Le
cirque et le peintre
La vogue du cirque apparut
en France au 18°siècle. C'est en 1767 que Beates, un Anglais
donna à Paris une représentation hippique sur un simple terrain
entouré de palissades ; la piste n'était séparée
du public que par une corde. En 1774, un compatriote de Beates, nommé
Hyam, parut avec sa famille et, au même endroit, présenta
des divertissements du même genre jusqu'en 1778 où revint
Beates . L'année suivante, Balph, écuyer français,
et sa femme écuyère espagnole, continuèrent ce spectacle.
Le premier cirque, celui de Philippe Astley, né en 1742 à
Newcastle Under Lyne qui avait organisé plusieurs cirques en Angleterre
en 1777 vint à Paris en 1782 et ouvrit, le 16 octobre 1783, faubourg
du Temple, une salle ronde comportant deux rangées de loges, éclairées
par 2000 bougies et où l'on voyait, durant les mois d'octobre à
janvier, des exercices de manège ainsi que des tours surprenants
de force et de souplesse tant sérieux que comiques.
Sous
la Restauration, et encore plus sous le règne de Louis-Philippe,
les Champs-Elysées furent un lieu de délices. Un cirque «
olympique » devint le rendez-vous de toutes les élégances
; on y applaudissait le célèbre écuyer Baucher "qui
domptait le plus terrible des chevaux d'Angleterre, le forçant à
exécuter des quadrilles et des pas dont Vestris lui-même serait
jaloux". Dès sept heures du soir, il était impossible de
se procurer une seule place. Trois mille personnes se pressaient pour applaudir
la poste royale dans laquelle Mr Lalanne, en costume écossais, "montait
cinq chevaux au son du pibroch …". Son rival, Mr Lejars, "en habit de Mercure"
exécutait la grande voltige sur un cheval libre. Auriol, le grand
équilibriste, le clown merveilleux, stupéfiait les spectateurs
par son adresse et ses drôleries. Enfin Adolphe Franconi lui-même,
le représentant de cette illustre dynastie, présentait en
liberté des chevaux extraordinaires, désignant du bout du
sabot la personne la plus amoureuse de la société, rapportant
un drapeau, une fleur, une chaise et surtout … beaucoup d'argent au directeur
!
Le cirque "d'été" comptait
un jour chic. Chaque samedi, le cercle compact des écuyers vêtus
d'un habit à la française bleu barbeau, des sportsmen, des
clowns, des palefreniers en bottes à revers, des "artistes" attendant
leur numéro, massés à l'entrée du passage des
écuries, sous la surveillance de M. Loyal, s'écartaient pour
laisser passer les lions et les lionnes qui, vers les neuf heures et demie
du soir, venaient faire leur sensationnelle apparition.
Paris posséda également
plusieurs hippodromes, dont celui de l'Alma où furent présentées
durant l'été, à ciel ouvert, des pantomimes magnifiques
. Le 3 juillet 1845, fut fondé l'hippodrome de l'étoile,
dirigé par MM. Laurent Franconi père, Victor Franconi fils
et Ferdinand Laloue ; on y donna le "camp du drap d'or", des courses de
chars, des courses d'autruches, la "croix de Berny", et la chasse à
courre. Cet établissement fut démoli en 1849. En 1852, Napoléon
III inaugura le cirque Napoléon devenu, de nos jours, le cirque
d'hiver.
Dufy. Le Cirque
En 1877, sous la direction Zidlern,
fut présenté aux Parisiens, place clichy, un nouvel hippodrome,
avec une verrière comme toit. Il avait une contenance de 8000 places,
une piste de 84 m sur 48, une écurie de 200 chevaux. Il était
ouvert de mars à septembre. Les artistes entraient dans l'arène
dans l'ancien carrosse du duc de Brunswick. De nombreuses pantomimes furent
données dans cet établissement, la chasse à courre
en 1878, Cadet Roussel en 82, Jeanne d'arc avec ses décors transparents
en toile métallique, etc…Le Théâtre Gaumont Palace
a été édifié sur cet emplacement. En 1886 s'ouvrira,
rue St Honoré, le nouveau cirque et, en 1873, le clown Fernando
créera à Montmartre un cirque qui sera repris en 1900 par
le célèbre Medrano, un clown de sa troupe. Enfin, le dernier
cirque de ce genre, le Cirque de Paris, s'ouvrira vers 1910 près
de l'Ecole Militaire.
Par la suite, le cirque évolua
et rechercha la mise en scène du music-hall avec des danseurs, des
chanteurs et des revues à girls.
Léger.
Cirque Medrano
Les artistes sont alors fascinés
dès le 19°siècle par cet univers si particulier dont
ils font l’un des thèmes de la modernité. Avec les avant-gardes,
clowns, écuyères et acrobates deviennent les personnages
souvent emblématiques de la condition d’artiste. Le cirque pourvoyeur
d’images, nourrit la créativité des peintres et des sculpteurs
qui, durant plus d’un siècle, seront subjugués par
la modernité du spectacle : explosion des couleurs, mouvement incessant,
jubilation de la lumière sont autant de centres d’intérêt
pour tous ceux qui rejettent l’académisme des Beaux-Arts.
Beaucoup d'entre eux ont représenté
le cirque de 1850 à nos jours. Toulouse-Lautrec, Rodin, Picasso,
Léger, Chagall, Rouault, Matisse ou encore Karel Appel du mouvement
Cobra ont exploré les multiples facettes de ce spectacle magique
immortalisant, chacun selon son tempérament, ces images éphémères.
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