Le
Prisonnier de Laeken
Le Roi Léopold
Légende
et faits
Ceci est le titre dun ouvrage
du professeur Emile Cammaerts publié en juin 1941 à Londres,
chez Shenval Press. (Titre
original: The Prisoner at Laeken, King Leopold, Legend and
facts »).
La préface est de la plume de Sir
Roger Keyes, amiral de la Flotte Britannique.
Il était lofficier supérieur
nommé, dès linvasion allemande, par le premier ministre
britannique Winston Churchill, en qualité dofficier spécial
de liaison auprès du roi Léopold jusquà la veille de la
capitulation. Son récit est un témoignage des événements du
10 au 27 mai 1940. Il constitue un criant contraste avec les
accusations mensongères et les déclarations des dirigeants
belges, britanniques et français dalors et de ceux qui
persistent à diffuser les incriminations diffamatoires de Paul
Reynaud et de Winston Churchill.
Ce témoignage ne pourrait être mis
en doute.
Louis Van Leemput
PREFACE
Le flot dinjures acerbes à ladresse
du roi Léopold, après la capitulation de larmée belge en
mai 1940, était de toute évidence inspiré par certains Français
qui cherchèrent un bouc émissaire afin de dissimuler leurs
propres échecs et lacunes.
Il est difficile de rétablir et de
faire admettre, la vérité lorsquun mensonge est répandu.
Sur le moment, beaucoup ont cru en ces calomnies, cependant
quelque peu tombées dans loubli, estompées à la lumière
de la vérité.
Ici et là, ressurgissent encore de
malhonnêtes et impitoyables déclarations.
Monsieur Cammaerts doit être félicité
pour son résumé en ces pages, une somme de pièces à
convictions, étaiement de la vérité qui, sans aucun doute,
devraient réhabiliter son Roi.
Tandis que je me trouvais au côté
du roi Léopold, au quartier général de son armée pendant la
courte campagne de Belgique en même temps quen contact étroit
avec le Q.G. de larmée et le gouvernement britanniques, je
disposais doccasions, sans pareilles pour observer les événements.
Je me réjouis de lopportunité
qui mest donnée pour déclarer que le roi Léopold était
resté loyal envers les Alliés et quil a fait tout ce qui
était en son pouvoir pour aider leurs armées.
Je rencontrai le roi Léopold pour
la première fois en 1918 lorsque ses parents, le roi Albert et
la reine Elisabeth, résidaient à La Panne, à portée de lennemi,
sous couverture des canons de la patrouille de Douvres qui se
trouvait sous mon commandement. Le roi Léopold était alors aux
études et il passait ses vacances comme soldat au 9e
dInfanterie, souvent actif dans les tranchées du front
belge.
Quelques heures après lagression
allemande du 10 mai 1940 contre la Belgique, jai pris lavion,
dépêché par le gouvernement britannique auprès
du roi Léopold en qualité dofficier spécial de liaison.
Je suis resté auprès de lui jusquà
22 heures, le soir du 27 mai. Lattitude du roi était calme
et courageuse pendant les pénibles contretemps, dûs à la
trahison de lAllemagne et la défaillance des Français qui
ne purent interdire aux blindés allemands la traversée de la
Meuse à Sedan par laquelle le flanc droit des armées alliées
française, britannique et belge fut menacé dans le nord.
Le roi Léopold et son armée sétaient
placés sous le Haut Commandement français conformément aux
ordres quil recevait et en concordance avec les déplacements
de larmée française du Nord et de larmée
britannique.
Larmée belge se trouva, dans
lobligation, jour après jour, de se retirer jusquà
lEscaut où lon espérait quune position définitive
serait maintenue.
Le Haut Quartier Général était établi
à Saint-André lez Bruges et je résidais avec le roi Léopold
à Loppem et plus tard à Wijnendale.
Le 20 mai, le Haut Commandement français
ordonna que les armées française et britannique devaient se préparer
à une attaque en direction du sud-ouest afin de rétablir le
contact avec le gros de larmée française dans le sud.
Je me trouvais au G.Q.G. britannique
à Wahagnies lorsque ces ordres parvinrent et il était généralement
reconnu que larmée belge allait être abandonnée, à
moins quelle ne put sadapter à cette évolution.
