Cypripedium

 

Traduction libre par André Parez, d'un article paru dans "Die Ocrchidee " de mars-a vril 2000 avec l'aimable autorisation de la société allemande d'orchidophilie

 

-----Il y a plus de trente ans que je cultive dans le jardin, des Cypripedium de l'Amérique du Nord. Il est évident que ces plantes nécessitent et exigent d'autres soins que les nombreuses espèces asiatiques à notre disposition sur le marché, ces dernières années. La diffusion de mon expérience avec les plantes américaines pourrait être profitable.

------La connaissance précoce de ces espèces dans la nature améliore ma compréhension quant à leurs besoins ainsi qu'aux soins nécessaires à leur culture.

------Au début, j'habitais dans la partie ouest de la région des grands lacs de l'Amérique du Nord , là j'ai commencé à les cultiver. Aujourd'hui, je vis à la limite Est de ces régions où je continue la culture.

Cette région la frontière Est des Etats Unis et du Canada, possède plus d'espèces de Cypripedium que toutes les autres régions du continent.

C'est une région où le vent déplace de grandes quantités de sable, lequel forme des dunes intérieures, des crêtes peu élevées. Le secteur ouest étant plus aride, les prairies, les clairières se transforment en marécages. Dans l'ensemble de la région, les Cypripedium sont nombreux. Beaucoup se reproduisent dans du sable de quartz provenant des dépôts de l'époque glaciaire des Grands Lacs. Les fonds se composent principalement de sable avec une faible quantité de matières organiques. Les sois ne sont en aucun cas riches en matières organiques. Cette remarque est particulièrement importante. Toutes ces espèces qui poussent dans le sable proviennent des innombrables tourbières et régions humides, lesquelles ont été constituées dans le paysage durant l'époque glaciaire. D'autres espèces apparaissent dans les tourbières calciques et les marécages, une exception : le Cypripedium acaule qui demande une grande acidité.

En partant de l'expérience précédente avec les deux types de soi, il m'a semblé raisonnable d'essayer de constituer un substrat dans mon jardin en mélangeant ces 2 types de terrain. J'ai mélangé une quantité limitée de tourbes calciques à du sable des dunes que j'ai récolté facilement selon les besoins dans les dunes intérieures locales. (En Allemagne, par exemple, de nombreuses dunes intérieures apparaissent à l'Est de Hambourg sur les bords de l'Elbe mais aussi du simple sable de construction est utilisable). La quantité des deux composantes n'est pas définie exactement ; c'est à l'oeil qu'elles ont été mélangées. Le mélange est composé principalement, de sable avec de la tourbe, afin d'obtenir une couleur grise. Il ne peut pas avoir, dans ce mélange, des matières organiques riches. La tourbe de être complètement décomposée pour son utilisation et éviter ainsi un modification ultérieure de la structure du substrat.


Mon substrat de base, composé de sable et de tourbe, convient pour tous les Cypripedium de la région sauf pour le Cypripedium acaule. La culture de ces espèces, comme celle des autres Cypripedium du continent ne devrait seulement être entreprise qu'après avoir recherché les exigences de l'habitat. Dans ce but, je voudrais, ci-dessous, vous faire part de quelques informations.


Cypripedium acaule.

Il croît du centre du Canada à l'Est et au Sud de la Taïga ( Taïga formation végétale constituée par la forêt de conifères qui longe en une ceinture forestière presque ininterrompue, le Nord de l' Eurasie - Europe et Asie - et de l' Amérique du Nord, au Sud de la toundra).

La Taïga est une forêt de conifères à feuilles généralement persistantes formées essentiellement d'épicéas, de sapins de Sibérie et de mélèzes, auxquels se mêlent parfois des bouleaux et des peupliers. Elle est caractéristique des régions à hivers longs et rigoureux - six à huit mois.

