Le Repos des Orchidées

 

Période de repos.

En général, les végétaux traversent chaque année une période de repos, soit :

  • la température s'abaisse pour suspendre toute croissance de la végétation et produire le repos hivernal.
  • la température s'élève amenant la sécheresse et le repos estival.
La première cause prédomine dans les climats tempérés dont la chaleur est trop faible pour la croissance des plantes.
La seconde cause se manifeste dans les contrées où l’augmentation de la chaleur est accompagnée d'une sécheresse.
    De là cette double constatation :
     
      • Le repos des orchidées dites tempérées, se produit par un ralentissement progressif de la croissance, coïncidant avec une température peu élevée, une radiation solaire moins intense et une humidité très forte contre laquelle la plante se protège en s'enfouissant dans le sol.

       

      • L’élévation de la température, accompagnée d’une sécheresse intense, arrête la croissance de la plupart des orchidées Asiatiques, Africaines ou Américaines.

        Dans leur contrée natale, les périodes de chaleur et de sécheresse excessives succèdent à une période de pluie.

       

              Par suite de l'aridité du sol et de l'air, la végétation est suspendue, la plante subit dès lors une période de repos, équivalent à nos hivers, quoique de moindre durée. Celle-ci coïncide avec la fin de la floraison ou de la croissance.
       

              Des organes spéciaux permettent de traverser cette période de repos. Ceux-ci sont très caractéristiques dans le règne végétale et uniques pour la plupart des orchidées épiphytes.

              Ces organes ne sont pas des tubercules ni des bulbes, mais bien des épaississements de la pousse " pseudo-bulbes" permettant de supporter sans aucun dommage cette cruciale période de repos.

       
              II ne faut donc pas s'étonner que le volume de celui-ci permet de déterminer quelles sont les conditions d'existence de la plante (plus ils sont importants, plus la période doit être prolongée et rigoureuse).

       

Durée et époque du repos.
 
        A l'exception de quelques genres n'ayant pas de repos marqué tels que Ada, Cirrhopetalum, Lycaste, Cochlioda, Paphiopedalum, Zygopetalum, Masdevallia, Ondotoglossum...., toutes les orchidées se trouvent bien d'être tenues presque à sec pendant une période variant de trois semaines à quelques mois.

        La rigueur, la durée et l'époque du repos sont physiologiquement déterminées par les réserves emmagasinées dans les feuilles et les pseudo-bulbes.


La conduite de ces plantes pendant le repos, réclame donc toute l'attention.
 

        Rares sont les orchidées qui, comme les Anguloa, les Batermania, les Bifrenaria, les Bletia... perdent leurs feuilles et supportent un repos très accentué de novembre à mars, ou comme les Pléione ou les Calanthe au feuillage caduque qui peuvent passer le repos dans un état de sécheresse absolue, à tel point que l'on peut aisément les dépoter et les conserver dans un endroit sec.
Néanmoins, la plupart ne cessent pas de vivre pendant cette période de repos, celui-ci n'étant que relatif.
        Certaines orchidées demandent un repos modéré, tels que Bartceria, Brassavola, Brassia, Chysis mais d'autres un repos plus sévère.

        Si elles ne croissent plus d'une façon visible, il se fait néanmoins en elles un travail considérable d'élaboration et d'assimilation, aussi est-il utile de les surveiller afin que ce travail ne soit jamais interrompu.

        Pour nombre d'orchidées, il suffit, à l'époque du repos, de garder autour de la plante une humidité constante afin d'empêcher le substrat de se dessécher et les feuilles ainsi que les pseudo-bulbes de se rider.

Si les apports d'humidité sont faits hors propos, la croissance repart avant la fin de la période de repos, la plante émet des pousses malingres, chétives et meurt prématurément.

        Chez certaines orchidées telles que Polyrhiza et Taeniophymmum, ce sont les racines qui accomplissent les fonctions dévolues aux feuilles.

Aucune date fixe, uniforme, ne peut être assignée pour le début du repos des orchidées, chaque plante se charge d'indiquer celle qui lui convient.

        Chez de nombreuses orchidées, peu de temps après le développement des pseudo-bulbes, la hampe florale apparaît, soit à la base pour les Odontoglossum, soit au sommet comme les Cattleya. Les boutons formés, la croissance foliaire se ralentit et s'arrête.        Pour certaine, la floraison a lieu, et une fois celle ci terminée, la plante se met au repos, (Ada, Rodrigyezia, Lycaste, Oncidium, Vanda et Odontoglossum).

