L’absence de
communication directe avec le Nord industriel et la direction de Paris
obligeait de longs et coûteux détours : le charbon de Mons,
une fois l’Escaut atteint, se dirigeait vers Gand, puis descendait les
canaux des Flandres pour être dirigé sur Furnes, Dunkerque
et de là seulement, il partait vers Lille par le canal de la Bassée
ou bien était dirigé vers la Normandie et Paris. Ce trajet
entraînait naturellement une considérable augmentation du
prix de revient.
En 1819, les Chambres
de Commerce de Courtrai et d’Ypres conçurent le projet de joindre
l’Escaut à la Lys dans le but de faciliter l’exportation maritime
de la houille belge et l’approvisionnement du littoral français.
Malgré l’appui des chambres de Commerce de Mons et Tournai, le projet,
dit du canal de Bossuyt, resta pour cause de difficultés techniques,
provisoirement sans suite. En même temps, l’ingénieur français
Cordier émit l’idée de mettre en communication directe par
voie d’eau les villes de Lille et de Roubaix, cette dernière souffrant
de difficultés d’approvisionnement en combustible nuisible au développement
des filatures. Les autorités locales appuyèrent le projet
dont la concession fut accordée le 7 septembre 1825 à l’industriel
lillois L. Brame.
Jusque là, il
s’agissait d’un projet exclusivement français; mais bientôt,
Cordier, encouragé par son premier succès, conçut
un projet plus ambitieux : mettre Lille et Roubaix en communication avec
l’Escaut. L’idée n’était certes pas neuve : à la fin
du XVIIe siècle, époque où Lille et Tournai n’étaient
pas séparés par une frontière, Vauban en avait déjà
établi l’utilité... Le projet Cordier fut transmis à
l’ingénieur en chef De Brock, chargé aux Pays-Bas des projets
de jonction entre l’Escaut et la Lys. Les Chambres de Commerce de Mons
et de Tournai comprirent immédiatement l’immense avantage que le
canal leur apporterait : réduction de 40 % du prix du fret, rapidité
accrue du transport... Unis dans le même but, industriels français
et belges s’accordèrent pour adresser à Guillaume 1°
une demande de prolongation du canal de Roubaix. Immédiatement,
les intérêts des villes flamandes se coalisèrent pour
faire échouer ce dangereux projet : la crainte de voir échapper
le transit des bateaux, le désir de voir au contraire se réaliser
la jonction de la Lys et de l’Escaut au niveau de la Flandre, mirent en
branle une série de pressions qui aboutirent au rejet de la demande
par le roi.
Société
du canal de l’Espierre
Brame
ne se découragea pas devant cet échec et dans le but de forcer
la main au gouvernement des Pays-Bas, il entreprit de prolonger le canal
de Roubaix jusqu’à la frontière, tout en renouvelant aux
autorités des Pays-Bas une offre de participation à la concession
du canal belge. Le projet fit l’objet, cette fois, d’une étude fouillée,
puisqu’en janvier 1827, l’ingénieur De Brock présenta à
son gouvernement un projet de jonction de Roubaix à l’Escaut : le
canal français serait prolongé jusqu’à sa rencontre
avec l’Escaut à hauteur du village d’Espierre; les dimensions prévues
seraient identiques à celles du canal de Pommeroeul à Antoing...
Mais les partisans du canal de l’Espierre comprirent la nécessité
d’une union de leurs intérêts dans les Pays-Bas. Une Société
du canal de l’Espierre se forma à Tournai; ses promoteurs étaient
des hommes éminents et influents : J.B. Delvigne, président
du Tribunal et aussi président de la Chambre de Commerce de Tournai,
le baron Léopold Lefèbvre, propriétaire de la célèbre
manufacture de tapis, A. Legrand-Gossart, représentant les charbonniers
de Mons, Charles Lecocq qui avait l’oreille des autorités gouvernementales...
Les efforts du petit groupe aboutirent, le 8 novembre 1828, à une
audience royale dont les résultats furent négatifs. Le Roi
craignait la possibilité pour la France d’amener son artillerie
de siège dans l’Escaut hors de la vue des forteresses hollandaises.