A mon retour au G.Q.G. belge, je fis
rapport au roi Léopold des instructions que Lord Gort avait reçues
et précisai que mon gouvernement espérait que larmée
belge sadapterait et garderait le contact avec le flanc
gauche de larmée britannique.
Le Roi des belges me demanda dinformer
le gouvernement britannique ainsi que Lord Gort que le rôle de larmée
belge était exclusivement défensif et quelle ne disposait
ni de chars dassaut, ni davions ni de matériel
approprié à une opération offensive.
Dautre part, à cause de lafflux
de réfugiés sur son dernier lambeau de territoire (belge), il
ne disposait plus de ravitaillement au-delà dune quinzaine
de jours. Il navait pas le sentiment quil avait
quelque droit de sattendre à ce que, peut-être, le
gouvernement britannique compromettait la survie de sa propre armée,
pour que le contact avec larmée belge soit maintenu.
Il me pria de considérer, de manière
claire et nette, quil nentreprendrait rien, par
quelquaction que ce soit, qui aurait pu compromettre lorganisation
dune offensive vers le sud projetée par le gouvernement
britannique.
Cependant, il me demanda de dire quil
était bien conscient que pareille opération entraînerait la séparation
des deux armées et que la capitulation de larmée belge,
en ce cas, deviendrait inévitable.
Jenvoyai, en ce sens, un télégramme
au premier ministre (Winston Churchill) ainsi quà Lord
Gort à qui jen remis personnellement une copie le
lendemain.
Le 21 mai, jétais à Ypres à
loccasion dune rencontre avec le général Weygand,
le nouveau généralissime des armées alliées.
Le général Weygand confirma les
ordres quil avait donnés le 20 mai aux armées française
et Britannique et il invita le roi Léopold à se replier de lEscaut
à la Lys afin de permettre à larmée britannique de
prendre position à larrière de la solide position-de-défense-de-la-frontière
quils avaient mise en place durant lhiver dernier et
réoccupée en préparation de leur attaque vers le sud, de
concert avec larmée française.
En rentrant à Bruges, le Roi me dit
quil avait accepté de replier la ligne de la Lys jusquà
la frontière, libérant ainsi des divisions britanniques en vue
de loffensive projetée par le général Weygand, quoique,
de ce fait, toute larmée belge devait sétirer le
long dun front de 90 Km en face duquel un certain nombre de
divisions allemandes avaient été identifiées. Cependant, il se
rendait compte que loffensive franco-britannique projetée
avait été différée trop longtemps ; en ce moment tardif,
le seul espoir de dégager les armées française et britannique,
coupées par loffensive allemande, était de couvrir les
ports belges et Dunkerque, en renforçant le contact avec larmée
belge et en occupant la ligne Lys-Gravelines.
Il
fit remarquer que : « la ligne
bien préparée le long de la frontière, qui doit être tenue
par les troupes britanniques dans le flanc des Belges, était très
forte. Il est donc improbable quelle sera attaquée sérieusement.
Mais la ligne qui doit être occupée par les troupes belges est
faible et sera tenue par des troupes comparativement peu
nombreuses : elle constituera une tentation à lattaque
allemande. Je crains que si le secteur belge subit un assaut sérieux,
fortement soutenu par laviation, les Allemands le
perceront, sépareront les armées britannique et belge et écraseront
cette dernière. »
Le Roi me demanda de dire à mon
gouvernement quil se rendait compte quon nappréciait
pas pleinement la difficulté quavait larmée belge
de garder le contact avec larmée britannique si celle-ci
opérait en direction du sud. Par-dessus tout, il (Léopold) désirerait
coopérer avec nous, mais cétait une impossibilité
physique dans les conditions géographiques existantes. Son
gouvernement lavait pressé de quitter la Belgique avant
que larmée belge ne se trouvât dans la nécessité de
capituler. Naturellement, il navait pas lintention de
déserter son armée. Tant que le gouvernement britannique
comprenait ses raisons, il ne se souciait pas de ce que dautres
pourraient penser. Jenvoyai immédiatement un télégramme
en ce sens (vers Londres).
