Ce que je présente ici n'a pour but que de faire part de quelques souvenirs d'enfance relatifs à la vie en Allemagne avec les Forces Armées belges.
D'autres sites, repris en fin de page, apporteront à ceux qui le souhaitent d'autres informations, notamment concernant l'historique de la présence de l'Armée belge en Allemagne.
Pour ma part je serais heureux si cette page ravivait les bons souvenirs de ceux -que je salue cordialement- qui partagèrent cette époque, et intéressait ceux qui en ignoraient tout.












     Puisqu'il y avait eu 1914-1918 (et une occupation "boche" pour le moins aussi dure que la suivante) et 1940-1945, il y eut, c'était bien normal, chez la plupart des Belges le sentiment d'un juste retour des choses... Et certains, beaucoup peut-être ?, portaient, et portèrent longtemps ?, sur l'Allemagne un regard condescendant, parfois méprisant, revanchard et de méfiance.
Mais jamais je n'ai entendu ni ma mère ni mon père qui pourtant sortait de cinq ans de captivité, exprimer des appréciations revanchardes sur le pays et ses habitants, même si je sais qu'au début de leur séjour certains comportements et attitudes rencontrés les ramenaient, bien évidemment, à ceux connus durant la guerre.
(J'imagine toutefois que mon père n'appréciait pas le garde-à-vous du jeune civil, ex-militaire, allemand interrogé par des officiers belges, tel qu'on le voit sur une photo plus bas sur cette page, en ce que cela traduisait l'obséquiosité quand vaincu, l'arrogance et la brutalité quand vainqueur.) Voir note 1 en fin de page.


La guerre restait bien présente dans la mémoire de tous, mais le rapport aux souvenirs évolua. Je sais que quelquefois ce fut là sujet de discussion entre les militaires belges et l'employé allemand (un "GSO") qui travaillait dans leur bureau. «J'étais en France, en Normandie, dans l'intendance...»
Et nous, les gosses (c'est donc que nous "savions"), interrogeâmes un jour notre tout jeune conducteur d'autobus, qui nous expliqua qu'il avait été servant de la Flak, à Cologne... Mais ces interrogations n'avaient rien d'inquisitorial, elles étaient faire connaissance de l'Autre, des vécus d'une histoire commune.

Pour ma part, j'ai vu l'A.B.O. et les F.B.A. avec mes yeux d'enfant et d'adolescent, mais j'avais aussi conscience que cette enfance participait de l'Histoire.

Cela étant, depuis bien longtemps j'ai le sentiment que cette Allemagne qui a fait son « long chemin vers l'occident » (Heinrich A. Winkler) était, est aussi ma patrie.
Et, quoi qu'il en soit, je lui dois beaucoup.






Très bref historique

L'accord de Berlin du 5 juin 45 divisait l'Allemagne en quatre zones d'occupation.
Cet accord autorisait chacune des puissances occupantes à solliciter pour leur zone, la participation de pays qui avaient activement collaboré à la victoire.

Tant pour répondre à une demande des autorités britanniques qu'à un souhait des autorités belges, il avait été prévu que la Belgique participerait à l'occupation de l'Allemagne.
J'ouvre une rapide parenthèse pour souligner que l'intention du Royaume-Uni n'était nullement de reconnaître ainsi les mérites des Belges, mais uniquement de pouvoir démobiliser le plus possible de Tommies au profit d'une économie britannique au bord du gouffre...
Ainsi, la Brigade Piron est présente en zone d'Occupation Britannique du 15 mai au 15 décembre 45; le 1st Belgian Armoured Car Regiment y cantonne jusqu'en mars 46...
Ces unités furent rejointes ou remplacées par d'autres des Brigades dites "d'Irlande", composées de volontaires de guerre formés en Irlande.
Quelquefois, entre autres missions, ces unités eurent à protéger les populations allemandes des ex-prisonniers et déportés russes qui se répandaient dans les campagnes à la recherche parfois de vengeance, souvent de nourriture.

A la fin de 1945, les volontaires de guerre furent remplacés par la première levée de miliciens.
Dans une zone s'étendant d'Aix-la-Chapelle à l'Ouest, à Soest et Siegen à l'Est, la 1ere Division prend ses quartiers à Bad-Godesberg; la 2e Division est en garnison à Lüdenscheid.
En octobre 46, le Q.G. du 1 (BE) Corps s'installe à Lüdenscheid.
(...)


Dans leur secteur, les troupes belges disposaient de leur autonomie opérationnelle; territorialement, elles dépendaient des autorités britanniques, dans une subordination politique qui fut longtemps problème pour certains Belges.
Pour faire simple disons que les Anglais, qui n'avaient pas connu l'horreur des occupations boches, n'hésitèrent pas, au nom du pragmatisme, notamment anti-communiste, à, très rapidement, faire une croix sur les crimes des Allemands (et c'est à dessein que j'utilise ici une généralisation), Allemands par ailleurs remarquablement indulgents avec eux mêmes, et à utiliser les services de personnes au passé criminel. Dans ce cadre les Britanniques jugeaient négativement les Belges qui s'obstinaient à vouloir tenir une attitude de non-fraternisation. (Cf. Christophe BRÜLL, référence en bibliographie.)

Voir aussi note 2 en fin de page.


         L'installation belge en Allemagne, prévue pour durer, posait, entre autres difficultés, des problèmes humains.
Et notamment que nombre de militaires de carrière sortaient de cinq années de captivité... Pouvait-on à nouveau les tenir séparés de leurs familles ?
Il fut donc rapidement envisagé de faire venir ces familles en Allemagne.

