chambre des officiers, son premier roman paru en 1998, a reçu 18 prix littéraires.
De la Première Guerre mondiale, il passe à la Seconde en retraçant le parcours d'un héros de la Résistance.
Pierre a dix-neuf ans en 1940.Son père, militant communiste en banlieue parisienne, l'expédie presque malgré lui dans un réseau qui opère dans l'est de la France, après qu’il se soit improvisé "metteur en scène" pour organiser le décès et les funérailles fictives de son fils ( celui-ci devant rejoindre l’autre région sous une fausse identité ) :
« ...Mon père est rentré avec un regard de déterré accompagné d'un médecin reconnaissable à sa mallette en cuir. L'exécution du plan commençait. Le médecin m'a parlé d'une méningite foudroyante pour écourter la pièce de théâtre. Les plans avaient changé. Je devais partir dans les trois jours, la nuit de ma mise en bière. Pendant les deux journées qui ont suivi, il a effectué un incessant ballet entre son cabinet et la maison. Ma mère, dans son rôle comme si elle sortait du conservatoire, s'ouvrait à qui voulait l'entendre que son fils était atteint d'une méningite virale. Le genre d'annonce qui tient les compatissants éloignés. Je suis mort le lendemain soir. Le médecin a signé le certificat de décès. Je suis habillé dans mon seul costume. Ma mère m'a maquillé, blafard. »Héros malgré lui Pierre devient ainsi "un communiste héréditaire", engagé malgré lui dans une lutte meurtrière, qui pourra durer des années ; mais l'inconscience propre à la jeunesse le pousse de l'avant. Il se laisse porter par les événements. Il devient un héros presque légendaire, C’est pourtant le destin qui l’attend, car il possède ce curieux mélange de fatalisme, d’endurance animale et de volonté qui caractérise les soldats d’élite. S’ensuit alors le récit détaillé de diverses activités illégales.
Obligé de se cacher, un prêtre l’aidera à s’échapper après avoir assisté à la pendaison de trois Résistants par les Allemands :« Ils pressent la population d’assister à leur mise à mort, dit le curé. Pour l’exemple. Il me faut un bedeau pour ce triste office. Vous m’assisterez. Ensuite, au prétexte que je dois faire la tournée des mourants qui attendent l’extrême-onction, nous quitterons le canton et je reviendrai seul. Profitez-en, l’habit fait encore le moine, mais j’ai cru entrevoir, derrière leur regard inquisiteur, qu’il n’y en avait plus pour longtemps. »De ce jour funeste, Pierre s’est promis de se battre pour cette dignité du dernier instant, au cas où il ne serait pas capable de sauver sa peau. Le ciel était noir. Les nuages pleins à craquer, comme s’ils retenaient leurs larmes.Déguisé en sacristain, il suivit le colosse jusqu’à la place du marché. Un charpentier finissait de hisser la troisième potence sur une estrade qu’on ressortait à l’occasion des fêtes votives. Les habitants de la ville avaient été conduits de force sur les lieux du sacrifice. Ce qu’on lisait sur leur visage, c’était l’effroi; mais aucune compassion. Les trois condamnés, les bras attachés dans le dos, ont été jetés d’un camion bâché. S’il n’avait su qu’il s’agissait là de ses camarades, il n’aurait pu en reconnaître aucun. Leurs traits tuméfiés avaient doublé de volume, et la peau éclatée virait au noir.
Le prêtre s’est approché d’eux pour les bénir. À chacun, il a ajouté à voix basse: «Vous n’avez pas fait ça pour rien, on ne vous oubliera pas. » Un soldat allemand est venu leur coller une pancarte autour du cou sur laquelle il était écrit en rouge: «Terroriste». Puis il leur a attaché la corde autour des pieds. Ils ont été hissés, tête en bas. Un officier est alors monté sur l’estrade. Il a sorti un couteau et leur a tranché la gorge, l’un après l’autre en évitant de se faire arroser par le jet de sang qu’il libérait. Puis il a rendu la lame à l’un de ses sbires. Mes trois compagnons se vidaient comme des lapins de ferme. Il n’y avait aucune haine dans le regard de l’Allemand. La satisfaction du travail bien accompli. Pour les Allemands, ces gars-là n’étaient pas des hommes, de simples terroristes. D’où la difficulté de les faire mourir en hommes. Alors pourquoi pas en lapins?