En fait, une intervention de la Chambre de Commerce d’Ypres avait convaincu
le Roi de la nocivité du projet. Du côté belge, le
projet en était donc à zéro quand survint la révolution
de 1830.
L’indépendance
Devant les bouleversements
intervenus, les associés belges reprirent courage : ils s’assurèrent
de la prorogation par la compagnie française du traité de
1827 et, dans ce but, ils s’adressèrent aux actionnaires influents
de la compagnie française. L’accord se trouva rapidement: dès
novembre 1830, on décida la prorogation, à charge pour la
compagnie belge d’obtenir endéans huit mois la prolongation du canal
de Roubaix jusqu’à l’Escaut.
Dans leurs démarches
auprès du Gouvernement Provisoire, les associés prirent soin
d’insister sur le caractère éminemment national de leur entreprise.
Cette fois, ce fut Courtrai
qui intervint auprès du gouvernement pour bloquer à nouveau
le projet, malgré l’intervention des grands industriels hennuyers
intéressés au projet. Outre les Tournaisiens, apparurent
deux noms importants: H. de Gorge Legrand, propriétaire du Grand
Hornu et F. Corbisier, industriel montois, représentant de la Société
Générale. Son intervention dans l’affaire du Canal de l’Espierre
se plaçait dans une stratégie d’ensemble. En regroupant dans
le Hainaut un grand nombre d’entreprises patronnées, elle constituait
un véritable empire industriel dont la France devait être
le principal marché. Aussi, pour dominer le marché, la Banque
s’efforçait-elle d’en contrôler l’accès en essayant
de mettre la main sur les moyens de communication et de contrôler
les compagnies de transport.
A ce moment-là,
toute la puissance de la Société Générale ne
parvint pas à faire pièce aux arguments des Flandres. Le
blocage français se fit alors jour.
Il y eut, cependant,
un signe réconfortant pour les Hennuyers : les chefs d’entreprises
du Nord s’agitèrent en faveur du projet.
Le président de
la Chambre de Commerce de Roubaix avertit le Préfet du Nord que
le non-achèvement du canal de Roubaix, par le seul transport, rendait
le combustible 25 centimes par hectolitre plus cher qu’à Lille et
réclamait donc l’achèvement de ce canal qui devait être
livré à la navigation le ler janvier 1829 !
Concession
Quelques
mois plus tard, du côté belge, cette fois, ce fut Corbisier
qui déposa, le 20 octobre 1833, la demande de concession. Elle fut
suivie, le 26 décembre, par un arrêté ministériel
ordonnant l’ouverture d’une enquête dans le Hainaut. Déposé
au gouvernement provincial de Bruges, le projet fit l’objet de commentaires
en sens contraire des villes flamandes : Bruges fut pour, mais Ypres fut
contre, comme, bien entendu, Courtrai. Selon cette dernière ville,
ce projet allait beaucoup nuire à la navigation intérieure
des deux Flandres; il porterait un immense préjudice aux fabriques
des deux provinces et le principe de son établissement, comme canal
de débouché vers la France, n’était aucunement nécessaire,
puisque les différents débouchés actuels suffisaient.
Vu la proximité des lieux (d’Espierre à Roubaix), le charbon
de terre se livrerait à meilleur marché aux fabriques de
Roubaix et environs (fabriques rivales des fabriques des deux Flandres).
Tout l’intérieur de la Belgique serait sacrifié à
l’industrie étrangère qui, recevant à meilleur compte
la houille, trouverait ainsi un élément de plus pour prospérer
et faire perdre ainsi la possibilité d’une concurrence que le gouvernement
devrait stimuler et protéger...
Le
24 mars 1834 s’ouvrit à Mons la commission d’enquête qui comprenait
des industriels du Hainaut, mais aussi des représentants de l’industrie
flamande. Les débats furent animés. Ils le furent au point
d’entraîner le départ des représentants flamands. Ensuite,
la commission se déclara à l’unanimité, pour le projet.
