La guerre 1914 – 1918 
Basècles ( région de Tournai – Belgique )
Les lignes qui suivent permettent de percevoir le climat oppressant qui régnait dans un village de la région de Tournai occupé par les soldats d’une nation étrangère. Sur requisition de l’armée belge, les fermiers arrivèrent avec leurs chevaux sur la place de la gare de Basècles Station. Les chevaux acceptés étaient conduits sur le quai de chargement au niveau du plancher des wagons. Les soldats avaient bien du mal à les maîtriser.
Le 22 août, une dizaine de cavaliers allemands furent apercus. Le casque était surmonté d’une garniture polygonale s’élargissant vers le haut et dont la face supérieure était plate. Sur la partie antérieure du casque figurait l’aigle prussien. En plus d’une lance d’environ 2m50, ils avaient une carabine pliante fixée à la selle de la monture. Le boucher fut contraint de leur porter de la viande au château de Malmaison - aujourd’hui en ruines - situé à quelques kilomètres sur la route de Wadelincourt à Tourpes où ils venaient d’installer leur poste de commandement. Le lendemain et les jours suivants, même de nuit, les Baséclois virent passer de nombreux régiments de fantassins portant individuellement leurs bagages et fusils. Chaque unité était précédée de ses officiers à cheval. Au premier rang, un ou plusieurs tambours et flûtistes soutenaient la cadence de la marche. Derrière les hommes, suivait la cuisine roulante tirée par des chevaux, le cuisinier et son aidant debout sur un étroit plancher aménagé à l’arrière, ou assis sur des sièges installés aux bouts des planches. Ce fut de Basècles, paraît-il, que partirent à marche forcée les Allemands qui livrèrent combat aux Anglais embusqués au pont de Thulin. L’armement, les munitions et les vivres suivaient les troupes. Durant toute la durée de la guerre, les déplacements de soldats furent fréquents, soit dans un sens, soit dans l’autre, selon qu’elles allaient au front ou qu’elles en revenaient. C’est lors d’un de ces déplacements que le Kronprinz passa dans une voiture blindée fortement escortée. Il arrivait souvent que les troupes faisaient halte soit pour se restaurer ou seulement pour prendre un peu de repos.

Stationnement prolongé

Outre les services permanents, il arrivait de temps à autre qu’une unité stationnât quelques jours, voire même quelques semaines, s’il s’agissait de soldats en repos revenant du front. Dans ce cas, si leur nombre était important, en plus des places disponibles chez l’habitant, les écoles et les grandes salles étaient réquisitionnées. Un jour ou deux avant l’arrivée de la troupe, le personnel d’installation visitait les maisons avec un délégué civil communal; en sortant de celles-ci, ils inscrivaient à la craie sur la porte le nombre de soldats que l’habitant était obligé d’héberger. Ce chiffre était bien sûr consigné sur une liste qu’ils détenaient. Les maisons bourgeoises étaient retenues pour les officiers. Plus tard, quand l’aviation commença à devenir opérationnelle, les caves furent visitées, et, à l’extérieur, près des soupiraux, il tut peint dans un encadrement noir sur fond blanc l’inscription «Keller für x personen» (nombre variant selon la grandeur de la cave). C’est ainsi que les caves de la cure furent «réservées» pour vingt-cinq personnes. Les troupes en stationnement étaient toujours accompagnées d’un charroi hippomobile et parfois de canons. Ceux-ci étaient généralement placés le long des murs du parc du château Daudergnies ou sur la Grand-Place, alors couverte de gros ormes et tilleuls. De part et d’autre, les arbres les rendaient peu reconnaissables par l’aviation de reconnaissance alliée. Quant aux chevaux, les granges des fermes étaient réquisitionnées pour les abriter. 
 
 


Lignes de chemin de fer à Basècles

Le mythe de la «Grosse Bertha»

En 1918, on vit à deux reprises un puissant canon détenu par les Allemands que les Baséclois, contemporains de la guerre 1914-1918, appelaient et appellent encore aujourd’hui, par erreur, la Grosse Bertha. Vu la longueur de son tube, 10 à 12 mètres, et son diamètre intérieur, 200 à 250 mm, il s’agissait certainement d’une pièce à longue portée. Circulant sur voie ferrée, il était monté sur une énorme plate-forme équipée d’un grand nombre de trains de roues. A l’exception de son tube plus long, il ressemblait à un canon français de 400 ayant une portée de 25 à 30 km. Avec ses quelques wagons de munitions, sa locomotive propre, il formait un convoi appréciable. Cet ensemble trouvait abri sous les arbres du parc d’Adolphe Battaille. Il serait utile de localiser exactement l’endroit d’où pouvait manoeuvrer cette pièce. En effet, les habitants actuels se souviennent très peu de l’existence de deux lignes de chemin de fer qui traversèrent Basècles. Ce fut la ligne Hainaut-Flandres (Mons, Saint-Ghislain, Basècles, Leuze, Renaix, Gand) - société anonyme créée par A.R. le 5 janvier 1857 - qui, la première, fut ouverte au trafic. Ce tronçon avait été construit afin d’acheminer le charbon borain vers Gand Maritime et les Flandres. Cette ligne fut ouverte au trafic «marchandises» le 15 février 1861 et au service «voyageurs» quelques jours plus tard. Le 1 mars 1867, un tronçon allant de Basècles Faubourg à Péruwelz fut mis en service. Il décrivait une courbe à l’emplacement du parc, entre Basècles Faubourg et l’emplacement de « l’aubette onze-heures ».