Dès la mi-1946, est créé le Comité Directeur de l'Installation des Familles, qui, à travers des Services Territoriaux Locaux (à Aix-La-Chapelle, Euskirchen, Bonn, Bad-Godesberg, Siegburg et Bensberg) s'occupèrent des innombrables problèmes de l'installation des familles dans une Allemagne détruite.
Dès août 46, un premier contingent de 200 familles est prévu.

La famille du militaire de carrière disposait d'un logement en fonction de son grade et de sa composition de famille.

Tout fut mis en oeuvre pour que ces familles disposent des facilités de vie "normales"; ainsi furent créés magasins (CMC-MHK), service médical, écoles, clubs, journaux...

En 1946, il y avait un peu plus de 15.000 militaires belges en Allemagne.
En 1950, il y en avait 40.000; entre 1960 et 1970, ce nombre était, grosso modo, de 30 à 35.000.
Les derniers militaires belges ont quitté l'Allemagne, Vogelsang en l'occurence, en décembre 2005.
60 ans d'histoire !

Je préciserai que je n'ai connu, à travers autant de déménagements, que des garnisons de la rive gauche du Rhin, toutes situées près de Cologne : Quadrath, Ichendorf, Brühl et Ossendorf, et donc les écoles d'Ichendorf (Jeanne Rombaut), brièvement celle de Weiden (Lieutenant Debaty), et enfin celle d'Ossendorf (Albert Ier).



bulletin scolaire

Présence de l'Histoire... Détail d'un bulletin scolaire (1955-1956)

Le régime d'Occupation de l'Allemagne prit fin le 5 mai 1955, date d'application du Traité de l'Allemagne (Deutschlandvertrag) signé en 1952.
L'Armée Belge d'Occupation devint alors les Forces Belges en Allemagne.






Scènes de l'occupation


      M.P. à Lubeck







Opinions allemande et belges sur l'occupation




Le grand-père de A.J. avait été, en 1914, abattu par les Allemands dans le massacre de la population dinantaise. Son père -alors jeune garçon- n'avait, lui, échappé que par miracle à ce chef d'oeuvre de la barbarie teutonne. Puis il y avait eu une deuxième invasion allemande. Aussi, lorsqu'il fut appelé au service-militaire, en 1949, sachant qu'il allait en Allemagne, se promit-il d'y venger la souffrance de sa famille. "Mais -me dit-il- une fois que j'y fus, je n'ai pas su. On n'est pas fait comme ça."

Circulant en octobre dans le secteur de la brigade belge, un journaliste bruxellois voulut savoir ce que pensait de cette situation un habitant du coin. "C'est notre sort, répondit un homme interrogé. Cette guerre, nous l'avons bien perdue. Nous devons être occupés pendant longtemps. Je pourrais vous dire que peu nous importe d'être occupés par des Belges, des Anglais, des Français, des Tchèques ou des Zoulous, mais je mentirais. Après la capitulation, nous étions tellement désespérés, fatigués, que nous aurions raisonné de cette manière. A présent, nous commençons à réfléchir et à comprendre, en somme, que notre bonheur immédiat dépend des occupants de notre région. Alors, pour parler franc, si nous trouvons les Belges un peu durs, un peu distants, nous leur trouvons des qualités : ils sont disciplinés, respectueux de nos femmes, ils ne nous révolutionnent pas et nous laissent tranquillement manger le peu qui nous reste. L'administration belge n'est pas tracassière. Nous ne sommes ni persécutés, ni outragés. Nous sommes occupés. Nous nous faisons une raison."»
( Cité par Pierre Stephany, in 1945, Ed. Le Livre, Bruxelles 1995.)




Escorte du Général Piron. 1949.
Un membre de son escorte m'a raconté que le Général Piron ne se déplaçait que toutes sirènes hurlantes, et qu'il ne faisait pas bon être sur son chemin. L'escorte aurait sans hésiter renversé les quidams qui ne se seraient pas rangés suffisamment vite.

Le Général Crahay écrira que le Général Piron vivait en Allemagne comme un satrape.(Mais ce n'était sans doute pas propre au Belge...)


Il est juste et raisonnable que ceux qui firent couler tant de beau sang belge et prétendirent un jour fouler au pied nos libertés les plus précieuses connaissent à leur tour, les rigueurs de l'occupation et s'inclinent devant nos couleurs nationales.
ex La Zone d'occupation belge en Allemagne, brochure éditée par le Ministère de la Défense Nationale, Service d'éducation à l'Armée, janvier 1948.



«Il est juste (...) qu'ils s'inclinent devant nos couleurs nationales... »
en tout cas les hommes se découvraient lorsque passaient la mascotte des Chasseurs ardennais (Cologne 1950 ?)





