STALAG IA






A mes chers enfants, à ma chère petite Juliette et aux enfants de demain, pour qu'ils connaissent.

A la mémoire de mon père et de tous ses camarades, belges et français, du Stalag IA.

Fussent-ils loin, si loin aujourd'hui, j'aimerais tant que tous ceux là qui me parlèrent sachent qu'ils me sont toujours bien présents.

Merci encore à ceux et celles, familles ou archivistes, qui me confièrent ou firent découvrir souvenirs et documents si précieux.







1914. Mon grand-père maternel, soldat milicien au 9e de Ligne, a été blessé lors de la bataille de Liège, dans une charge à la baïonnette, en terrain découvert, face à un ennemi bien abrité dans le Bois Saint-Jean.
Capturé, il a passé plus de quatre années à Sennelager, près de Paderborn.
Entré au service militaire en septembre 1913, il ne fut démobilisé que plus de six ans après.

Mon grand-père paternel a été déporté civil en 1918.

1940. Mon père et mes oncles, militaire et civils, ont été capturés et déportés en Allemagne. De mobilisation en captivité, la plupart d'entre eux perdirent cinq à six ans de leur vie, esclaves dans le bagne Allemagne.

Et ce fut là le destin de millions d'hommes...





Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT
Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT




Le 10 mai 1940, mon père faisait partie du 2e Régiment Cycliste-Frontière, qui avait à assurer les destructions prévues dans la région des Fourons et défendait les passages de Visé.
Quelques jours plus tard, oublié en ligne, au Pont Brûlé, par un ordre de retraite qui ne lui parvint jamais tant le commandant de compagnie s'était pressé d'y obéir (c'est historique), son peloton est capturé près de Vilvorde le 18 mai 1940.
Sept camarades se promettent de rester ensemble aussi longtemps qu'ils le pourront.
A pieds, ayant traversé Tirlemont,Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT ils arrivent à Tongres et y passent la nuit sur le terrain de football. Il pleut à verse; beaucoup de ceux qui furent de ce convoi s'en souviennent, malgré tout ce qu'ils endurèrent ensuite.

P.G. à la caserne de Tirlemont. Etape sur le chemin de Maastricht et de l'Allemagne.

Puis ils passent par Vroenhoven -près du fortin du pont, les cadavres des soldats belges tués le 10 mai sont toujours là-, et arrivent à Maastricht où ils embarquent aussitôt dans des wagons de 3e classe. (Ce en quoi ils eurent plus de chances que tous ceux qui furent poussés dans des wagons de marchandise.)
Ils arrivent ainsi à Bocholt (Allemagne), au Dulag VI F; on est le 26 mai.





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Entrée du Dulag VI F, à Bocholt

Pour se rendre au camp, ils durent traverser la ville, et, selon plusieurs témoignages, furent couverts d'injures et de crachats par la population.

Un de ces sept camarades m'a rapporté qu'ils y furent immatriculés par des soldats hollandais "aux uniformes impeccables".



Nota Bene
(Ndlr : En Belgique) Souvent, des portes de maison étaient ouvertes, et les habitants nous disaient : Entrez ! Venez!
On aurait pu facilement s'évader. Mais mon camarade me disait : Ne me laisse pas ! (il avait peur). Alors je suis resté...


La masse des P.G. traversant le pays en longs convois, ne doit toutefois pas être vue comme mue par une camaraderie à toute épreuve généralisée. C'était bien souvent chacun pour soi, ou une entraide réservée au seul camarade ou à un tout petit groupe avec lequel on se trouvait. Ainsi : comment découper un pain lorsqu'on ne possède pas de couteau ? "Passe moi le pain, j'ai un copain là-bas qui a gardé son canif. Je vais lui demander de faire les tranches." Et l'individu à qui on avait confié le précieux pain ne revenait, bien entendu, jamais...

De même, si très généralement la population belge était compatissante, il arriva souvent aussi que les PG sollicitant un peu d'aide se la virent délibérément refuser, ou eurent à essuyer des sarcasmes. "Vous n'aviez qu'à vous battre !" ou "l'Armée m'a fait chier, maintenant allez-vous faire f..." ...










Le Stalag IA


Le 2 juin à 14 heures, sans doute persuadés qu'ils rentraient chez eux puisque la Belgique venait de capituler, ils embarquent, par groupe de plus de cinquante, dans des wagons de marchandise. (On peut penser qu'un convoi groupait environ deux mille prisonniers.) Il leur fut distribué un pain militaire pour cinq hommes; ils n'avaient pour boire que le contenu de leur gourde.
Si le train fit une halte ou l'autre, rien n'était prévu pour la satisfaction des besoins naturels durant le trajet.
Le 4 juin dans la nuit, ils arrivent à Stablack.
Les sept camarades sont immatriculés ensemble. Ils seront séparés dans les jours qui suivent.



"Par la porte entrebaillée on avait vu des cigognes. On était content. On pensait qu'on arrivait en Alsace. Puis le train s'est arrêté dans une gare, et j'ai vu qu'on était à Berlin. Ça a été un choc ! Puis, en pleine nuit, on est arrivé à Stablack" me dit un ancien.


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La gare de Stablack, sur les quais de laquelle débarquaient les P.G.








STABLACK - Stalag 1A



Le Stalag IA, situé en Prusse Orientale, près de Preussische-Eylau, était le plus oriental des camps de prisonniers de guerre. Le camp était de "Stablack" pour les prisonniers, mais de "Görken" pour les Allemands. Stablack est le nom de la gare dans laquelle arrivaient les prisonniers qui prirent l'habitude d'utiliser ce nom, et c'est ce nom qui est resté, au moins pour les Belges et les Français.
Quoi qu'il en soit, il était situé sur le terrain d'un camp de manoeuvre de la Wehrkreis I (circonscription militaire de Königsberg), près de la caserne de Stablack.

La construction du camp avait été entreprise dès septembre 1939 par des prisonniers polonais qui, durant tout l'hiver 39-40 et le début du printemps 40, logèrent sous des tentes ou à la belle-étoile, ne bénéficiant d'aucune commodité.

En mai-juin 40, les capacités du camp étaient encore insuffisantes que pour pouvoir héberger tous les prisonniers dans des baraques.
Très nombreux furent donc ceux qui, par groupe de 300, logèrent sous des tentes. Elles servirent pendant trois mois pour les PG belges et français.
[Ndlr : il est probable qu'à la fin de la guerre et dans l'immédiat après-guerre, le camp fut utilisé par les Soviétiques. ]

(Il faut noter que si un ensemble de tentes était situé dans l'enceinte du Stalag proprement dit, un autre se serait trouvé à l'extérieur.
Ce détail pourrait, ce n'est qu'une hypothèse, expliquer pourquoi des P.G. arrivés aprés d'autres furent pourtant immatriculés avant ceux-ci.
Par ailleurs j'ignore quand les constructions de baraques furent achevées et si des P.G. belges et français furent employés à leur édification... Un aimable lecteur aurait-t-il des informations à ce sujet ?)


Albert M. avait été mobilisé comme dentiste dans un Régiment Léger (Gendarmerie).
Capturé, il arrive, avec d'ailleurs trois médecins belges, au Stalag IA, et plus précisément au Lazaret.
Il m'explique :

Le camp avait été construit par des Polonais. Au lazaret les médecins et dentistes étaient polonais. Ils partirent. Mais les cuistots polonais, eux, sont restés.
Le lazaret était à deux kilomètres du camp, sur la hauteur. Les baraques du lazaret étaient plus petites. Les lits y étaient superposés par deux, et non par trois comme dans le camp.
Il y avait des tentes hors et dans le camp. Elles n'avaient pas de plancher mais de la paille.

Albert M. fut libéré comme "Flamand" :

J'ai passé l'examen de flamand le matin, et j'ai quitté le camp la nuit même.


