ATHENEE ROYAL CAMPIN ( ex-LYCEE )

Institut communal de Demoiselles
Tournai
 

En 1881, l’Institut communal de Demoiselles fut converti en Ecole Moyenne de l’Etat


Melle Colinet dans son bureau

A Pâques 1881, les locaux de la rue des Clairisses, devenus trop exigus, étaient abandonnés ; les maîtresses et les élèves prirent alors possession de l’établissement à la rue du Becquerel - rue Royale. Le 22 juillet 1882, le Conseil Communal décidait que le pensionnat de l’école moyenne serait tenu en régie par la Ville. Et ce pensionnat, très tôt, acquit une renommée enviable. La partie flamande du pays et même l’étranger lui envoyaient leurs jeunes filles, car l'institut jouissait dehors des frontières de la Wallonie, de la réputation flatteuse et très justifiée de communiquer à ses élèves de façon parfaite « la parleure la plus délitable et la plus commune à toutes gens », comme disait au Moyen Age, le maître du Dante, au sujet du français.


Réfectoire des internes en 1902

A la même date du 22 juillet 1882, le Conseil Communal ajoutait aux trois années de la section moyenne un cours supérieur pour les jeunes filles qui désiraient compléter leurs études ou qui se destinaient aux examens d’entrée à la Section Normale Moyenne de Bruxelles ou de Liège.

« Cet établissement, qui a succédé à l’institut communal, et qui occupe, rue Royale, un vaste et splendide local dont la construction a été terminée en 1881, est entré dans une voie de prospérité qui ne saurait manquer d’être toujours croissante. Le grand nombre d’élèves appartenant aux classes aisées de la société tournaisienne qui fréquentent cette belle institution prouve suffisamment qu’elle jouit d’une excellente réputation, justifiée, d’ailleurs, par des faits incontestables et par le mérite personnel de la directrice, créatrice en quelque sorte, de l’ancien Institut de la rue des Clairisses, qui lui dut cette organisation, tout à la fois douce, solide et sérieuse, qu’on s’est toujours plu à y constater, et qui sut toujours se maintenir, grâce à un système d’éducation toute maternelle, offrant aux parents des garanties qui ne laissent rien à désirer et qui entretient dans le coeur des enfants, avec l’esprit de famille, cet attachement pour l’école dont ils ne doivent jamais se départir. L’école moyenne comprend une section préparatoire de six années et une section moyenne de trois années. L’Administration communale y a ajouté un jardin d’enfants et une classe supérieure  pour jeunes filles qui désirent compléter leurs études ou qui se destinent aux examens d’entrée de la section normale moyenne de Bruxelles ou de Liège. L’enseignement y est donné par trois régentes, un ingénieur civil, professeur de sciences naturelles, cinq maîtresses et cinq institutrices. Le bureau administratif se compose du collège échevinal et de cinq membres choisis en dehors du conseil communal. Satisfaisant au voeu des familles, l’administration communale a annexé à l’école moyenne un pensionnat régi par la ville, sous la haute surveillance du conseil. Les locaux sont vastes et parfaitement aménagés; toutes les conditions hygiéniques y sont scrupuleusement observées. De belles classes, heureusement disposées, de grands corridors, de vastes salles de jeux, un immense préau couvert, une cour superbe, des salles d’études, de conversation, de dessin, de gymnastique, un magnifique réfectoire, de nombreuses salles de musique, des cabinets de bains confortables, ainsi que des dortoirs établis dans des conditions exceptionnelles d’hygiène font incontestablement de ce pensionnat un des plus remarquables du pays. »
[Extrait de C. BOURLA « Tournai - Guide illustré » Tournai 1884]


La rue De Rasse (photo prise de la direction de Saint-Brice)
Au fond, l'Institut de Demoiselles