Soldats ! Nous sommes des Ambassadeurs !
Oui, mes amis, voilà de long mois déjà, que bien des nôtres occupent cette partie de l'Allemagne, fixée à notre armée. L'ennemi, qui hier essayait d'implanter chez nous son ordre nouveau barbare, connait aujourd'hui, mais en beaucoup moins rigoureux, une occupation militaire de son sol, de ses villes, de ses industries. Mais des temps normaux reviennent, et moyennant beaucoup d'efforts encore, l'aube de la paix pourra enfin se lever dans notre monde inquiet.
Longtemps encore cependant, des trains de permissionnaires partiront de nos sympathiques villes pour emporter des cargaisons de "cafardeux" vers une quelconque bourgade en ruine des pays rhénans.
Vous doutez-vous, mes chers amis, de la mission magnifique que nous avons à accomplir là-bas, petits ploucs de l'armée d'occupation ? Quand nous partons, le coeur gros, pour le "bled" éloigné (six semaines d'ennuis nous séparent des êtres chers), nous allons là-bas semer, si nous le voulons, les germes d'une vraie civilisation.
Sachons-le bien. En nous, on jugera non seulement notre pays, mais encore à travers lui, tout notre idéal démocratique.
Beaucoup plus encore qu'à l'intérieur du pays, il nous faut rester les "chics" types que nous savions être au patelin...
Dignité du maintien et de la parole, en rue, au café, au cinéma. Songeons que le civil nous observe.
Sans doute, ce sont des allemands et instinctivement on se rappelle tout le mal que leurs soldats dressés par une doctrine fanatique ont fait à l'Europe; et pourtant, ces allemands de 1946 nous devons les aider à rebâtir leur pays sur des bases saines, en les rééduquant par le beau spectacle d'hommes libres, fiers et dignes.
C'est là le but moral d'une juste occupation.
Nous sommes des ambassadeurs, et un ambassadeur REPRESENTE quelque chose.
Que représenterons-nous de notre pays ?
Rappelons-nous les qualités foncières de notre race : honnêteté-courage-labeur-adresse.
Le soir dans nos guérites, le jour sur la route, le dimanche dans les quartiers détruits, camarades d'occupation, n'oublions pas qu'ici nous remplissons une mission de paix.»
Article signé R. KALBFLEISCH, 3A, et paru dans VICI, le Journal du 1 C.A. en 1946.




A l'époque où nous sommes arrivés en Allemagne, une large part de sa population avait encore une opinion favorable de Goering, jugeait négativement les conjurés du 20 juillet, considérait les années hitlériennes d'avant-guerre comme ayant été positives.
Comme des centaines ou milliers d'autres, les tortionnaires de Flossenbürg dont certains avaient toutefois été condamnés à mort et exécutés en octobre 1947, se verront rapidement, semble-t-il, libérés...
(On trouvera quelques autres liens intéressants sur Flossenburg, au bas de cette page.)





     

Au début, peut-être parce que les routes et les chemins de fer étaient encore en mauvais état, les permissionnaires (officiers, sous-officiers et soldats), pour rentrer au pays, pouvaient faire en avion le voyage de Cologne à Bruxelles.

Mon père utilisa ce moyen de transport. Mais les retours en Belgique étaient rares, et la séparation d'avec sa jeune épouse devait être pesante. D'autant plus que les possibilités de loisirs pouvaient ne pas être alors d'une diversité emballante. (Les choses évoluèrent et il y eut tant des cercles sportifs que des clubs de joueurs d'échec...)

D'une brochure de 1948 destinée aux militaires belges en Allemagne :
(A Cologne :) Cantine BELAAC : nos 42 et 44, Leyboldstrasse, tél. 54.869 : ouverte de 9h30 à 22h30; attractions le dimanche de 16 à 19h.; tournois de ping-pong trois fois par semaine.


En attendant de venir s'y installer définitivement (n.b. : il était indispensable de subir préalablement un examen médical...), et pour compenser l'éloignement, les épouses des militaires pouvaient passer un mois "d'acclimatation" en Allemagne. Encore fallait-il qu'un logement -en l'occurence ici : deux chambres chez un autre militaire- soit disponible.
Y étant venue avec des préventions bien compréhensibles ("Combien avait-on haï les Allemands !") et des réflexes qui n'avaient pas disparu avec la Libération (Le premier jour de notre arrivée en Allemagne, à la gare de Cologne, à peine eut-il tourné le dos que ma mère, qui avait agi de même en mai 40, lors de l'évacuation, jeta à la poubelle les bonbons qu'un Allemand nous avait offert ), ma mère, au moment du départ, spontanément, avait embrassé la dame qui, durant ces semaines, avait, pour elle, assuré le ménage dans l' "appartement".

En arrivant à Ichendorf, après avoir attendu pendant plusieurs longues et pénibles années de pouvoir retrouver père et mari, nous avons vécu quelque temps dans une belle grande maison, réquisitionnée pour nous.
Les propriétaires, cantonnés dans quelques pièces du rez-de-chaussée, avaient le droit d'utiliser la salle-de-bain une fois par semaine, "ce qu'ils faisaient avec grande discrétion."
Leur fille, Annelise, s'était installée dans une annexe, au fond du jardin.

(En fait les Belges, jusqu'alors logés chez l'habitant à Ichendorf mais aussi à Bergheim et Quadrath, ne s'installèrent qu'en 1952 dans un quartier spécialement construit pour eux.)
trafic
La dame lessivait pour les militaires de la garnison (un peu avant notre arrivée, le tarif était d'un ou deux paquets de cigarettes suivant l'importance du travail), et servait aussi d'intermédiaire pour ceux qui voulaient acheter et vendre des produits (Nescafé, cigarettes... argenterie...)
Je me souviens d'Allemands sonnant aux portes à la recherche de café. Le "trafic" était encore une réalité, mais ce n'était plus déjà que broutilles. On m'a dit que certains militaires qui furent du tout début de l'occupation s'enrichirent indéniablement.

Une fois installés dans notre appartement, mes parents eurent droit à une "bonne", Frau Maria, qui s'occupait des travaux ménagers et des gosses. Nous nous parlions en allemand. Frau Maria disparut avec la fin de l'Occupation.



Certes, nous ne vécûmes pas dans les campagnes reculées du pays, mais dans chacune des maisons que nous avons connues en Allemagne, à Ichendorf comme ailleurs, il y avait une cuisine équipée, une salle de bain, une buanderie équipée, des W.C. reliés à l'égoût, des prises électriques extérieures, et même des piquets spéciaux pour tendre le fil à linge, sans compter le garage, à porte basculante...
Combien, même officier, connaissaient alors cela en Belgique ?

appartement à Ichendorf
Ichendorf. Immeuble d'appartements pour quatre familles de sous-officiers, construit à la fin 1951, occupé à partir de 1952.
Le logement des familles des militaires, dans une Allemagne dévastée puis en reconstruction, a été un problème pendant de nombreuses années.