A l’époque, pour se rendre à Tournai, les Péruwelziens devaient aller par Leuze, via Basècles Faubourg. Ce ne fut que le 15 février 1870 que le prolongement Péruwelz-Tournai fut exploité. Ce dernier tronçon établissait une relation directe entre le chef-lieu du Hainaut et la cité épiscopale; elle se substituait ainsi à une déviation via Leuze et à des échanges de correspondances laborieux dans cette dernière gare. Quant à la station de Basècles Carrières, elle fut ouverte le 1 août 1870, tandis que, peu après, une nouvelle courbe allant du fond du Pré-à-Parchon reliait à «l’aubette onze heures» le tronçon établi en 1867. L’ancienne courbe partant de Basècles Faubourg fut démontée. Ce fut celle-ci que les Allemands rétablirent pendant la guerre pour dissimuler leur canon sous les arbres du parc. Celui-ci avait été délimité vers les années 1900.



La grosse Bertha

Revenons-en au canon. Le triangle formé par les trois voies permettait non seulement de tourner le canon, mais aussi de l’orienter pour tirer dans n’importe quelle direction. La première fois qu’on le vit, il manoeuvrait en gare de Basècles Faubourg, à l’entrée du raccordement reconstruit. Le passage à niveau de la route Mons-Tournai était de ce fait fermé. La seconde fois, il se trouvait en bout de raccordement à «l’aubette onze heures», en bordure du bois Battaille. On y accédait par le Chemin des Prés, face à l’ancien café «A l’Estafette», situé sur la route de Péruwelz, ou par le Pré-à-Parchon. Il est peu probable que ce canon ait été d’origine allemande. Renseignements pris auprès du Service Historique de l’Armée, il est exclu que ce soit une Grosse Bertha. Le canon ainsi appelé par les Allemands, était un canon court de marine type M de 420mm tirant un projectile de 796 Kg à 9 Km. Les Allemands ne possédaient pas de canon sur voie ferrée, à projectiles de plus ou moins 250mm, à l’exception du Lange Max de 380 mm qui fut transformé pour tirer sur Paris des projectiles de 100 Kg à plus de 100 Km. Son tube pourvu de haubans mesurait 34 m. de long et devait être changé tous les 65 coups. Les obus numérotés avaient des diamètres et des charges différentes pour compenser l’élargissement du tube.

Selon le même service historique de l’armée, il se pourrait que le canon en service à Basècles ait été un canon allié capturé intact par les Allemands lors de leur offensive du printemps 1918. Les Alliés possédaient, eux, une gamme d’une dizaine de canons de 194 à 400 mm sur voie ferrée. Un fait qui abonde dans le même sens, est que le dispositif de placement du projectile dans le canon était identique à celui du canon français précité. De même, l’ensemble avait la même structure, d’après les témoins de cette époque. Edmond Cromlin, évadé du camp de Tilloy, a affirmé avoir vu ce canon en gare de Solem avant de constater sa présence à Basècles. Cette puissante pièce d’artillerie ne resta pas longtemps à Basècles. Heureusement... les coups tirés le soir ou la nuit étaient assez espacés et ils secouaient les alentours dans un rayon assez éloigné. Ce canon a tiré de plusieurs endroits. Il fut assez vite repéré et survolé par un avion de reconnaissance allié. Après la guerre, le raccordement rétabli par les Allemands, fut à nouveau démonté. Il en resterait des traces. En effet, pour le rétablir pendant la guerre, de nombreuses rames de wagons de sable avaient été amenées dans le parc, celui-ci étant en contrebas par rapport aux lignes du chemin de fer.



Canon utilisé par les Allemands à Basècles

Lettre du Colonel VAN ONSEM

Chef du Service Historique des Forces Armés Belges.
(22 juillet 1980)

«C’est une erreur populaire et tenace de croire que tout canon sur voie terrée est une «Grosse Bertha», et cette erreur est due à des journalistes qui, à l’époque, ont baptisé le canon tirant sur Paris de ce nom par ouïe-dire et en méconnaissance totale du matériel allemand
[…] Il est probable que le monstre vu à Basècles était un «Lange Max» de 380 mm si la pièce était effectivement allemande. Il y aurait une seconde possibilité, c’est que cette pièce d’artillerie sur voie ferré ait été capturée lors de l’offensive allemande de 1918, car les alliés possédaient toute une gamme de  ces engins (Français : 194, 240, 274, 305, 320, 340 et 400 mm. Anglais : 233, 304 et 381 mm). Faute de documents iconographiques, il est difficile de se prononcer en la matière. De toute façon, il est hors de question qu’il s’agisse d’une «Grosse Bertha». Comme on peut le voir, les légendes ont la vie tenace».