L’action
flamande se déplaça alors : échange verbal au Sénat,
articles virulents dans les journaux, interventions auprès des membres
du gouvernement et même auprès du Roi. Le groupe de pression
redoubla d’activité au fur et à mesure que le danger se précisait.
Côté français, la loi du 9 juillet 1836 donna enfin
le feu vert pour la prolongation du canal de Roubaix; le 1 juin 1837, J.J.
Messen, entrepreneur de Roubaix, obtint la concession pour 99 ans et s’engagea
par la même occasion à terminer en trois ans les travaux jusqu’à
la frontière belge. Du côté officiel français,
on était à présent convaincu de la nécessité
de pousser le projet.
L’aspect
diplomatique
Le 27 septembre 1837,
le gouvernement français intervint officiellement auprès
du ministère belge de l’Intérieur et des Affaires Etrangères.
La réponse belge tarda à venir. Le gouvernement de Theux
n’était pas pressé de s’engager. Lorsqu’elle vint, la réponse
belge cherchait manifestement à gagner du temps : elle signalait
que la possibilité d’une ligne de chemin de fer dans la région
changeait les données du problème et supposait une sérieuse
réflexion. Peu après, d’ailleurs, le gouvernement décida
la tenue d’une nouvelle enquête publique sur la question. De part
et d’autre, on rassemblait ses arguments, on comptait ses partisans. Ainsi,
les Courtraisiens tentèrent-ils de s’assurer le soutien du député
tournaisien B. Dumortier. Tournai, en effet, se trouvait parmi les adversaires
du canal de l’Espierre depuis qu’elle avait pris connaissance du projet
de chemin de fer. Elle espérait dans cette perspective devenir «
l’entrepôt des charbons expédiés vers Lille, Roubaix,
Tourcoing, etc., et qui débarqués sur les rivages de l’Escaut,
seraient ensuite transportés à destination soit par le chemin
de fer projeté, soit par les routes pavées ordinaires ».
Le 3 septembre 1838,
s’ouvrit enfin, à Courtrai, l’enquête décisive. On
y entendit tous ceux qui, de près ou de loin, avaient été
mêlés au problème, dont l’ingénieur Vifquain.
Le vote n’aboutit qu’à un partage des voix, plaçant du coup
le gouvernement devant une décision lourde de mécontentements
inévitables.
Or, la conjoncture politique
était particulièrement difficile pour le gouvernement de
Theux. La grande affaire du moment, la reconnaissance par la Hollande de
l’indépendance belge, allait forcément entraîner des
pertes de territoire : le Limbourg hollandais et le Grand-Duché.
La discussion devant les Chambres n’épargna pas le ministère,
en ce mois de février 1839 : « ministres pervers »,
« judas », tels furent les termes employés par B. Dumortier.
Si la majorité des parlementaires suivit le gouvernement, ce dernier
n’en sortit pas moins fortement amoindri.
Du côté
français, le nouveau gouvernement présidé par le maréchal
Soult ne comprenait pas les tergiversations belges. Les négociations
se dérouleraient désormais à Paris.
L’ambassadeur de Belgique
à Paris, le Tournaisien Ch. Le Hon reçut alors un dossier
auquel, jusqu’à présent, il était tout à fait
étranger. Les négociations menées au plus haut niveau
du côté français par le maréchal Soult se révélèrent
difficiles et longues; de part et d’autre, les arrière-pensées
étaient nombreuses : les Belges rendus furieux par l’augmentation
du tarif français sur les fils et toiles, les Français brandissant
comme une menace la perspective d’abaissement des droits sur les charbons
anglais... Après beaucoup de péripéties, la signature
de l’accord eut lieu le 27 août 1839. Il restait encore à
en obtenir la ratification du côté français, ce n’était
qu’une simple formalité !