Recrutement
Il dut s’occuper du recrutement d’agents de renseignement sur ordre de Mila, un membre du réseau, la femme de sa vie dans l’armée des ombres. La rencontre eut lieu chez lui :
« Elle s’est assise à califourchon sur l’unique chaise. Pendant que je testais les ressorts du lit qui gémissaient de rouille. Elle parlait sans faire cas de moi. Elle prêchait, maintenue en sustentation par sa cause qui était la nôtre. Elle devait être mon aînée. De trois ans au plus. Elle semblait en guerre depuis bien plus longtemps que moi.Les attaques de banques succédèrent aux passages de la frontière suisse. Puis le jeune homme à la baraka légendaire fut envoyé sur la côte atlantique pour espionner les sous-mariniers allemands et permettre aux Anglais de les cueillir à la sortie du port.
- Pour les quelques semaines à venir, vous allez vous occuper de recrutement. Ensuite on avisera. Un travail simple. Recruter une ou deux putes, prêtes à nous rejoindre pour continuer leur travail.La crudité de son langage m’a donné l’occasion de marquer mon territoire.
- Je ne crois pas qu’en les traitant de putes vous allez faciliter leur adhésion à notre cause.
Elle s’est adoucie pour continuer.
- Nommez-les comme vous voudrez
Prostituées, péripatéticiennes, commerçantes de chair, mais il nous en faut une au moins pour monter notre prochaine opération. Elle sera payée bien entendu.- Puis-je en savoir plus ?
- Pas à ce stade, m’ a-t-elle répondu sèchement.
- Et pour le recrutement, je me débrouille comment ?
Elle m’a regardé comme un prof à qui l’on pose une question triviale.- Simplement, faites le tour des bordels, essayez d’établir. une relation de confiance avec une fille. Je ne sais pas moi. De toute façon, je ne peux pas le faire à votre place, alors débrouillez-vous.
J’ai profité de ce léger trépignement pour lui adresser une pique:
- Je propose une méthode qui a le mérite d’être simple. Je m’installe dans le fumoir d’un établissement de renom avec une grande pancarte sur les genoux où l’on pourra lire: « Résistance recrute pute pour coucher avec Allemands et miliciens moyennant supplément. S’adresser à l’accueil qui transmettra.» Ou alors il faudra tremper les mains dans le cambouis. Je vais devoir m’exécuter. En suivre dix, vingt ou cent dans l’alcôve pour trouver la perle rare qui acceptera de se faire débaucher, si vous me passez la formule. En avez-vous conscience? » Elle a semblé étonnée de la question.- Parce que vous n’avez jamais eu recours aux services d’une professionnelle? C’est un problème éthique ou vous craignez de revenir de la mission avec des insectes épris de votre virilité.
Elle s'est levée pour couper court à ce qui ressemblait à des états d'âme. Elle a sorti une enveloppe de sa poche, l'a lancée sur le lit:
- Pour vos frais, si ça ne suffit pas, dites-le-moi. Comme convenu on se revoit mercredi à sept heures. Tâchez de faire vite. »Arrestation de Mila
Nouveau coup dur ! Obligé de se cacher, il assista impuissant à l'arrestation de Mila :
« Une porte qu'on claque m'a réveillé en sursaut. Une traction noire était au milieu de la cour. On s'agitait en uniforme, en manteau de cuir. Un détachement entier envahissait l'immeuble dans une walkyrie d'aboiements et d'invectives. J'ai pensé que c'était pour moi. Juste retour des choses. Je ne pouvais pas courir, et marcher à peine. Je me suis hissé jusqu'à la porte. J'ai évalué mes chances de m'en sortir en passant par l'autre immeuble. Elles étaient nulles dans mon état.