C'était logique, le mobilier (standardisé), jusqu'aux matelas et traversins, était fourni par le casernement. D'autre part, tant que sous le régime d'occupation, le charbon, l'eau, l'électricité... étaient gratuits.
Et les marchandises vendues à la C.M.C., qui était comme une superette, étaient moins chères qu'en Belgique.

(Le général xx dirigeant le service social de l'armée, mettait d'ailleurs en garde les militaires en Allemagne : le retour en Belgique serait difficile et ils avaient donc à le préparer immédiatement en étant fourmi plutôt que cigale. Mais j'ai aussi le sentiment que les militaires étaient très mal payés...)


Parce que l'HM était trop loin, d'accès trop difficile, les naissances pouvaient se passer à domicile, avec l'aide d'une sage-femme allemande, en tablier blanc et chemisier à fines rayures bleues. (Il y avait à la caserne un Registre aux Actes de naissance...)

Il arrivait au médecin militaire que l'on avait appelé, d'oublier la consultation demandée ... et certaines maladies infantiles durent se guérir seules.
Plus tard, dans les quartiers, furent installées des maisons médicales, où un infirmier était de garde la nuit. A Ossendorf, quand il s'y ennuyait trop, en soirée, parfois il discutait avec les gosses et distribuait aiguilles et fioles à bouchon de caoutchouc rouge.


A Ichendorf il y avait, bien sûr, comme dans les autres garnisons, une C.M.C.
Au début il fallait, pour y avoir accès, être en possession d'une "Carte de Ravitaillement". La servante était reprise dans le ménage.

ticket de caisse de la C M C C M C carte de ravitaillement
à gauche : ticket de caisse de la CMC (année 1960 ?), qui permettra au moins de comparer les prix avec ceux d'aujourd'hui.
à droite : Carte de ravitaillement, indispensable pour avoir accès à la CMC.
On notera que la servante est reprise comme personne faisant partie du ménage.



(De Brühl je n'ai aucun souvenir, sinon du quartier d'habitations... Un témoignage ou l'autre me ferait bien plaisir.)

Chaque mercredi après-midi, un bus militaire conduisait d'Ichendorf à Cologne les dames qui s'étaient inscrites pour le trajet.
Pour se rendre en ville, on pouvait aussi prendre le train à Quadrath. Avant d'arriver à Cologne, le train, qui ne roulait plus qu'au pas, traversait un tunnel en démolition parce qu'il menaçait de s'effondrer.
Les travaux étaient réalisés par des ouvriers italiens, que j'apercevais par éclipse dans la pénombre inquiétante.
Je les imaginais ne voyant jamais le jour et travaillant dans l'angoisse permanente, situation que je reliais intuitivement à un statut d'ex ennemi de seconde classe.

«Quand on arrivait à Cologne, la vue était entièrement dégagée jusqu'à la cathédrale» se souvenaient mes parents. (La ville avait été détruite à plus de 70% !)
Les déblais de la ville avaient été entreposés en un même endroit et formaient un mont que, contrairement à mes parents, je trouvais bien quelconque, quasi insignifiant : ainsi c'était là tout le volume d'une ville vieille de deux mille ans ? Qu'était donc devenue l'Histoire ?

Cologne Cologne
Cologne
La photo ci-dessus : Cologne en août 1951.


De la brochure de 1948 déjà citée :
Passage du Rhin : le pont Patton au N. de la ville, face au Deutscher Ring, donne accès à la rive droite. Il est à double voie. Vitesse maximum : 25 km/h; hauteur maximum : 4 m 50.
...
Bureau de mouvements et R.T.O Belge à Cologne-Ehrenfeld.


Pour ma part j'ai encore dans les yeux l'image de bougies allumées, le soir, sur quelques maisons en ruines, près de l'alter Markt ... Les cadavres des habitants y étaient encore ensevelis. Mais ce n'était déjà plus là que situation (très ?) exceptionnelle, je crois. Et ce n'est pas sans une certaine amertume que mon grand-père comparait Cologne et Tournai...

Toujours de cette même brochure de 1948 :
Les usines Ford (de Cologne) ont produit 3.000 camions de 2 tonnes en 1946. ...


Kaufhof
Ambiance. (à gauche : couverture de la revue Die Kaufhof Illustrierte, Weinachten 1954.)

Je ne suis pas seul à me souvenir d'un fabuleux magasin de jouets à Cologne, offrant un monde miniature dont la qualité était perceptible même par les plus jeunes.
Dans la vitrine d'une grande enseigne de chaussures, un petit crocodile, bien vivant, se tenait obstinément coi. A l'intérieur du magasin, un appareil à rayon X dans lequel on glissait le pied, permettait de vérifier si les orteils étaient à l'aise ...
Autant de banales merveilles sans équivalent en Belgique, j'en étais certain.

"Im Land der Braunkohle". Parfois, une promenade nous menait à la mine Fortuna, mine de lignite à ciel ouvert. Une gigantesque, une monstrueuse excavatrice y creusait inlassablement.
"Pendant que nous étions à Ichendorf, la moitié du village a été détruite pour l'exploitation de la mine.
Les Allemands reconstruisaient leurs maisons avec des gros blocs de bétons; pour nous c'était nouveau."







A Ichendorf

le 1 REC REME, l'A.G.A., la 240e Cie Ord.




pot REME menu saint eloi






A Ichendorf il y avait à l'origine un peloton de dépannage de C.A.
Le 1 mai 51, l'unité change de dénomination et devient le 1 REC REME.
Le 1 décembre 51, nouveau changement : l'unité devient la 240 Cie Ordonnance. Le personnel passant ainsi de l'arme REME à l'arme Ordonnance. (Le Colonel CAILLIAU fut le créateur et le premier commandant de l'Ordonnance du 1e Corps.)

scammel
Dépanneur Scammel à l'A.G.A.

