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Evasion
d'aviateurs
La tâche d’évacuer les
aviateurs alliés ou les Résistants compromis vers la France
ou l’Angleterre revêtait une importance considérable nonobstant
le point de vue humain, il s’agissait d’un personnel dynamique qu’il fallait
absolument sauvegarder pour le combat.
C’est ainsi que dès 1940, des
aviateurs anglais tombés en Belgique au moment de l’invasion furent
pris en charge par divers réseaux, Escape, Eva ou Zéro, qui
les avaient amenés à Péruwelz pour les évacuer
sur Paris. Ils entrèrent en liaison avec Betsy alias Carmen (Elisabeth
Haeck) qui les plaçait dans des logements seulement connus d’elle
et ce pour permettre leur transfert ultérieur. Les contacts se faisaient
dans une librairie tenue par Jeanne Dris, au 44 de la rue Astrid à
Péruwelz. Les Anglais étaient conduits à la frontière
et de là, ils étaient repris par d’autres sections. Ainsi,
d’étapes en étapes, ils purent rejoindre leur terre natale.
Un jour de 1943,
une forteresse blessée à mort fut contrainte de larguer une
partie de son équipage près de Chièvres (un des aviateurs
fut d’ailleurs par la suite hébergé à Baugnies). Poursuivant
tant bien que mal son vol, elle rencontra un chasseur ennemi ; le mitrailleur
étant toujours au poste, le combat s’engagea et le chasseur ennemi
fut abattu près de Flines-lez-Mortagne. La forteresse continuant
à faire du « saute-mouton », poussa au maximum sa puissance
pour tenter de reprendre de l’altitude, mais en vain. Elle piqua sur la
tannerie Baugnies en France, vira et finalement se posa en catastrophe
près de la ferme Van Hullebusch à proximité du Moulin
de Cerfontaine à Péruwelz. Les trois derniers aviateurs purent
quitter à temps l’appareil. Ils furent recueillis immédiatement
par la Résistance.
Plus tard, le 25 août 1944, la
compagnie Partisans Armés Billy 2 de Chercq récupéra
du matériel sur un avion abattu dans la région de Flines.
Les Résistants rencontrèrent en chemin une patrouille allemande
mais il n’y eut aucun incident. Ils mirent les mitrailleuses en sécurité
en attendant de pouvoir les transporter; les mécanismes de détentes
étaient en parfait état, les deux canons étaient légèrement
faussés et le mécanisme des distributeurs de cartouches était
brisé étant donné que ces quatre mitrailleuses étaient
jumelées. Un armurier fit ultérieurement les réparations
nécessaires. Ils fouillèrent le cadavre de l’aviateur et
retrouvèrent sur lui trois cartes militaires, une boussole miniature,
un billet de 500 frs français, 5 billets de cent frs français,
1 billet de 500 frs belges, 1 billet de 25 florins, un poignard abîmé,
un chapelet, un document donnant la composition de l’équipage, une
petite scie et aucune plaque d’identité.
Chambon
Jean
Revenant le 10 août d’un raid
effectué sur l’Allemagne, un autre appareil fut abattu par la DCA
de Chièvres. Etant tombé sain et sauf dans la région
de Leuze, l’aviateur fut dirigé vers Wiers. Il faisait partie de
l’escadrille Cigogne sous le commandement du général Bergeret.
Il fut conduit par Mme Allard et le docteur Amillia à Tournai. De
là, il fut convoyé à l’état-major F.F.I. de
Baisieux (France). Il s’agissait de Jean Chambon, sergent aviateur, fils
de Léon Chambon (76, avenue Henry-Martin à Paris XVI°)
qui fut ministre du ravitaillement. Jean Chambon rejoignit Paris où
il s’illustra dans les ailes françaises. Il fut blessé en
décembre à Colmar.
Sanders
Lee
Un Américain
du nom de Lee Sanders fut abattu à Kontich (près d’Anvers).
Il traversa la Belgique à pied et fut finalement recueilli par les
services de la Résistance à Quévy. Il fut hébergé
ensuite à la Roé ( Péruwelz ) chez Raymonde Rock,
orpheline de guerre, son père ayant été tué
par les Allemands durant la première guerre ; il y resta du 18 avril
au 25 juin 1943. Il partit vers Wiers et de là à Paris pour
tenter de gagner l’Espagne. Malheureusement il fut pris dans la capitale
française et fait prisonnier jusqu’à la Libération.