Alors j'ai fermé la porte de la chambre à clé derrière moi et je me suis enfermé dans les petites toilettes du palier, un recoin discret qui donnait sur la cour. Là, assis de travers sur la cuvette, je voyais par un œil-de-bœuf tout ce qui se passait en bas. Il ne s'y passait plus rien. La voiture était gardée par deux miliciens. Les hommes d'armes étaient en étage. Je m'attendais que des bruits de godillots viennent fracasser le plancher de mon palier.
Rien, l'agitation n'était pas montée jusque-là. Puis je l'ai vue, ses cheveux, ses épaules, sa robe légère plaquée par le vent sur sa peau mate. Entre deux bêtes au crâne rasé qui la soulevaient par les aisselles. Ils l'ont jetée dans la traction comme un paquet. Elle était trop grande pour rentrer d'un seul coup. Alors ils l'ont poussée à coups de pied. J'ai vu son front heurter l'arête du toit de la voiture. Ils lui ont appuyé sur la tête pour qu'elle rentre dans l'habitacle. Puis elle a disparu. La voiture est partie. Les oiseaux s'étaient arrêtés de chanter. J'étais toujours assis sur ma cuvette, incapable de me lever, foudroyé. Ils m'avaient pris la femme de ma vie et mon chef de réseau. »
Quant à lui, il devait impérativement fuir vers l’Angleterre. En voulant aider une de ses recrues, il fut arrêté et rendu responsable du grenadage d’au moins trois sous-marins allemands coulés en sortie de rade avec tout leur équipage. Il avait tué au moins trois cents des
« meilleurs soldats du Reich grâce à une propension à la duplicité qu’on ne pouvait trouver que dans une race inférieure. »
Il se mit à avoir peur de parler sous la torture, et ce surtout par des miliciens, par d’autres Français comme lui :« Alors je me suis mis à avoir peur. De cette douleur tellement insupportable que la volonté lui devient inféodée, pour finalement vider, dans un abominable vomissement, cette mémoire qui en est la cause. Je n’ai jamais cru qu'on puisse résister à la douleur absolue. Ceux qui n'ont pas parlé sous la torture, c'est que la mort les en a libérés avant que la douleur ne vienne nier le plus profond d'eux-mêmes.La peur m'a envahi comme un liquide chaud injecté dans les veines. Je me suis mis à claquer des os semblable à ces squelettes d'écoles de médecine qu'on trimballe d'une classe à l'autre. Dès ce moment, je n'ai eu qu'une idée. Me balancer, me supprimer, me suicider, que tout ça n'ait jamais existé. Parce que ce n'était pas fait pour moi. Parce que je n'avais aucun courage. Les tremblements qui m'agitaient, spasmes incontrôlables de celui qui vit son instant de vérité, n'ont pas été perçus par mes gardiens… »
Wagons à bestiaux Il fut emmené dans une gare de triage - direction Buchenwald - , à l'abri du regard des civils, qui n'avaient pourtant plus de trains pour nulle part :
« Deux chiens de berger nous ont convaincus de monter plus vite dans les voitures. Des wagons de marchandises en planches épaisses, sans lucarnes, fermées par une porte coulissante. Une odeur de cabane en bois le soir d'une journée ensoleillée. Je ruisselais déjà. J'ai vu les femmes poussées dans l'avant-dernier wagon. Dans le nôtre, chacun s'affairait à être le premier comme si on allait choisir notre siège, couloir ou fenêtre.Le mouvement a molli quand on a tous compris que c'était de la première classe de bétaillère et qu'on allait nous entasser si serrés, qu'il ne viendrait à personne l'idée de se laisser tomber de fatigue. On s'est retrouvé comme ça, emboîtés les uns dans les autres, par une compression qui nous jetait la bouche grande ouverte vers le plafond, là où une petite cheminée était censée nous donner de l'air. Quand ils ont fait coulisser la porte derrière nous, j'ai compris que je ne pourrais plus respirer qu'à demi-poumons jusqu'à ce que la nature fasse son travail, en éliminant les plus faibles. Le train s'est ébranlé […]
Ça n'a pas pris une demi-heure pour que l'odeur de bois brûlé ne se transforme en une puanteur de synthèse, entre hôpital et vestiaire de stade. Et toujours pas le moindre brin d'air, dans ce train qui fuyait la dignité. Il ralentissait parfois. Et repartait de plus belle au moment où nous croyions qu'il allait s'arrêter pour de bon. Des râles montaient de la nuit. Supplantés au fil des heures par les cris de ceux qui, épuisés, avaient cru trouver le répit en se laissant glisser par terre. La houle les avait rattrapés, piétinés par leurs frères bien obligés de poser les pieds quelque part. On s' entre-tuait de lassitude, en foulant notre cause qui semblait bien lointaine.