240 Cie
La 240e Compagnie Ordonnance


Les gros véhicules, tels que les chars, n'étaient pas réparés à l'A.G.A, mais tractés jusqu'à la gare de Quadrath et renvoyés, par train, en Belgique.

Au début, l'unité présente à Ichendorf avait ses quartiers dans une ancienne fonderie d'aluminium, qui avait produit, pour l'assemblage des V2, des pièces dont on pouvait encore, disait-on, en voir certaines abandonnées dans un coin.
Un jour mon père revient à la maison avec d'impeccables lampes de poches de la Wehrmacht, retrouvées dans une cave de l'usine, où une pleine caisse avait traîné sans jamais intéresser personne.

La 240e Cie s'était établie dans un nouveau complexe de baraquements et de hangars construit spécialement.

Ichendorf baraque


Dans l'entrée d'un baraquement, sur le mur, était représenté un transporteur de char Pacific, engin qui me fascinait. A côté, toujours superbement illustré, un tableau attirait l'attention des soldats : si vous perdez un casque, il vous en coutera autant; si vous détruisez une jeep, il vous en coutera autant...
Je ne parvenais pas à imaginer ce que l'on réclamerait au soldat qui perdrait un char !...

Selon certains historiens d'aujourd'hui, qui se basent sur les documents officiels, la 240e Cie Ord. aurait été une unité néérlandophone. C'est peut être là une vérité administrative, confortée, il est vrai, par certains documents. Mais la réalité concrète dont je me souviens, d'ailleurs elle aussi confortée par d'autres documents, n'était pas celle-là. Il n'y avait, en tout cas, à Ichendorf qu'une seule école, francophone, et je n'ai aucun souvenir d'un ramassage scolaire pour d'éventuels petits flamands. Il n'y avait là, à l'époque, aucune famille néérlandophone.

Un aimable ex-condisciple, qui confirme mes souvenirs, me fait toutefois savoir que le dimanche le sermon (la messe se disait à l'église du village) se faisait en français et en néérlandais...




blinde 1 Album photos de véhicules militaires de l'immédiat après-guerre...
Mes vifs remerciements aux aimables personnes qui me permirent de mettre un nom sur ces véhicules






L'Armée belge en Allemagne disposait de sa monnaie...


(voir en fin de page, lien vers un site consacré à cette monnaie)



et d'une immatriculation particulière

pour les voitures personnelles des militaires. (Les plaques BZ ! BZ pour British Zone, pensions nous. Mais un aimable lecteur me fait savoir que les plaques « BZ » ne sont pas liés à British Zone, mais au terme allemand « Besatzungszeichen ».)

Plaque BZ
( Ici une photo prise en 1946.)


Le personnel de carrière possédant une voiture, avait droit à de l'essence détaxée. Avec des bons spéciaux, on allait faire le plein dans une pompe Shell.




Exemples de documents d'époque...



Carte identite militaire
Détail de la carte d'identité militaire.

           Carte reduction transport    Carte identite militaire
à gauche, détail d'une carte de réduction sur les transports allemands;
à droite : carte d'identité d'une personne attachée aux F.B.O. et résidant en permanence en Allemagne.
Ici, il s'agit de la carte d'identité d'une épouse de militaire.






TE DEUM à la cathédrale de Cologne, 1954.
... et procession à Ichendorf.


Au porche de la cathédrale, un officier venait chercher chaque invité, et, entre deux haies de soldats présentant les armes, on était conduit à sa place.

invitation Te Deum Te Deum Cologne Te Deum Cologne
(Photos VICI)

procession à Ichendorf 2 procession à Ichendorf 1
procession à Ichendorf 3

Procession belge dans les rues d'Ichendorf (1954 ?)






Scolarité

Ecole Jeanne Rombaut,  à Ichendorf

On trouvera en bas de page, un lien vers le site des Anciens de l'Athénée Royal de Rösrath.
Il fourmille de renseignements précieux.


A l'origine, il n'y avait pas d'école belge à Ichendorf. Les enfants en âge de scolarité devaient donc être conduits à Weiden. Certains parents n'admettaient pas ces longs déplacements et préférèrent que leurs enfants fréquentent les écoles allemandes.
Puis une école belge fut construite, face à l'AGA. Il y avait un instituteur pour trois classes.

Cette école prit le nom de Jeanne Rombaut, une jeune liégeoise qui mourut héroïquement en tentant de sauver des petits enfants coincés dans l'incendie d'une salle de cinéma.
"Chaque jour, en entrant à l'école, rappelez-vous", nous dit Mr Gillet, notre instituteur, "que Jeanne Rombaut fut le plus bel exemple de courage, de bravoure et de totale abnégation !
Puisse son souvenir vous inspirer toujours dans la voie du devoir !"

Il m'arrive encore aujourd'hui de me rappeler d'elle.

ichendorf



vici
Le personnel enseignant, qui avait statut d'officier subalterne, était en uniforme... (Photo VICI - Qui se reconnait ?)

Peut être s'agit-il ici de Melle Friob ? Un jour les enfants chantèrent : "Adieu Mademoiselle Friob, dans quinze jours quand vous reviendrez, c'est Madame que vous serez. Adieu ! Adieu ! Mademoiselle Friob. Bonjour ! Bonjour ! Madame Dujardin."
Je ne me souviens pas avoir revu Mme Dujardin, que j'aimais bien...
(N.B. à l'arrière plan on distingue les baraquements de la 240e Cie Ord.
L'A.G.A se situait à quelques dizaines de mètres, face aux enfants.)

