Le symbolisme des cinq Bouddhas
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Sommaire

1. La Bodhi
L'aspect cognitif de la bodhi
L'aspect volitionnel de la bodhi
L'aspect émotionnel de la bodhi
Les trois corps du bouddha

2.
Le mandala des cinq Bouddhas
——Vairocana
——Aksobhya
——Ratnasambhava
——Amitabha
——Amoghasiddhi
Bouddhas « masculins » et « féminins ».
——Akasadhatesvari
——
Locana
——
Mamaki
——
Pandaravasini
——
Tara
Les Bouddhas courroucés

 

Bouddhas « masculins » et « féminins ».

Dans le Tantra ésotérique, d'autres évolutions du schéma des cinq Bouddhas prirent place.
Nous avons vu que le Mahayana ancien, pensant verticalement, envisageait le Corps Idéal, le Corps de Ravissement Mutuel, comme étant entre le Corps de Dharma (situé au-dessus) et le Corps Créé (situé au-dessous).
Nous avons vu que, plus tard, le Mahayana, pensant horizontalement, voyait de chaque côté du Corps Idéal deux autres figures de Bouddhas Idéaux, incarnant l'une l'aspect d'Amour et l'autre l'aspect de Sagesse de l'Éveil.
Nous avons vu que le Tantra, continuant à penser horizontalement mais dans le contexte de sa propre approche tri-dimensionnelle, envisageait une autre paire de Bouddhas Idéaux, au nord et au sud, le « Bouddha de l'Action » et le « Bouddha de la Beauté ».
Tous les Bouddhas, à chaque étape du développement, étaient envisagés sous une forme masculine. Le Bouddha original et historique était, bien sûr, un être humain Éveillé de sexe masculin. Cependant, le Tantra ésotérique, faisant un pas nouveau et spectaculaire, se mit à envisager le Bouddha Idéal divisé en deux figures, une masculine et une féminine, étreintes en union sexuelle.
Ici nous devons faire attention à ne pas mal comprendre. À ce niveau, ce qui nous concerne n'est pas le sexe, mais le symbolisme sexuel, qui est une chose très différente.
Les figures de Bouddha, « masculine » et « féminine », représentent les deux aspects principaux de l'Éveil : l'Amour et la Sagesse. Ce que le Tantra essaye d'exprimer est l'inséparabilité de l'Amour et de la Sagesse, la karuna et la prajña. Il est dit que ce deux-en-un de l'Amour et de la Sagesse est l'essence même de la Bouddhéité. Nous devons nous rappeler que le Tantra n'avait pas de complexe particulier concernant le sexe, et ne voyait aucune objection à communiquer sa signification en termes sexuels. Ceux-ci étaient aussi valides que d'autres termes. Le contenu de ces termes, cependant, n'était pas lui-même sexuel.
Au Tibet et dans ses dépendances culturelles, les figures de Bouddha « masculine » et « féminine » en union sexuelle sont connues sous le nom de yab-yum, yab signifiant « père » et yum signifiant « mère » ; les figures sont, si l'on peut dire, le père et la mère archétype. Dans les monastères et les temples du Tibet on trouve beaucoup de belles peintures et images représentant ces figures de Bouddha en union sexuelle.
Pour les tibétains il n'y a absolument aucune suggestion sexuelle ou érotique. Si l'on observe des bouddhistes tibétains se déplaçant dans leurs temples, on voit que lorsqu'ils arrivent à ces figures, loin de réagir de la façon dont le font souvent les Occidentaux, ils semblent ressentir plus de vénération, plus de dévotion que jamais.
Par certains côtés, ces figures sont considérées comme particulièrement sacrées, dans la mesure où le symbolisme concerne le plus haut niveau d'expérience spirituelle, le niveau de l'Éveil, le niveau où, finalement, l'Amour et la Sagesse sont intégrés. Pour les tibétains ces figures sont une expression symbolique d'une vérité spirituelle profonde, la vérité de l'inséparable deux-en-un de l'Amour et de la Sagesse. C'est de cette façon que les tibétains les voient.
Il est très dommage que ces figures yab-yum soient souvent considérées en Occident comme des exemples d'art oriental érotique, pour ne pas dire même d'art pornographique. Cela ne fait que montrer qu'il n'y a peut-être personne, en Occident, qui soit libéré de complexe sexuel, essentiellement du fait de notre héritage judéo-chrétien.
Incidemment, on aurait pu penser que la figure de Bouddha « masculine » représente l'aspect de Sagesse de l'Éveil, et que la figure de Bouddha « féminine » représente l'aspect d'Amour. Ce n'est pas ainsi. Dans le Tantra bouddhique c'est le Bouddha « féminin » qui incarne l'aspect de Sagesse et le Bouddha « masculin » qui incarne l'aspect d'Amour et de Compassion, lequel est aussi, incidemment, l'aspect d'Action. Ceci nous apporte une preuve supplémentaire que ce symbolisme n'a absolument rien à voir avec les différences sexuelles ordinaires. Ces deux figures sont parfois symbolisées par le vajra et le lotus, ou par le vajra et la cloche.
Nous n'avons pas atteint la fin de l'évolution. Non seulement le Bouddha Idéal, le Bouddha Archétype se divise-t-il en deux figures, l'une « masculine » et l'autre « féminine », unies sexuellement, mais les quatre autres Bouddhas se divisent de façon similaire. À ce point, il n'y a donc pas seulement cinq Bouddhas, mais dix Bouddhas : cinq Bouddhas « masculins » et cinq Bouddhas « féminins ». Les Bouddhas « féminins » sont considérés comme les parèdres spirituelles des Bouddhas « masculins ». Je vais dire quelques mots de chacun de ces Bouddhas « féminins ».

