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Enquête - Qui a tué
Marilyn?
| Introduction |
Dans la presse mondiale,
la robe de Monica Lewinsky a déclenché
une vaste réflexion sur les périls
encourus par la démocratie en
Amérique à la suite de
fredaines. Tout éditorialiste
digne de ce titre s'y tailla la plume.
Notre Tocqueville, dans sa tombe, en
égaie son éternité
et rit chaque jour. L'autre matin, sur
ABC News, relayé en clair par
Canal +, Peter Jennings, le présentateur
vedette, y alla d'un commentaire désabusé:
"Il a suffi de quelques semaines
pour que le monde sache tout sur la
vie privée de Bill Clinton. Plus
de trente ans ont été
nécessaires pour en apprendre
un peu sur celle de John Fitzgerald
Kennedy." Un ange passa dans le
studio, un fantôme blond. Une
douce source de chaleur qui s'est éteinte
par une nuit d'août dans la canicule
de Californie.
Marilyn Monroe est morte il y a trente-six
ans. Officiellement au matin du dimanche
5 août 1962, à 4 h 25.
Elle avait 36 ans. Elle avait peur.
Elle comptait encore sur deux ou trois
doigts les amis qui ne l'avaient pas
trahie. Elle avait un chien, Maf, qui
aboyait. Les chiens jappent contre le
malheur. On la déclara suicidée.
Overdose. Trop de médicaments,
trop de dom Pérignon, trop de...
Pas assez de chaleur humaine pour le
corps le plus moelleux qui fut jamais
photographié. Depuis sa mort,
plus de 110 livres sont parus sur sa
vie, ses dernières années,
ses derniers mois, ses derniers jours,
presque sur son Jugement dernier. Tous,
quasi tous, sauf certains, bâtis
sur commande afin d'engoncer le bon
peuple dans la guimauve, ceux ne voulant
que la montrer en gloire ou ceux voulant
profiter de sa beauté pour faire
un peu de pognon - drame posthume qui
dupliquait celui d'une vie maltraitée
- suggéraient, avançaient
que ce suicide tenait du crime, du meurtre,
de l'assassinat. L'interrogation n'avait
pas attendu longtemps. Quelques semaines
après les obsèques, dirigées
par Joe Di Maggio, un vrai fidèle,
un vrai amour, quoique plutôt
nerveux, sinon violent, et dont furent
exclus tout Hollywood, tout le cinéma,
tout ce que Joe n'aimait pas.
L'un des premiers livres faisant clairement
état d'un assassinat fut écrit
en 1964 par un ancien du FBI. Une sorte
de Fox Mulder de drôles d'X Files,
Frank Cappell, qui s'interrogeait en
70 pages sur L'Etrange Mort de Marilyn
Monroe (Strange Death of Marilyn Monroe).
Opuscule flingué à mort
dès parution. Moqué. Mais
lu de près par le tsar du renseignement,
le dictateur de la flicaille, Edgar
J. Hoover, directeur inamovible et haï
du FBI. Lu également à
la loupe par toute une famille du Massachusetts
qui venait de perdre, en novembre 1963,
un de ses fils en la personne d'un président
des Etats-Unis. Et ce n'était
pas fini.
Aujourd'hui sort, aux Etats-Unis, en
Grande-Bretagne et en France, le même
jour, le 15 octobre 1998, peut-être
ce qui résume toute l'affaire,
du moins, et cela est sûr, la
somme des enquêtes, recherches
effectuées depuis la mort de
Marilyn, augmentée de douze ans
de travaux, de fouinages, d'interviews
et de contre-interrogatoires: Marilyn
Monroe, enquête sur un assassinat,
de Don Wolfe. Ni un flic ni un journaliste
d'investigation, un acharné.
Un homme de cinéma, qui collabora
avec Spielberg, travailla sur maints
films, dont, naguère, Certains
l'aiment chaud, de Billy Wilder. Starring
Marilyn Monroe. Et c'est de ce livre
de 600 pages que L'Express, aujourd'hui,
vous livre en exclusivité des
extraits.
Wolfe ne patauge pas dans la pleurnicherie,
l'émotion de commande, la nostalgie,
le chant d'amour à la beauté
saccagée. Il rend justice. Et
la justice est sévère.
Le livre de Don Wolfe ne fait pas de
quartier. Il démontre, montre,
il livre, délivre, prouve. Le
lyrisme est bridé au profit de
la précision. Résultat
étonnant autant que détonant.
Car, à la lecture de ce réquisitoire
fondé uniquement sur des faits,
on ne peut s'empêcher de penser
au lyrisme fou, incantatoire, halluciné,
et qui, par le biais de la fiction,
débusquait les crimes d'une société,
des romans du cycle de Los Angeles,
signés de James Ellroy, et principalement
d'American Tabloid, dont la couverture
affichait sur fond de Capitole les profils
de médailles bénies de
John et Bobby Kennedy. Et rapportait,
au hasard d'un surcroît d'intuition,
matrice de l'intelligence exacerbée
par une passion de la vérité,
ce que Don Wolfe, méthodique
inspiré, vient de démontrer.
La vraie mort de Marilyn Monroe.
La comparaison n'a rien de choquante
entre un ouvrage de fiction (Ellroy)
et le résultat d'une enquête
interminable (Wolfe). Les écrivains
sont tous des flics sentimentaux; et
non ripoux. Ils traquent l'explication,
ce repos soudain de la raison agacée.
Qu'Ellroy, en 1995, ait débusqué
comme ça, dans l'air, par le
raisonnement simple des mots qu'on jette
sur le papier et qui tout à coup,
sculptent un autre visage aux icônes
ce que Don Wolfe le méticuleux
bâtit paragraphe par paragraphe,
témoignage par témoignage,
s'échinant à donner 50
pages de sources dûment répertoriées
en fin de volume, ressemble fort à
une grande belle vieille statue verdie
par les âges mais qui mérite
un salut: celle de Liberty Island, à
l'entrée de New York.
Les écrivains sont des êtres
remarquables qui offrent en effet à
leurs personnages, aux sujets humains
de leurs études, la plus grande
liberté. Comment faire passer
dans le sens commun que lire le livre
de Don Wolfe est libérer Marilyn?
Non pas la venger, lui donner une revanche.
Le repos. Lui faire savoir par-delà
l'Au-delà que jamais plus elle
ne sera plaquée. Sa terreur.
Terreur d'une enfant qui, sortant d'un
orphelinat, valsa entre neuf familles
d'accueil en quatre ans. Que les mufles
autour d'elle - on dut planquer son
cadavre dans un placard à balais
pour qu'il échappe aux paparazzi
- s'ajoutaient aux salauds. Le dernier
vient de mourir, il y a peu, et toute
la presse a célébré
sa voix, son élégance,
son génie. L'homme qui la fit
violer - et filmer son viol - par un
patron de la Mafia: Frank Sinatra. Elle
qui pensait l'épouser. Elle en
épousa d'autres, qui en ont bien
profité. Miller, le grand Arthur
Miller, une belle conscience qui déclara
lui faire un somptueux cadeau (moyennant
250 000 dollars et vivant à ses
crochets): le scénario des Misfits.
Mise en scène John Huston, costarring
Monty Clift ("la seule personne
connue qui m'ait paru plus malheureuse
que moi," dixit M. M.) et Clark
Gable, le père irréel
qu'elle s'était choisi sur photo.