Matin, midi et soir, un bus militaire nous conduisait à l'école et nous ramenait à la maison.

ichendorf
Distribution des prix. Le Major Piérart, chef de corps de l'A.G.A. récompense un élève...



Ecole Albert Ier,  à Ossendorf


A Ossendorf, l'école Albert Ier comportait une section francophone et une néérlandophone.
Première rencontre, indélébile, avec le racisme, non pas des Allemands mais celui des condisciples néérlandophones.
Un jour, déboulant dans la cour de récréation, des petits flamands, une classe entière, se précipitent sur les francophones et, avec de grands gestes de manieurs de goedendags, nous frappent comme pour nous tuer en criant "schild en vriend !".
Que leur avait donc dit leur instituteur pour qu'ils s'en prennent concrètement de la sorte à nous, plutôt que de jouer entre eux comme on joue à "gendarmes et voleurs" ?...

Le directeur de l'école Albert Ier était Mr Gaube. Nos instituteurs dont je me souviens étaient Mr Goergen et Mr Martin.

Pas très loin de l'école, se situait le bassin de natation; couvert, chauffé, gratuit et construit spécialement pour les Belges, disait-on. Le maître-nageur, "oncle Paul", était allemand.




Vie culturelle et sociale



ichendorf
Au "Torai", le club des Sous-Officiers et des familles. Ichendorf, tout début des années 50.

ichendorf
Au "Torai", goûter de Noël pour ceux qui n'avaient pu rentrer en Belgique.


"Il y avait un club pour les Officiers, un autre pour les Sous-Officiers. Dans celui-ci, il y avait un petit café, tenu par deux jeunes-filles fort aimables.
Le dimanche, puisque la caserne était fermée, le facteur militaire déposait le courrier au club des Sous-Officiers. On passait l'y prendre."


Le Comité des Familles était très actif, et organisait de fabuleuses fêtes de Saint-Nicolas.


Les classes sociales étaient nettement marquées. Comme il est logique on avait, au bas de l'échelle : les miliciens, qui logeaient à la caserne et avaient leurs activités propres (crochets inter-garnisons, concours sportifs inter-régimentaux...).
Au milieu, les sous-officiers, et au sommet les officiers.
Les sous-officiers et les officiers ne disposaient pas de logements identiques; ceux des premiers étaient -évidemment- plus vastes. Ces habitations étaient rassemblées en des quartiers éloignés ou clairement séparés.
Les uns et les autres, et leurs familles, ne se fréquentaient pas, ou exceptionnellement. Les enfants ne se rencontraient qu'à l'école, ou rarement dans leurs jeux.

Une jeune-femme avait épousé un officier. Son mari la contraignit à "renier" ses parents parce que son père n'était "que" sous-officier ! ...

Mais cette stratification sociale n'était, je crois, que le reflet d'une réalité sociale que l'on trouvait certainement identiquement dans la vie civile en Belgique. Les ingénieurs fréquentaient-ils les ouvriers ou les employés, et partagaient-ils les mêmes quartiers ?


Ce n'était pas le cas à Ichendorf, mais à Ossendorf, à la caserne Klerken comme dans la plupart des autres casernes, il y avait une salle de cinéma. (Il y avait aussi une salle au 7 H.M.)
Amenés dans le fourgon du TPJ, les films changeaient régulièrement.
Le dimanche on pouvait aller à la Maison Belge à Cologne (Caecilienstrasse), où des films étaient également projetés.


maison_belge à Cologne
Vue de la Maison belge


Cela étant, l'animation à Cologne reconstruite était permanente.

exposition de fleurs
Floralies de 1957.
(Cliquez sur l'image pour découvrir ce qui y enchantait particulièrement les gosses
et au moins certains parents...)


D'autre part, la vie culturelle à Cologne, qui regorgeait de musées, était d'une richesse extraordinaire. Ce me fut, si je peux dire, comme une université.
La réalité est que nous n'aurions pu bénéficier d'autant en Belgique.



Revues et journaux

Des revues, journaux et feuilles locales étaient publiées à l'usage des militaires et de leurs familles.
La revue VICI notamment, était d'une qualité superbe.





Quelques souvenirs parmi tant d'autres



Les maçons allemands qui construisent nos maisons travaillent en short, et boivent du lait.

Racket ! Tout petit garçon, je suis entouré par des "grands", allemands, qui exigent que je leur donne mes chewing-gum.

carabiniers Un dimanche après-midi à Cologne, deux soldats qui se promènent, ont glissé leurs bérets dans leurs pattes-d'épaules.
C'est une faute; la tenue doit être impeccable.
Des M.P. en patrouille coincent les miliciens.

A la caserne, le soir après le service, les miliciens qui sortent sont contrôlés au poste de garde : on passe de l'ouate sur leurs joues; un filament y reste-t-il accroché ? Pas de sortie !

Dans la salle de cinéma, la Reine Elisabeth venant de décéder, il est demandé une minute de silence. Tout le monde se lève... Un milicien est pris d'un fou-rire. Dès la minute écoulée, il est empoigné et emporté par les M.P.

Le coiffeur, qui avait perdu son salon dans les bombardements de Cologne, allait de maison en maison avec sa petite serviette de cuir. Comme une signature, il avait, en terminant son travail, l'habitude de faire avec sa tondeuse, dans la nuque, une petite ligne de peau mise à nu.
Les gamins en discutent entre eux, et s'accordent pour penser que c'est là une marque destinée à reconnaître les Belges quand la guerre recommencera.


Prise d'armes à Butzweilerhof
Prise d'armes à Butzweilerhof.





Depuis longtemps, l'Armée Rouge n'était plus une alliée.