Un autre parachutiste
américain devait être ramené de Bruay en Belgique.
Il fallut trouver un convoyeur pour lui faire traverser la frontière
française. A l’époque, un Belge, rexiste notoire, très
connu par les autorités douanières se rendait souvent en
voiture en France. Dumont André profita de l’aubaine et alla chez
lui pour lui demander de l’aider. Il le menaça, bien évidemment,
de représailles pour lui et sa famille s’il dévoilait l’affaire.
Le collaborateur accepta et l’opération fut menée rondement.
L’aviateur fut mené à Beloeil. Il fut d’ailleurs tenu compte
de la coopération forcée de cet incivique après la
guerre, lors de l’épuration.
Ellis
James
Dans la matinée du jeudi 2 mars
1944, le village de Moustier fut remué par le vrombissement des
bombardiers américains revenant de Frankfort. La DCA de Chièvres
parvint à toucher un appareil allié. Plusieurs aviateurs
sautèrent de l’avion et tombèrent en parachute. Des Russes
engagés dans la Wehrmacht, affolés de voir tant de gibier,
coururent et coururent si bien qu’ils arrivèrent trop tard. Car,
à peine James Ellis avait-il touché terre dans le jardin
de la cure, qu’une foule de gens arriva avec le ferme espoir de l’aider.
Les Résistants veillaient. Ils étaient nombreux à
se cacher à cet endroit, à cette époque. Plusieurs
d’entre eux déshabillèrent le nouveau venu pendant que d’autres
se chargèrent de détourner adroitement Russes et Allemands.
Un Partisan connaissant l’anglais invita l’homme à le suivre et,
pour augmenter sa confiance, lui souffla quelques bons mots à l’oreille.
Ensemble, ils filèrent par une porte retirée, rencontrant
même quelques Russes qui se dirigeaint encore vers le parachute.
Par une chance tout à fait exceptionnelle, ils arrivèrent
dans la maison de Parent, sans être vus d’aucun ennemi. Pourtant
Ellis était encore bien près du lieu d’atterrissage ; une
autre solution s’imposait. La porte du bureau des Postes étant restée
ouverte, par un coup d’oeil suggestif du percepteur, le groupe lui fit
traverser la rue. C’était déjà là une belle
victoire de l’avoir amené dans un autre quartier. Allait-il continuer
sa course ou fallait-il mieux le cacher pour l’évacuer durant la
nuit ? Derrière la Poste et dans un jardin voisin, les Résistants
s’empressèrent de lui fournir quelques vêtements civils supplémentaires
et, ainsi déguisé en jardinier, il sauta dans une maison
voisine. Il se cacha dans une dépendance jusqu’à la nuit.
Le lendemain matin, le chef de groupe Reth ( Henneghien Arthur ) vint le
prendre pour l’amener dans d’autres lieux, plus sûrs et plus retirés.
La narration de ce sauvetage prouve à suffisance les dangers encourus
et les précautions prises par les Partisans. Ce n’était pas
chose si aisée que de soustraire à l’ennemi un allié
descendu du ciel (six à huit aviateurs furent ainsi récupérés
à Moustier et à proximité de Chièvres). L’aviateur
devait répondre à un questionnaire inspiré de Londres.
Les renseignements étaient recoupés avec d’autres ou envoyés
à Londres pour vérification. L’ennemi pouvait toujours introduire
dans une chaîne d’évasion un agent parlant très bien
l’anglais et se faisant passer pour aviateur.