Sur le tournage tragique - Monty et
Gable n'en virent pas la sortie - Clark
fut très gentil avec elle, qui
jouait le désespoir platine en
robe à pois. A sa mort, on accusa
Marilyn d'avoir provoqué sa crise
cardiaque par ses retards. Gable n'était
plus là pour démentir.
Et la campagne de dénigrement
était orchestrée de très
haut. Par ceux pour lesquels Marilyn
Monroe ne fut qu'un "morceau de
viande", hurla-t-elle le vendredi.
Elle mourut le dimanche. Une perdrix
dans un tableau de chasse, une voix
à écouter par des micros
cachés, une arme et un danger
dans le maintien au pouvoir. Un objet.
Mais cet objet savait écrire,
espérer. Croyait en quelque chose
qui n'avait déjà plus
cours, la bête honnêteté
des pères fondateurs. Ignorait
que le FBI et la CIA détenaient
un dossier à son nom, dont le
frère, en cyrillique, reposait
au Kremlin. Marilyn avait ses secrets.
Elle les inscrivait dans un cahier rouge.
Comme des notes de répétitions.
Comme un scénario à apprendre
par cur. Il fallait le récupérer.
En lisant Don Wolfe, on sait que la
décadence de la démocratie
en Amérique date plus de la traque
du cahier rouge de l'ex-Norma Jeane
chantée si joliment par Birkin
que de l'étude de la robe bleue
de Monica. Quand l'Etat commet ses crimes,
le nettoyage ne se fait pas au pressing
pour que la Maison paraisse Blanche.
Marilyn Monroe, enquête sur un
assassinat, par Don Wolfe. Traduit de
l'américain par Dominique Peters,
Dominique Kugler, Nadine Gassié,
Pierre Girard et Andrée Nahline.
Albin Michel, 592 p. |
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| Le corps découvert
au 12305 5th Helena Drive |
Avant l'aube du dimanche
5 août 1962, un vent chaud venu
du désert Mojave balayait le
bassin de Los Angeles, agitant les hauts
eucalyptus qui protégeaient comme
un rideau la maison de Marilyn Monroe,
à Brentwood. On entendait tinter
doucement dans l'obscurité les
vieux carillons que lui avait offerts
le poète Carl Sandburg. D'autres
sons, plus étranges, furent portés
par le vent au cours de la nuit: des
cris, une vitre qu'on brise. Les voisins
ont parlé d'une femme hystérique
qui aurait crié: "Assassins!
Espèce d'assassins! Vous êtes
contents, maintenant qu'elle est morte?"
A minuit, le sergent Jack Clemmons prit
son poste au commissariat de police
de West Los Angeles, Purdue Street.
Les premières heures de ce dimanche,
la garde du sergent Jack Clemmons fut
très calme. Jusqu'à cet
appel, peu avant l'aube. Son interlocuteur
se présenta: DR Hyman Engelberg.
Et il dit: "Marilyn Monroe est
morte. Elle s'est suicidée."
Croyant à une plaisanterie, Clemmons
demanda: "Qui avez-vous dit que
vous étiez? - Je suis le DR Hyman
Engelberg, le médecin de Marilyn
Monroe. Je me trouve chez elle. Elle
vient de se suicider. - Donnez-moi l'adresse,
j'arrive."
Il regarda sa montre et nota dans le
registre qu'il était 4 h 25 du
matin.
Au 12305 5th Helena Drive, le sergent
Clemmons entendit un chien aboyer. Il
frappa à la porte. Il entendit
dans la maison des pas et des conversations
murmurées. Il frappa de nouveau.
Il se passa une bonne minute avant qu'on
allume la lampe du porche et qu'une
femme entre deux âges lui ouvre.
Elle dit qu'elle était Eunice
Murray, la gouvernante. Elle conduisit
le sergent Clemmons dans une chambre
où gisait le corps, en travers
du lit. On avait rabattu un drap sur
la tête, ne laissant visible qu'une
mèche de cheveux blond platine.
Un homme à l'air distingué
était assis, abattu, près
du lit, la tête baissée,
le menton dans les mains, le DR Hyman
Engelberg. Un autre homme, debout près
de la table de nuit, se présenta
comme le DR Ralph Greenson, le psychiatre
de Marilyn Monroe.
"Elle s'est suicidée",
dit le DR Greenson. Puis, montrant la
table de nuit jonchée de boîtes
de comprimés, il désigna
un flacon vide de Nembutal et ajouta:
"Elle en a pris tout le contenu."
Clemmons se souvient: "Elle était
à plat ventre dans ce que j'appelle
``la position du soldat´´:
la tête dans un oreiller, les
bras le long du corps, le bras droit
légèrement plié,
les jambes allongées toutes droites."
Il avait vu bon nombre de suicides et,
contrairement à l'idée
reçue selon laquelle une surdose
de somnifères est une manière
facile et indolore de mourir, les victimes
souffrent habituellement de convulsions
accompagnées de vomissements
et meurent dans une posture très
tourmentée.
"A-t-on bougé le corps?
demanda Clemmons.
- Non, répondirent les médecins.
- Avez-vous tenté de la ranimer?
demanda le sergent Clemmons.
- Non, nous sommes arrivés trop
tard, répondit le DR Greenson.
- Savez-vous à quelle heure elle
a pris les comprimés?
- Non."
Clemmons avait l'habitude que les médecins
l'informent spontanément. Mais
il s'agissait de la mort d'une star
du cinéma. Quand le sergent se
retourna pour parler à Mrs Murray,
il se rendit compte que la gouvernante
avait quitté la pièce.
Il la retrouva dans la buanderie, où
machine à laver et séchoir
étaient en marche. Elle pliait
du linge sur le plan de travail et elle
lui sembla agitée. Il sembla
curieux au sergent Clemmons que la gouvernante
s'inquiète de la lessive en pleine
nuit, alors que sa patronne gisait morte
dans sa chambre. Il demanda:
"Quand avez-vous découvert
que Miss Monroe avait un problème?
- Peu après minuit, répondit
Mrs Murray. J'étais allée
me coucher vers 22 heures. J'ai remarqué
la lumière sous la porte de Marilyn.
Je me suis dit qu'elle dormait ou qu'elle
parlait avec quelqu'un au téléphone.
Alors je suis allée me coucher.
Je me suis réveillée à
minuit parce que je devais aller aux
toilettes. La lumière filtrait
toujours sous la porte de Marilyn. Alors
je me suis inquiétée.
J'ai essayé d'ouvrir la porte,
mais elle était fermée
à clef de l'intérieur.
J'ai frappé, mais Marilyn n'a
pas répondu. Alors j'ai appelé
son psychiatre, le DR Greenson, qui
n'habite pas très loin. Quand
il est arrivé, vers minuit et
demi, elle ne lui a pas répondu
non plus. Alors il est sorti et il a
regardé par la fenêtre
de la chambre. Il a vu Marilyn couchée,
immobile, sur le lit, et il lui a trouvé
une mine bizarre. Il m'a dit: ``Nous
l'avons perdue´´, et puis
il a appelé le DR Engelberg."
Le corps de Marilyn avait été
découvert à minuit et
demi, et la police n'avait été
appelée qu'à 4 h 25. Le
sergent Clemmons demanda aux médecins
pourquoi il leur avait fallu près
de quatre heures pour appeler la police.
Le DR Greenson répondit:
"Il nous a fallu obtenir l'autorisation
du service de publicité du studio.
- Le service de publicité?
- Oui, le service de publicité
de la Twentieth Century Fox. Miss Monroe
y tournait un film [Something's Got
to Give].