Lorsqu'achevé, le camp comptait quarante baraques de 500 places.
Chaque baraque était composée de deux grandes "chambres" de 25 mètres de long sur 8 mètres de large, séparées par un ensemble de trois pièces à usage de lavoir-buanderie. Le lavoir comptait une vingtaine de robinets.





Nombre de P.G. immatriculés au Stalag IA



Furent immatriculés au camp :
- 47.000 Polonais;
- 35.000 Français;
- 23.000 Belges.
Les premiers belges, au nombre de 2.500, en un convoi, sont arrivés dans la nuit du 28 au 29 mai 40.

A partir de 1941 il y eut des P.G. Soviétiques (probablement 30.000, dont 4.000 étaient au Camp central) et, en 1943, des Italiens, dont un sera canonisé.

Selon certains témoignages il y aurait eu aussi, au tout début, des prisonniers anglais.

Dans le nombre des prisonniers français il y eut ces prisonniers particuliers qu'étaient les "Aspis". 2.700 d'entre eux passèrent au Stalag IA. Ils furent 2.400 ensemble (juin 1941). A la fin août 1944 ils furent dirigés vers d'autres Stalags : un millier d'entre eux fut transféré au Stalag IIIC à Kustrin... 450 restèrent en Prusse Orientale.

Au début, le camp était dirigé par le Colonel Hartmann, dur et s'appliquant à rappeler sans cesse aux P.G. leur condition de vaincus.
En 1942, il fut remplacé par le Colonel von Pirsch, appartenant à la noblesse. C'était, selon Georges Smets, un «homme élégant, très distingué, et dont la tête (était) couronnée d'une chevelure d'une blancheur immaculée.» Pendant son enfance il avait été élevé à Lyon où son père était diplomate. Peut être était-il donc francophile, et, quoi qu'il en soit, il fit de son mieux pour adoucir le sort des prisonniers, pour être aussi humain que possible.
Il quitta le camp après l'attentat de juillet 1944 contre Hitler.
Son successeur, le Colonel ?, est décrit comme ayant été un homme «stupide dans ses moindres agissements et décisions.»

Photo tirée de l'ouvrage Les Clés du Trésor, de l'Amicale des Anciens du Stalag IA

André Aerens, le premier homme de confiance principal belge, fut élu par ses compatriotes en décembre 1940. Réformé et rapatrié en septembre 1942, il est remplacé par l'adjudant Georges Smets. Plus tard, Georges Smets, connu pour son dévouement, aurait pu, lui aussi, être rapatrié. Il refusa d'abandonner ses compatriotes, et resta au Stalag.

Il faut savoir que si G. Smets était l'homme de confiance principal, il y avait aussi un homme de confiance du camp. Et, bien entendu, chaque Kommando avait le sien (par Kommando j'entends ici l'ensemble des P.G. dépendant d'une même compagnie de Ld. Schtz. Btl.).

Photo ci-contre : l'adjudant Georges Smets.
(Photo ex Les Clés du Trésor.)




De ces 23.000 belges, seuls restèrent emprisonnés 7.053 francophones. Les néerlandophones et les germanophones ayant été rapatriés en Belgique.
(Je n'ai pas pu vérifier qu'elle avait été la situation au Stalag IA, mais j'ai constaté que dans un autre Stalag les prisonniers belges étaient, dès leur immatriculation, catégorisés en Wallon ou Flamand.)

On sait que nombre de francophones réussirent à se faire passer pour néerlandophones et purent ainsi retrouver le pays.

Paul Vanden Boeynants qui, bien plus tard, devint ministre et premier ministre, était alors sous-officier milicien au 9e de Ligne. Interprète au lazaret du camp, il fut des rapatriés.

J'ouvre une rapide parenthèse pour signaler que 800 belges ont été immatriculés au Stalag IB, mais n'y restèrent pas.
500 Flamands furent rapatriés à la fin 1940.
Les 300 autres furent transférés au Stalag IA à la Noël 40.
Un rapport de la Croix-Rouge, daté du 12 Novembre 1944, signale la présence de 480 Belges au IB (et plus précisément à Lötzen). Ce sont là des P.G. du Stalag IA, évacués des confins de la Prusse Orientale et de la Lituanie lorsque les armées russes y arrivèrent en octobre 1944.


Le rapatriement des Flamands non d'active est donc achevé en mars-avril 1941.



Suite à ces départs, auxquels il faut ajouter les catégories devant être libérées prioritairement ( médecins, vétérinaires, gendarmes (a), douaniers, policiers, chefs ou dirigeants d'entreprises, ...), les effectifs belges étaient les suivants en 1942-1943 (Source 1) :

date effectif au camp en kommando à l'hôpital total
3/8/1942 467 6586 74 7127
13/4/1943 291 6420 63 6774
5/8/1943 432 (b) 6325 - 6757


a) Je connais un gendarme d'un Régiment Léger, qui ne fut pas libéré. Y en eut-il d'autres dans la même situation ?
b) Y compris les effectifs à l'hôpital.

- Signalons qu'en juin 1944, 86 P.G. belges reconnus inaptes au travail furent rapatriés par train sanitaire.
- A la date du 1er septembre 44, il y avait, selon G. Paulus, 6311 Belges immatriculés au 1A.
- A partir du mois d'octobre 1944, les PG des Kommandos les plus au Nord, sous la pression de l'avance russe, rentrèrent au camp qui fut ainsi à nouveau surpeuplé.
- A propos de train sanitaire, on sait qu'un tel train, en route vers la Belgique, a été accidenté le 22 janvier 1941, à Isenbüttel, causant la mort de 97 P.G.



Très rapidement les prisonniers avaient été envoyés en kommandos. Ne restèrent donc au camp, outre les malades ou punis, que quelques centaines d'hommes, parfois, souvent ?, considérés comme "planqués", assurant diverses fonctions administratives ou autres (poste, service financier, magasin habillement...)
Un fond d'entraide fut créé au Camp, et servait à secourir financièrement en Belgique les familles nécessiteuses des P.G. belges du Stalag.



Puisque l'on vient de faire état de ceux qui purent rentrer au pays, il faut citer le cas admirable d'Albert PAQUAY, qui fit, lui, le trajet inverse.
Albert PAQUAY, mobilisé en 1939, n'avait pu, pour cette raison, terminer sa dernière année de médecine. Fait prisonnier sur la Lys, il est dirigé dans un Oflag, mais il obtint de rentrer en Belgique pour y terminer ses études.
Cela étant réalisé, pour respecter une promesse faite en quittant l'Oflag, il rejoignit volontairement le Stalag IA et y fut, jusqu'au bout, le seul médecin belge du camp.




Mon père avait été légèrement blessé au pied en mai 40. En août, la blessure qui n'avait pas été soignée jusqu'alors imposa, c'est dire !, une entrée au lazaret du camp.
Le médecin allemand voulut amputer. Mon père refusa. Et la blessure fut efficacement traitée par un médecin polonais utilisant un remède de cheval, au sens strict du terme.

Selon un document que j'ai eu sous les yeux, il y avait au camp à l'époque un Leutnant Arzt BYCHAWSKI Henryk, 25483 P


L'aumônier des P.G. belges était l'abbé Pierre BIOGET, prêtre français.

(Portrait tiré du journal Le Diffuseur du 15 octobre 43.)
Le Diffuseur du 15 octobre 43 -   Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT



Le 26 janvier 45, date de l'évacuation du camp, est souvent donné comme date de sa fin. C'est à la fois exact et faux.
Exact, dans la mesure ou en fin janvier, l'avance soviétique a forcé l'abandon du camp. L'ensemble des prisonniers éclatant alors en une multitude de groupes ou d'hommes isolés, tentant de marcher vers l'Ouest.
Il faut noter que si une masse importante des P.G. du IA, y compris des "Aspis" français, se déplaça envers et contre tout dans cette direction, des milliers d'autres, souvent après avoir été coincés dans les poches d'Heiligenbeil ou de Danzig, échouèrent finalement à Odessa !
Faux donc si on croit que les prisonniers furent libérés à cette date.
On notera d'ailleurs qu'en 1945, le Ministère français des Prisonniers et Déportés, dont je fournis des documents plus loin, considérait que le Stalag IA était constitué par l'ensemble de ses prisonniers et non par sa réalité géographique.