        Par contre, chez d'autres, le développement s'arrête complètement après la formation du pseudo-bulbe (Anguloa clowesii), le moment du repos est celui qui sépare cette formation de la production du bourgeon accompagnant celle des nouveaux pseudo-bulbes.

Dans un même genre, il peut y avoir de grandes divergences quant au moment et à la durée du repos.
        La plupart des Odontoglossum sont constamment en végétation mais quelques-uns demandent un repos plus sévère de septembre à mars.

        Les Cattleya présentent des différences plus considérables encore, en ce sens que certaines espèces, à long pseudo-bulbes, ont deux périodes de végétation (Cattleya guttata, harrisoniae, loddigesii), l'une de mars à mai, l'autre de juillet à octobre. Chacune d'elles se termine par l'apparition des fleurs disposées en grappe, après quoi vient une période de repos de six à huit semaines.

        Les orchidées du groupe labiata n'ont qu'une courte période de végétation et la floraison précède le repos. Ce même phénomène se produit chez le genre Laelia tandis que certaines espèces tels que Laelia anceps, automnalis et pumila fleurissent au moment ou leur repos commence, d'autres telles que purpurea et tenebrosa ne fleurissent qu’en mai, à la fin de la période du repos modérée mais relativement longue.
 

Traitement pendant le repos.

A ce moment dans nos serres, l’arrosage sera limité ou suspendu parfois totalement.

 
        Dans la culture de quelques genres comme les Camarotis, Sarcochilus, il ne faudra arroser que lorsque les feuilles se rident.
Pendant la période de repos, fait-il suspendre les arrosages?
        Tout est fonction de la nature même du repos de la plante.

        Celui-ci se produit-il par suite d'une diminution de la température, comme c'est la cas chez les orchidées indigènes alors les arrosages doivent être suspendus, le substrat tenu dans un état de sécheresse relative.   

      S’il s’agit au contraire d'orchidées tropicales, la privation d'eau ne doit pas être absolue, des arrosages seront dispensés en petites quantités tous les huit jours, car il ne faut pas perdre de vue que ces périodes de repos correspondent aux journées les plus chaudes des tropiques et que celles-ci sont brûlantes puis suivies de nuits où la condensation et l'humidité se fait sous forme de rosée.

Maintenir les rhizomes et les pseudo-bulbes pleins et gonflés pendant la période de repos sans exciter la végétation, telle est la règle.

        Si les pseudo-bulbes sont trop fortement ridés, la végétation de l'année suivante s'en ressent, la plante est plus faible (sauf en ce qui concerne les Dendrobium du type Nobile ou le repos doit être total).

        Les orchidées tropicales montagneuses, ont besoin d'un repos moins marqué. Il ne se manifeste que par un léger ralentissement de la végétation et il suffit dès lors de ralentir les arrosages.

        Plus froide est la région où vit l'orchidée, plus longue doit être la durée de repos, ainsi les orchidées de serre froide seront gardées à l'état de repos de quatre à cinq mois (octobre à avril), alors que d'autres se contenteront de quelques semaines.

        Les orchidées qui sont pourvues d'une tige apparente (Epidendrum ciliare), ne seront jamais privées d'arrosages, pour les plantes à petits pseudo-bulbes et à pseudo-bulbes charnus, ils réclament des traitements différents. L'humidité de la serre sera suffisante, tout au plus un bassinage sera le bienvenu, chez elles, le repos se produit après formation du pseudo-bulbe, il y a un temps d'arrêt indiqué soit par la chute des feuilles, soit par la fin de la floraison, soit par la cessation des phénomènes de croissance. Le pseudo-bulbe achève sa maturation et se colore plus vivement.

        Les orchidées à feuilles charnues (Oncidiums splendidum et Epidendrum falcatum) demandent une longue période de repos ainsi que les orchidées à gros pseudo-bulbes (Marmonde et Catasetum).

        Par contre, la végétation chez d'autres semble toujours active, et il n'y a pas de période de repos (Vanda tricolor, Masdevallia et Ondotoglossum).


 

Fin de la période de repos.

La fin de la période de repos ne doit pas obéir à un schéma.