- Qu'avez-vous fait pendant ces heures?
- Nous avons bavardé", marmonna
le DR Engelberg.
Clemmons interrogea les médecins
sur les circonstances qui avaient présidé
à la découverte du corps.
Le DR Greenson raconta l'histoire presque
dans les mêmes termes que Mrs
Murray. On l'avait appelé peu
après minuit et il était
arrivé vers minuit et demi. Il
avait dû casser une fenêtre
avec le tisonnier pour accéder
à la chambre, où il avait
trouvé Marilyn sur le lit. Il
indiqua que sa main tenait fermement
le téléphone, quand il
l'avait trouvée, et qu'il le
lui avait alors presque immédiatement
pris. Il ajouta qu'elle avait dû
essayer d'appeler à l'aide. Le
sergent Clemmons trouva curieuse cette
hypothèse du DR Greenson, sachant
que Mrs Murray était dans la
maison, la porte de sa chambre à
trois mètres de celle de Marilyn.
Tandis qu'il rentrait au quartier général
de la police de West Los Angeles, des
idées lancinantes occupaient
l'esprit du sergent Clemmons: il était
certain que le corps avait été
déplacé, et il se demandait
de quoi les médecins avaient
bien pu parler pendant quatre heures,
avant d'appeler la police. Pourquoi
n'avait-il pas trouvé de verre
dans la pièce fermée à
clef? [...] |
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| Une étrange
autopsie |
Si la plupart des entreprises
ferment, le dimanche, à la morgue
du comté de Los Angeles c'est
en général le jour le
plus actif. C'est le plus souvent le
samedi soir que les gens meurent dans
des circonstances curieuses. En 1962,
le bureau du coroner du comté
et la morgue étaient situés
dans le sous-sol du palais de justice,
dans le centre-ville.
Le DR Thomas Noguchi, récemment
nommé médecin légiste
adjoint, arriva à 6 h 30 le dimanche
matin. Le coroner Curphey avait appelé
le bureau avant son arrivée et
laissé un message: "Le DR
Curphey veut que le DR Noguchi procède
à l'autopsie de Marilyn Monroe."
Noguchi ignorait que la star était
morte et il pensa que la personne à
autopsier portait le même nom
qu'elle. Quand il apprit qu'il s'agissait
effectivement de la célèbre
Marilyn Monroe, il trouva curieux que
le coroner Curphey l'ait choisi comme
légiste. "On aurait dû
confier une autopsie de cette importance
à un médecin plus confirmé,
déclara Noguchi. Et pourtant
le DR Curphey avait bien spécifié
que le travail me revenait." Le
DR Noguchi vérifia la liste des
corps arrivés à la morgue
dans la nuit de samedi à dimanche
et fut surpris de ne pas trouver de
Marilyn Monroe sur la liste. Il interrogea
l'assistant du coroner, Lionel Grandison.
Celui-ci devait vérifier les
décès survenus dans le
comté de Los Angeles et s'assurer
que tous ceux qui s'étaient produits
dans des circonstances peu claires,
ou hors de la présence d'un médecin,
étaient déférés
au bureau du coroner. Grandison ne tarda
pas à découvrir une première
irrégularité.
"Quand les gens meurent de cause
naturelle à l'hôpital,
leur corps y est généralement
conservé jusqu'à ce que
les dispositions soient prises pour
leur transport en vue des funérailles,
explique Grandison. Mais, quand la mort
en question peut être un suicide
ou un meurtre, quand il s'agit d'un
accident ou quand les causes sont tout
simplement inconnues, la loi dit que
le corps doit être transporté
à la morgue du comté,
pour que le bureau du coroner tire les
conclusions adéquates."
Grandison entreprit une recherche et
trouva le corps de Marilyn Monroe aux
pompes funèbres de Westwood Village.
"Pour que cela ait été
possible, poursuit Grandison, il a fallu
que quelqu'un téléphone
à l'entreprise de pompes funèbres
et demande spécifiquement qu'on
vienne chercher le corps." Il fut
d'autant plus choqué de découvrir
que les responsables des pompes funèbres
de Westwood Village préparaient
déjà le corps pour l'embaumement,
si bien qu'ils étaient très
réticents à l'idée
de l'envoyer au coroner. C'était
une situation sans précédent,
et son enquête ultérieure
amena Grandison à interroger
le personnel des pompes funèbres
de Westwood Village, mais il ne réussit
pas à découvrir qui avait
demandé par téléphone
que le corps soit transporté
dans leurs locaux. Peu après
9 heures du matin, Grandison fit prendre
le corps aux pompes funèbres
et le fit placer dans le casier nº
33 de la morgue du comté de Los
Angeles, au palais de justice. Marilyn
Monroe devint le cas nº 81128 dans
les dossiers du coroner.
Marilyn Monroe fut ainsi la première
des stars à figurer dans la distribution
morbide du film de la vie professionnelle
du DR Noguchi. Devaient suivre Sharon
Tate, Janis Joplin, William Holden,
Nathalie Wood et John Belushi. En 1968,
il fit aussi l'autopsie de Robert Kennedy.
Noguchi publia alors un livre sur sa
fréquentation des cadavres célèbres
et conquit le sinistre titre de "coroner
des stars". Après la publication
de son livre, en 1984, il fut démis
de ses fonctions de directeur par l'administration
de la ville à cause d'une prétendue
mauvaise gestion de son bureau et de
la publicité tapageuse faite
autour de son métier de médecin
légiste.
Peu avant le début de l'autopsie,
John Miner, avocat général
adjoint, spécialiste de droit
médical et psychiatrique, se
joignit au DR Noguchi. John Miner était
professeur adjoint à l'école
de médecine de l'université
de Californie du Sud et, de même
que le DR Ralph Greenson, chargé
de cours à l'Institut de psychanalyse
de Los Angeles.
Le coroner du comté de Los Angeles,
le DR Theodore Curphey, assistait, lui
aussi, à l'autopsie de Marilyn
Monroe. Bien que sa présence
n'eût jamais été
révélée par le
bureau du coroner, Lionel Grandison
a récemment déclaré:
"Je me souviens du jour de cette
autopsie, et je peux affirmer que le
DR Curphey était là...
Je sais qu'il a personnellement supervisé
tout ce qui s'est passé."
La révélation de Grandison
explique peut-être pourquoi on
avait assigné un tout nouveau
médecin légiste au cas
nº 81128. "La présence
du coroner Curphey à une autopsie
était sans précédent,
affirme Grandison. Il a supervisé
toute la procédure et orchestré
le rapport final. Il lui aurait été
difficile de le faire avec le légiste
en chef, qui aurait normalement dû
se voir confier cette tâche."
A propos de la manière dont le
coroner Curphey dirigea l'autopsie,
Noguchi a déclaré: "Tout
jeune membre de l'équipe, je
n'ai pas eu le sentiment que je pouvais
m'opposer au patron sur la procédure."
Le DR Noguchi et John Miner avaient
lu les rapports de police indiquant
que Marilyn Monroe était morte
dans une pièce fermée
de l'intérieur et que ses médecins
pensaient qu'elle avait succombé
à l'ingestion d'une trop forte
dose de barbituriques. Ils avaient aussi
analysé les flacons de comprimés
pris dans la chambre. Le DR Engelberg
avait déclaré à
la police que, le vendredi 3 août,
il avait renouvelé l'ordonnance
de Marilyn Monroe pour 50 comprimés
de Nembutal. Le registre de la pharmacie
San Vicente indiquait que l'ordonnance
avait été exécutée
la veille de la mort. [Mais ne mentionnait
que 25 comprimés.]