On peut dire que le Stalag s'est dissout comme la Prusse-Orientale, et que les prisonniers furent, au même titre que la population de cette province, acteurs et victimes du drame.



Je me permets donc d'insister ici sur cette évidence qu'il ne faut pas confondre l'histoire du Stalag IA avec l'histoire, limitée, du camp proprement dit.
Même si tous les prisonniers connurent pour des périodes plus ou moins longues, au moins à leur arrivée, le camp, ses tentes et ses baraques, très rapidement le camp n'hébergea plus que quelques centaines d'hommes.
Les dizaines de milliers de prisonniers du Stalag furent dispersés dans des kommandos, répartis dans toute la Prusse-Orientale.
Leurs histoires individuelles est le second aspect de l'historique du Stalag IA.
C'est pourquoi on peut penser que l'histoire du Stalag ne se termine qu'avec le retour du dernier P.G. dans sa patrie.






Une description et des renseignements divers sur le camp peuvent être trouvés sur le site Stalag IA, site réalisé par des anciens, membres de l'Amicale "Ceux du IA".
Je signalerai ici que l'Amicale Nationale des Anciens Prisonniers de Guerre Belges du STALAG IA publie un journal : Ceux du 1A. Nombre de ses articles ont été rassemblés en trois volumes: "Les Clés du Trésor", et sont une source extraordinaire d'informations particulièrement intéressantes.
D'autre part, on trouve sans difficulté d'abondants témoignages sur les conditions d'existence des prisonniers. (cf. en fin de page une bibliographie succinte.)


La faim permanente, la promiscuité, l'angoisse concernant le sort de leurs proches, l'angoisse liée à leur propre sort, le froid, le dénuement complet, l'humiliation et les humiliations, la brutalité souvent des gardiens et même de la population...

Je ne détaillerai pas ici ces réalités bien connues.
Toutefois je voudrais préciser, et on me pardonnera ce détail scatologique, que des anciens m'ont confié combien le manque total de "papier" avait été particulièrement pénible. Au point même que l'on vit des prisonniers ne pas hésiter à récupérer dans les latrines, des bouts de papier qui semblaient pouvoir servir encore...
La réalité c'était cela aussi, et peut être aussi marquante que bien d'autres faits.

Vous êtes le premier à qui j'ose parler de ça...

me fut-il dit quelque fois.






Ration de nourriture journalière au camp.
Extrait de l'ouvrage : Les Allemands et leurs prisonniers de guerre,
de R.O.J. Van Nuffel, Bruxelles, 1946.







Quelques photos du camp


Ces photos sont relativement courantes. On peut donc penser qu'elles avaient été mises à disposition des P.G.
D'autre part, certaines photos du Kommando E11, non publiées ici, furent manifestement prises fin 1940, début 1941.
Il est donc permis de penser que très rapidement les ou des P.G. purent envoyer des photos à leurs familles.




L'entrée du camp

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Un mirador; on devine les tentes.
Photo prise le lendemain d'une nuit d'orage fameuse. (25-26 juin 40)

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Intérieur d'une baraque.

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Cérémonie au cimetiére du Stalag IA, à Klein-Dexen.

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Décès


484 P.G. belges du IA décédèrent, dont 220 lors de l'évacuation du camp.
En dehors des faits liés à l'évacuation du camp, les causes de tous ces décès sont celles que l'on peut imaginer : maladies, accidents, parfois meurtre (7 cas connus) par les gardiens (hors du camp) ou des civils.
Il faut rappeler ici que dans la nuit du 25 au 26 janvier 1945, à Pillau, l'explosion du Fort Stielhe, où les prisonniers logeaient au-dessus d'un dépôt de mines, causa la mort de 17 P.G. belges. Certains prétendent que l'explosion fut délibérément provoquée par les geôliers...
Parfois aussi, et je ne sais si ce motif a jamais été comptabilisé en tant que tel, des prisonniers choisirent le suicide (j'en connais un cas au Stalag I A), mais ceci semble avoir été exceptionnel.



En cas de décès au camp, l'administration allemande procédait à l'inventaire des biens du défunt, et envoyait une lettre à la famille.

Ci-dessous, deux inventaires retrouvés dans des archives officielles (Source 2) :

Pour celui-ci décédé en juillet 1941, l'autorité allemande inventorie :
Wäsche,Toilettenstücke,1 Taschenuhr,
1 Brieftasche m. Papieren, RM 29.28,
1 Taschenmesser, 1 Schere, 1 Rosenkranz,
1 kette.


Cet autre, pauvre garçon, décédé en avril 1942, à l'âge de 22 ans, avec pour tout bien :
1 Brieftasche mit Inhalt und 1 Harmonica.

À la famille de cet autre, décédé en mars 1943, l'administration allemande fait savoir : " (le prisonnier) ist gestorben, ohne zu leiden, unter dem Beistand eines kath. Geistlichen. Kurz vor seinem Tode empfing er noch die heiligen Sakramente. Er wurde mit allen militärischen Ehren begraben."

Les prisonniers du camp étaient inhumés à Klein-Dexen, au "Kgf.-Friedhof des Stalag IA".

La lettre de l'administration précisait le numéro de la tombe.

Conformément aux règlements de la Wehrmacht semble-t-il, les prisonniers qui décédaient au lazaret étaient, pour être inhumés, dépouillés de tous leurs vêtements, lesquels étaient récupérés pour être réutilisés.






Correspondance et colis


Il semble que, d'une façon générale, les prisonniers purent, sans trop de délais après leur arrivée au camp, donner très succintement, sur des documents pré-imprimés, signe de vie à leurs familles, via la Croix-Rouge.

Selon les témoignages que j'ai recueillis, cela se faisait dans la quinzaine de l'arrivée au camp.

En 1940, la correspondance vers les prisonniers se faisait par lettres ou cartes postales ordinaires, ou par cartes de la Croix-Rouge de Belgique spécialement éditées.
Des correspondances et colis furent donc envoyés et reçus dès les premières semaines de captivité, en tout cas dès juillet.

Ces envois semblent être arrivés relativement normalement et régulièrement.
Carte postale reçue par un prisonnier belge du Stalag IA, le 17 novembre 1940 :

Le 23 octobre 1940
Mon cher Jean,
Au reçu de tes cartes du 7/10/40, j'apprends avec plaisir que tu as reçu ton colis, je t'ai envoyé un second le 2/10/40, j'espère qu'il t'arrivera également.


Afin de contrôler la masse du courrier, à partir janvier de 1941 la correspondance dut se faire sur des documents spécifiques.
Ces documents étaient imprimés en Allemand avec une traduction française (comme il y avait des documents traduits en polonais, et plus tard en italien...)
Les P.G. avaient le droit d'envoyer deux lettres et quatre (deux ?) cartes par mois. Ne pas respecter ces limitations était punissable; j'ai connu un P.G. -d'un autre Stalag, il est vrai- qui subit une peine de cachot pour avoir voulu envoyer une lettre de trop...
En violation de la Convention de Genève, la correspondance que le P.G. belge ou français pouvait recevoir était limitée puisque ne pouvant lui être adressée que sur les deux formulaires-réponse dont il pouvait disposer mensuellement.
On notera que les Allemands n'appliquèrent pas,semble-t-il, cette mesure aux P.G. des nations susceptibles de prendre une mesure de réciprocité à l'encontre de leurs prisonniers (Anglais, Américains...).