Le
percement du Canal
Du
côté belge, les travaux commencèrent dès 1840,
alors que du côté français, la compagnie concessionnaire,
victime du discrédit qui frappait les entreprises par actions était
dans l’incapacité de réunir les capitaux nécessaires
à l’exécution des travaux non encore terminés. Finalement,
en 1841, la ville de Roubaix se vit forcer de subsidier l’entrepreneur;
celui-ci tenta par deux fois, mais vainement, la construction du souterrain
qui devait permettre à Roubaix l’achèvement de la ligne de
navigation reliant la ville à la Deûle. Les conséquences
de cet échec s’avérèrent lourdes : au lieu de servir
au passage des bateaux destinés à l’approvisionnement de
Lille et des rives de la Deûle et de la Lys, le canal ne pourrait
être utilisé que par les bateaux destinés à
Roubaix. Leur nombre serait nettement insuffisant pour couvrir les intérêts
du capital engagé.
En
Belgique, les travaux allaient bon train et, malgré le manque de
coordination du côté français, dont les actionnaires
belges se plaignaient amèrement, l’inauguration du canal eut lieu
à Roubaix le 10 décembre 1843. Cet événement
décida plusieurs souscripteurs et en 1845, on substitua à
la société en commandite une Société anonyme
du Canal de l’Espierre, formée en majorité avec des capitaux
français : les souscripteurs, surtout parisiens, appartenaient soit
à la haute noblesse (comte de Saint-Aignan, duc de Massa, duc de
Montebello...) soit aux milieux d’affaires de la capitale. Cet apport arriva
à point puisqu’au mois de juin 1845, le montant des travaux exécutés
sur la partie belge s’élevait déjà à 1.700.000
francs.
Sur
le tronçon français, les difficultés se multipliaient
: l’entrepreneur Messen, mis en demeure d’effectuer les travaux du souterrain,
refusa et se vit déchu, le 2 mai 1848, de sa concession. Nouvelle
adjudication, constatation par l’Administration de l’impossibilité
pour le secteur privé d’achever le travail, d’où... en 1855,
reprise par la ville de Roubaix des droits à la concession. En 1861,
enfin, ce fut l’Etat qui reprit la concession.
Ainsi, de Roubaix à
la frontière, le canal devenait propriété de l’Etat,
tandis que le tronçon belge demeurait propriété de
la Société du Canal de l’Espierre. Ce changement allait s’avérer
désastreux : très vite, la France renonça définitivement
à la construction du souterrain, décision grave pour le canal
belge. En effet, l’abandon de ce travail impliquait que le canal de Roubaix
serait alimenté, non plus par les eaux de la Marque, mais par celles
de la Deûle, à l’aide de machines. Cette perspective ne permettrait
pas l’alimentation du canal belge par le canal français, condition
pourtant stipulée par le cahier des charges. Jusqu’alors, c’était
uniquement le ruisseau de l’Espierre, au cours parallèle au canal,
qui fournissait l’eau nécessaire. Par suite de sa pollution et malgré
des instances répétées auprès des autorités
françaises, la compagnie belge dut se résoudre à utiliser
des machines élévatrices pour alimenter le canal belge grâce
aux eaux de l’Escaut.
Jusqu’en 1850, l’alimentation
du canal par le ruisseau de l’Espierre était satisfaisante, mais
à partir de cette date, le développement de Roubaix et de
Tourcoing, l’essor considérable de l’industrie lainière provoqua
des dommages graves pour le canal. Les affluents de l’Espierre, utilisés
par l’industrie pour l’évacuation de ses eaux usées, perdirent
peu à peu leur pureté et précipitèrent en Belgique
une importante pollution. Or non seulement les autorités françaises
ne firent rien pour remédier à la situation, mais elles contribuèrent
à l’aggraver : en 1872, le conseil de salubrité du Nord,
qui avait interdit à une usine de peignage des laines le déversement
de ses eaux usées dans les voies navigables françaises, l’autorisa
moyennant finances, à établir une conduite souterraine de
manière à les déverser dans le ruisseau de l’Espierre,
et de là dans l’Escaut. Cet usage prit de telles proportions que
les Chambres belges en furent saisies. Ainsi, en 1884, la situation était
devenue particulièrement préoccupante. On ne se contentait
plus de salir, d’infecter les eaux de la rivière et de ses affluents
qui avaient leur cours naturel vers l’Escaut, on puisait par machines dans
la Deûle et dans la Lys, pour les besoins de l’industrie, des volumes
d’eau considérables, valant près de 10 fois le débit
normal de l’Espierre et l’on rejetait ensuite vers la Belgique et vers
l’Escaut toutes ces eaux chargées de graisses, de chlore, de teinture,
d’acides, de sulfates, de produits de toutes natures, aussi délétères
que pernicieux pour la santé publique.
