Les fous littéraires

Ces fous ce sont 3000 hurluberlus, français ou belges, maniaques de l'écriture, publiés en leur temps mais restés inconnus. Il fait bon flâner entre les rayons de ce livre-bibliothèque qui recense titres extravagants et larges extraits de publications improbables.

Exemple: Bertron, négociant bourgeois du XIXe siècle, «candidat humain » à toutes les élections, «espérant arriver à être le premier patron de l'Univers» , rêve d'un Sénat exclusivement féminin. Une idée d'avenir? Son contemporain Paulin Gagne, autre candidat infatigable, est l'auteur d'une mémorable «Marseillaise de la carotticulture»:

"Allons enfants de la carotte
Contre nous du blé qui marmotte
Ces moissonneurs soldats
Ils viennent jusque dans nos bras
Egorger nos carottes compagnes! "

Dans cette encyclopédie des fêlés, déjà publiée en 1982 et enrichie, on trouve à boire et à manger, à rire et à pleurer: des savants, des persécutés, des historiens, qui ont tous un grain. Pierquin de Gemblous écrit en 1831 »De la peine de mort et son influence sur la santé publique«, mais aussi en 1844 un «Glossaire Ouistiti»: «Ghrîîîî: Venir» «Irouah-Gno: J'ai une douleur morale affreuse, sauvez-moi». Francisque Tapon-Fougas, parano de première, écrit des «Anti-Misérables» en 1862 et poursuit Hugo de sa vindicte, car il a cru se reconnaître dans le «portrait hideux» de Thénardier.

Émule de Raymond Queneau, qui avait amorcé ses recherches sur les «fous littéraires», ou «hétéroclites», André Blavier, un Belge lui-même un poil illuminé, recueille au passage les bons mots de fous internés: «Êtes-vous la Sainte Vierge? On me l'a proposé.» ou bien: «S'il n'y avait personne, tout le monde serait heureux

Un gros bouquin à s'offrir, justement, pour la joie des familles !

 

D.F.

Canard Enchaîné
27 décembre 2000

 

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