Les prisonniers pouvaient recevoir des colis, envoyés par la famille ou des particuliers, ou par la Croix-Rouge de Belgique.
Selon la Convention de Genève, le nombre de colis destinés aux P.G. ne pouvait être limité (N.B. : il semble que pendant la première guerre ce point fut respecté par les Allemands, au moins au camp de Sennelager). Mais, par l'obligation qui fut faite d'utiliser des étiquettes spécifiques pour leur expédition, cette disposition ne fut guère plus respectée que celle du courrier.
A partir de janvier 41 les PG ne purent recevoir de colis privés que présentant une étiquette spéciale préalablement envoyée.
Il existait une étiquette (bleue) pour les colis de vivre et une étiquette (rouge) pour les colis de vêtements.
Parallèlement, dans les pays occupés les autorités allemandes édictaient une règlementation punissant la contrefaçon de ces étiquettes.

Les colis envoyés par la Croix rouge de Belgique étaient des envois standardisés, au contenu variant selon le prix. Il y avait des colis "fumeurs" et des colis "non fumeurs", de 1 kg pour un coût de 20 frs, de 2 kg à 40 frs, et de 5 kg à 100 frs.
A titre d'exemple :
- le colis fumeur de 1 kg contenait : 2 paquets de cigarettes, 1 boîte de sardines, 100 g. de massepain, 2 paquets de bonbon Lutti, 1 boîte de confiture, 250 g. de pain d'épices ou 1 boîte de confiture supplémentaire.
- Le colis de 5 kg non-fumeur contenait : 500 g de figues, 300 g. de raisons secs, 1 boîte de viande ou 2 boîtes de fromage, 2 boîtes de sardines, 2 boîtes de confiture, 2 boîtes de soupes, 1 kg de sucre, 2 paquets de Lutti, 2 boîtes de ballons de Tournai, 400 g. de massepain, 1 kg de pain d'épices ou 2 grandes boîtes de confiture.

Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT



La Croix-Rouge confectionnait aussi des colis de linge contenant : 1 chemise, 1 caleçon, 1 gilet de dessous, 1 écharpe, 1 serviette, 1 bobine de fil et aiguilles, 2 paires de chaussettes et 1 mouchoir de poche.

A partir de 1942, les Stalags reçurent des colis provenant des U.S.A, du Canada, d'Angleterre, ou du Congo, colis OTAD et aide de l'YMCA, colis dont les contenus étaient répartis entre tous les prisonniers.



Distribution du mois de juillet 44.
Chaque camarade recevra un colis OTAD; un colis américain, un paquet de tabac pour quatre (125 grammes), 75 cigarettes (3 paquets de cigarettes Croix-Rouge de 20, 15 cigarettes anglaises); une boîte de viande; une de miel, un paquet de thé.

(Ndlr : en octobre 1944, les colis n'étant pas arrivés au camp, on fait l'état des réserves)
Il est cependant possible de remettre à chaque PG belge pour le mois de Novembre :
- un demi colis américain, canadien, congolais ou anglais;
- un savon ou deux savonettes;
- 80 cigarettes.
(G. Smets)


Nota Bene
Il semble qu'afin d'empêcher qu'elle ne soit donnée aux PG russes, la nourriture des colis était, au camp, enfermée dans un local particulier et restituée de façon contrôlée.


Il faut noter que les prisonniers pouvaient (ou réussirent à ?) envoyer des colis vers chez eux. Ainsi, tel prisonnier fait parvenir chez lui "une boite à tabac, un bateau"...









Les kommandos du Stalag 1A


Les sites Ostpreussen heute, ou Ostpreussenseiten aideront à retrouver les noms allemands de localités devenues polonaises ou russes. Le site Ostpreussenseiten offre des cartes géographiques intéressantes.

Le Stalag IA comptait 21 Kommandos. Ceux-ci, selon G. Smets, étaient les suivants (entre parenthèses sont indiquées les unités allemandes qui y assuraient la garde des K.G. Pour plus de précision sur les affectations et les dates d'affectation de ces Bataillons on se référera au site Landesschützen-Bataillone) :

- E1, le Camp central;
- E2, l'hôpital de Stablack
- E3, Königsberg-ville; (1e Cie du 203e Bataillon)
- E4, Heinrichswalde; (4e Cie du 213e Bataillon)
- E5, Königsberg-environs; (5e Cie du 206e Bataillon)
- E6, Königsberg-Samland; (6e Cie du 206e Bataillon)
- E7, Weylau; (4e Cie du 206e Bataillon)
- E8, Preussisch-Eylau; (3e Cie du 203e Bataillon)
- E9, Heilsberg; (?)
- E10, Gerdauen; (4e Cie du 223e Bataillon)
- E11, Heiligenbeil; (5e Cie du 223e Bataillon);
Le Kommando E11 était subdivisé en 5 "Zug" :
Heiligenbeil, Bladiau, Ludwigsort, Zitten et Lichtenfeld.

- E12, Memel; (1e Cie du 123e Bataillon)
- E13 ; (3e Cie du 213e Bataillon)
- E14, Labiau; (3e Cie du 203e Bataillon)
- E16, Insterburg; (1e Cie du 216e Bataillon)
- E17, Schlossberg; (5e Cie du 216e Bataillon)(a)
- E18, Gumbinnen; (3e Cie du 226e Bataillon)
- E19, Ebenrode; (4e Cie du 216e Bataillon)
- E20, Bartensteien; (1e Cie du 223e Bataillon)
- E34, Tilsit-Ragnit; (2e Cie du 213e Bataillon)
- E44, Königsberg-Usine de Schichau; (1e Cie du 206e Bataillon)
- E45, Angerap; (2e Cie du 216e Bataillon).

à Eylau était la 2e cie du 223e Bataillon.

Les numéros manquant se rapportent probablement à des Kommandos du Stalag IB.

a) Le 21 juillet un PG belge de Schillingen accourt à Schlossberg pour signaler que des soldats de la Cie de garde, commandés par un lieutenant de la Cie de garde, matraquaient et tuaient des civils étrangers dans la région de Willuhnen, c. à d. dans le Kreis de Schlossberg.
(...)
Une des sentinelles, Willy K... de Frankenreuth (Kreis de Schlossberg) se signalait par sa brutalité; il avait en main un martinet à grosses lanières de cuir dont il se servait avec une joie féroce. Il s'est vanté devant moi d'avoir abattu plus de trente prisonniers.
Cela m'a étonné car il avait été notre gardien et je dois à la vérité de dire qu'il n'était pas trop mauvais avec nous.
(G. Smets)





Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT

Cachet de l'unité de garde du Kommando 44.





Très rapidement, en tout cas dès le début juillet 40, les prisonniers sont dirigés vers des kommandos. Ainsi par exemple,tel prisonnier arrivé le 4 juin, est, le 1er juillet, avec un groupe de 100 P.G., envoyé travailler à la construction d'une voie ferrée dans un domaine militaire, à Schönfliess, près de Königsberg.

Les Kommandos étaient essentiellement agricoles, mais étaient aussi industriels, et les P.G. exercèrent mille professions. Je connais un P.G. qui, en 44, était conducteur d'autobus et se déplaçait donc dans le pays...
Lorsque désignés, les P.G., bien sûr, n'avaient, très généralement, pas d'autre choix que d'accepter leur affectation (Mais Pappens, à Gumbinnen, impose son choix...).
Mais il était aussi fait appel aux volontaires, pour des métiers déterminés... Et selon le P.G. français Jean MURAY (cf. bibliographie), c'était alors la ruée, tant les prisonniers cherchaient à échapper à l'infernal quotidien du camp des premiers temps.


A tort ou à raison, je pense que chaque Kompanie recevait les demandes en "travailleurs" émanant des employeurs (Kommando) de sa circonscription (E3, E11...). Elle en faisait prélever le nombre requis au Stalag.
Ces P.G. étaient ensuite orientés vers les employeurs par la Kompanie, qui administrait ses P.G., ou choisis dans le lot par les employeurs
C'est sans doute au siège de la Kompanie que vivait l'homme de confiance (Cf. d'ailleurs Pappens).

