| Ecriture - art - création Omer ARRIJS
Si nous observons la
rue à travers la fenêtre, ses bruits sont atténués, ses mouvements
sont fantomatiques et la rue elle-même, à cause de la vitre
transparente, mais dure et rigide, paraît un être isolé palpitant dans
un « au-delà ». Vassili Kandinsky, Point et ligne sur plan. Nous venons de démarrer un atelier
« écriture – création ».
Bricolage et nouveaux possibles… Nous participons à
un courant qui se développe aujourd’hui d’ateliers liant
l’écriture à la peinture, la photo, la sculpture, le livre objet,
l’art… Je crois aussi qu’il
y a là une ouverture à d’autres possibilités. Mais l’ouverture ne se
fait pas automatiquement. On peut s’enliser comme on peut aussi
développer une pratique de groupe et individuelle très riche. On ne peut
tout en attendre : ça n’apporte ni emploi, ni ressources
matérielles, ni transformation des rapports sociaux. Et quand même, ça
touche à du fondamental. Ça nous entre dans une nouvelle sensibilité. On
ne sortira pas de la position ambivalente de toute activité dans le champ
social, on se mettra à la voir autrement, à s’appuyer sur elle. Il peut donc s’agir
de tout un processus. Par exemple. On commence par y
entrer. Mettre sur un grand tableau un signe en rapport à soi – un mot,
un dessin, un graffiti… -, et on le commente. Essentiel de toujours
prendre du recul sur ce qui a été mis là, entre nous, renvoyer nos
miroirs, mettre des mots ou d’autres formes sur des mots ou d’autres
formes, accumuler couche sur couche, faire de l’épaisseur. On choisit
chacun une reproduction d’un peintre contemporain, on la présente, on
parle, on ajoute encore couche sur couche (comme Picasso re-peignant et
re-peignant la même toile pendant des heures). On peint en prenant appui
sur l’un des éléments de la reproduction choisie. On écrit un
commentaire. On peint de nouveau, une fresque collective mélangeant les
formes, les traits, les couleurs et les mots. On en parle, on commente
(l’ensemble ou tel détail), on peint encore, on commente encore, on
écrit encore, on parle de l’écrit… on parle de comment on vit ça,
cette peinture – écriture, comment c’est dur ou comment on aime ou
comment on n’aime pas ou comment ça vient ou comment ça vient pas…
C’est donc d’abord tout un flux, on réactive le chaos. Il y apparaît
comment on fait avec les formes et comment on fait avec soi là dedans, ce
qu’on y met et ce qu’on n’y met pas, comme on se donne et comme on se
retient, comme chacun crée, comme chacun crée autrement que tout autre,
comme chacun a ce possible là de créer autrement que tout autre, comment
chacun doit bien faire et se bagarrer avec le regard des autres sur ce
qu’il a mis là entre nous, comment chacun peut rebondir sur ce que les
autres aussi ont mis là entre tous les regards. On pourra aussi toucher à la technique (de l’art, de l’écriture). La technique est langage. Et en même temps, elle n’est jamais qu’au bord de ce qui compte vraiment, moyen de mise en forme de tout ce qui peut s’y projeter, refléter, symboliser, repartir, évoquer, provoquer… On parlera de tentatives techniques diverses, de ce qu’elles transforment, de ce qu’elles figent comme des portes qu’elles ouvrent[3]. On pourra travailler en contact avec des artistes, des écrivains… dans leur diversité : croiser des multiplicités de regards et de formes, tenter de percevoir quelque chose de leurs itinéraires, y confronter son propre itinéraire. Les artistes non comme s’ils monopolisaient la création, mais comme privilégiant dans leur vie des attitudes que bien d’autres peuvent rencontrer, dont bien d’autres peuvent élargir leurs manières d’êtres. La rencontre pourra donc être comparative et critique. On pourra ouvrir le brassage vers la photo, la musique, l’informatique, le théâtre… faire rebondir les langages les uns sur les autres, multiplier les chocs, décarcaniser nos modes d’expression. Une « œuvre », un « texte » (ou une musique, ou un geste…) pourront être l’entrée dans un grand voyage. C’était une
ville étrange qui, tel un être préhistorique, paraissait avoir surgi
brusquement dans la vallée par une nuit d’hiver pour escalader
péniblement de flanc de la montagne. Tout dans cette ville était ancien et
de pierre, depuis les rues et les fontaines jusqu’aux toits des grandes
maisons séculaires, ouverts de plaques de pierre grise, semblables à de
gigantesques écailles. On avait de la peine à croire que sous cette
puissante carapace subsistait et se reproduisait la chair tendre de la vie[4].
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