En effet, par l’Escaut,
l’infection se propagea vers Courtrai et Gand, provoquant d’innombrables
plaintes de riverains; l’épuration des eaux de l’Espierre, perpétuellement
réclamée par la Belgique, ne trouva sa solution que dans
les années 1970, avec la construction de la station d’épuration
de Grimonpont.
Bassin
houiller du Pas-de-Calais
Cette
situation très défavorable influa évidemment sur le
trafic d’un canal que les bateliers cherchaient surtout à éviter.
De plus, un fait nouveau bouleversa de fond en comble, à partir
de 1850, la géographie économique du Nord; il s’agissait
de la découverte du bassin houiller du Pas-de-Calais.
Depuis
un siècle, on cherchait à découvrir le prolongement
du bassin de Valenciennes et de Douai. Sans doute l’évolution des
structures industrielles et l’essor extraordinaire des chemins de fer -
en particulier sous le Second Empire avaient-ils donné une nouvelle
vigueur aux recherches dans cette voie. Tout naturellement, le bassin du
Pas-de-Calais vint épauler celui du Nord et remplacer aussi, progressivement,
les importations de charbon belge. En 1876, déjà, le bassin
du Pas-de-Calais était en mesure d’assurer plus de la moitié
de la production houillère du Nord de la France... Ainsi, au moment
où la jonction de la Deûle et l’Escaut se réalisait
enfin, c’est-à-dire en janvier 1877, date où le canal fut
entièrement ouvert à la navigation, sa raison d’être
avait disparu en grande partie.
Le
trafic du charbon, qui s’élevait à 110.700 tonnes en 1859,
décrut régulièrement, pour atteindre, en 1891, le
chiffre de 32.000 tonnes. Les transports par chemin de fer ne contribuèrent
pas non plus à assainir l’exploitation du canal, puisqu’ils obligèrent
la compagnie à de substantiels rabais dans le prix du fret. Heureusement,
le transport des matériaux de construction, expédiés
d’Anvers et du Hainaut vers les agglomérations du Nord, en pleine
expansion, prirent peu à peu la première place parmi les
marchandises, alors que l’importance du charbon ne fit que diminuer.
Bassin
de l'Espierre
Catastrophe
financière
Un dernier ennui grave
vint encore perturber l’équilibre financier de la société
: depuis sa création, Messen avait continué à en administrer
les intérêts, mais en 1866, il ne fut plus réélu
administrateur. L’on s’aperçut alors, en examinant le détail
de sa gestion, que le canal n’avait pas la superficie qui était
indiquée dans l’acte constitutif de la société anonyme.
Une enquête plus poussée fit apparaître que Messen s’était
personnellement attribué plus de neuf hectares de terrains, dont
une partie avait déjà été aliénée
par lui.
L’histoire de la Société
du canal de l’Espierre ne connut, du début jusqu’à la fin,
qu’une longue suite de procès, de réclamations, de plaintes
: procès entre associés, avec la ville de Roubaix, réclamations
à l’égard de la France, plaintes des riverains du canal et
du ruisseau de l’Espierre... Les administrateurs de la société
ne se consacrèrent jamais entièrement à leur gestion
et les efforts intermittents qu’ils tentèrent pour convaincre les
bateliers d’emprunter le canal restèrent vains : l’insalubrité
des lieux écarta d’eux tous les bateaux. Dans ces conditions, la
société dut même vendre des peupliers qui bordaient
le canal. Au début du XXe siècle, la situation devint si
difficile que l’on tenta par trois fois de faire racheter le canal par
l’Etat belge.
