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Dans l'histoire de la chanson, il
existe un style Monroe.
Seule Marilyn pouvait donner naissance
à un style et surmonter, en
prenant très jeune des cours
de chant (avant même de débuter
au cinéma), les deux grands
handicaps de sa voix : son registre
était fort peu étendu
et son très faible volume.
Yves Montand affirme que ce fut là
le vrai drame de toute sa vie :"...
Elle avait une toute petite voix!
Elle savait très bien qu'elle
ne pouvait aller au-delà de
ça, c'est-à-dire un
personnage extraordinairement beau
avec cette petite voix de petite fille".
Comme les grands vocalistes de jazz,
Marilyn Monroe va tirer parti de ce
défaut et réussir les
effets les plus inattendus pour trouver
sa propre technique. Elle chantait
très près du micro avec
de subtils accents de confidences
ou de chuchotements et le timbre juvénile
épiçait ce murmure d'une
suavité intimiste et d'une
rare fraîcheur érotique.
Le mélange, à ce point
parfait, provoqua la fureur des ligues
puritaines déjà mobilisée
par l'image incontestée de
sex-symbol de Marilyn. Cette nouvelle
façon de chanter tombait dans
l'indécence...
Il n'en reste pas moins vrai que nombre
de chanteuses des années 50
fortement influencées par Marilyn
Monroe, enregistrèrent très
près du micro, mettant beaucoup
de sensualité dans leur voix.
Aucune pourtant ne put lui prendre
ce qui lui était propre : la
suprême élégance
avec laquelle elle savait détailler
un couplet, ponctuant quelques passages
d'une note aiguë. Unique encore
son interprétation de "One
silver dollar", son jeu entre
la pudeur et la coquetterie, notamment
pour "I wanna be loved by you"
et l'ambiguïté de sa création
pour "Diamonds are girl's best
friend" où elle parvient
à "sexualiser" les
mots "bijoux" et joaillier"...
Est-il possible de résister
au charme envoûtant et presque
magique de "River of no return"
dans lequel Marilyn draina toute la
nostalgie du monde et dans lequel
sa voix même restitua les battements
de son cur étouffé
d'incertitude et de gravité?
Son trouble profond, sa confusion
plaidèrent contre elle, installant
l'indifférence devant son talent
de chanteuse, la contestation face
à ses dons de comédienne
et au génie de sa personnalité.
Témoins impartiaux, les disques
demeurent. Alors écoutons Marilyn.
Nous entendrons l'offrande d'un plaisir
tendrement dionysiaque de la beauté
dans la solitude, et de surprenants
cris d'oiseaux, des accents brûlants,
des glissements lascifs, des pointes
ironiques à travers l'ingénuité
et le doute.
Et puis l'art de chanter, n'est-ce
pas simplement de savoir fredonner
comme personne "POU! POU! PI!
DOU!... POU!"...
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