Ainsi, il me paraît raisonnable d'imaginer que mon père et ses compagnons débarquèrent à la gare d'Heiligenbeil, et que sur la place devant le bâtiment attendaient les fermiers qui firent leurs choix, puis s'en retournèrent avec leurs esclaves.

C'est peut-être au moment de son arrivée dans son premier Kommando que le P.G. mesure soudain, avec le plus d'accuité, sa condition de prisonnier, sa condition de simple numéro, de "zug", livré à un destin dont il ne peut rien saisir. Et même si certains apprécièrent l'éloignement d'avec la masse du camp, l'arrivée en Kommando marque une rupture qui pouvait être écrasante.



Notons ici que la vie au camp s'améliora au fil du temps, par la force des choses. Peut-être parce que le Commandant de camp changea. Surtout parce que la masse des prisonniers a été envoyée en Kommando, et que ne restaient plus au camp, en gros, que les hommes affectés à des services divers, des P.G. en transit, et des punis... Tous ces hommes s'assemblèrent selon leurs affinités, formant des groupes plus ou moins fermés.









Aperçu de la vie dans un kommando



Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT


Il s'agit ici d'un kommando du XIII B, mais ces photos donnent une idée de ce qu'était le cadre de vie des P.G.
Entassement, promiscuité, barbelés aux fenêtres... Photos prises en début 1944.

Des laisser-passer individuels étaient octroyés à ces hommes, les autorisant à se déplacer seuls, dans le village, de l'endroit où ils logeaient à la ferme où ils avaient à travailler.

















Kommando E11 - Heiligenbeil


et plus spécialement kommando de

GRUNAU (Kreis HEILIGENBEIL)


Je serais trés heureux d'obtenir des précisions sur ce Kommando...
I would be happy to find informations about GRUNAU !
Do somebody knows the farmer on the picture below ?...

Ich wäre sehr glücklich, die das Dorf betreffenden Informationen zu finden.
Erkennt jemand den Bauer ?


Environ 230 prisonniers étaient affectés à la Compagnie d'Heiligenbeil. La plupart travaillaient à l'Ost-deutsche-Maschinen-Werk, et à l'Industrie-Werk, atelier de réparation d'avion (il semble que le camp de concentration de Stutthof y avait également un Kommando).
Les autres étaient répartis dans des fermes du Kreis, et notamment à GRUNAU.
Grunau était alors un petit village situé entre Braunsberg et Heiligenbeil.
Aujourd'hui Grunau est ville frontière entre la Pologne et la Russie, et se nomme Gronowo.

Les Hommes de confiance de cette compagnie furent : Lecerf Arthur, et Ducoeur Robert. Lecerf Arthur s'évadera en février 1944.

Contrairement à ce qui fut le lot de très nombreux autres prisonniers, je n'ai aucune raison de penser que mon père n'a pas passé toute sa captivité chez le même fermier, lequel, par ailleurs, si on en croit la photo ci-après, semble avoir été un brave homme. Comme l'étaient sans doute la majorité des habitants du village, si j'en crois l'absence de propos contraire.


C'était très certainement en 1944, les fermiers se virent imposer d'envoyer des chariots à l'aérodrome d'Heiligenbeil, tout proche. Ce soir là, un camarade, revenant de l'endroit en question, refusant de s'expliquer d'avantage, dit à mon père : "Demain, prends du pain avec toi."
Le lendemain, arrivant sur les lieux, des détenues se précipitèrent vers lui, suppliant "Brot ! Brot !"
Stupéfaction horrifiée : "Mais qu'est-ce qui se passe ici ?"
Il voit un soldat allemand tuer une femme qui arrachait une betterave d'un silo. Il allait tirer sur une autre, quand mon père s'est précipité, et se mettant devant la malheureuse dit : "Tire si tu es un homme !".

Nota Bene
Le P.G. Fernand Delbrouck a été témoin d'une scène quasi identique le 27 juillet 44.



(A Grunau) "Au moment d'évacuer, le chef du village de l'Organisation des Fermiers du Reich (Reichsbauernschaft) a mis son uniforme, et a décidé de rester. Il pensait que c'était son devoir. Il avait toujours été très correct avec les prisonniers."



Heiligenbeil
Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT Le fermier et "ses" K.G..

Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT K.G. devant la ferme .
Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT Ambiance ...












Dissolution du camp et retour au pays



«Entre Vistule et Oder, ce qui se passa pendant ces premiers mois de 1945 est impossible à décrire. L'Europe n'avait rien vu de pareil depuis l'époque de la chute de l'Empire romain.»
Général F.W. von Mellenthin, Panzerbattles 1939-1945, Londres, 1955. Cité par J. de Launay, référence en bas de page.





À tort ou à raison, je dirai que le Stalag IA se distingue des autres par son évacuation, en janvier-février 1945 (le destin des hommes du IB fut identique.)
evacuation L'évacuation, dans des conditions dantesques, de la Prusse-Orientale en cet hiver 45, fut une des grands tragédies de la guerre, et imposa aux prisonniers mélangés à la population civile et parfois aux troupes, une épopée unique.


Les hommes du camp, qui évacuérent dans la nuit du 25 au 26 janvier 45, et ceux des Kommandos, qui évacuèrent de leur côté, furent généralement abandonnés par des gardiens aussi en difficultés qu'eux, rapidement livrés à eux-mêmes, devenant parfois les responsables des familles chez qui ils avaient été asservis.
(Les Allemands avaient et auraient tendance à croire que les P.G. les aidaient à fuir les Rouges qu'ils fuyaient eux-mêmes, alors que les P.G. s'efforçaient de rentrer chez eux; ce n'est pas vraiment la même chose. Les Allemands, au-delà de toute autre considération, restaient des ennemis.)

Par un froid polaire, peu vêtus, avec peu de vivres, peu qui souvent pesait trop lourd et qui fut rapidement épuisé, obligeant à se "démerder" pour trouver une betterave, un morceau de cheval, une cuisse de chat congelée, ils se mirent en marche vers l'Ouest. Pour passer les nuits, chacun avait à se "démerder" pour trouver un abri.
Mais simultanément les troupes soviétiques atteignaient le Frisches Haff, dans la région d'Elbing, coupant ainsi la route de la retraite, puis créant de grandes poches dans lesquelles des combats acharnés se dérouleront jusqu'au mois de mars.
26 prisonniers belges du IA, bloqués là dans leur fuite, seront tués dans la bataille d'Heiligenbeil. 17 perdront la vie à Danzig et ses environs. Etc...


Il ne restait comme seule voie d'évacuation que la traversée du Frisches Haff, alors gelé.
Plus de deux cents mille personnes utilisèrent cette possibilité de fuite.
La traversée, longue d'une douzaine de kilomètres, débutait généralement à Alte-Passarge ou Rositen, où la Feldgendarmerie veillait strictement à ce que les colonnes de civils s'engagent sur les voies balisées en respectant une distance de 50 mètres entre chaque véhicule.
La glace fragilisée souvent se rompait, et s'engloutissaient attelages et piétons.
On peut penser que des prisonniers périrent noyés. D'autres, et ceci est certain, moururent des suites d'une chute dans l'eau.


Nota Bene
- G. Smets rapporte qu'il eut, afin de pouvoir traverser, à présenter, pour lui et son groupe, une autorisation signée d'un général situé à Heiligenbeil. Celui-ci avait d'abord refusé de la lui octroyer, disant n'avoir d'instructions que pour les K.G. Anglais et Américains... C'est là le seul témoignage de ce genre que j'ai pu trouver.
- J'ai connaissance de P.G. qui, venant de Heiligenbeil, traversèrent à partir de Leisuhnen.