Dès 1884, les élèves prirent part régulièrement aux Concours Généraux, et régulièrement aussi, elles y remportèrent de brillants succès. En voulez-vous des preuves ? Les 83 concurrentes de 1891 comptaient cinq élèves de l’Institut. Celles-ci conquirent les deux premiers prix et toutes reçurent une récompense. Et ce ne fut pas un triomphe sans lendemain. En 1909, en effet, 369 concurrentes participèrent à la lutte : les deux premiers prix furent décernés à des élèves tournaisiennes. Madame DUBOIS d’ENGHIEN succéda à Mademoiselle GILMET en 1903 et eut à coeur de maintenir les traditions instaurées par Mademoiselle GILMET. Il en fut de même de Madame DEJARDIN, sous le directorat de qui, cependant, l’Institut fut brusquement secoué de la quiétude heureuse, qui lui avait permis si longtemps de fournir de bonne et utile besogne. L’établissement, lui aussi, subit les contrecoups de la tourmente qui s’était abattue sur la Belgique, le 4 août 1914. En février 1917, l’occupant réquisitionna les locaux et les pérégrinations à travers la ville commencèrent, marquées d’épisodes tour à tour burlesques ou angoissants. Mais malgré les installations de fortune chez les particuliers dévoués, qui avaient ouvert leurs portes aux exilées, le travail continuait et continua sans défaillance jusqu’à la veille de l’armistice. En janvier 1919, l’Institut rouvrait ses portes dans un état lamentable.


La cour de l'Institut des Dames de Saint-André
Seule une infime partie du bâtiment échappa au feu en mai 1940

En 1925, Madame DEMARET, à son tour, se voyait confier la direction de l’Institut. La physionomie de l’école évolua avec le temps et s’adapta aux nécessités nouvelles. C’est ainsi qu’en 1928, le cours supérieur, devenu d’une médiocre utilité pratique, fut remplacé par une section commerciale.

Seconde guerre mondiale et après-guerre

En juillet 1939, l’Ecole Moyenne de l’Etat comprenait six classes d’enseignement moyen très peuplées. A la déclaration de guerre, le 10 mai 1940, il fallut procéder au licenciement des élèves.
Le 16 mai vers 15h30 - 16h, le bombardement eut lieu sur TOURNAI. Une permanence avait été établie à l’école. Les deux professeurs désignés pour la prestation de 16 h 00, venant du Viaduc et allant vers l’école furent surprises par le bombardement et durent s’abriter dans la Tour Henri VIII déjà comble de réfugiés.


La façade du Lycée (rue Royale)
après le bombardement
[actuellement : nouveaux locaux de la Police de Tournai depuis 2005]

Melle COLINET, directrice, trouvant les caves du bâtiment rue Royale peu fiables, fit transporter par précaution les archives et documents par Fernand Frighem, le concierge, chez son père qui habitait 13, rue Piquet, une très ancienne maison aux caves superposées et voûtées. Malheureusement, la maison bombardée et incendiée s’est effondrée et le feu s’est étendu vers l’entrée de la cave : tout fut brûlé. Suite à ce bombardement, il fallut déplorer la destruction du grand hall qui servait de salle de fêtes et de réunions : le toit fut totalement éventré. Survinrent les bombardements des 17 et 18 mai et la bataille de l’Escaut. L’évacuation s’ensuivit à l’exception de quelques personnes dans les faubourgs. Vers le début juin, Melle COLINET rentrée la première nettoya avec Fernand et Célestin (personnel de maîtrise) les classes où les Allemands avaient établi des salles d’hôpital. Elle obtint avec le concours des autorités communales que les Allemands blessés ou non libèrent les locaux. Ainsi donc après l’exode endeuillé par de cruels souvenirs, dès le 6 juin, l’école ouvrit ses portes à la rue du Sondart, l’entrée par la rue Royale étant impossible par l’effondrement des bâtiments. Un garage vide ou à peu près était situé en face de l’école de l’autre côté de la rue du Sondart. Melle COLINET installa le jardin d’enfants. Celui-ci était communal mais traditionnellement rattaché à l’Ecole Moyenne jusqu‘au moment où la Ville ayant fait reconstruire l’école Paris, les petits retrouvèrent des classes normales. Commença alors l’époque héroïque, pendant laquelle on dut entamer la lutte pour obtenir, au compte-gouttes, des Pouvoirs désorganisés un minimum d’améliorations matérielles.