Le DR Noguchi déclare que, bien
qu'on n'eût découvert aucune
seringue dans la pièce fermée,
l'autopsie commença par une recherche
de points de perforation qui auraient
indiqué que des substances avaient
été administrées
par injection. Le rapport d'autopsie
indique clairement: "Pas de traces
d'aiguille." Dans le dossier, il
est bien dit que le DR Engelberg avait
fait à Marilyn une piqûre
le 3 août - la veille de sa mort
- vers 16 heures. Et, comme elle mourut
vers 22 h 30 le lendemain, on observe
que trente heures s'étaient écoulées.
Le DR Noguchi, dans son livre, Coroner,
explique combien il est difficile de
découvrir des traces de piqûres
récentes. Il cite le cas de John
Belushi. Après avoir examiné
le corps de ce dernier, la police avait
éliminé l'injection d'une
substance toxique comme cause de la
mort parce que le personnel du coroner
n'avait pas réussi à découvrir
de traces de piqûre. Le chef de
la division de médecine légale,
le DR Ronald Kornblum, examina le corps
de Belushi et fut incapable, lui aussi,
de découvrir une trace de pénétration
d'aiguille - pas plus que le DR Noguchi.
Mais celui-ci, soupçonneux depuis
qu'on avait retrouvé de la poudre
de cocaïne sur le lieu du décès,
persista: "J'ai pris le bras droit
de Belushi dans mes deux mains, et je
l'ai pressé, raconte le docteur...
Soudain, une gouttelette de sang est
apparue au creux du coude, mais le fait
que les piqûres récentes
aient été si difficiles
à découvrir m'inquiéta...
On avait utilisé une aiguille
stérile et seules des gouttelettes
de sang le révélaient."
Autre sujet d'inquiétude lors
de l'examen externe du corps: la lividité
cadavérique. Elle est causée
par l'effusion hors des vaisseaux du
sang qui s'accumule dans les parties
les plus basses du corps dans les heures
qui suivent la mort. Il y produit des
taches qui vont du gris bleuâtre
au violacé. Dans son rapport,
le médecin mentionne deux zones
de lividité: le visage, le cou,
les bras, la poitrine et l'abdomen,
d'une part, et "une légère
lividité qui disparaît
à la pression sur la face postérieure
des bras et des jambes", d'autre
part. Cette double lividité présente
une grande importance légale.
Les zones de lividité secondaires
se forment quand on bouge un corps pendant
que s'installe la lividité cadavérique,
processus qui dure généralement
quatre heures après le moment
de la mort. Par exemple, si un corps
repose sur le ventre pendant trois heures
après la mort et qu'ensuite il
soit mis sur le dos, une zone de lividité
secondaire peut apparaître sur
le dos pendant l'heure qui suit. Le
DR Noguchi et John Miner auraient pu
envisager cette possibilité quand
ils remarquèrent cette double
lividité. On sait maintenant
que Marilyn Monroe est morte vers 22
h 30 le samedi soir. Son corps a été
retourné et placé sur
le brancard par Guy et Don Hockett [des
pompes funèbres] huit heures
après la mort, soit quatre heures
après la fin du processus d'installation
de la lividité cadavérique.
En conséquence, la légère
lividité remarquée sur
son dos n'a pu se produire qu'immédiatement
après la mort, quand le corps
est resté un temps sur le dos
avant qu'on le place à plat ventre
sur le lit.
Le rapport du DR Noguchi signale deux
contusions récentes sur le corps
de Marilyn: "une petite ecchymose
sur la fesse gauche et une autre à
gauche sur la chute des reins".
Pourtant, à en croire Lionel
Grandison, d'autres bleus étaient
visibles sur le corps de Marilyn, ignorés
par le document officiel. "Quand
un corps est amené à la
morgue, explique Grandison, il est immédiatement
inspecté par un assistant médical.
A ce stade, tous les bleus, cicatrices,
coupures et autres traumatismes sont
indiqués sur une première
fiche d'examen. Cette fiche est intégrée
au dossier officiel." Lionel Grandison
déclare qu'il a vu cette fiche
le matin du 5 août et qu'elle
signalait les bleus sur la fesse indiqués
dans le rapport d'autopsie, mais aussi
d'autres bleus, sur les bras et à
l'arrière des jambes. Selon Grandison,
"la fiche de cet examen initial
faisait partie du dossier qui disparut
quand l'affaire prit de l'ampleur."
Le fait que ces bleus évidents
n'aient conduit à aucune interrogation,
et que les plus petits ne furent même
pas notés, constitue une omission
troublante.
Le DR Noguchi admit, lors d'une interview,
en 1982, qu'on aurait dû s'intéresser
au gros bleu pourpre sur la fesse gauche.
"Ce bleu, dit-il, n'a jamais été
totalement expliqué. C'est un
signe de violence." Après
l'examen externe, le DR Noguchi passa
à l'examen interne. Il ouvrit
l'estomac, et John Miner et lui en ont
examiné le contenu, à
la recherche de traces des comprimés
de Nembutal qu'elle aurait ingérés.
Ils ont donc été surpris
de trouver l'estomac totalement vide.
"Il y avait dans l'estomac une
petite quantité de liquide, se
souvient John Miner, mais nous n'y avons
détecté aucun signe qui
aurait indiqué qu'il avait contenu
une forte dose de médicaments
ou de sédatifs."
"Un prélèvement du
contenu gastrique examiné sous
microscope polarisant ne montre pas
de cristaux réfringents",
déclare le rapport d'examen.
Selon le DR Sidney S. Weinberg, ancien
médecin légiste en chef
du comté de Suffolk, New York,
"la mort par ingestion d'une grande
quantité de barbituriques est
incompatible avec l'absence de cristaux
réfringents dans le tube digestif.
Sous microscope polarisant, on aurait
pu déterminer la nature exacte
du produit ayant entraîné
la mort, car ces médicaments
ont chacun leur forme cristallisée
particulière." De plus,
le DR Weinberg et plusieurs autres médecins
légistes de renom ont souligné
qu'on appelle le Nembutal la "veste
jaune" à cause du jaune
de la gélatine qui entoure le
produit actif. Si Marilyn Monroe avait
avalé une cinquantaine de comprimés
de Nembutal, comme on l'a dit, il y
aurait eu des traces de teinture jaune
dans le tube digestif, surtout dans
un estomac vide. Le DR Noguchi ne trouva
aucune trace de teinture jaune. Pour
examiner l'intestin, le DR Noguchi et
Miner commencèrent par regarder
le duodénum, la première
section après l'estomac. Quand
des comprimés ont séjourné
un certain temps dans l'estomac, il
arrive que des résidus passent
dans le duodénum. "Je n'ai
pas trouvé la moindre preuve
visuelle de la présence de comprimés
dans l'estomac ou l'intestin grêle,
déclara le DR Noguchi. Aucun
résidu. Pas de cristaux réfringents.
Et pourtant les flacons de comprimés
vides montraient que Marilyn Monroe
avait avalé de 40 à 50
comprimés de Nembutal et un grand
nombre de comprimés d'hydrate
de chloral."
L'un des problèmes posés
par l'examen ne fut donc pas tant ce
que le DR Noguchi et John Miner trouvèrent,
mais ce qu'ils ne trouvèrent
pas.