L'aviation russe mitraillait et bombardait les colonnes de civils comme elle attaquait les convois militaires.
L'Adjudant Burton rapporte qu'un avion "à cocarde française" -du Normandie-Niemen- avait -le 3 février 45- mitraillé une colonne de civils.(Source 1)



Nehrung





Leur colonne étant attaquée par des avions russes, mon père, conduisant le chariot dans lequel se trouvent son fermier et sa famille, sauve tout le monde en lançant les chevaux au grand galop et en fonçant à travers tout. Après une course folle, ils atteignirent sains et saufs le Nehrung. Le fermier, sortant de dessous le précaire abri de ses bagages, offrit une grande rasade de schnaps au conducteur...



(Chariots atteignant le Nehrung. Cette photo et la précédente sont tirées de l'ouvrage de R. Pappens, voir ci-dessous la bibliographie)



Aboutissant donc finalement sur le Nehrung, puis passant par Stutthof où ils longeaient le camp de concentration qui venait, lui aussi, d' "évacuer", les P.G. pouvaient alors espérer continuer leur route vers l'Ouest.
Mais les P.G. étaient dépassés par les Armées soviétiques, coincés souvent dans les combats et finalement livrés aux troupes soviétiques faisant, elles aussi, habitude de barbarie. Car si l'Armée Rouge libéra les P.G. de leurs chaînes, elle fut souvent, généralement ?, d'une sauvagerie remarquable (voir, par exemple, le témoignage d'un P.G. du Stalag IB...), se vengeant sans distinction tant sur la population civile que sur les militaires, des abominations de l'occupation nazie en Russie, et mettant souvent en péril la vie des P.G. Et en tuant d'ailleurs un certain nombre.



"Et puis les Russes sont arrivés... Oui..."

me dit mon père, libéré à Oliwa, près de Danzig. Quelles horreurs contenaient donc ce "oui" et le silence qui suivit ?
Jamais mon père ne précisa ce qui se passa alors, sauf pour dire que beaucoup d'Allemands s'étaient suicidés, que la ville avait été ignoblement pillée.



Devant une banque, on marchait sur les billets qui jonchaient le trottoir... Ils [les soldats russes] détruisaient tout dans les maisons. Ils jetaient des tableaux par les fenêtres, s'emparaient des robinets qu'ils arrachaient des murs...
Les Russes nous ont ordonnés de déblaier les rues, mais on a "délégué" aux Allemands cette corvée ...


Nulle part les prisonniers ne furent à l'abri de la sauvagerie de leurs libérateurs. Un témoin, libéré près de Königsberg, m'a raconté :


Quand les Russes sont arrivés, on a été mis contre une haie. Ils allaient nous fusiller, quand un officier, sur un cheval, est arrivé, il a engueulé ses hommes qui alors nous ont pris tout ce qu'on avait. Tout autour, il y avait des centaines de cadavres de civils allemands.

Georges Smets rapporte que tous les hommes d'un groupe, civils allemands et prisonniers français et belges, avaient été abattus par des Russes; les femmes et les enfants étant amenés vers on ne sait où.

...

Rares, si tant est qu'il y en eut, furent ceux qui n'ont pas été dépouillés du peu qu'ils possédaient.
(Des témoignages que l'on peut trouver sur internet, rapportent qu'il en fut strictement de même pour les P.G. américains... )



L'Armée soviétique n'avait, semble-t-il, rien prévu ou, au moins dans un premier temps, ne fit pas grand chose pour aider les P.G. libérés, sinon, parfois, leur indiquer une direction à l'arrière du front, lieu que les P.G. avaient à rejoindre par leurs propres moyens, que ce soit pour se déplacer ou pour subsister.

Si nombre de prisonniers retrouvèrent la liberté en marchant vers l'Ouest, finissant par être pris en charge par l'Armée britannique, nombre aussi revinrent en Belgique et en France via l'Union Soviétique, certains passant par Arkhangelsk, la plupart aboutissant à Odessa. Ceux-ci, épuisés, atteints souvent de dysenterie, et qui souvent séjournèrent dans un sanatorium où ils étaient "retapés", "pour être présentables" me précisèrent des témoins, embarquèrent, parfois de justesse, sur des navires qui les ramenèrent à Marseille.

Ainsi par exemple, mon père, aprés avoir traversé le Frisches Haff, aboutit à Oliwa, près de Danzig, où il est coincé par les combats qui s'y déroulent.
Avec deux P.G.français, il est nourri par une boulangerie de campagne de l'Armée allemande; le pain était confectionné avec plus de sciure que de farine.

On était à côté d'une scierie, près d'un terrain en pente. Il y avait un petit étang. Un peu plus loin, une église. (...) Plus loin, sur un pont, une locomotive était renversée. (...)

Ce paysage est exactement celui qui illustre le site de la ville d'Oliwa ! (Je le connais pour avoir été sur place, il y a quelques lustres !).
Oliwa tombe aux mains des troupes soviétiques le 27 ou le 28 mars 45. Libéré, mon père passe à Varsovie, puis, avec un groupe de camarades, il est à Katowice, et plus précisément à la gare de triage, où son wagon décroché du train est abandonné avec ses occupants. Il rejoint Lublin et est alors dans un convoi de 300-350 prisonniers, à la tête duquel se serait trouvé un "Roumain" (?), qui, en trois jours de train, le conduisit à Odessa.
Reproduction interdite. ©  Philippe CONSTANT Il est hébergé dans un sanatorium, dont, signalons le au passage, tout le matériel était américain. Il y reste probablement une dizaine de jours, avant d'être placé en semi-convalescence.
Il reçut un uniforme russe -avec lequel il revint en Belgique- et toucha une solde en roubles.

Le 3 mai, un groupe de belges qui s'apprêtait à embarquer est laissé sur les quais. Officiellement il n'y a plus de place sur le bateau.
Le 28 mai, même problème. On fait savoir aux prisonniers belges qu'ils n'embarqueront pas.
Finalement, après des pourparlers avec le capitaine anglais (voir témoignage de G. Leonard, plus bas)qui finit par accepter la trentaine de belges, mon père et ses camarades, mais aussi un P.G. belge du Stalag XVII, embarquent sur l'Ascanius.
(Ce P.G., ancien cycliste-frontière, m'a, lui aussi, raconté l'histoire de la femme cachée dans un grand sac...)



A la passerelle du bateau, les sentinelles anglaises étaient particulièrement attentives, sur le qui-vive, comme en pays ennemi.
Il y eut trois cas de prisonniers qui tentèrent de faire monter une femme, leur femme, à bord.
Un, dans un sac sur son dos.
Un autre, avait mis sa femme dans une grande valise.
Elles ont été refoulées.
Une femme a sauté à l'eau, nagé sous le bateau, et, de l'autre côté, a pu être hissée à bord.


Il semble que sur l'Ascanius aient embarqués, en même temps que les P.G. en question, des déportés politiques et des Juifs; on dit que le père d'Anne Franck faisait partie du groupe.

Une fois en haute mer, le capitaine lança un appel général, demandant aux clandestins de se faire enregistrer.


Les plus gradés partagent des cabines. La plupart des passagers dorment dans des hamacs.

Jean St. me raconte :

J'étais très malade. On m'a logé aux cuisines, afin que je puisse profiter des surplus et continuer ainsi à me rétablir.

Le navire passe par Constantinople, fait escale à Port-Saïd pour faire du charbon (monté à dos d'hommes dans le navire), et, après une autre escale à Naples, arrive à Marseille le dimanche 10 juin 1945.
Mon père envoie aussitôt un télégramme annonçant son retour à sa famille, qu'il retrouve le 12 juin.


Ce n'est ici qu'une aventure parmi des milliers d'autres.





vers Odessa


Des dizaines de milliers de prisonniers et déportés de toutes nationalités : anglais, américains, français, belges... provenant de tous les coins libérés par l'Armée rouge, furent dirigés vers Odessa dans des circonstances chaotiques toujours, dramatiques très souvent, à travers mille itinéraires.