8-9
mai 1944 : Lancaster
Dans la nuit du
8 ou 9 mai 1944, un avion Lancaster en mission sur Haine Saint-Pierre s’écrasa,
abattu par la DCA de Chièvres, près de la ferme Sarot à
Bonsecours. L’équipage de l’avion abattu comprenait Arthur Darlow
(pilote), George Lorimer (navigator), Nethery (bombardier), Alan Burreel
(Wireless op), Philip Richards (engineer), Trevor Utton (mid upper gun),
Doual Copeland (rear gun). Un seul membre fut tué lors de l’atterrissage
forcé. Mme et M. Henrard, habitant au 88, boulevard Léopold
III ( Péruwelz ) qui se tenaient à la fenêtre de leur
chambre, éveillés par le bruit de la chute, virent plusieurs
parachutes tomber dont un de l’autre côté de la chaussée,
dans l’avenue Baugnies. Mme Henrard descendit et remarqua une ombre contre
la porte grillagée. Elle se douta un peu de l’identité de
la personne suspecte. C’était bien un des aviateurs, Arthur Darlow
de Sevenook dans le Kent. Elle engagea la conversation, lui conseilla de
se diriger vers la ruelle Ponchau et de sauter le mur de son jardin sans
être vu. Elle le fit entrer chez elle, lui donna à manger
et à boire, puis le fit dormir dans le lit de la servante qui était
femme de prisonnier de guerre. Le parachutiste insista pour qu’elle détruisît
tous ses papiers. Vers 7 heures du matin, Jean Henrard prévint le
dr. Dits et Froidmont. Ceux-ci promirent de venir avec des vêtements
de jardinier. Pendant ce temps, Mme Henrard remarqua que le quartier avait
été encerclé. Elle réveilla Darlow et le conduisit
à l’abri antiaérien construit dans le jardin. Elle sortit
de chez elle et prétextant un achat de lait pour ses deux jeunes
enfants, elle réussit à forcer le cordon de police qui recherchait
les aviateurs. Elle put prévenir les deux personnes précitées
de ne pas venir au boulevard, le danger étant trop grand. Toute
la journée, les Allemands sillonnèrent la ville. Le co-pilote
fut pris. Il était tombé dans le jardin d’un postier rexiste
de la rue de Sondeville, qui le dénonça. Celui-ci fut d’ailleurs
abattu par la suite à Quevaucamps. Darlow put finalement s’échapper
et rejoindre l’Angleterre.
Le
groupe de Résistants qui prit en charge les deux aviateurs américains
(
photo prise à Buissenal, derrière la maison de Gaston Flamand,
garde-champêtre )
On
y reconnaît de gauche à droite :
Vincent
Caulier, Alfred Connart, les deux Américains [James Chandler Ellis
et Glen R. Hufnail, pilotes de la forteresse B17G de Kimbolton, 527 Squadron
du 379 Bomber Group, dont le réservoir de l'aile droite était
en feu], Jean Connart et Reth ( Henneghien Arthur )
Derrière
: Isa Vincent (femme de Gaston Flamand), Scarlett ( Emilia Bachy ) et Mariette
Parent
Lorimer
La même nuit, Bernard Schuster,
garçon encore jeune et habitant la boucherie sise entre le couvent
de la Treille et la douane ( Bon-Secours - Péruwelz ), frappa à
la porte du vicaire Ermel en le priant instamment de se rendre à
son domicile. Le jeune homme connaissait très bien le prêtre,
il était un de ses courriers. Là, Ermel rencontra George
Lorimer, navigateur canadien qui était tombé dans le parc
du notaire Alen, à la Buissière ( Péruwelz ). Il avait
gagné le bois de Bonsecours par des chemins détournés.
Là, il s’était présenté chez Schuster en demandant
qu’on le conduise aux Allemands craignant d’exposer la vie de ses éventuels
hôtes. Par chance, cette personne parlait anglais et était
patriote. Il s’agissait de Mme Schuster, Carmen Trivière de Blaton
qui avait épousé un soldat anglais de la guerre 1914-18 ;
elle avait accompagné son mari en Angleterre, mais celui-ci étant
mort, elle était rentrée à Bonsecours et s’était
remariée avec Jules Squerens. Le vicaire Ermel conduisit donc Lorimer
dans un petit pavillon se trouvant dans le jardin de l’Hôtel de France
(chemin longeant le mur et rejoignant la chaussée de Condé
près de l’ancien terminus du tram). Il alla récupérer
avec Fernand Bataille le parachute à la Buissière. Comme
pour Darlow, il était urgent de l’évacuer, les Allemands
poursuivant leurs recherches sans discontinuer.