La possibilité d'une guerre avec les Russes était bien présente et prise au sérieux. A une certaine époque, 1954-1955 ?, dans les familles qui possédaient une voiture, les épouses furent obligées de savoir conduire.
Et les dames s'entraînèrent à la conduite dans la cour de la caserne...

La menace alors semblait si probable que nous vécûmes même quelque temps, ainsi qu'il nous était demandé, avec nos grands coffres en bois prêts à être embarqués dans l'heure...

Les familles reçurent des instructions "secrètes" relatives à leur évacuation en cas de conflit, qui disaient en substance :
"Si vos enfants sont à l'école surtout n'essayez pas de les récupérer; ils seront embarqués dans des bus et conduits à tel endroit en Belgique..."
"Si vous disposez d'une voiture personnelle, rendez-vous à telle rue, apposez sur votre pare-brise le signe ci-joint ..."
Bien évidemment le plein du réservoir devait être fait, l'Armée précisant qu'elle ne pourrait pas jouer le rôle de pompiste, pas plus d'ailleurs que celui de garagiste.


Á Rösrath, lors d'une retraite, on nous tiendra discours sur l'héroïsme d'enfants hongrois qui, en 1956, pour arrêter les chars russes, plaçaient sur les routes de leur pays des assiettes creuses retournées.
La possibilité d'avoir un jour à agir de même ne m'était pas étrangère.

Il y avait souvent des alertes. Dans la nuit, des jeeps allaient et venaient en hâte dans le quartier. Des soldats sonnaient aux portes : "Chef, venez-vite. Il y a alerte !"
Mon père partait en vitesse.
Etait-ce un exercice ou était-ce plus sérieux ?

Les grandes manoeuvres nous étaient impressionnantes.
Parfois alors mon père rentrait avec des biscuits militaires et c'était comme une communion.

Ci-dessous : scènes de la fameuse Battle Royal :
un "canon atomique" américain, avec son double tracteur, et déchargement d'un char belge.

Battle Royal

Battle Royal

Lors des manoeuvres, les armées se souciaient peu des dégâts causés aux biens des civils, évidemment remboursés par après.
Les chars, disait-on, traversaient les jardins comme les champs, défonçaient les routes... J'ai gardé en mémoire cette histoire d'un tank qui, malgré les protestations désespérées des propriétaires, s'adossa à une maison et en défonça, par son souffle, la façade lorsqu'il tira.




Voyage en TPJ, Train de Permissionnaires Journalier



Nous retrouvions la Belgique et notre famille deux, trois fois par an, pour quelques jours, trop bref bonheur tant attendu.

Très tôt le matin, bien avant l'aurore, à la caserne, un chauffeur de piquet était tiré de son sommeil pour nous conduire en minibus à la gare d'Ehrenfeld.

Quelques wagons étaient réservés aux familles, qui voyageaient à l'aise.
Dans leurs compartiments, dans une atmosphère épaisse, les pauvres miliciens, dont beaucoup étaient embarqués depuis des heures (le train venait des confins orientaux de la zone d'occupation), dormaient ou sommeillaient serrés les uns contre les autres.
Et, je dois bien l'avouer, les M.P. me paraissaient être des chiens s'activant à maintenir serré en l'apeurant le troupeau surveillé.

Un marchand allemand passait d'un wagon à l'autre en vendant ses "pistolééésss !"

Plus tard, lorsque je voyageais seul pour rejoindre le pensionnat en Belgique, j'aimais, après la gare d'Aachen, aller jusqu'au soufflet du dernier wagon, regarder la locomotive d'appoint pousser le convoi dans la montée vers la Belgique, puis soudain, avec un long sifflement, rester sur place.

A Herbestal, tout le monde descendait présenter ses bagages aux douaniers, qui y faisaient une petite marque à la craie.
Un jour d'été un soldat est en capote quand tout le monde est en tenue légère. On le prie d'ouvrir son vêtement : il portait des thunderflash.

Ne vendait-on pas à Herbestal, des barquettes de macédoine de légumes à la mayonnaise ?

A Liège, sur le quai, c'était "choco Mio !" et "Le Soir pouuuur demain !"...

Un samedi après-midi, je rentrais à la maison après une semaine d'internat. Comme il n'y avait plus de place dans le wagon des étudiants, on me mit dans un compartiment "troupe". Il y avait là deux miliciens de la compagnie de mon père, qui ne pouvaient me connaître, et qui parlaient de lui en le décrivant comme "juste et soucieux des hommes".
Je n'oublierai jamais leurs paroles.


(ci-dessous photo VICI)

TPJ autorisation
Les militaires installés avec leur famille bénéficiaient d'un voyage aller-retour gratuit
vers la Belgique par période de quatre mois, soit trois voyages aller-retour par an.

L'éloignement de la famille, l'absence des grands-parents (certains décédèrent sans que je les aie vraiment connus...), oncles, tantes, cousins et cousines (eux aussi si peu connus) était pénible, et est à l'origine de ce qui reste et restera un manque.




Lutins et Louveteaux


scout La création d'activités scoutes avait été vivement encouragée par l'Armée.
Au début, pour nos réunions, un minibus "Matador" conduisait la petite poignée de lutins et de louveteaux d'Ichendorf à la caserne de Weiden, où venait d'avoir été créée l' Unité Général Gierst. Le général en était, bien évidemment, le parrain.

Puis les unités se multiplièrent...



Un soir, à Weiden, sur la place face à l'entrée de la caserne, grand feu de camp. Le général, vient assister à notre fête.  Je suis très impressionné.