Des navires, on en trouvera la liste au chapitre suivant, assuraient ensuite leur rapatriement.
Il faut noter que ces rapatriements maritimes cessèrent avant que la totalité des PG libérés par les Soviétiques aient pu rejoindre le port, et que ceux-là furent rapatriés par trains.


Les deux témoignages qui suivent illustrent ce que furent les trajets vers Odessa.
Un P.G. belge, du IIB, écrit :

- 4 avril : arrivée à Lublin.
- 5 au 17 avril : arrêt dans un camp à Lublin.
- 18 avril : au soir, départ en train pour Odessa.
- 19 au 24 avril : voyage en train.
- 24 au 30 avril : logement dans un bâtiment en ville.
- 30 avril au 2 mai : logement dans un hôpital.
- 2 au 3 mai : logement dans un autre bâtiment.
- 3 mai : embarquement sur un paquebot.
- 4 au 8 mai : voyage en mer.

Le prisonnier René L., du IA, écrit (Source 1):
-Samedi 24 mars. Arrivée au matin à Varsovie. Nous traversons une partie de la ville et nous attendons toute la journée dans une gare l'arrivée d'un train qui doit nous conduireà Lublin. Il arrive enfin et part à 21h.
- Dimanche 25 mars. Nous arrivons à Lublin vers midi. Nous quittons notre train et gagnons un camp de passage pour prisonniers de guerre.
- Le 26 mars. Repos au camp.
- Le 27 mars. Repos, puis vers la nuit retour à la gare et départ en train. Nous passons par Cholm, Kavel, Lemberg, Tarnopol, Proskurow, Winnitza.
- Mardi 4 avril, arrivée à Czernowitz. Nous traversons toute la ville pour gagner un camp de passage.
- Samedi 21 avril. Après avoir séjourné 17 jours dans un camp, nous partons à minuit vers la gare. Nous passons le reste de la nuit dans la salle d'attente.
- Dimanche 22 avril. Nous prenons place au matin dans les wagons vides d'un train qui ne part qu'à 14 heures.
- Mercredi 25 avril. Arrivée à Odessa, but de notre voyage. On nous place dans un grand camp en bordure de la Mer Noire.
- Mercredi 2 mai. On change de camp. Nous sommes à présent à quelques kilomètres d'Odessa et de son port.
- Jeudi 3 mai. Nous partons en colonne vers le port pour embarquer vers 23 heures, mais il n'y a pas de place pour nous. Déçus nous regagnons notre camp.
- Jeudi 10 mai. Nous changeons une nouvelle fois de camp.On nous envoie dans un sanatorium au bord de la mer, mais à 20 kilomètres du port d'Odessa.
- Dimanche 27 mai. Nous quittons notre sanatorium à 5h30 pour gagner le port. A 14 heures nous embarquons sur un bateau anglais.
- Lundi 28 mai. Nous quittons à 11 heures le port d'Odessa pour gagner Marseille où nous arrivons le dimanche 10 juin.


Mais cet embarquement ne fut pas chose aisée. Georges Leonard, qui me l'avait raconté, écrit :

Le 28 mai, nous nous acheminons vers le port avec les Français. Ceux-ci au nombre de 1200 prennent place à bord du bateau anglais Ascanius.
Subitement nous apprenons que l'on n'embarque plus. Les Belges, furieux, restent sur le quai. L'émoi est vif; les hommes de confiance tentent des démarches désespérées auprès du capitaine anglais.
- Combien êtes-vous, demande-t-il.
- Une trentaine au total, est la réponse des Belges.
- Alors montez à bord.
Avec la plus grande joie, les Belges embarquent.
A 10 h, la sirène du navire retentit, nous partons.



Mon père qui, à la fin mars était encore à Oliva, près de Danzig, coincé dans la bataille qui s'y déroulait, embarque sur ce même bateau, l'Ascanius.



Le voyage en train jusqu'à Odessa s'était effectué dans des wagons de marchandise aménagés. L'aménagement consistait en un plancher, puis en deux hauteurs de bat-flancs qui faisaient le tour des parois. Les bat-flancs servaient de siège et de couchette.
Au milieu du wagon était installé un poêle. Sous le plancher était entreposé le bois de chauffage.
Selon le récit de mon père, les P.G. avaient à se débrouiller pour trouver de la nourriture lors des arrêts.


"Quand le train s'arrêtait on se précipitait à la locomotive et son eau chaude pour nettoyer les betteraves trouvées."




Navires ayant assuré le rapatriement


Cette liste, publiée dans son journal, a été élaborée par l'Amicale des Anciens du IA, après une recherche approfondie.
Elle reprend les navires par lesquels les P.G. belges, j'insiste, furent rapatriés. Elle pourrait toutefois être incomplète.

Les navires qui assurèrent le rapatriement de ces P.G. et déportés, d'Odessa à Marseille, furent, de mars à juillet 45 (entre crochets figurent les dates de départ d'Odessa et d'arrivée à Marseille) :

- Capitaine Janet [?/23-3-45];
- Prince of Wales [4-3/24-3];
- Bergensfjord [?/?];
- inconnu [?/26-3];
- inconnu [?/27-3];
- inconnu hollandais [8-3/3-4];
- Arawa [17-4/24-4];
- Bergensfjord [18-4/24-4] (a) ;
- Almanzora [19-4/25-4];
- inconnu anglais [?/30-4];
- Captain Bridge [?/?];
- Princess of Richmond [?/4-5];
- Monowai [5-5/10-5];
- Tamaroa [13-5/19-5] (b);
- inconnu [21-5/?];
- Ascanius [28-5/10-6] (c);
- Monowai [29-5/?];
- Almanzora [?/14-6];
- Ascanius [?/ ? juillet].


Nota Bene

D'aimables lecteurs, vétérans ou familles, me font part des précisions suivantes.

- (a) Lucien LEBRUN, du kommando d'Angerapp, où il était à la ferme WIEMER, embarque sur le Bergensfjord le 18 avril 1945, avec 200 autres PG belges tirés au sort (car le bateau était destiné aux français mais il restait semble-t-il de la place), pour arriver à Marseille le 23 avril 1945.
- (b)Citant le témoignage de Gabriel NOURY, P.G. français, le Tamaroa, qui a quitté Odessa le 13 mai, a assuré le rapatriement de 32 généraux belges.
- (c)L'Ascanius lors de ses deux voyages, fit escale à Port-Saïd.
Le dernier voyage de l'Ascanius l'aurait vu quitter Odessa le 22 juin.
- (b)(c)F. F., Cycliste-frontière, était prisonnier au XVIIA. Libéré par les Russes, il rejoint Odessa en passant par Bratislava et Bucarest.
F.F. a été empêché de monter sur le Tamaroa, sur lequel pourtant ont embarqué des Belges, et est rentré à Marseille, le 10 juin, sur l'Ascanius.
"Je devais monter sur un navire qui rapatriait d'ailleurs le Général de KRAHE. Je portais un bonnet de police avec une floche. A l'échelle de coupée, un russe m'arrête : "C'est quoi, ça ?" me demande-t-il en montrant mon bonnet. J'explique que je suis belge. Mais il n'a pas voulu que je monte. Il m'a fait emmener chez un officier russe, dans un bureau. Je pleurais, tant j'avais peur de ne pas rentrer. Je lui disais que je voulais revoir mon pays, mes parents. Mais il a été inflexible, il m'a dit : "Vous embarquerez plus tard avec vos compatriotes." (Ndlr : c'est moi qui souligne).
Je suis finalement rentré par l'Ascanius. (...) En montant sur le navire, un prisonnier avait un grand sac sur le dos. Une sentinelle a voulu l'aider et s'est aperçue qu'il y avait quelqu'un dans le sac : c'était une femme. (...)

- Mr SUAREZ, P.G. français, me fait savoir que l'Arawa fit un dernier voyage du 7 au 14 juin 45.