C'est sur d'autres ruines que fut éfifié le Lycée,
celles d'un pensionnat religieux pour jeunes filles (créé en 1801)
installé en face de l'église Saint-Nicolas du Château

L’école fut donc de nouveau opérationnelle avec un nombre très incomplet d’élèves et de professeurs et ce, dans le hall béant. Lorsqu’il pleuvait, tout le monde maniait obligatoirement brosses et seaux. Néanmoins, l’année scolaire 1939 -1940 se termina et la proclamation des résultats eut lieu fin juillet dans le grand hall béant par Louis CASTERMAN, bourgmestre. Chaque professeur avait, pour sa classe, écrit sur une feuille volante un palmarès complet. Les conditions de travail en cette fin d’année 1940 furent épouvantables. Dans les classes, les vitres avaient été protégées par des bandes de papier en croix (les bombes incendiaires ne provoquaient pas de grandes déflagrations). Par contre le vitrage du préau aux trois quarts démoli, permettait à la pluie de batifoler à l’aise sur le pavement. Parfois de copieuses averses nocturnes envoyaient l’eau dans les classes et dès l’arrivée matinale, élèves et professeurs torchonnaient vigoureusement ! La vie scolaire continua malgré tout pendant les années tragiques de l’occupation, coupée d’épisodes angoissants : perquisitions et interrogatoires...


Les ruines demeureront béantes jusque dans les années 1960

Dans l’ombre, aidée par l’action habile de fonctionnaires intelligents, compréhensifs et avisés, à l’insu des Allemands, Melle COLINET obtiendra en 1942 la création de la première classe de section latin-grec. L’élan était donné, l’idée avait pris corps: une section d’Athénée ne suffisait plus ! Il fallait à Melle Colinet un Lycée complet et elle l’obtiendra de haute lutte...


Ces baraquements servaient de classes
(rue du Sondart)

En 1944, la situation devint à nouveau critique : nouvelle évacuation pour éviter le quartier de la gare. Les professeurs partant dans diverses directions, il fut possible de créer en quelque sorte des antennes de l’école à GAURAIN, à FROYENNES et à la rue de Bève, où les professeurs venaient une ou deux fois par semaine donner cours aux élèves réfugiées dans les mêmes régions. Les Communes cédaient leurs écoles pour ces prestations. Les élèves qui habitaient le haut de la ville étaient accueillies dans une école communale de la rue de Bève. Dès qu’il fut possible de rentrer en ville, les antennes ayant cessé d’êtres utiles, sauf celle de la rue de Bève, toute l’école se réunit à cet endroit. L’année scolaire 1943-1944 se termina donc par les examens et la proclamation des résultats ainsi que par la remise des diplômes.


L'entrée rue du Sondart

« ECOLE MOYENNE DE L’ETAT
(INSTITUT) TOURNAI
Les inscriptions des élèves nouvelles qui avaient été suspendues, en raison des événements, seront reprises à l’établissement, rue du Sondart, aux dates suivantes : les lundi 11, mardi 12 et mercredi 13 septembre, de 10 à 12 heures. Les examens d’admission auront lieu le jeudi 14 septembre de 8 h 30 à 12 h 30, les examens de passage du mercredi 13 au samedi 16 septembre de 2 à 5h15.
La reprise des cours sera annoncée ultérieurement »
[L’Avenir du Tournaisis samedi 9 septembre 1944]


Le toit du grand hall
Rue du Sondart

Depuis 1942, il était souvent arrivé que des avions anglais étant signalés, il fallut mener les  élèves dans un pseudo-abri sous des baraques dans la cour. Durant les périodes d’examens, il fallait toujours prévoir deux séries de questions.