Autre facteur important lors de l'examen
tant externe qu'interne: l'absence d'
"odeur de poire". Les médecins
légistes savent que les victimes
d'une ingestion d'hydrate de chloral
dégagent une forte odeur, dite
"de poire". Ce n'est pas le
cas lorsque la dose fatale d'hydrate
de chloral a été injectée
par voie intraveineuse et non ingérée
par le tube digestif.
L'autopsie sur le corps avait duré
cinq heures. On ramena ce qui restait
de Marilyn Monroe dans le casier nº
33 de la morgue.
C'est peu après 22 heures, ce
dimanche soir, que le photographe de
Life Leigh Wiener s'introduisit dans
la morgue du comté. Moyennant
une bouteille de whisky, l'employé
de la morgue lui ouvrit le casier nº
33 et en tira le corps pour que Wiener
prenne quelques photos. Il en prit plusieurs
du cadavre, couvert et découvert.
Ce fut la dernière séance
de photos de Marilyn Monroe. |
 |
| Une enquête
censurée |
|
En 1982, l'éminent journaliste
Anthony Summers fit son entrée
au "pays des scorpions".
Le directeur du Sunday Express de
Londres avait engagé Summers
afin qu'il parte pour Hollywood écrire
un article sur la nouvelle enquête
du bureau du procureur. Arrivé
en septembre 1982, Summers pensait
que sa tâche ne lui prendrait
pas plus de quelques semaines. Il
lui fallut trois ans pour terminer
Les Vies secrètes de Marilyn
Monroe.
Ayant interrogé plus de 650
personnes pour ses recherches, Summers
raconta toute l'histoire des relations
intimes de la star avec le président
John Kennedy et le ministre de la
Justice, Robert Kennedy. [...] Au
cours de ses recherches pour Les Vies
secrètes de Marilyn Monroe,
Anthony Summers croisa le chemin de
Ted Landreth, ancien cadre de CBS
qui tentait depuis trois ans de trouver
une chaîne de télévision
américaine assez courageuse
pour montrer la véritable tragédie
vécue par Marilyn Monroe.
En 1983, Summers et Landreth joignirent
leurs forces pour coordonner leurs
enquêtes. Summers convainquit
la BBC de produire le documentaire
Say Goodbye to the President. En cours
de tournage, à la fin d'un
enregistrement, Eunice Murray livra
une révélation inattendue.
"L'interview a été
très conventionnelle en ceci
que Mrs Murray n'a pas varié
la version qu'elle avait récitée
durant toutes ces années, se
souvient Ted Landreth. Mais, aussitôt
la caméra arrêtée
et les lumières éteintes,
Mrs Murray a fait une remarque stupéfiante.
Par chance, la bande-son tournait
encore, et nous avons inclus son commentaire
dans le film."
Summers, qui menait l'interview,
se souvient de l'incident: "Mrs
Murray m'a dit soudain: ``Pourquoi
donc, à mon âge, dois-je
ainsi continuer à dissimuler
la vérité?´´
Je lui ai demandé ce qu'elle
voulait dire, et elle nous a tous
stupéfiés en admettant
que Robert Kennedy avait effectivement
rendu visite à Marilyn le jour
de sa mort, et que le médecin
[le Dr Greenson] et une ambulance
étaient arrivés alors
qu'elle était encore en vie."
Quand on lui demanda de bien préciser
ce dernier point, Mrs Murray répondit:
"Quand il [le docteur] est arrivé,
elle n'était pas morte, et
j'étais là - au salon."
On l'interrogea alors sur la relation
entre les Kennedy et Marilyn Monroe.
E. Murray: Eh bien, pendant toute
une période, cela ne m'a pas
du tout surprise que les Kennedy soient
très importants dans la vie
de Marilyn... Je n'étais pas
informée, mais j'étais
témoin de ce qui arrivait...
A. Summers: Et vous croyez qu'il [Bobby]
était là ce jour-là?
E. M.: Chez Marilyn?
A. S.: Oui.
E. M.: Oh, bien sûr!
A. S.: Cet après-midi-là?
E. M.: Oui.
A. S.: Et vous pensez que c'est pour
cette raison qu'elle était
bouleversée?
E. M.: Oui, et c'est devenu tellement
délicat que les gardes du corps
de Robert Kennedy, vous savez, ont
dû s'interposer pour le protéger...
Quand Anthony Summers demanda à
Mrs Murray pourquoi elle n'avait pas
dit la vérité à
la police en 1962, elle répondit:
"J'ai dit ce que je pensais qu'il
fallait dire."
En 1985, Stanhope Gould, producteur
du magazine d'information 20/20 sur
ABC, lut les épreuves d'imprimerie
du livre de Summers et en conclut
que l'histoire Monroe-Kennedy ferait
un excellent sujet pour son émission.
Comme ils espéraient ouvrir
la saison d'automne avec un scoop,
Gould et le producteur exécutif
Av Westin confièrent le projet
à Sylvia Chase et Geraldo Rivera.
Quand Sylvia Chase demanda à
Eunice Murray si Marilyn Monroe avait
une relation amoureuse avec Robert
Kennedy, celle-ci répondit:
"Je la qualifierais d'amoureuse,
oui." Le sénateur George
Smathers révéla à
Sylvia Chase que le président
Kennedy lui avait parlé des
relations de Bobby avec Marilyn. Smathers
avait appris du président les
problèmes qu'avait causés
Marilyn dans un avion qui la conduisait
auprès de Bobby et où
elle s'était enivrée.
C'était l'interview d'un célèbre
privé de Hollywood, Fred Otash,
qui constituait la partie la plus
stupéfiante de l'émission.
Jadis enquêteur pour la police
de Los Angeles, Otash avait été
engagé par Jimmy Hoffa, racontait-il,
pour placer des micros espions tant
dans la maison de Lawford [Peter Lawford,
acteur et beau-frère du président]
sur la plage que dans celle de Marilyn,
à Brentwood. Il affirmait que
les enregistrements prouvaient la
présence de Bobby Kennedy chez
Marilyn le jour de sa mort. Une semaine
avant que l'émission passe
à l'antenne, le président
d'ABC News, Roone Arledge, demanda
aux producteurs Stanhope Gould et
Av Westin de réduire de moitié
les trente minutes prévues.
Travaillant jour et nuit, l'équipe
de 20/20 réduisit le sujet
à treize minutes. Quelques
heures avant la diffusion, Roone Arledge
annula le reportage. L'histoire de
Marilyn Monroe fut remplacée
par une émission sur les chiens
policiers. [...] Sylvia Chase donna
sa démission et Geraldo Rivera
fut renvoyé pour ses protestations
au vitriol.
On avait souvent vu le président
d'ABC News, Roone Arledge, au bras
d'Ethel Kennedy, et des rumeurs de
liaison couraient. L'assistant d'Arledge,
David Burke, avait été
conseiller en communication de Kennedy,
et Jeff Ruhe, autre assistant d'Arledge,
était marié à
l'une des filles de Bobby et Ethel.
Quand Kerry Kennedy McCarthy fut invitée
au Geraldo Show en 1995, elle déclara:
"Très honnêtement,
Geraldo, vous avez été
victime de la famille... La famille
s'est habituée à entendre
la vérité sur Jack -
mais pour ce qui est de Bobby... Vous
voyez, Ethel est très proche
de Roone Arledge..."