Il semble que le rapatriement des Anglais -et probablement de la même façon, des Américains- était parfaitement organisé. (Mais leurs Autorités se plaignirent amèrement du manque de coopération -c'est un euphémisme- des Soviétiques !)
Sans doute en était-il de même pour les P.G. français.
Le sentiment de nombre de prisonniers belges est à l'inverse, et pour certains même il est d'avoir été abandonnés à leur sort.

Selon une source issue des anciens prisonniers, le Général GRAFF, chef de mission des rapatriés belges en URSS, embarque à la mi-mai sur le Tamaroa, avant, lui reprochent certains, que la situation de milliers de P.G. encore en URSS ne soit réglée.
(Toutefois, un membre de sa famille me fait savoir que le Général GRAFF n'a jamais été en Russie; la mission pour laquelle il avait été désigné d'abord aurait été confiée à un autre officier...
Quelqu'un peut-il apporter des précisions sur cette mission ? Sur la présence ou non d'officiels Belges à Odessa ?...)

Quoi qu'il en soit, d'après certains témoignages de P.G. belges, on pourrait penser que les Belges, sans parler du transport par navires, étaient pris en charge par les Anglais, que ce fut en vertu d'un accord SHAEF ou autre.
D'autre part, l'accord entre l'URSS et la Belgique pour le rapatriement de leurs nationaux, "personnes déplacées" et prisonniers de guerre libérés, ne sera signé que le 13 mars 1945. Selon cet accord, la prise en charge des P.G. belges dépendait des autorités russes. La présence d'Officiers de liaison était prévue : y en eut-il ?
(On trouvera dans les Syntheses Officielles reprises sur ce site, des éléments qui permettent d'avoir une bonne idée du fonctionnement du rapatriement des P.G. français.)

Après la fin du rapatriement par navire, des P.G. rentrèrent encore par train depuis Odessa.

Pour ce qui concerne les retours par train, il faut signaler qu'un groupe de 1.800 P.G. (dont 600 belges ?), dont certains firent brièvement administrativement partie du XXB, groupe coincé à Gumbinnen, revint par chemin de fer dès que la liaison Paris-Varsovie-Moscou fut rétablie. Parti le 24 juin, et passant Poznan, Berlin, Magdeburg, le groupe arrive en Belgique le mardi 3 juillet.

Nota Bene
Odessa est restée pendant plusieures années, un centre de regroupement ou de transit pour les personnes devant rejoindre les pays d'Europe occidentale, notamment des engagés dans la Wehrmacht, etc...










Synthèses de documentation sur la situation des Prisonniers de Guerre et les Déportés du Travail, établies à l'usage du Ministre Des Prisonniers de Guerre, Déportés et Réfugiés




À Paris, à partir d'avril 1945, une synthèse de documentation sur la situation des Prisonniers de Guerre et les Déportés du Travail, fut réguliérement établie à l'usage du Ministre Des Prisonniers de Guerre, Déportés et Réfugiés. Copie était, semble-t-il, adressée aux autorités belges. (Source 2)
La situation du Stalag IA y est bien évidemment abordée.
J'apporte ici les extraits relatifs au IA, y compris les renseignements généraux susceptibles d'apporter un éclairage sur le sort des P.G.

J'attire l'attention sur le fait qu'il s'agit de documents français et non belges.














Peu après la guerre, mon père, militaire de carrière, revint en Allemagne, avec la famille qu'il venait de fonder.
Pendant plus de 15 ans, nous vécûmes dans ce que la Belgique appelait alors "la dixième province".
Et l'Allemagne fut une de mes patries...










Sources

Fils de prisonnier, j'ai toujours été, aussi loin que je me souvienne, attentif à l'histoire de mon père et de ses camarades, aux souvenirs qu'ils apportaient.
Il y eut toujours dans mon environnement et les récits, ou les indications, de mon père, les témoignages et récits de plusieurs ex-P.G., et le Journal Ceux du IA
Fondamentalement d'ailleurs, parce que toutes les histoires sont identiques quand tous les témoignages sont particuliers, tout ce que je recueillis peut être trouvé aussi dans les ouvrages de référence Les Clés du Trésor, de Marcel Meykens, édités par l'Amicale des Anciens du IA. (Je renvoie aussi au site de l'Amicale "Ceux du IA".)

Pour le reste, les indications (Source 1) ou (Source 2) se rapportent à :


(Source 1) Centre de Documentation Historique des Forces Armées - Quartier Reine Elisabeth - 1140 Evere.
 L'indication "G. Smets" fait aussi référence aux archives de ce Service.


(Source 2) SPF Sécurité Sociale, Service des Victimes de la Guerre, Service Archives et Documentation, de Bruxelles.












Bibliographie succinte

- Paul Lambert : Hommes perdus à l'Est, Dessart Editeur 1946.
- Jean Legros : Stalag IA, Presse de la Cité 1945(?).
- Florimond Schokert : Journal d'un prisonnier de guerre, Edité à compte d'auteur.
- Les 3 Tomes des Clés du Trésor, de Marcel Meykens, Amicale des Anciens du IA.
- R. Pappens, Col Breveté d'Etat-Major : La Prusse-Orientale en 1944-1945 et après, Ed. Andre Grisard, 1980.
- R. Pappens, Col Breveté d'Etat-Major : Guide à l'usage des Prisonniers en Prusse suivi de : Les rendez-vous de Gumbinnen.
- Albert Vandevelde : De Veldewezelt à Memel, Edition Gia,Bruxelles, 1942
- Albert Silbert : Le camp des Aspirants, in La Revue d'Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale,
n°28, octobre 1957, pp 16-34, P.U.F.
Deuxième parte in idem, n° 29, janvier 1958, pp 49-72.
- Saint-Chamond : La Libération de Stablack par les Russes, in Revue de l'Aspi.
- R.O.J. Van Nuffel, Les Allemands et leurs prisonniers de guerre,
Ed. La Conférence, Bruxelles, 1946.
- Felix Prieur : 68.881 VII A - Mémorial de guerre et de captivité, Fides 1948
- Jean Muray : La Ballade des Tordus (Prusse Orientale), Plon, 1943.
- Hermann Charlier : De la Lys à l'Oder, Charles Dessart Ed., 1945.
- Georges Delheusy : Chez les Vaches, Impr. S.A. Dantinne, Stree, 195?
- Yves Durand : Les Captifs, Fédération Nationale des Combattants
Prisonniers de Guerre et Combattants d'Algérie... , 1980.
- Louis Masset : L'odyssée du prisonnier de guerre 30362, Stalag 2C, Ed. Dricot
- Maurice Remy : Les écoles de perfectionnement d'Hoyerswerda, Chez l'auteur, Paris, 1942.
- E. Gillet : Histoire des sous-officiers et soldats belges prisonniers de guerre 40-45.
Tiré à part de la Revue belge d'Histoire Militaire, XXVII-3, sept. 1987.
- Du Canal Albert au Stalag,
dont l'auteur fut exécuté après la guerre pour collaboration avec l'ennemi...

- etc...


- Guy Sajer : Le soldat oublié. Livre de Poche.
Souvenirs d"un "Malgré nous". Intéressant ici pour son dernier chapitre qui décrit la bataille de Memel, le Frisches Haff, la bataille de Danzig, Zoppot...


- Jacques de Launay : La Grande Débâcle. 1944-1945. Sept milllions de civils
fuient devant l'Armée Rouge.
Albin Michel.
- Dieckert/Grossmann : Der Kampf um Ostpreussen, MotorBuch Verlag.
- Langen Müller : Letzte Tage in Ostpreussen.
- Edgar Günther Lass : Die Flucht - Ostpreussen 1944/45, Podzun Verlag.
- Der Kreis Heiligenbeil in Bildern.
- Horst Schulz : Der Kreis Preussich Eylau in alten Unsichtskarten, Lübeck 1996.








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