Tard, ce même soir, nous apprenions
que le général Billotte (français), commandant en chef des Armées
alliées du Nord, avait été mortellement blessé dans un
accident de la route. La coordination des efforts des trois armées
navait pas été très effective sous son commandement;
sous celui de son successeur, elle était inexistante.
Les difficultés rencontrées pour
la réorganisation des divisions britanniques en vue de loffensive
projetée, par des routes encombrées de véhicules et de réfugiés,
navaient de toute évidence pas été prises en considération
par le Haut Commandement français et, avant que lattaque
ne put être organisée, les communications entre larmée
britannique et les ports de la Manche avaient été coupées.
Je visitai notre G.Q.G. qui sétait
replié jusquà Premesques où Lord Gort mapprit que
notre armée avait déjà été placée au régime de la demi-ration
et quil y avait pénurie de munitions, soit, pas de
conditions favorables pour une armée appelée à passer à loffensive
en collaboration avec les unités de larmée française qui
paraissait tout à fait démoralisée par les défaites subies.
Au soir du 23 mai, avec pas mal dhésitations
ou dappréhensions, le roi Léopold fit retraiter ses
troupes ainsi que cela lui avait été demandé de
sa solide position sur lEscaut vers une bien plus faible
derrière la Lys. Simultanément, il envoya la 60e
division française, lune des deux divisions françaises
qui étaient stationnées en réserve sur le flanc gauche belge
et sous ses ordres, à laide de cars et de camions belges,
derrière lYser, en direction de Gravelines. Les seules
unités alliées restées en Belgique étaient celles de la 6àe
division française.
Le 24 mai, le général Weygand déclara
aux commandants de larmée britannique et de larmée
française du Nord que la progression de larmée française
se déroulait prestement et il leur donna lordre dexécuter
une puissante attaque en direction du sud afin de combler la brèche
derrière les divisions blindées allemandes qui avaient progressé
jusquà la mer.
A ce moment, larmée belge
subissait un feu nourri et pour le G.Q.G. belge, il était évident
quils étaient confrontés à une attaque de huit ou de
neuf divisions allemandes qui avaient pour but de pousser larmée
belge vers le Nord et de briser son contact avec larmée
britannique qui se trouvait, à présent derrière sa ligne
fortifiée dhiver sur la frontière.
Il apparaissait clairement que le
Haut Commandement français ne se rendait pas compte des dangers
et des difficultés de la situation ; suite à une demande
pressante, arriva, dans la soirée du 24, le général
britannique Dill. Après une nuit passée à la Mission
britannique, il visita, le lendemain matin, le grand quartier de
Lord Gort à Premesques.
A son retour à Bruges, il informa
le roi Léopold de ce que lattaque en direction du sud
ordonnée par Weygand, allait être exécutée.
Le roi Léopold montra, au général
Dill, sur la carte, le point faible du flanc droit belge, la vulnérabilité
de la ligne de défense belge en général, limpossibilité
de la tenir et, en même temps, de maintenir le contact avec larmée
britannique, à moins que celle-ci ne pût fournir une aide
puissante. Le général Dill promit de demander à Lord Gort de
faire ce qui était possible pour contribuer au maintien du
contact.
Comme
larmée britannique sapprêtait à attaquer vers le
sud, le Roi estima que la meilleure façon de laider
consistait maintenir le contact aussi longtemps que
possible avec le flanc gauche britannique. Il avait déjà retiré
sa division de cavalerie motorisée du flanc gauche belge le long
de la côte, afin de renforcer le flanc droit belge. A présent
il ordonna à la 15e
D.I. (infanterie non pourvue dartillerie ni de
mitrailleuses) de quitter lYser pour renforcer ce flanc.
Ceci épuiserait toutes ses réserves.