        La fin de la période de repos, indique le début de la croissance et coïncide avec notre printemps, Il ne faut pas recommencer à arroser avant que la nouvelle pousse devienne active (orchidée sympodiale) ou que de nouvelles feuilles émergent de l'apex ou encore que les plantes émettent de nouvelles racines (orchidée monopodiales).

        En fait, la période de repos est étroitement liée avec l'environnement immédiat de la plante c’est à dire le climat journalier (alternance du jour et de la nuit), des saisons et des conditions d'existence dans les aires géographiques.
Ces aires sont reparties en zones climatiques:

a) Zone Hyper Tropicale
        Grâce aux précipitations, il n'y a pas ou peu de sécheresse et les périodes calmes après la végétation ou la floraison ne sont pas induites par le climat mais sont de nature tout à fait individuelle.

        L'écart entre les températures diurnes et nocturnes peut atteindre les 10°C, mais il est bien inférieur à celui enregistré dans les zones tropicales.

        Au cours des variations (sécheresse humidité), une grande partie de l'humidité s'évapore ou est emmagasinée par la plante.

        C'est la zone la moins riche en orchidées, mais l'on y trouve d'importantes espèces des genres Phalaenopsis, Cymbidium, Oncidium ...

b) Zone Tropicale
        Les conditions d'existence sont fonctions des précipitations, la forêt ombrophile sempervirente(1) cesse là où la moyenne annuelle des précipitations est inférieure à 2.500 mm d'eau et est remplacée par les forêts sempervirentes saisonnières (2)(seule la canopée perd ses feuilles) puis par des forêts semi-caducifoliées (défoliations en période de sécheresse), ensuite par les savanes constituées de prairies entrecoupées de forêts semi-caducifoliées se transformant en fourrés.

        Mais à l'intérieur de celles-ci, il y a des différences quant au climat et à la végétation. Les températures nocturnes sont beaucoup plus basses que les diurnes, l'ensoleillement y est plus intense en période de sécheresse que pendant la période des pluies.
 

Les orchidées s'y adaptent de différentes façons:
        Par la présence de pseudo-bulbes bien développés emmagasinant les réserves nutritives.

        Par la présence de feuilles épaisses, et d’une surface foliaire réduite ou en diminuant l'évaporation par la perte des feuilles au début de la saison sèche.

        Pour les orchidées terrestres, elles survivent sous forme de rhizomes ou bulbes.

        Les genres qui y poussent, requièrent une période de repos prolongé et sévère (Dendrobium, Eria, Epidendrum, Lycaste etc...).

c) Zone Montagneuse Tropicale
        Dans ces aires, le rythme des saisons est le même qu'en plaine.

        Les forêts brumeuses, toujours humides, situées au niveau des nuages, sont très riches en espèces mais doivent supporter des écarts extrêmes. Les températures nocturnes y sont très basses, les températures diurnes, par contre, très intenses.

        Néanmoins, la période de repos est moins accusée et dure moins longtemps que dans les zones des forêts verdoyantes mais elle est plus marquée que dans la forêt des plaines (Masdevallia, Pleione, Coelogyne, Cymbidium, Odontoglossum ...).
 
 

Cette notion de repos est une caractéristique essentielle dans la culture des orchidées, c'est cette période qui conditionne la croissance et la floraison.

Bien sûr il n'y a pas que le repos qui intervient, d'autres facteurs tout aussi importants entrent en ligne de compte, et c'est évidemment l'ensemble de ces facteurs, qui influence favorablement l'état de l’ orchidée.
 

Avec l'autorisation de Monsieur R. Van Nerum
 

(1)
Elle occupe les zones équatoriales où la pluviosité est à la fois forte (plus de 1 000 mm par an) et bien répartie (moins de trois mois secs, c’est-à-dire recevant moins de 100 mm de pluies).
La terminologie est multiple : forêt dense humide, forêt vierge, forêt pluviale. Elle est toujours verdoyante, en l’absence de rythme saisonnier marqué, la chute des feuilles des espèces à feuilles caduques survient, brièvement, à des moments différents.
 

(2)
Ces forêts tropicales, particulièrement les forêts tropicales humides (forêt sempervirente), sont caractérisées par la luxuriance de leur végétation dans laquelle se superposent une série de strates , les arbres les plus hauts peuvent dépasser 50 m. La respiration de ces végétaux est intense, par suite de la température constamment élevée, même la nuit.
 
 
 

 

 

 

Cette page à été réalisée par Jean-Pierre Delwart