Bien qu'on n'ait pas connaissance
de l'existence d'une copie du reportage
original de trente minutes en dehors
de celle qui reste enfermée
dans les coffres d'ABC-TV, une copie
du treize minutes a été
subtilisée juste après
l'annulation de la diffusion. Parmi
d'autres fragments préservés,
nous disposons d'une version montée
de l'interview du détective
privé Fred Otash par Sylvia
Chase:
S. Chase: Comment vous êtes-vous
intéressé à l'affaire?
F. Otash: Hoffa voulait fabriquer
un portrait négatif de Bobby
Kennedy.
S. C.: Et que s'est-il passé?
F. O.: On a mis des micros chez Lawford
- dans la chambre, dans les téléphones.
Quatre en tout.
S. C.: Pourquoi chez Lawford?
F. O.: Eh bien, parce qu'on nous avait
informés que c'était
l'espace de détente des Kennedy
- c'est là que Bobby et Jack
[John, le président] se distrayaient...
Il y a eu plusieurs bandes de Marilyn
et Jack en train de faire l'amour.
S. C.: Entend-on Bobby Kennedy sur
ces bandes?
F. O.: Oui...
S. C.: Cela confirme-t-il que Bobby
Kennedy et Marilyn avaient aussi une
liaison?
F. O.: Bien sûr... Oui... Bobby
Kennedy et Marilyn ont souvent été
enregistrés.
S. C.: A-t-on enregistré des
bandes chez Marilyn jusqu'à
la mort de celle-ci?
F. O.: On en a enregistré le
jour de sa mort - la nuit de sa mort.
S. C.: Une conversation avec Kennedy?
F. O.: Une conversation avec Bobby
Kennedy.
S. C.: Et de quoi parlaient-ils?
F. O.: Ils se disputaient violemment.
Elle lui disait: "J'ai l'impression
d'être jetée! J'ai l'impression
d'avoir été utilisée!
J'ai l'impression d'être un
morceau de viande!"
Otash continua par la description
d'une bagarre qui avait eu lieu dans
la chambre de Marilyn, où Bobby
hurlait: "Où est-il? Où
l'as-tu mis? Il me le faut! Ma famille
te paiera pour l'avoir!" La bagarre
se termina par le bruit de coups portés
et d'une porte qui claque.
"Il [Bobby] est ensuite allé
chez Lawford et il était dans
tous ses états, dit Otash au
Times. Lawford m'a expliqué
qu'il était en pleine panique
et qu'il aurait dit: ``Elle tempête
et elle fulmine. Je suis inquiet pour
elle et pour ce qui va sortir de tout
ça.´´ Lawford m'a
alors révélé
que Marilyn avait tenté de
joindre Jack Kennedy à la Maison-Blanche,
mais on lui avait répondu qu'il
était à Hyannis Port.
Elle avait continué d'essayer,
sans arriver à rien."
Otash expliqua au Times pourquoi
il avait gardé le silence pendant
toutes ces années à
propos de l'affaire Monroe: "Je
crois qu'il est temps que la vérité
soit connue... Personne ne me paie,
je n'écris pas de livre, je
ne veux rien prouver." A l'époque
de l'interview, Otash avait 63 ans.
Il vivait une retraite dorée,
avec des résidences à
Los Angeles, Palm Beach et Cannes.
Mr "O" mourut à Los
Angeles en novembre 1992, laissant
une fortune évaluée
à plus d'un million de dollars.
A sa mort, les bandes de surveillance
ne furent pas retrouvées.
|
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| Le petit carnet rouge |
Robert Slatzer [auteur
des Derniers Mois de Marilyn Monroe,
un de ses plus fidèles amis]
rencontra, le jeudi 9 août, chez
la star son exécutrice testamentaire,
Inez Melson. "Inez triait ce qui
restait des papiers de Marilyn dans
le classeur du pavillon d'amis, raconta
Slatzer. Elle me dit que, lorsqu'elle
était arrivée là
le dimanche matin, elle avait découvert
le meuble classeur fracturé et
que beaucoup des affaires de Marilyn
avaient disparu."
Marilyn s'était toujours inquiétée
de la sécurité de ses
papiers. En faisant visiter à
Slatzer sa nouvelle maison, au mois
d'avril 1962, elle avait signalé
que des documents ne cessaient de disparaître
de ses dossiers et qu'elle avait ordonné
qu'on change les serrures et qu'on mette
des barreaux aux fenêtres du pavillon
d'amis. Lorsqu'il quitta la maison de
Marilyn ce jour-là, Slatzer repensa
à la dernière fois où
il l'avait vue. C'était à
la mi-juillet. Elle l'avait appelé
d'une cabine et sa voix était
pressante. "Viens me prendre à
18 heures", avait demandé
Marilyn. Elle l'attendait à l'endroit
convenu, silhouette solitaire que personne
n'avait reconnue - sans maquillage,
portant de grandes lunettes de soleil,
ses cheveux blonds attachés en
queue de cheval sous un foulard. "Salut!"
dit-elle avec un grand sourire en montant
près de lui dans la Cadillac.
En chemin, elle parla de ses peurs et
de ses inquiétudes. Peu après
le gala d'anniversaire du président,
en mai, on lui avait brutalement interdit
toute communication avec lui, et la
ligne de téléphone privée
sur laquelle elle l'appelait avait été
coupée. Peter Lawford avait dit
sans ambages à Marilyn que plus
jamais elle ne devait parler au président.
"Cela lui causa un choc émotionnel
dévastateur qui la fit s'effondrer
sur le plateau de Something's Got to
Give, a raconté Slatzer. Dans
sa rage et son désespoir, elle
appela plusieurs fois la Maison-Blanche
pour exiger une explication. Bobby devint
l'émissaire chargé de
calmer les fureurs de la femme délaissée.
Avant ce jour, je n'avais jamais saisi
jusqu'où étaient allées
ses relations avec Bobby. Lors de notre
dernière rencontre, elle me confia
que récemment Bobby avait aussi
tenté de rompre avec elle. Comme
John, il n'avait fourni aucune explication."
Les Kennedy avaient touché le
point sensible de sa terreur du rejet,
et son désespoir s'était
mué en colère, comprit
Slatzer.
Sortant un cahier à couverture
rouge de son grand sac, Marilyn avait
montré à Slatzer son "Carnet
de secrets". "Qu'est-ce que
c'est? - Mon journal. Je veux que tu
le lises." Slatzer se souvient
d'avoir feuilleté les pages et
d'avoir été surpris d'y
trouver des notes sur ses conversations
avec les Kennedy. Elle y abordait des
sujets comme le projet d'utiliser le
syndicat du crime pour assassiner Fidel
Castro, les essais nucléaires,
les liens de Sinatra avec la pègre,
les droits civiques, les efforts de
Bobby pour faire arrêter Jimmy
Hoffa; une page indiquait que c'était
Bobby qui avait convaincu le président
de retirer la couverture aérienne
lors du désastre de la baie des
Cochons. Quand Slatzer se rendit compte
de l'importance de ce journal, il lui
demanda pourquoi elle avait pris ces
notes.
"Parce que Bobby aimait parler
d'affaires politiques, lui répondit-elle,
et je voulais pouvoir discuter de choses
qui l'intéressaient. Alors je
prenais des notes après nos conversations,
et ensuite j'en apprenais autant que
je pouvais sur les sujets abordés
pour pouvoir en parler intelligemment.
- Quelqu'un d'autre a-t-il vu ce carnet?
demanda Slatzer. - Personne... Mais
je suis tellement en colère que
je serais capable de convoquer une conférence
de presse et de le montrer au monde
entier pour que tout le monde sache
qui sont vraiment les Kennedy!"
