Boch Anna
Fille aînée de l’industriel louviérois Victor Boch, Anna Boch (1848-1936) consacra sa longue vie à la peinture et à la musique. Personnalité sensible et perspicace, toujours à l’affût de la nouveauté, elle fut une wagnérienne de la première heure et l’une des adeptes du pointillisme en peinture.
En tant que membre fidèle et actif du groupe des XX et ensuite de La Libre Esthétique, elle y a exposé régulièrement et avec succès. Elle y côtoya des artistes comme Van Gogh, Gauguin, Bernard, Van Rysselberghe... qu’elle admira et qui l’influencèrent. Sa fortune lui permit de se constituer une remarquable collection personnelle d’oeuvres d’artistes belges et étrangers. Définitivement ancrée dans le bel immeuble qu’elle s’est fait construire rue de l’Abbaye à Ixelles en 1903 pour la décoration de laquelle elle fit appel au jeune architecte Victor Horta, elle voyage beaucoup durant les années qui précèdent la première guerre mondiale... Elle se déplace avec des amies, avec ses nièces, avec son frère Eugène installé en France depuis longtemps déjà. Fait assez rare à l’époque pour une femme, et qui témoigne de son intérêt pour la nouveauté, elle fit l’acquisition en 1907 d’une voiture Minerva. Avec son frère et le chauffeur Lepreux, de nombreuses randonnées furent l’occasion d’installer le chevalet dans des endroits intéressants et d’y travailler. Ses voyages la mènent en Grèce, en Italie, en Espagne et au Maroc. En 1908, elle illustre le petit volume « Impressions de voyage en France et en Italie » publié sous la plume de sa nièce Lily Blondel.


Côte bretonne

Inspirés par ses nombreux voyages, les paysages qu’elle peint se diversifient et la Bretagne fait une entrée remarquée lors de sa participation au Salon de La Libre Esthétique en 1902. Elle rend les grandes côtes sauvages de Bretagne avec une grande justesse de tons, les enveloppant dans le plein air et les imprégnant de la mélancolie qui leur est propre. Elle a définitivement rompu avec le pointillisme qui donnait à ses premiers tableaux - des vues côtières durement ensoleillées - un aspect de marqueterie.


La cueillette

Consécration de la place qui lui est désormais reconnue dans la peinture belge, l’Etat fait l’acquisition au cours de ce même Salon de l’un des tableaux « Côte de Bretagne » pour le Musée de Bruxelles. Anna Boch a désormais pris ses distances par rapport à ses maîtres et ses toiles d’un chromatisme puissant et harmonieux reflètent l’équilibre intérieur qu’elle a atteint. Van Rysselberghe a quitté définitivement la Belgique en 1898 pour s’installer en France, d’abord à Paris puis dans le Midi. Sa forte influence s’est éloignée. Par ailleurs, la mort d’Isidore Verheyden en novembre 1905 a rompu définitivement ce qui fut la seule profonde affection d’Anna Boch. Le chagrin que cette disparition lui causa fut sans doute l’un des incitants qui la poussa à voyager.

L’artiste a trouvé sa propre expression picturale : « un talent lucide et sûr s’appuyant sur un précieux instinct de coloriste ». Ses toiles sont bien composées, lumineuses, juxtaposant de manière toute personnelle des touches spontanées : virgules, hachures, frottis, bien éloignées de la contrainte du « petit point ». Souvent une même toile combine plusieurs techniques allant du pointillisme à de grandes surfaces traitées au couteau. Mais qu’elle soit au bord de la Méditerranée ou dans les brumes de la Bretagne, qu’elle soit allée retrouver le chaud soleil de la Provence ou le ciel voilé de certains ports de la mer du Nord, on ressent chaque fois sa passion pour la nature, la joie sincère qu’elle éprouve et l’harmonie qui est en elle et qu’elle veut faire partager. Les tableaux d’Anna Boch ne sont pas seulement de banales et fidèles reproductions de coins pittoresques ou de panoramas. Mais un sentiment recueilli, un peu timide, plein d’une ferveur très féminine les anime et cette interprétation qui ne déforme rien et ne conclut jamais, - mais impose inconsciemment au spectateur le lyrisme profond de l’artiste - est peut-être leur plus rare et leur plus émouvante qualité.


Pendant l'Elévation

Il y a deux constantes dans l’oeuvre d’Anna Boch : l’une concerne les coloris, l’autre la composition. Quelle que soit la gamme de couleurs utilisées, quel que soit le sujet choisi, elle emploie discrètement ou avec profusion un rose violacé. Souvent elle se sert de ce ton clair et agréable pour indiquer des ombres délicates. Rares sont les ceuvres où cette tonalité n’est pas présente. L'autre constante de son oeuvre est sa capacité à dégager l’essentiel des formes en modelant des plans dans la lumière et en leur donnant par l’intensité des nuances utilisées un relief plus ou moins prononcé. Le dessin, le squelette disparaît dans la forme colorée. La construction est très solide alors qu’aucun élément linéaire n’intervient.

Elle rejoint tout naturellement en 1904, le cercle « Vie et lumière » créé par Emile Claus et Georges Buysse qui rassemble les peintres « luministes » belges ». Ils sont invités à exposer aux Salons de La Libre Esthétique. En dehors de ses participations régulières à La Libre Esthétique, Anna Boch organisa deux expositions personnelles : la première au Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles en 1907, la seconde à Paris, à la galerie Druet en 1908. Elle y présenta 67 toiles : des vues du Midi, des coins de Belgique et de Hollande, des jardins émaillés de fleurs, des champs de pavots, des fermes empreintes de poésie malgré leur aspect délabré, des plages, des voiliers amarrés au port...La peinture colorée et le charme toujours accessible de ses sujets lui assurèrent toujours un accueil très favorable du public.


Falaise à Sanary

Son nom reste attaché à la peinture de paysages et de fleurs. Toute sa création picturale est imprégnée de la lumière post-impressionniste.


Source : Anna Boch
Thérèse Thomas et Cécile Dulière
La Renaissance du Livre – Musée royal de Mariemont (Belgique)
Tournai (Belgique) – 2000