Extrait de La Légende d'Overijse
Le Prince Louis-Stéphane d'Overijse naquit à Tournay en l'an de grâce mil neuf cent soixante et un, tandis que sur les champs de bataille, les soldats de son père, le Prince régnant Louis-Joseph, combattaient courageusement les Flami-Goths qui tentaient d'envahir la Principauté. Bien que Louis-Joseph eût ordonné la construction d'une muraille qui portât son nom ­p; muraille dont il ne reste plus aujourd'hui aucune trace, mais dont on peut juger, sur les photographies de l'époque, qu'elle atteignait la hauteur des plus grands peupliers qu'on voyait sur la plaine ­p; et, bien que l'hiver impitoyable glaçât le coeur de l'humanité, l'ennemi cruel tenait depuis plusieurs longs mois un siège sans répit. C'est pourquoi la future mère du Prince Louis-Stéphane, Dany d'Overijse, fille du duc James Ier, alors qu'elle était enceinte de huit mois, désolée qu'on se battît en son pays, s'enfuit par les souterrains, pour se réfugier dans la cité moyenâgeuse, dont Clovis autrefois avait fait la capitale de l'Europe. Dany tenait à mettre au monde son enfant en un lieu de paix.
Le vingt-trois novembre soixante et un, un fiacre en bois de chêne, pièce magnifique sculptée à l'atelier R***, tout couvert de dorures et tiré par six puissants chevaux, partit de Halle vers le Hainaut, emmenant la belle Dany, ainsi que deux protecteurs, un maître d'armes, deux sages-femmes et une dame de compagnie. Ils arrivèrent au soir à Warchin, village de légende, où ils trouvèrent un refuge pour la nuit à l'école communale, à deux pas du logis Paul Carette, avant d'être introduits dès le lendemain auprès du Roy Philippe V de Tournay. Le sage souverain recommanda à Dany une maternité moderne et tranquille aux abords de la cité et lui remit, en attendant, les clefs de l'hôtel de ville, dont elle fit sa résidence. On aménagea au premier étage une chambre modeste mais agréable, où elle passa le plus clair de son temps pendant les semaines qui précédèrent l'accouchement. On installa sa suite, arrivée le vingt-cinq au soir, composée de quelques dames d'honneur et de deux ou trois cuisiniers, dans les autres chambres. Le séjour de Dany à Tournay est placé sous le double signe de la tranquillité et de l'inquiétude: le Roy Philippe lui prodigue la première, l'amour de sa patrie en danger la seconde. Une intéressante composition du peintre portraitiste Cambrai montre Dany à Tournay, au pied du beffroi, la face partagée entre l'ombre et la lumière. Par certains signes, elle est rayonnante et sereine, par d'autres fort convulsée et au bord de la défaillance.