Slatzer tenta de la convaincre d'oublier
les Kennedy et de se concentrer sur
sa carrière: "Il est évident
que Bobby ne veut plus continuer avec
toi, tu ferais mieux de l'oublier, lui
conseilla-t-il. - Ce n'est pas facile",
répondit-elle. [...] |
 |
| La dernière
journée de Marilyn |
Le samedi 4 août
1962, le vent sec du désert chauffait
le bassin de Los Angeles, et, dès
9 heures du matin, il faisait près
de 27 ºC. Marilyn avait passé
une bonne partie de la nuit debout.
Les rideaux tirés, la chambre
plongée dans le noir était
étouffante - et puis il y avait
eu une série d'appels troublants.
Une femme, dont Marilyn n'était
pas sûre de reconnaître
la voix, l'avait appelée à
plusieurs reprises, entre minuit et
le lever du jour, pour lui dire: "Fichez
la paix à Bobby!" en la
traitant de "traînée".
[...]
En début d'après-midi,
le vrombissement d'un hélicoptère
retentit entre les cloisons de la salle
de tournage de la Fox. Un gardien de
la sécurité plissa les
paupières, ébloui, quand
l'appareil amorça sa descente
sur l'héliport, près du
plateau 14. Comme l'indique le registre
de la sécurité du studio,
l'hélicoptère avait reçu
l'autorisation d'atterrir peu après
11 heures. Une limousine gris foncé
attendait dans l'ombre tandis que l'hélicoptère
se posait en soulevant un tourbillon
de poussière. L'attaché
de presse du studio, Frank Neill, travaillait
près de l'aire d'atterrissage
le samedi. Il fut surpris de voir Bobby
Kennedy sauter à terre et foncer
sur la limousine.
Après avoir nié pendant
vingt-trois ans, Eunice Murray a reconnu
en 1985 que Bobby Kennedy s'était
rendu chez Marilyn le 4 août 1962.
"J'étais dans le living
quand il est arrivé. Elle n'était
pas habillée." [...]
D'après Norman Jefferies [gendre
d'Eunice et homme à tout faire],
Robert Kennedy arriva entre 15 et 16
heures en compagnie de Peter Lawford.
"Mr Lawford nous a demandé
de disparaître, Eunice et moi,
et il nous a envoyés au supermarché.
Il m'a donné de l'argent en me
disant d'acheter des Coca. A notre retour
- une heure plus tard - la voiture était
partie, Marilyn était en pleine
crise d'hystérie. Je n'avais
jamais vu ça. Elle avait une
trouille noire."
Les révélations de Jefferies
ont été corroborées
par Sidney Guilaroff [coiffeur de Marilyn
et son ami depuis les années
40]. Dans une interview de 1995, Guilaroff
a déclaré pour la première
fois qu'il avait parlé deux fois
à Marilyn ce jour-là.
La première, en fin d'après-midi
ou en début de soirée.
"Quand Marilyn m'a appelé,
elle était en larmes et j'avais
du mal à la comprendre. Quand
j'ai réussi à la raisonner
et lui ai demandé quelque chose
du genre: ``Mais qu'est-ce qui se passe,
ma chérie? ´´ elle
m'a dit: ``Bobby Kennedy est venu ici
et il m'a menacée, il a crié
après moi et m'a bousculée!´´
J'ai dû répondre plus ou
moins: ``Qu'est-ce que Robert Kennedy
fichait chez toi?´´ parce
que je ne savais strictement rien de
son aventure avec Bobby en plus de John.
Maintenant, elle se croyait en danger.
Bobby avait l'impression qu'elle représentait
un problème et lui avait dit:
``Si tu me menaces, Marilyn, on ne manque
pas de moyens de te faire taire.´´"
Les écoutes [d'Otash] avaient
enregistré en continu une querelle
entre Marilyn et Bobby Kennedy tandis
qu'ils passaient d'une pièce
à l'autre. "Marilyn et Bobby
se disputaient violemment, et elle lui
a dit: ``J'ai l'impression d'être
jetée! J'ai l'impression d'avoir
été utilisée´´."
Earl Jaycox, l'assistant d'Otash, a
confirmé que Marilyn hurlait
tandis que Bobby Kennedy essayait de
la convaincre de lui donner son journal
et les papiers: "Où est-il?
Où est-il?" Elle cria qu'on
la traitait comme un "morceau de
viande".
En 1985, Anthony Summers a été
mis en contact par Mark Monsky, directeur
de l'information sur NBC, avec quelqu'un
du gouvernement qui avait entendu une
quarantaine de minutes des bandes Otash-Spindel,
notamment ce qui s'était passé
chez Marilyn le jour de sa mort. On
avait mis en marche le magnétophone,
qui avait révélé
"deux visites de Robert Kennedy".
Lors de la première, "on
pouvait entendre Marilyn et Kennedy
parler". La bande enregistra alors
la conversation, qui vira à l'altercation:
"Les voix parlaient de plus en
plus fort, a-t-il raconté. Ils
se disputaient à cause de quelque
chose que Robert Kennedy avait promis.
Comme ils se bagarraient, les voix devinrent
plus perçantes. Il n'arrêtait
pas de revenir à la charge: ``Où
est-il? Où est ce putain de truc?
On a besoin de savoir. C'est important
pour la famille. On peut prendre toutes
les dispositions que tu veux!´´
Il y eut ensuite des coups et le bruit
de quelque chose qui tombe, et Marilyn
Monroe qui hurlait." La scène
se terminait par le bruit d'une porte
qu'on claque.
D'après ses déclarations,
le Dr Greenson arriva chez Marilyn entre
16 h 30 et 17 heures. Il donna trois
versions différentes des motifs
de sa visite. [...] Norman Jefferies
a dévoilé la vérité
sur la visite du docteur. Après
s'être vus congédiés
par Lawford lorsqu'il avait débarqué
avec Bobby Kennedy en milieu d'après-midi,
Eunice Murray et lui avaient trouvé
Marilyn en pleine hystérie à
leur retour, à 16 h 30. Mrs Murray
avait alors appelé Greenson.
La visite de Greenson s'acheva vers
19 heures. Il lui conseilla de prendre
du Nembutal pour passer une bonne nuit.
A la demande de Mrs Murray, Norman Jefferies
passa aussi la nuit sur place.
Pendant les dernières heures
de sa vie, Marilyn se raccrocha à
son meilleur ami: le téléphone.
"C'est entre 20 heures et 20 h
30 que j'ai eu de nouveau Marilyn au
téléphone, raconte Sidney
Guilaroff. Elle allait beaucoup mieux
et avait vu son psychiatre, le Dr Greenson.
J'ai essayé d'apaiser ses angoisses.
Elle a conclu la conversation avec cette
remarque provocante: ``Tu sais, Sidney,
je sais un tas de secrets sur les Kennedy.
- Quel genre de secrets? ai-je demandé.
- Des dangereux´´, a-t-elle
répondu, et elle a raccroché."
[...]
Entre chien et loup, trois hommes descendirent
5th Helena Drive. L'un deux portait
une petite sacoche noire ressemblant
à une serviette de médecin.
Elizabeth Pollard, une voisine de Marilyn,
invitait souvent quelques amies à
jouer aux cartes le samedi soir. Elles
virent "Bobby Kennedy entrer dans
la maison de Marilyn juste après
le crépuscule", ont-elles
déclaré au sergent Jack
Clemmons plusieurs mois après
la mort de Marilyn. Elles faisaient
un bridge "et Bobby Kennedy est
carrément passé par la
fenêtre pour pénétrer
chez Marilyn". Ces femmes dirent
à Clemmons que le ministre était
accompagné de deux hommes.