Jappris, par la suite, que la
15e division
britannique avait reçu lordre de se déplacer en direction
du nord pour occuper la ligne dHalluin à Zillebeke en
appui de 12e
Lanciers en soutien des flancs alliés. Ce qui contribua à
couvrir le flanc gauche britannique, mais nallégea point
la situation de larmée belge qui, par une ultime tentative
du Roi daider le Corps expéditionnaire britannique, fut étirée
de Halluin à la mer, sur un front de 90 Km de long, menacé en
divers points, dattaques allemandes. Par crainte dune
percée allemande, qui semblait inévitable, les Belges avaient
rassemblé et disposé du matériel roulant le long de la voie
ferrée entre Roulers et Ypres, côté sud, afin détablir
un barrage dans le but de ralentir la progression vers le nord
des blindés ennemis.
Le 26 mai, au matin, jappris lexistence
dâpres combats en direction dYpres et la menace dune
percée dans la défense belge.
Je me rendis au G.Q.G. de Premesques
pour demander à Lord Gort sil y avait quelque chose par
laquelle je pouvais offrir de laide. Il me demanda de
presser le Roi de replier larmée belge vers lYser.
Je transmis ce message au Roi. Il me dit quil ferait ce quil
pouvait dans ce sens, mais que lunique moyen déviter
un désastre imminent et complet consistait dans une contre-attaque
immédiate entre la Lys et lEscaut. Je télégraphiai ceci
à Lord Gort et appris que, depuis les premières heures du jour,
la Mission britannique avait, du G.Q.G. belge, envoyé des appels
analogiques par télégramme et estafette.
Le problème dun retrait de larmée
belge jusquà lYser, au cas où cela simposerait
par un dégagement de la Lys, avait été envisagé pendant la
conférence dYpres le 21 mai; à ce moment-là, le roi Léopold
pensait quil pouvait sagir là de la seule ligne de défense
alternative, mais la récente pression allemande dont la poussée
principale sexerçait sur les Belges avait, selon ses
craintes, rendu impossible un retrait sur lYser. Plus tard,
dans le courant de la journée du 26 mai, le roi mavait dit
quil avait discuté la question de la retraite sur lYser
avec son état-major général.
Celui-ci la considérait comme une
impossibilité physique, vu la pression quexerçait lennemi.
Une retraite exécutée le long des routes encombrées de réfugiés
et non protégée adéquatement par une défense aérienne entraînerait
de lourdes pertes et ne pourrait aboutir quà un désastre ;
de plus, cela impliquerait labandon de toutes les
munitions, de tout le matériel et de toute la nourriture.
Dautre part, le G.Q.G. belge déclarait
que, si lon voulait éviter un désastre, une contre-attaque
britannique devait être lancée dans le flanc vulnérable de lennemi
et que loccasion dexécuter cette contre-attaque ne
durerait peut-être plus que quelques heures.
Ils insistèrent sur le fait que
larmée britannique, en position sur lexcellente
ligne de défense entre Halluin et Bourghelles, était bien placée
pour porter une attaque sur le flanc de lennemi afin datteindre
ses moyens de communication et ses têtes de pont sur lEscaut
et la Lys avec toutes les perspectives de lui infliger une défaite
considérable tout en diminuant la pression sur larmée
belge.
Un officier appartenant à le
Mission britannique fut envoyé ce soir-là au G.Q.G. (de Lord
Gort) afin dexposer les vues belges.
Le roi Léopold qui, quant à lui,
ne disposait pas de réserves, fit transférer la 60e
division française à bord de véhicules belges, sur des
positions préparées derrière lYser, où une vaste
zone avait été inondée et où les ponts avaient été minés.
(N.b. Cet ordre fut suivi dexécution
le lendemain, en accord avec des entretiens avec le général
Champon, Chef de la Mission française. Si cette division était
déplacée, les belges ne pouvaient pas être tenus responsables
de ce changement. Le général Champon avait installé son Haut
Commandement à la Panne et était le seul commandant des unités
françaises restées en Belgique.)
Le Roi me fit observer que, si larmée
britannique avait entamé les préparatifs pour une attaque vers
le sud-ouest - ainsi quon len avait informé - il
serait difficile de passer à une contre-attaque en direction de
lest et, à temps pour empêcher que le flanc droit belge
soit enfoncé et sa ligne défensive écrasée.
Mais larmée britannique ne se
trouvait pas dans une situation plus avantageuse pour exécuter
la contre-attaque réclamée par le G.Q.G. belge que larmée
belge pour se dégager et se retirer sur lYser, ainsi que
le demandait Lord Gort.