A l'intérieur de ces grands espaces, se trouvent de nombreux habitats : des forêts humides, aux sommets des dunes sèches en plein soleil, également des forêts de marécage. Le Cypripedium acaule pousse là dans le sable, dans la tourbe et l'argile. Sa seule exigence est un substrat extrêmement acide avec une valeur de pH de 4,5 - 4 et même en dessous, jusqu'à 3.

-----De toutes les espèces nord-américaines, le Cypripedium acaule est celui qui s'oppose le plus à toutes les tentatives de culture. Il a la réputation bien méritée de ne pas être fondamentalement cultivable. Habituellement, on plante en automne une pousse prélevée dans la nature (jusqu'il y a peu, toutes les plantes proposées dans le commerce avaient été prélevées dans la nature).

Au printemps suivant, elle fleurit et apparaît saine durant l'été. lle réapparaîtra encore l'année suivante mais elle ne fleurira plus. La troisième année, elle apparaîtra peut être encore mais sera beaucoup plus petite et finalement disparaîtra pour toujours.

Pourtant, nous avons la possibilité de cultiver cette plante avec succès si nous respectons scrupuleusement ses exigences : un sol extrêmement acide.

Les conseils suivants sont à suivre mais ne permettent aucun compromis!
L'emplacement choisi sera partiellement dans l'ombre et présentera un parfait drainage de manière telle que l'eau puisse s'écouler verticalement dans le sol de la même manière qu'elle ne le ferait dans le sable ou le gravier. Si l'écoulement doit se faire à la surface du sol (danger de stagnation), il est préférable de réaliser un parterre d'environ 50 cm de hauteur (ou un trou de 50 cm de profondeur) et d'un diamètre de 0 75 cm (ou plus grand si possible). Un parterre de cette grandeur peut contenir une douzaine de plantes. Le fond sera recouvert d'une couche d'aiguilles de pin (cela doit être complètement poreux), les côtés seront tapissés de feuilles de plastique afin d'éviter les courants d'eaux latéraux. Ensuite, le trou sera comblé avec du sable de quartz (ou à l'aide d'aiguilles de pin : pH de 3 à 4,5).

Le rhizome du Cypripedium acaule sortira à la surface du sable, la moitié des racines sera enfoncée prudemment dans le sable, l'autre moitié s'étendra horizontalement. Le rhizome et les racines seront recouverts d'une couche d'environ 5 cm d'humus de conifères mélangé à du sable.
Chaque arrosage se fera uniquement avec de l'eau distillée ou de l'eau de pluie. On n'utilisera jamais d'eau additionnée de minéraux. Une fois les plantes bien établies dans leur nouvel environnement, elles résisteront alors bien heureusement à la sécheresse. Même en été, avec une chute de pluie seulement en juillet et en août, je n'arrose pas cette espèce. Malgré ce traitement, elle développe de belles pousses et quelques fleurs à la saison suivante.

C'est avec les espèces orientales que j'ai le plus d'expérience. J'ai rarement cultivé les plantes venant des montagnes du Nord et de l'Ouest et quelques-unes de ces espèces n'ont pas encore été essayées jusqu'à présent.

Généralement, le haut Nord est froid et humide. Ces conditions sont présentes dans l'ensemble des montagnes de l'ouest du Canada et du nord-ouest des Etats-unis. Cependant, le climat est rude, très chaud et sec. Bien entendu, les Cypripedium n'apparaissent pas dans les vastes déserts ou dans les forêts chaudes et sèches mais quelques espèces se développent sur les hauteurs de ces montagnes ou les conditions météorologiques sont un peu plus froides et aussi plus humides. En effet, dans l'Ouest, qui est généralement sec, les régions humides sont toutes autres que les régions que nous connaissons habituellement.

Dans l'Ouest, l'air est sec et l'humidité des nombreux orages de montagne sèche très rapidement. Suite à cela, le sol autour des racines, en dépit des nombreuses chutes de pluie, est très sec et les plantes vivent à peu près en épiphyte, c'est-à-dire avec le séchage rapide des racines. Ces conditions pourraient être pour la culture de quelques espèces significatives.