Je me suis finalement assoupi, debout, comme les chevaux, l'œil retourné dans son orbite, à l'affût du moindre arrêt qui ne venait pas. Lorsque le train s'est arrêté pour de bon, je n'y ai pas cru. La porte a coulissé, projetant une lumière aveuglante sur ces suppliciés auxquels il ne manquait qu'une robe de bure. Le wagon a vomi ceux qui tenaient encore debout. Les Allemands se tenaient en ligne, leurs fusils pointés vers nous. L'uniforme défraîchi, une barbe de deux jours, le Reich avait la gueule de bois. Chaque prisonnier n'avait qu'une idée. Trouver un coin tranquille pour se soulager.
Mais les arbres se trouvaient derrière les Allemands. Alors on s'est résigné. Dans un concert pitoyable. Plus loin, je voyais les femmes. Accrochées à ce qui leur restait de pudeur. Ils nous ont fait dégager les morts avant de nous distribuer quelques miches de pain rassis en nombre insuffisant. Pour le plaisir de nous voir nous entre-tuer pour une survie dont ils possédaient seuls la clé. Un jeune en a profité pour essayer de se faire la belle. On l'a vu sauter comme un cabri pour tenter de s'enfoncer dans cette campagne épaisse qui devait être celle du centre de la France. Ils n'ont pas été longs à retrouver leur instinct de prédateur. Une balle a suffi pour l'étendre. Je n'avais rien mangé depuis trois jours. Antoine non plus. On était tenté de se battre pour un bout de croûte. Puis on s'est dit que ça ne changerait rien. Sauf la considération qu'on avait pour nous-mêmes. Ils nous ont fait remonter dans les voitures. »
Libre...mais...
Le train fut attaqué par l’aviation alliée. Les Allemands les firent tous descendre et Pierre en profita pour fuir dans les bois. Il remonta sur Paris libéré. La France exultait. Il était dans l’état dans lequel sont certaines femmes après un accouchement. Déprimé comme si la Libération le privait de ce qui avait été sa raison de vivre pendant trois ans. La liesse l’accablait. Parce que les foules sont toujours promptes à fêter ce qui les arrange. Et à donner de l’enthousiasme au dernier qui a parlé.
A célébrer l’effort qu’elles n’ont pas fait. A lyncher le perdant qu’elles adulaient encore hier. Il alla à la mairie pour retrouver sa véritable identité puisqu’il était mort. Peine perdue :
« - Voilà, en deux mots, pour entrer dans la Résistance, j’ai été obligé de changer d’identité.Finalement, il retrouva son identité grâce aux réseaux du Parti de son père…
Il est resté impassible, fermé comme une huître qui s’en veut d’avoir bâillé.
- Vous n’avez qu’à reprendre l’ancienne, m’a-t-il répondu, soulagé d’avoir la solution.
- Le problème, c’est qu’au regard de mon ancien état civil, je suis mort.