Ceux-ci étaient alors casernés
à l’Ecole du Centre filles, rue du Berceau ( Péruwelz - actuellement
Institut technique). Comme ils mangeaient vers 18 heures, Ermel choisit
ce moment pour tenter le transfert. Il se mit en rapport avec Zénon
Lefebvre en utilisant bien entendu au téléphone un langage
convenu (« Un Canard allait être fourni » ) pour le prévenir
de sa visite. Lorimer ne connaissant pas un mot français, il fallut
donc le déguiser. Pour que cela soit plus vraisemblable, il revêtit
une soutane et partit en vélo en compagnie d’Ermel. Ils rencontrèrent
une première patrouille allemande qui ne prêta aucune attention
à eux ; le travesti remplissait son office. Au passage à
niveau du Noeu Moulin, ils virent arriver Zénon Lefebvre à
toute allure les priant de déguerpir au plus vite : une patrouille
allemande était à l’endroit du rendez-vous. Ils partirent
donc chez le curé de Wiers, puis chez le docteur Delcoigne. Là,
ils durent attendre une heure et demie, celui-ci était parti procéder
à un accouchement. A son retour, il emmena Lorimer chez Lefebvre
dans le coffre de sa voiture. Ce dernier eut la surprise d’y rencontrer
un de ses compagnons du même équipage. La Résistance
de Wiers avait été avertie qu’il ne fallait plus rapatrier
les aviateurs étant donné qu’un événement important
allait se produire. Le débarquement était proche. Lorimer
trouva refuge par la suite chez Raymonde Rock.
Nethéry
Edouard
Sauvage de Blaton trouva Alexander Nethéry, canadien, dans un four
à chaux. Il l’escorta, la nuit, avec Lévêque. Il fut
amené chez ce dernier qui le garda la nuit. Il prévint Zénon
Lefebvre qui lui donna un costume civil et l’escorta avec Raymonde Rock,
de Blaton à Péruwelz, chez Lermusiaux qui l’hébergea
une journée. Il partit ensuite chez Rock Raymonde du 9 mai au 8
septembre 1944. Pour ne pas être repéré, il reçut
des vêtements du docteur Quintard de Bonsecours. Signalons ici qu’au
moment de la Libération, Raymonde Rock se rendit au château
de l’Hermitage. Là, elle rencontra le premier Américain dans
la région. Elle lui demanda des cigarettes et du chocolat pour ses
deux aviateurs canadiens. Son interlocuteur peu surpris lui répondit
calmement • « You are a hero ! ».
Enfin, un autre
aviateur dont le parachute portait le numéro A 314.74 était
tombé sur le toit de l’habitation d’Ursmar Sauvage. Avec l’aide
de Mme et Oscar Hainaut, il put le dégager. Philip Richards fut
hébergé chez ces derniers, derrière l’Hôtel
de Ville de Péruwelz.
Juin
1944
De
g. à dr. : Jack Pierson, John Trull et Philip Richards
(
après avoir été recueilli par la famille Hainaut-Choquet,
il
regagna l'Angleterre avec l'aide de
Marie-Paule
Tassart )
Vicaire
Ermel
A côté de cette aide aux
aviateurs alliés, la Résistance s’occupa d’un certain nombre
de personnes menacées par l’occupant.
Le vicaire Ermel collabora souvent
au passage à la frontière des prisonniers évadés
d’Allemagne. Ils arrivaient à Bonsecours ( Péruwelz ) en
utilisant toutes sortes de ruses. Dans ces circonstances, l’esprit inventif
de l’homme est particulièrement développé. L’opération
à Bonsecours n’était pas complexe. Nombre de frontaliers
ayant fait de la contrebande, connaissaient parfaitement les lieux et les
différents sentiers du bois. Ils les dirigeaient vers l’Institut
de la Merci et de là, traversaient la forêt. Ils partaient
en éclaireur et à une centaine de mètres d’eux suivaient
le ou les fugitifs. Il y eut notamment trois prisonniers évadés
français qui arrivèrent, chez lui, portant sur le dos le
sinistre triangle rouge des camps d’extermination.
Direction
Angleterre
Trois
Péruwelziens décidèrent de gagner l’Angleterre pour
rallier les forces belges. Ce furent Patris André, Tuncki René
et Ballant Maurice. Ils avaient respectivement 20, 19 et 17 ans. Ils quittèrent
Péruwelz le 29 avril 1943. Livyns Hector leur fit passer la frontière
française. Après bien des péripéties, ils gagnèrent
la confiance d’un contrebandier qui les aida à traverser la frontière
pyrénéenne la nuit du 4 au 5 mai. Le calvaire commençait.