 

Souvent l'espèce, au cours de la première année, ne pousse pas au jardin. La plus fiable des recettes, pour la culture au jardin du Cypripediurn montanum peut aussi être celle pour le Cypripedium acaule : creuser un grand trou, sur le fond, étendre de l'humus d'aiguilles de pin, ensuite remplir de sable, y enfoncer les racines et les arroser suivant les besoins de la plante. Un bon drainage me semble important et, en même temps des conditions d'humidité correspondant aux conditions normales au jardin Je pense que la relative stérilité des substances nutritives dans le sable diminue les ravage et les méfaits du champignon.


Cypripedium arietinum.

C'est une espèce relativement rare. Elle est présente dans la Taïga, du centre du Canada, le long des Grands Lacs jusqu'à la côte Est. On ne la retrouve que dans la région des Grands Lacs (à certains endroits seulement mais elles y sont alors nombreuses) sur les pentes et les dunes de sable sous le couvert de buissons persistants, de conifères et de feuillage.

Le sol est faiblement acide avec un sous-sol calcaire ; il est très bien drainé et relativement sec. L'espèce est aussi présente dans la tourbe calcique mais on ne la retrouvera que très rarement au sommet d'une petite élévation qui est bien drainée et bien humide.

Souvent l'espèce, au cours de la première année, ne pousse pas au jardin. La plus fiable des recettes, pour la culture au jardin du Cypripediurn montanum peut aussi être celle pour le Cypripedium acaule : creuser un grand trou, sur le fond, étendre de l'humus d'aiguilles de pin, ensuite remplir de sable, y enfoncer les racines et les arroser suivant les besoins de la plante. Un bon drainage me semble important et, en même temps des conditions d'humidité correspondant aux conditions normales au jardin Je pense que la relative stérilité des substances nutritives dans le sable diminue les ravage et les méfaits du champignon.

A l'opposé de la réussite avec les Cypripedium candidum, mon expérience est plutôt moyenne avec le curieux petit Cypripedium arietinum. L'espèce pousse bien dans mon mélange standard, dans la pénombre, dans des conditions modérées d'humidité. Elle est déjà petite et faible de nature et donc difficile à s'établir. Son biotope naturel est situé souvent à des emplacements très secs ce qui augmente la difficulté de la cultiver chez soi. En effet, il faudra l'arroser avec parcimonie faute de quoi, elle mourra très rapidement

 

Cypripedium reginae.

Elle est présente à l'Est de la Taïga et au Sud ainsi qu'au Nord-Est des Etats Unis. Elle est répandue aussi au sud-est. C'est une plante typique des tourbières calciques où elle s'épanouit uniquement dans la pénombre du feuillage et des conifères, en particulier dans les clairières entre les buissons, quelquefois dans une couche de sphagnum. Ici, il n'y a que de la mousse et de la tourbe à la surface. Les racines du Cypripedium reginae pénètrent jusque dans la tourbe calcique.

On retrouvera donc l'espèce sur les pentes des dunes humides, dans les renfoncements de sable, dans la pénombre ou même exposées au soleil.

Il réagit bien aux conditions normales du jardin si on lui donne suffisamment de lumière et si on le protège du vent. La plante peut se développer en plein soleil mais l'emplacement idéal reste l'exposition au Nord contre un mur, recevant directement le soleil le matin et le soir. Durant les journées de grande chaleur, une lumière un peu plus tamisée est recommandée mais pas l'ombre d'un toit ou d'un arbre.

Dans un jardin moyennement humide, on peut voir pousser un grand parterre de Cypripedium reginae.

Cypripedium parviflorum.

C'est l'espèce nord-américaine qui présente la plus vaste région de distribution. Elle est présente dans l'ensemble de la partie nord du continent dans le sud mais aussi dans la partie du sud-est. A l'ouest, on la retrouve dans les montagnes, à proximité de Mexico.
C'est à la fois le plus variable et le plus complexe des Cypripedium de l'Amérique du nord d'un point de vue taxinomie (Science des lois de la classification des formes vivantes).