C’en était trop pour lui, je l’ai senti me détester.
- Voyons ça. Votre nom c’est quoi?
- Pierre Joubert.
- Vous êtes de la commune au moins, parce que sinon ça ne me regarde pas.
- Je suis né et mort ici.
Je l’épouvantais.
- Un moment.
Il s’est éclipsé dans une arrière-salle où je l’ai vu entreprendre ses collègues sur mon cas. Ils se sont tous levés comme des autruches curieuses en allongeant le cou pour voir le phénomène. Il est revenu avec le registre des décès.
Il l’a lâché sur le comptoir pensant que le bruit de la chute allait lui donner de l’importance.
- Et ce décès remonte à quand?
Je lui ai donné la date exacte. Il a feuilleté sa bible des morts sans se presser.
- Pierre Joubert, c’est ça, bien mort, il n’y a pas de doute. Il y a même la référence d’un certificat de décès délivré par le docteur Monrozier. Mort lui-même depuis. Fusillé par les Allemands. Ce qui n’arrange pas votre problème. »
La France des collaborateurs qui avaient cru bien faire laissait place à celle des récupérateurs. Ceux qui, pendant toute la guerre, s'étaient tapis dans une flaque d'eau comme un gros chien poilu qui cherche à se faire discret. Ils en étaient sortis le poil mouillé avec l'épaisseur d'un lévrier famélique. On les voyait maintenant s'ébrouer pour retrouver leur volume d'avant-guerre.Celui qui avait crié « mort aux nazis », tout seul dans sa cave en pleine nuit, s'inventait un passé de résistant profitant de ce que les vrais, eux, s'enfermaient peu à peu dans le mutisme pudique de ceux qui en ont trop vu. Pendant que la guerre continuait à l'Est en direction de Berlin, on épurait. Au fusil et à la tondeuse. On se débarrassait des traîtres. Parce qu'il faut une justice, et parce qu'un traître mort ne peut plus dénoncer ses collègues. Pendant que certains faisaient beaucoup d'efforts pour refaire un monde en noir et blanc, il continua à le voir tel qu'il était : grisonnant jusqu'à l'anthracite.
La Libération était ainsi donc enfin arrivée ! Marc Dugainva attribuer à son personnage le syndrome du « Capitaine Conan » décrit jadis par Roger Vercel : une incapacité à se réadapter à la morne routine du temps de paix qui mène tout droit à l’alcoolisme.
Pierre rencontra un certain Jacob Wettstein, négociant juif, qui avait un frère Nathan installé à Londres. Il était le plus réputé et le plus affûté des chercheurs pour ce qui concernait l’histoire des camps de la mort. Grâce à ce dernier, il retrouva Mila à Casablanca. Il lui offrit son amitié et au moment où il se sentit comblé, elle s’éteignit dans son sommeil.
Pierre s’effondra dans la rue, victime d’un accident cérébral :« Le siècle s'achève, et moi avec. Je ne sais pas s'il y en eût de pire.
Je ne sais pas non plus si on se souviendra de moi. Je n'ai rien fait pour que ce soit le cas. Mais ça n'empêchera peut-être pas un élu communiste d'une banlieue sombre de récupérer mon nom pour le mettre sur une impasse, sur une école, une piscine ou un jardin public. »
Le narratif même est un thème sous-jacent du livre. Le récit pose un problème au narrateur, il a trop de possibilités. L'histoire est muette comme les peintures, énigmatique comme les estampes japonaises : on ne peut qu'interpréter. On commence toujours à écrire avec les premiers mots et une situation qui change tout. Alors, le narratif peut commencer : maintenant, il faut essayer de raconter l'histoire. Le narrateur éprouve la nécessité de raconter son histoire et sa nécessité à lui est parallèle à la sienne, il faut qu’il trouve les mots pour la dire. Au début, il est réduit à cette histoire, c'est son destin. Quand il essaie de comprendre, c'est comme s'il était le produit de cette histoire. |