A Butzweilerhof


La 16e Esc. Lt. Av. volait encore sur Piper L-18. (La photo ci-dessous date de 1966.)
Mais il y avait aussi des Dornier et des Alouette II.
(En fin de page on trouvera un lien vers un site consacré à l'Aviation Légère de la Force Terrestre.)

Butzweilerhof Au début de l'Escadrille, en tout cas jusque fin 1955, les Piper étaient de couleur jaune; ils portaient, à gauche, un petit écusson juste après le capot moteur.

En 1960, au Ruanda, une Alouette d'un détachement de la 16e Esc, s'est écrasée dans un lac.
Dans la cour de récréation de l'école Albert Ier, à Ossendorf, un camarade dont le père est de la 255e Cie Ord, nous raconte que l'équipage, des personnes que nous connaissions, a été dévoré par les crocodiles...





A propos de Butzweilerhof : c'est d'ici, on le savait, que décollèrent une partie des planeurs qui, le 10 mai 40, allaient attaquer et prendre Eben-Emael et les ponts du Canal Albert.
Pour rester dans l'ordre des chose, c'est ici qu'eut lieu, en 1960, le championnat du Monde de Vol à Voile.

Dans les années 60, à l'instigation du Général CRAHAY, un aéroclub pour les Belges fut fondé à Butzweilerhof.
Il y avait là, entre autres, le Piper Cub OO-HBB (ex OL-L117).
Un des instructeurs était Mr FORET, pilote militaire qui, plus tard, s'est tué dans un crash.




Le 13 août 1961, j'ai espéré, j'ai voulu l'Europe.



Berlin Berlin
Berlin

"Nous étions bouleversés. Nous pensions aux familles déchirées.
L'événement était l'évidence de la volonté agressive des Russes.
Il était certain alors que jamais, jamais, la réunification allemande n'aurait lieu."






Et cela s'est terminé ainsi ...





Départ du Roi Albert II.
Caserne Klerken, Cologne-Ossendorf, le 7 juin 2002.
J'ai, je l'avoue, pleuré.




Et, j'en ai bien peur, malgré les Erasmus, il n'y a plus d'Europe
que celle du chacun chez soi, et chacun pour soi.








Contact Pour me contacter








NOTE

1 - J'ignore si cela fut général mais l'arrogance et le dédain des officiers allemands chargés de réceptionner certaines casernes que quittaient les Belges fut, parait-il, particulièrement choquant.
Pour ma part, je me souviens de l'article haineux que publia un journal allemand à l'occasion du départ des Belges.

2 - Coïncidence heureuse : alors que je fais quelques aménagements à cette page, le journal Der Spiegel du 7 mars 2012 publie un long article sur le rôle qu'ont joué les ex-nazis dans l'Allemagne occidentale, selon la volonté délibérée de ses dirigeants et la complicité de ses habitants, de ceux là qui reprochaient aux Belges quelques discours prônant la prolongation de la non-fraternisation...







LIENS

Cinq ans auparavant, le STALAG IA

Musée des Forces Belges en Allemagne (F.B.A.)
Le site est remarquable. Il apporte nombre de renseignements historiques précieux.
Le même en Allemand : Museum der Belgischen Streitkräfte in Deutschland


Sites précieux pour les précisions qu'ils apportent,
et les contacts qu'ils permettent :



Site des Anciens de l'Athénée Royal de Rösrath.

Amicale des Anciens des Ecoles Primaires et Secondaires en Allemagne

Les écoles en FBA. Site qui date de l'époque où les Belges y étaient encore un peu.

Site qui propose des vues intéressantes des habitations belges, clubs, CMC...

Mil.be du Ministère de la Défense.

Mais où est donc passée la 119e Compagnie ? "Mon service militaire d'abord à Heverlee , ensuite en Allemagne à Westhoven en 1964/65 à la 119e Cie Citerne Hy
.... mais aussi mon "séjour" à l'Hopital Militaire de Cologne de 1965 à 1968 ..."


Et encore :

Site consacré à la monnaie de l'Armée Belge d'Occupation.

Site consacré à l'Aviation Légère de la Force Terrestre.

Site consacré à la Brigade Piron.
et un site consacré à la libération de Honfleur par la Brigade Piron
(nombreuses photos, notamment des membres de la Brigade.)

Site consacré aux insignes de l'Armée belge en 1945-1946. Très intéressant.

Site consacré à Albert Engel, officier de la Wehrmacht
qui fit la campagne de France puis passa la guerre dans les îles Anglo-Normandes.
Après la guerre il devint le beau-père d'un militaire belge.



O terre de détresse !...
J'avais visité Breendonck, j'avais visité Buchenwald et Theresienstadt et Auschwitz... mais j'ai été, pourquoi ?, particulièrement touché par Flossenburg.
Flossenbürg sur le Le Site de la Déportation Nazie.
Témoignage d'un détenu
Flossenbürg sur le site Mémoire juive et éducation.
Documents divers sur le camp et le procès de ses gardiens, site de la Jewish Library.









BIBLIOGRAPHIE

- Armée Belge d'Occupation 1946-1948 Belgische Bezettingsleger.
Service d'Education du I. C.A. Décembre 1948.
Imprimé à Wiesbaden.

- Le Bataillon "Liberation".
Imprimé à Wiesbaden. année ? avant 1950.

- Histoire de l'Allemagne XIXe-XXe siècle, de Heinrich A. Winkler, Fayard, 2005.

- Lieutenant-Général CRAHAY, Une vie au XXe Siècle, Ed. J.-M. COLLET, 1988.

- Christophe BRÜLL, Entre ressentiment et ré-éducation. L'Armée belge d'Occupation et les Allemands, 1945-1952.
in Les Cahiers d'Histoire du Temps Présent. Nr. 23/2011





©Philippe CONSTANT
Mars 2006
Mise à jour Mars 2012.
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