Actuellement, on recense trois variétés distinctes mais le classement n'est pas valable pour toutes les variétés, certaines plantes (variantes de l'espèces) ne peuvent être classées. La variété qui se propage le plus est le Cypripedium parvifIorum, variété pubescens, elle a en outre la plus belle forme.

A l'Est, dans les régions à essences feuillues, les plantes poussent plus haut et possèdent aussi de plus grandes fleurs. Des plantes semblables se retrouvent aussi dans le Nord et l'Ouest. Habituellement, les pétales et les sépales sont relativement pâles et, d'une plante à l'autre, il peut se présenter des taches brunes dans ces parties de la fleur
Les plantes poussant dans la région qui s'étend des Grands Lac et au sud) ont des formes extrêmement variables et présentent ur énorme diversité dans la hauteur comme dans la grosseur. La forme de la structure des fleurs sont également très différent,

De petites plantes poussant dans la partie Nord furent décrites comme étant de la variété "planipétalum" parce que leurs petites fleurs, possédaient des pétales retournés alors que ces plantes n'étaient en fait que des formes extrêmes de la variété pubescens. Diverses populations de la variété pubescens comprennent un large spectre de structures, il n'est pas rare de les rencontrer.

Beaucoup de plantes peuvent changer leur phénotype (aspect extérieur) lorsqu'elles sont cultivées sous l'influence de conditions du milieu très différentes.
Des conditions de croissance en milieu froid conduisent à un développement trapu, ramassé, avec de petites fleurs et des pétales pendants. En fait, ces petites plantes avec pétales pendants sont cultivées sous la grande variété pubescens.

La variété planipetalum n'existe pas malgré l'existence de quelques formes avec une génétique stable (Cest-à-dire qu'en culture, elles restent petites). Dans les forêts de l'Est des Etats-Unis, les variétés parviflorum, poussent pour la plupart sur les hauts versants secs.

Les pétales et les sépales apparaissent foncés (multiplicité en rang serré). La plante est assez rare et n'est généralement pas cultivée.

L'espèce qui est connue comme étant la variété parviflorum et cultivée sous ce nom est, en réalité, le Cypripedium parviflorum, variété makasin. Son aire de dispersion est plus au Nord et apparaît dans les montagnes des Grands Lacs du Nord jusqu'à la taïga
Cette plante se développe typiquement dans les tourbières calciques à l'intérieur des forêts claires (clairières) et des buissons. On la trouve aussi dans les taillis et fourrés de sable humide. La fleur présente également des pétales et des sépales foncés comme le Cypripedium calceolus. Cette variété, du centre-ouest du Canada, est très rare.

Cypripedium candidum.

Cette espèce, proche des précédentes, pousse dans les prairies de l'Amérique Centrale. Elle est parmi celles qui demandent le plus de clarté et ne fleurira pas si elle n'est pas exposée au soleil durant une grande partie de la journée. On la trouve dans les prairies fraîche (c'est-à-dire bien fournies en eau, sans être humides en permanence et certainement pas marécageuses).

Tous les sites où elles furent découvertes ayant été transformés en champs de culture, il ne reste plus actuellement que des plantes qui tolèrent un certain seuil d'humidité, les autres ayant disparu dans ces régions rendues trop humides pour les besoins de l'agriculture,

Il en résulte que celles qui sont actuellement répertoriées sont des espèces croissant dans des prairies humides et marécageuses. En réalité, le Cypripedium candidum est très difficile à trouver dans ce genre d'habitat.
Les biotopes typiques pour cette plante sont des régions qui ne deviennent humides qu'à la fonte des neiges, en période de dégel, au printemps. Ces habitats se transforment très rapidement en zones modérément humides et sèches ensuite jusqu'en été.