Les
deux guerres
La
Première Guerre mondiale provoqua de nouveaux désastres :
les troupes allemandes utilisèrent le canal dans le but de faire
monter au front des matériaux de construction. Il s’agissait de
remorqueurs traînant 3 bateaux. Les habitants de Saint-Léger
faisaient alors du troc : 1 ou 2 sacs de charbon contre 15 kg de pommes
de terre, par exemple... En revenant, les bateaux étaient chargés
de laine, coton, textile... enlevés dans les usines du Nord de la
France. L’Espierre connut ainsi une activité tout à fait
inhabituelle, mais les bateliers n’acquittaient aucun droit ! Fait plus
grave, après avoir procédé à la coupe d’arbres,
l’armée allemande, pendant sa retraite en 1918, procéda à
la destruction de tous les ouvrages d’art du canal (le 18 octobre dans
la soirée). Les écluses ayant été rendues inutilisables,
le canal était à sec. Il ne fut rendu à la navigation
qu’en 1921. En remettant à la société ses dommages
de guerre (1.101.000 F), l’Etat prolongea la concession, qui devait expirer
en 1933, jusqu’au 4 octobre 1940 (arrêté royal du 12 novembre
1923).
Le
second conflit amena inévitablement la répétition
des dégradations : le 22 mai 1940, l’armée anglaise fit sauter
tous les ponts pour freiner l’avance allemande. Ce fut dans cet état
que le canal fut remis à l’Etat belge le 4 octobre 1940.
Les
membres de la Société n’en avait pas fini pour autant avec
leurs soucis, puisque l’Etat leur réclama en 1942 une remise en
état complète du canal. La société refusa et
des négociations s’engagèrent, qui aboutirent à un
accord dont la conclusion eut lieu le 2 février 1949; à cette
date, la société reçut officiellement notification
de la reprise du canal par l’Etat.
En
1981, d’importants travaux de consolidation de la berge soutenant le chemin
de halage furent réalisés. Sur 5 à 600 mètres
des palplanches métalliques furent battues, une couche de gravier
fut déposée. La petite route sur berge fut élargie
et le revêtement en tarmac fut renouvelé.
Le
haleur (1890)
Théodore
Verstraete
Actuellement existe un
Ordre des Satcheux - terme estaimpuisien pour désigner les haleurs
-,
société
folklorique, prétexte à des guindailles annuelles...
N'est-ce pas se moquer
de ces pauvres diables qui tiraient à bout de forces des péniches
pour gagner leur pain
? Lamentable !
«
Blue Links » ou « Liens bleus d’Europe » est un programme
de travaux pour la remise en navigation des canaux de la liaison Deûle
- Escaut, qui comprend la Marque canalisée, le canal de Roubaix
- en région Nord de la France - et le canal de l’Espierre dans le
Hainaut et les Flandres occidentales en Belgique. Ce programme de rénovation
de grande envergure - + de 37 millions d’€ - a été rendu
possible grâce à la participation et le financement pour moitié
par l’Europe et pour moitié par un partenariat franco-belge. Il
a été conclu et signé le 3 juin 2003. D’une longueur
totale de 28 kilomètres (19,600km en France, 7,100km en Wallonie
et 1,300km en Flandre), la liaison transfrontalière Deûle
- Escaut relie 11 communes de Marquette à Leers-France en passant
par Marcq-en-Baroeul, Wasquehal, Croix, Tourcoing, Roubaix, Wattrelos et,
en Belgique, Estaimpuis, Pecq et Espierres-Helchin. Si ce projet a nécessité
des travaux presque « pharaoniques », c’est le poste «
dragage des sédiments » qui aura été - sans
conteste - l'aspect le plus complexe: il aura fallu enlever, transporter
et déposer pas moins de... 250 000 m3 de sédiments !
Canal ouvert
à la circulation fluviale en avril 2011