Quoique l e roi Léopold lignorât,
et que jamais un message à cet effet ne lui parvînt, Lord Gort
avait déjà reçu des instructions de battre en retraite vers la
côte et faisait ses préparatifs en conséquence.
Entre-temps, les combats avaient
continué de manière ininterrompue durant quatre jours et larmée
belge, malgré des restrictions en nourriture et en munitions,
avait résisté à une violente attaque de huit divisions
allemandes comprenant de nombreuses unités blindées soutenues
par des vagues de bombardiers en piqué.
Combattant avec une bravoure
exceptionnelle, les Belges avaient exécuté plusieurs contre-attaques,
faisant quelques milliers de morts dans les rangs allemands
et fait quelques centaines de prisonniers ; mais la fin de
leur résistance était proche.
Le matin du 27 mai, le roi Léopold
me demanda de dire à Lord Gort quil craignait, que bientôt,
il ne pourrait plus compter sur ses troupes pour poursuivre la
lutte ni continuer dêtre utile à larmée
britannique. Il allait être obligé de se rendre avant que ne se
produise la débâcle. Il appréciait pleinement que larmée
britannique ait fait tout ce qui était dans son pouvoir pour
aider la Belgique ; il demandait à Lord Gort de croire quil
avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter une
catastrophe. Comme toutes les communications téléphoniques
avaient été coupées, jenvoyai ce message par radio à
Lord Gort, mais jappris plus tard quil ne lavait
jamais reçu.
A ce moment-là, le roi Léopold espérait
encore être en mesure de résister un jour de plus. Mais, dans laprès-midi,
larmée allemande avait enfoncé un coin entre les armées
belge et britannique et percé le front en deux ou trois endroits.
Chaque route, village ou ville situé sur la petite partie de
Belgique restant aux mains des Belges était submergé de
plusieurs centaines de milliers de réfugiés qui, ajoutés aux
troupes, étaient impitoyablement bombardés par des avions
volant à basse altitude.
Sachant quil ne pouvait rien
faire de plus pour aider les alliés, le Roi me déclara, ainsi
quaux Missions britannique et française près de son G.Q.G.,
quil avait lintention de demander un armistice à
minuit afin déviter que son peuple,
grièvement éprouvé, ne soit massacré davantage.
La Mission britannique informa le
ministère de la guerre par télégraphie-radio et le message fut
reçu à 17h54. Mais tous les efforts pour toucher le G.Q.G.
britannique échouèrent.
(N.B. Le général français
Champon déclara quil était dans limpossibilité de
communiquer avec le général Blanchard dont le Grand quartier
avait été déplacé mais, quil avait réussi à contacter
le général Weygand par radio)
Son gouvernement et le notre avaient
demandé au roi Léopold de quitter son pays et de poursuivre la
guerre du dehors. L me répondit quen tant que commandant
en chef de son armée, qui livrait une bataille désespérée, il
avait à partager le sort de ses troupes. Sa mère, la reine
Elisabeth, demeurait tous ces derniers jours avec lui et choisit
de partager sa captivité. Le Roi me déclara quil réalisait
combien sa position serait difficile mais quil voulait user
de tous les moyens pour empêcher que ses concitoyens ne fussent
obligés de sassocier à une action dirigée contre les
pays qui avaient essayé daider la Belgique dans son
malheur.
Comme le Roi et la Reine refusaient
de maccompagner en Angleterre et que lennemi
approchait de Bruges, je me séparai de leurs majestés le 27 mai
à 22h.00 et partis pour Nieuport où, le 28 mai juste avant laube,
jembarquai à bord dun torpilleur.
Lon sait que le roi Léopold
ne conclut pas de paix séparée et quil est prisonnier de
guerre.
Pour une seconde fois, ladversité
à écrasé son pays, mais les Belges peuvent être fiers de leur
Roi car il a prouvé quil était un soldat courageux, un
allié loyal et le digne fils de ses magnifiques parents.
Tingewick House
SIR ROGER KEYES
Buckingham
May 1941
(traduction: O. De Smet)