La présence constante d'humidité dans cet habitat est néfaste à l'espèce et, reproduit en culture, fait mourir la plante. Etant donné que ces endroits (bordures des prairies ou rarement région marécageuse) du Cypripedium parvifforum et Cypripedium candidum se rejoignent, des hybrides naturels issus des deux espèces ont fait leur apparition.

Cet hybride s'appelle Cypripedium Andrewsfi. Souvent très attrayant, peut se cultiver au jardin

C'est avec ces espèces très répandues dans l'Est des E.U. que j'ai appris les modes de culture. Heureusement, il y a parmi les différentes espèces, des plantes plus facule à cultiver que les autres.

A l'exception du Cypripedium acaule (décrit plus avant et ci-après), tous les Sabots de Venus poussent dans mon substrat "mélange standard" et, parmi eux, quelques Cypripedium faciles pour le jardin : Cypripedium parviflorum, variété makasin et variété pubescens, Cypripedium candidum et les hybrides naturels de ces espèces. Toutefois, les espèces en provenances des forêts de l'Est des E.U. pourraient être moins indiquées que les plantes croissant dans les autres régions.

C'est une plante ravissante. Dès qu'elle s'est acclimatée, elle devient résistante et en fournit la preuve. L'espèce sollicite un soleil abondant et une bonne circulation d'air et réagit positivement en un emplacement bien aéré. Les deux ou trois premières années sont difficiles et la plante croît généralement très lentement.

Elle est sensible à la pourriture des feuilles. D'autre part, le soleil abondant fait faner les feuilles, les hampes flétrissent. Pour y remédier, on a souvent recours à un arrosage plus intense mais, malgré tous les efforts entrepris la plante s'affaiblira et mourra. Devant ces difficultés et, comme je veux cultiver mes orchidées suivant les conditions de soins répondant aux biotopes, j'ai réalisé une prairie artificielle comprenant une variété d'herbes des prairies de l'Ouest. Au bout de quelques années, ces herbes se sont étendues mais n'offre pas assez d'ombre aux sabots de Vénus. Par contre , d'autres plantes sont trop hautes et donc coupées à la hauteur des Cypripedium afin de leur offrir le plein soleil. Actuellement, mes plantes sont complètement acclimatées,; l' espèce reçoit très peu d'eau même durant la période sécheresse de l'été. Avec une ou deux averses et deux ou trois arrosages, la teneur en humidité est suffisante. Comme les conditions climatiques chez moi sont plus humides que celles de la région où poussent naturellement les Cypripedium candidum, je fauche la végétation fanée en automne et brûle les chaumes et le reste des herbes. Je réduis ainsi considérablement toutes les touffes d'herbes, je détruis également les galeries souterraines des rongeurs (des campagnols ont déjà mangé les racines de mes Cypripedium).

Tous ces efforts m'ont récompensé car je possède un vaste parterre de Cypripedium qui se reproduisent et dont beaucoup ont déjà fleuri.

Cypripedium kentuckiense.

Il croît dans les mêmes conditions de lumière et d'humidité que le Cypripedium reginae. Cette espèce hivernale (croît en hiver) se rencontre plus au sud de la partie Nord des E.U.


Elle a prouvé sa résistance en survivant aux hivers rudes qui sévissent dans l'ensemble de son aire de distribution.
Plus à l'Ouest, on la retrouve dans un habitat plus normal : sur les pentes de la forêt modérément humide.

Curieusement, dans les régions Est et Sud, ce Cypripedium croît dans un habitat inhabituel pour lui, c'est-à-dire le long des rivières comme les Cypripedium d'Amérique du Nord. Ce phénomène a conduit à des affirmations très fantaisistes notamment celle qui consiste à dire que cette plante pousse dans les forêts marécageuses et doit donc être cultivée en milieu humide.