La classe jardin d'enfant (rue du Sondart)
avant le bombardement

En 1945-1946, la vie reprit dans un bâtiment toujours aussi délabré que tout le monde espérait quitter au plus tôt pour une nouvelle école. Mais les « Dommages de guerre » n’étaient pas pressés. De plus, il se présenta une certaine complication étant donné que le bâtiment appartenait à l’Etat; mais le sol sur lequel il se trouvait appartenait à la ville de Tournai. Pourtant, ce n’était pas faute d’avoir harcelé les Ministères compétents. Des dizaines de lettres partirent émanant de la direction et du conseil du personnel. Le bureau directorial était réduit à une minuscule et inconfortable pièce à l’étage, tandis que le grand hall enfin recouvert était devenu une salle de gymnastique où professeurs et élèves gelaient en hiver sur un carrelage très froid. Malgré tous ces inconvénients, les différentes activités furent respectées : cours, voyages, conférences, théâtre, fancy-fair, cinéma...

1948

Les premières lycéennes quittèrent l’établissement nanties du diplôme d’humanités anciennes. Puis se succédèrent les créations des sections latin-mathématiques, scientifiques et économiques. Le cycle était achevé. (*) Désormais les jeunes Tournaisiennes pouvaient, à l’instar de leurs compagnes des grandes villes se préparer, dans leur cité natale, à toutes les sections d’études supérieures. Depuis 1948, les rhétoriciennes conquirent brillamment leurs grades universitaires et bien évidemment depuis cette date, le mouvement allait s’amplifier. Les universitaires n’étaient pas les seuls établissements qui accueillaient les élèves. Les sections normales moyennes où se formaient les régents, les instituts supérieurs de chimie, de secrétariat, les écoles d’assistantes sociales, de kinésithérapie et de régentes techniques les recevaient et les spécialisaient dans un art déterminé.
Revenons-en aux problèmes matériels. Le terrain de la nouvelle école fut enfin choisi par les Travaux Publics. Les plans furent réalisés et l’on apprit que le nouvel emplacement du Lycée et de son pensionnat serait à la rue du Château, sur le terrain laissé libre par les Dames de Saint-André installées à Ramegnies-Chin. Mais que de péripéties encore. En creusant les fondations, on découvrit un cimetière des Dames de Saint-André. Les travaux furent interrompus légitimement pour permettre d’explorer et de récupérer tout ce que les fouilles révéleraient. Toute cette opération engendra un retard de quelques semaines. Vers fin avril 1961, on découvrit à ciel ouvert une poudrière - simple cône de grosses pierres - datant du XVI° siècle qui était incluse dans les fortifications anglaises dont il reste aujourd’hui la Tour Henri VIII. Cette poudrière, sur les plans, devait se trouver au milieu de la nouvelle salle de gymnastique. Elle devait donc disparaître. Une section familiale fut enfin créée où les jeunes filles pouvaient s’entraîner à la pratique des travaux ménagers.

Fin des années 70, le Lycée devint Athénée Royal Robert Campin.


Tour Henri VIII début du XX°siècle

(*) D’après l’arrêté du 20 juin 1949, les appellations I°, 2e et 3e moyennes furent réservées uniquement aux écoles moyennes, tandis que les appellations 6e, 5e et 4e modernes furent réservés aux athénées et aux lycées (circ. Min. du 29 août 1949)
D’autre part, en suite de l’arrêté ci-dessus et en vertu d’un arrêté spécial du Régent du 20 juin 1949, une série de sections d’athénées pour garçons furent transformées en athénées royaux et une série de sections d’athénées pour filles furent transformés en lycées.


L'écu est placé dans un cartouche fortement ouvragé
et encadré par une branche de chêne à dextre et une branche de laurier à senestre,
se superposant sous la pointe de l'écu où chaque branche se ramifie;
elles supportent une banderole où apparaît le nom
" Tournai Institut communal de Demoiselles "