Arrêtés par la police espagnole, ils furent internés
à Cestaux pendant trois mois. Grâce à l’intervention
de la légation belge, ils furent relâchés et atteignirent
le Portugal où ils séjournèrent trois mois. Ballant
ayant eu le bras fracturé fut reconnu inapte au service militaire
et par la suite, se rendit au Congo. Patris et Tuncki ayant atteint Gibraltar
y restèrent trois jours. Ils envoyèrent au bureau des Télégraphe
et Téléphone de Péruwelz une carte ce qui eut pu attirer
les soupçons de l’occupant sur les employés. Il n’y eut heureusement
aucune suite fâcheuse. Patris fut embarqué pour l’Angleterre
sur le transatlantique Prins of Coast. La traversée en passant par
les Açores dura quinze jours. Quant à Tuncki, retenu plus
longtemps au Portugal, il rejoignit André un mois plus tard. Pendant
trois semaines, ils subirent des interrogatoires quotidiens de l’Intelligence
Service. Ils furent admis comme volontaires dans les forces belges pour
la durée des hostilités. Patris fut versé dans l’infanterie
et Tuncki dans l’artillerie. En juste témoignage de leur bravoure,
ils reçurent la médaille des évadés. A l’heure
J, le 6 août 1944, ils débarquèrent à Arromanches.
Ils furent dans la mêlée jusqu’au Havre. Ils arrivèrent
ensuite à Bruxelles et partirent en direction de la frontière
hollandaise.
Edgard
Woodbury et Henry Young
Houbart
Paul
Dumont André, dont la qualité
de Résistant civil fut reconnue dès 1940, aida jusqu’ en
septembre 1941 des Résistants venant d’Anvers et de Bruxelles à
traverser la frontière. Il était averti par différents
contacts de l’arrivée des hommes. Il les guidait parfois jusqu’à
Saint-Amand. Là, ils étaient pris en charge par la Résistance
française.
Ce fut notamment le cas pour les membres
du groupe dirigé par Paul Houbart qui à Bruxelles avait déjà
causé de nombreux torts à l’ennemi.
Peu avant l’invasion, ce dernier se
trouvait à l’Institut du Docteur Voet, où il avait été
envoyé pour dépister éventuellement des agents de
l’Allemagne. Il y jouissait d’une mauvaise réputation : on le croyait
partisan de l’Ordre Nouveau. Dès le 10 mai 1940, il reçut
l’ordre de se replier, mais quelque temps après, il fut nanti d’une
mission importante : créer des services de renseignements et des
lignes de rapatriement de soldats alliés vers l’Angleterre, et par
la même voie y acheminer les Belges et les Français qui désiraient
servir leur Patrie.
Un jour, il partit dans le Nord de
la France avec le dernier groupe qui devait être embarqué
à bord d’un avion pour la Grande-Bretagne. En fait, ce fut un appareil
allemand camouflé en anglais qui les embarqua. L’ennemi avait réussi
à découvrir la filière. Tout le groupe fut par la
suite décapité, Houbart mourut le 10 janvier 1944 à
Dortmund après quatre condamnations à mort...
Courriers
et passeurs
Le rôle de passeur ne fut pas
exclusivement réservé aux frontaliers. Ce travail ingrat
en responsabilité était également dévolu aux
courriers. Lorsqu’un Résistant était « brûlé
» dans une région, ils les menaient dans un endroit plus sûr.
Yvette ( Van Tieghem Simone ) amena
ainsi Jean, un illégal de Mouscron, se réfugier à
la ferme Allard à Braffe. Puis à Basècles, elle rencontra
Dumont qui lui remit une fausse carte d’identité établie
au nom d’un travailleur volontaire de Willaupuis. Par mesure de précaution,
Jean suivait toujours à une centaine de mètres. Si le courrier
descendait de vélo, il devait se cacher ou éventuellement
fuir. C’était là le signal de danger. Yvette et Jean parvinrent
sans encombres sur la place de Tourpes, quand ils rencontrèrent
une patrouille ennemie, des Russes blancs. Ceux-ci demandèrent leurs
papiers. Tout était en règle. Après avoir poussé
le ouf de soulagement, ils purent continuer paisiblement leur route.
De multiples
passages d’hommes furent ainsi organisés. Nous ne pouvons les citer
tous ; signalons quand même les transferts le 19 septembre 1943 de
cinq Russes de Callenelle à Basècles, le 22 avril 1944, de
réfractaires en France et le 9 juin 1944, de Callenelle à
Flines de Vandenborre blessé...
Ce
chapitre a été repris dans le livre
"
LANCASTER DOWN "
de
Steve Darlow
-
petit-fils d'Arthur Darlow -
(
Ed. Grub Street - 2000 - The Basement - 10 - Chivalry Rd -
London
SW 1 HT )
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