En réalité, l'habitat du Cypripedium kentuckiense n'est pas humide ! Le sol où il croît est composé, depuis de nombreuses années, d'une alternance de couches de feuilles tombées en automne et de sable fin qui s'y dépose pendant les inondations du printemps. Le substrat ainsi formé est très léger, poreux et spongieux. Au début de leur période de végétation le substrat des Cypripedium est encore inondé quelques fois mais le sol étant bien traîné, il ne subsiste plus aucune trace de pluie au bout de quelques jours. Il est important de proscrire les excès d'humidité lors de la culture.

Pour ma part, je cultive l'espèce simplement dans du sable fin des dunes, dans des conditions d'humidité normale, dans le jardin.

 

Cypripedium guttatum.

Dans l'extrême Nord-Ouest, en Alaska et dans le Yukon, croît le Cypripedium guttatum. Cette espèce pousse dans les forêts humides et se rencontre même au nord du Cercle arctique, dans la Toundra.

Normalement, elle pousse dans l'humus et dans le soi humide de la forêt sur des pierres calcaires. D'après mon expérience, cette espèce est facile à faire pousser.

Je la cultive chez moi, à deux emplacements : le premier est situé du côté nord de ma maison, comme décrit pour le Cypripediurn reginae, La plante se développe dans l'humus de pin.

Les plantes cultivées au deuxième emplacement reçoivent, le matin, le plein soleil et, dans l'après midi, se retrouvent dans la pénombre. Les plantes sont plantées également dans l'humus de pin et un mélange d'herbes à fibres grossières, de sable, perlite et quelques coquillages écrasés.

Mes plantes poussent bien aux deux endroits décrits ci avant. Mes Cypripedium guttatum situés au second emplacement, se sont multipliés rapidement et se développent comme couvre sol avec leurs longs rhizomes ramifiés alors que les plantes plus à l'ombre ne se sont pas encore multipliées.

Cypripedium passerinum

La plus nordique des espèces nord-américaines est le Cypripedium passerinum. Celle-ci correspond à une petite version du Cypripedium reginae, avec des fleurs complètement blanches, occasionnellement bordées de rose. Cette espèce se développe à proximité de la côte de l'Océan arctique en Alaska et au nord-ouest du Canada, au sud jusqu'à la frontière des Etats-Unis. Elle pousse dans la Toundra, dans les fourrés et les forêts ainsi que le long des rivières. On la retrouve dans une variété différente de sol, à des emplacements humides comme à des emplacements secs.

Malgré cette apparente capacité d'adaptation, je constate que cette espèce est extrêmement difficile à cultiver. Simultanément, un amateur de l'ouest du Canada déclare: "c'est très facile dans n'importe quel sol, suivant les conditions habituelles du jardin".

L'espèce que je possède dans mon jardin, ne semble pas être particulièrement sensible à la chaleur. Je pense plutôt que le problème, chez moi, réside en la trop courte durée des journées dans ma région. (Albany se trouve à la même latitude que le Mailand). J'ai essayé avec des plantes en provenance de l'Alaska qui, en réalité, poussaient mieux que celles provenant du sud du Canada. Je considère que ces plantes de l'Alaska ne sont pas dépendantes d'une durée fixe de la journée, malgré que là, pendant la période de croissance, il y ait toujours du soleil.


Cypripedium montanum

Un grand défi, parmi les espèces de l'Ouest, est le Cypripedium montanum.
Cette espèce, avec son labelle blanc et ses très longs sépales foncés, est très belle et est parente au Cypripedium parvifforum.

Elle pousse dans les montagnes de l'ouest du Canada et du nord-ouest des Etats Unis, dans des conditions variées (grande humidité et dans des aiguilles de pin pour le Nord jusqu'aux forêts sèches de chênes, de type méditerranéen, et même dans le sud qui offre les mêmes conditions climatiques méditerranéennes appelées 'chaparral'. Les sols sont composés tantôt d'aiguilles de pin tantôt de terre argileuse calcaire.