La ligne directe de Marilyn sonna peu
après 21 h 30. C'était
une voix amie, celle de José
Bolaños [scénariste d'origine
mexicaine, ami de M. M. depuis février].
Il était de retour à Los
Angeles pour voir Marilyn et appelait
d'un bar de Santa Monica Canyon. Il
a seulement révélé
que Marilyn lui dit "quelque chose
de scandaleux... quelque chose qui,
un jour, sera un choc pour le monde
entier", et a ajouté que
Marilyn s'éloigna du téléphone
au cours de la conversation. Elle ne
raccrocha pas, mais posa l'écouteur
pendant qu'il attendait au bout du fil.
Elle ne revint jamais.
Jefferies raconte qu'entre 21 h 30 et
22 heures Robert Kennedy apparut à
la porte, accompagné de deux
hommes. Ils donnèrent l'ordre
à Jefferies et à sa belle-mère
de déguerpir. [...]
Réfugiés chez des voisins,
Eunice Murray et Jefferies virent Bobby
et les deux hommes s'en aller. [...]
En entrant dans le pavillon d'amis,
ils découvrirent Marilyn dévêtue,
allongée en travers sur le divan.
"J'ai cru qu'elle était
morte, déclara Norman Jefferies.
Elle était sur le ventre, une
main tenant plus ou moins le téléphone.
Je n'avais pas l'impression qu'elle
respirait et elle avait une couleur
affreuse... Eunice a pris le téléphone
pour appeler une ambulance. Puis elle
a appelé en urgence le Dr Greenson,
qui a dit qu'il arrivait tout de suite.
Je suis allé au portail attendre
l'arrivée de l'ambulance."
Hall [l'ambulancier] confirma avoir
trouvé Marilyn dans un état
comateux sur le divan du pavillon d'amis,
précisant qu'ils l'avaient mise
sur le dos par terre pour essayer de
la ranimer. Lorsque le Dr Greenson arriva,
il donna l'ordre d'arrêter et
de tenter une réanimation cardio-pulmonaire.
Il injecta une piqûre d'adrénaline
directement dans le cur, mais
l'aiguille heurta une côte. Hall
dit que Marilyn succomba quelques instants
plus tard.
"Après, ce fut la folie,
dit Jefferies. Ce fut horrible. Il y
a eu les voitures de police, les camions
des pompiers, d'autres ambulances...
tout ce qu'on veut! Un hélicoptère
de la police s'est posé sur le
terrain de golf et, bientôt, ça
grouillait de partout." Le Dr Engelberg
arriva autour de minuit et le corps
de Marilyn fut transféré
du sol du pavillon d'amis à sa
chambre, dans la maison principale.
Jefferies a déclaré que
le scénario d'un suicide "à
huis clos" fut formulé.
[...] D'après lui, il y avait
au moins une douzaine de policiers en
civil qui s'agitaient au 12305 5th Helena
Drive - puis, brusquement, plus personne.
Le responsable fut identifié
plus tard par Billy Woodfield et plusieurs
anciens membres de la police de Los
Angeles comme étant le capitaine
James Hamilton, du bureau du renseignement
de la police de Los Angeles, un ami
de Robert Kennedy, et on reconnut dans
les deux hommes qui avaient accompagné
Bobby chez Marilyn ce soir-là
deux détectives chargés
de la sécurité de Kennedy.
Avaient-ils vraiment l'intention d'assassiner
Marilyn? Ou voulaient-ils seulement
la neutraliser en lui collant une bonne
dose pour qu'elle les laisse tranquillement
fouiller dans ses papiers rangés
dans le pavillon d'amis, juste le temps
de mettre la main sur les notes et les
lettres, les documents officiels et
son journal intime? Elle a reçu
une injection en présence de
Bobby Kennedy et la dose était
assez forte pour tuer 15 personnes.
Dans l'urgence, on rangea avec soin
la maison de la star, on fit saisir
les archives téléphoniques,
on détruisit papiers et autres
notes - et on passa un appel affolé
à la Maison-Blanche. |
 |
| La preuve au milligramme |
Le véritable
verdict sur la mort de Marilyn s'est
toujours trouvé dans les informations
apportées en 1962 par le rapport
toxicologique du Dr Raymond Abernethy.
Selon ce rapport, l'analyse chimique
montre clairement que le sang contenait
4,5 milligrammes pour 100 millilitres
de barbituriques et 8 milligrammes pour
100 millilitres d'hydrate de chloral.
L'analyse par ordinateur fait apparaître
que le cas nº 81128 aurait dû
ingérer de 27 à 42 comprimés
de Nembutal (c'est-à-dire de
pentobarbital) et de 14 à 23
comprimés d'hydrate de chloral
pour que soient atteintes de telles
concentrations. Les dosages opérés
sur le sang révèlent donc
l'ingestion de 41 à 65 comprimés.
Mais cela n'inclut pas les 13 milligrammes
par 100 grammes de pentobarbital qu'Abernethy
retrouva dans le foie. Or il aurait
fallu de 11 à 24 comprimés
supplémentaires de Nembutal pour
expliquer cette concentration du produit
dans le foie.
Nous arrivons donc à un minimum
de 52 et à un maximum de 89 comprimés
nécessaires pour que le cas nº
81128 succombe effectivement à
cette dose létale par ingestion.
Pourtant, sur les milliers de cas fatals
dus à un empoisonnement aigu
par ingestion de barbituriques qui ont
été conservés dans
les banques de données du monde
entier, il n'y a pas un seul cas où
plus de 12 comprimés aient été
absorbés sans qu'on en retrouve
des résidus dans le tube digestif.
Dans aucun cas on n'a observé
chez une victime une concentration si
élevée de pentobarbital
dans le sang et d'hydrate de chloral
dans le foie sans retrouver de cristaux
réfringents ni aucune concentration
de comprimés dans l'estomac ou
l'intestin. Le Dr Noguchi a pourtant
bien déclaré n'avoir pu
déceler aucun résidu de
comprimé, aucune trace de cristaux
réfringents, aucune concentration
de barbituriques dans l'estomac ou l'intestin.
Or Marilyn Monroe était au plus
haut des taux de barbituriques dans
le sang. Elle présentait aussi
une forte concentration d'hydrate de
chloral, qui agit en synergie avec le
pentobarbital et en augmente énormément
l'effet létal. Les doses combinées
auraient suffi pour tuer de 9 à
20 personnes.
Les banques d'information de médecine
légale établissent également
qu'il n'existe à leur connaissance
aucun cas d'une dose fatale par ingestion
entraînant une aussi forte concentration
dans le sang de pentobarbital et d'hydrate
de chloral associés. La victime
meurt inévitablement avant que
la concentration approche ce niveau
dans le sang. Marilyn Monroe aurait
été déjà
morte quand moins de 35% de la quantité
totale de barbituriques seraient passés
du tube digestif dans le sang. Il eût
été impossible au reste
du pentobarbital et de l'hydrate de
chloral de pénétrer dans
le système sanguin à la
suite d'une ingestion, par le biais
d'un suppositoire, d'un lavement ou
par tout autre processus. Comment, alors,
la dose fatale a-t-elle été
administrée? Cela n'a pu se faire
que par intraveineuse - ce genre de
piqûre létale où
la victime perd presque immédiatement
conscience et succombe en dix à
vingt minutes. |
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