Malgré cette diversité d'habitats, cette espèce inattendue est difficile à cultiver. Les plantes issues des forêts de chênes se développent avec succès dans mon mélange standard dans la mi-ombre et, lorsqu'elles sont cultivées en mode plutôt sec, se multiplient d'année en année pour disparaître ensuite lors de périodes très pauvres en pluie, alors que ces conditions sont normales dans leur biotope naturel.

J'ai cultivé des plantes dans des aiguilles de pin, avec humidité, qui subitement ont pourri suite à trop de pluie. J'ai également eu des plantes qui réapparaissaient après quelques années, probablement parce qu'elles recevaient trop peu d'humidité. Même dans l'ouest du Canada, elles causent des difficultés là où les plantes sont cultivées à quelques kilomètres seulement de leur biotope naturel.

 

Cypripedium x columblanum

Le Cypripedium montanum produit avec le Cypripediurn parviflorum cet hybride naturel appelé Cypripedium x columbianum.


Les plantes issues de ce croisement ont un labelle crème/blanc avec de longs sépales et pétales qui sont plus sombres ou plus pâles.
Les Cypripedium parviflorum de l'ouest peuvent comme les plantes provenant de la région du nord et de l'est, être cultivées et associées aux Cypripedium x columblanum. Il est intéressant de faire remarquer que les quelques hybrides qui ressemblent extérieurement au Cypripedium montanum, ne sont pas faciles à cultiver.

J'ai, sur une petite pente, une rangée de différents Cypripedium x columblanum et de Cypripedium pavifforum de la même provenance, plantés dans un mélange composé de sable grossier, d'humus, d'aiguilles de pin et de coquilles de moules. elles poussent très bien dans ce substrat mais je ne sais pas encore dire si ce mélange est bien celui que leur croissance exige!


Cypripedium fasciculatum

Je n'ai pas encore cultivé L'Amérique du Nord. Le Cypripedium fasciculatum est présent dans l'ouest des Etats-Unis, dans les régions séparées l'une de l'autre. C'est une espèce curieuse avec une grappe de petites fleurs pendantes de couleur brun pourpre. Cette grappe descend au niveau des dernières feuilles au bas de la tige.

Ces petites plantes semblent préférer les conditions froides et poussent à haute altitude, dans les vallées ou dans les forêts froides de conifères le long de la côte. Les habitats s'étendent depuis les forêts subalpines balayées par le vent et recouvertes de pur gravier jusqu'à des emplacements protégés et composés d'humus finement décomposé.

Généralement le sol est fort drainé et plus ou moins sec pendant la période de croissance.

Cypripedium califomicum

Ce dernier cypripediurn du Nord de l'Amérique encore à présenter est aussi le plus remarquable. Il peut atteindre une hauteur de un mètre et porte une grappe de nombreuses petites fleurs blanches qui ressemblent énormément à celles du cypripedium passerianum.

C'est le cypripedium dont la répartition est la plus restreinte. Il pousse uniquement dans une petite région du Nord de la Californie et dans le district le plus au sud, frontalier de l'Oregon, dans le pays montagneux et aquifère et a comme voisine l'exceptionnelle plante carnivore "Darlingtonia california".

Ce Cypripedium pousse dans un sol saturé d'eau à des emplacements surélevés et également sur des rocailles dans l'eau courante. Cette eau constamment filtrée par les roches minérales est riche en "serpentine" (nom générique des silicates hydratés de magnésium). Ce minéral qui apporte au sol une composition chimique extraordinaire, limite la propagation de l'espèce dans le biotope.

Le Cypripedium calcifornicum a-t-il besoin de ces conditions, les tolère t-il ou profite t-il de la concurrence presque inexistante d'autres plantes ? Nous n'en savons rien encore ! Aux Etats-Unis, les Cyptipedium calcifonicum ont la réputation d'être très difficiles à cultiver. Malgré son origine, il a prouvé qu'il est hivernal car il croît en hiver.

 

 

 

Cette page à été réalisée par Jean-Pierre Delwart