 

——Akasadhatesvari——

Akasadhatesvari est la parèdre de Vairocana, le Bouddha blanc, le Bouddha du centre.
Son nom, Akasadhatesvari, signifie « la Dame Souveraine de la Sphère de l'Espace Infini ».
Nous nous souvenons que Vairocana lui-même est le soleil, le Bouddha Soleil, le soleil de tout le cosmos spirituel. Il irradie lumière et chaleur dans toutes les directions, la lumière de la Sagesse et la chaleur de l'Amour. Akasadhatesvari, la Dame Souveraine de la Sphère de l'Espace Infini, représente l'espace infini au travers duquel passent les rayons de la lumière de Vairocana.
Elle représente une réceptivité spirituelle illimitée. Elle représente la totalité de l'univers phénoménal, entièrement envahi par l'influence ou l'émanation de l'Absolu.
Dans le langage de L'Éveil de la Foi, elle représente la totalité de l'existence phénoménale, entièrement parfumée par l'Absolu.
Comme Vairocana, Akasadhatesvari est de couleur blanche. Elle est représentée sous une forme de dakini, c'est-à-dire avec des vêtements lâches et flottants et de longs cheveux défaits.

——Locana——

Locana est la parèdre d'Aksobhya, le Bouddha bleu profond, le Bouddha de l'est.
Son nom signifie « Celle qui a une Vision Claire », ou, littéralement, « Celle qui a l'îil ».
En tibétain son nom est traduit par « la Dame qui a l'îil de Bouddha ».
Elle est l'incarnation de la Prise de Conscience pure ; elle représente la prise de conscience pure, simple et directe des choses.
Aksobhya est tout particulièrement lié à la Sagesse Transcendantale : il est pratiquement le seul Bouddha qui apparaisse dans les sûtras de la Perfection de la Sagesse, et particulièrement dans celui en 8.000 lignes. L'association entre Locana et Aksobhya suggère donc qu'il n'y a pas de Sagesse sans Prise de Conscience, ni de Prise de Conscience sans Sagesse : les deux sont inséparablement liées, et sont en un sens différents aspects de la même expérience spirituelle. Locana est de couleur bleu clair.

——Mamaki——

Mamaki est la parèdre de Ratnasambhava, le Bouddha jaune, le Bouddha du Sud.
Son nom signifie « Faisant Mien ». Elle est celle qui fait tout mien, mais non dans un sens égoïste : on est ici au niveau de l'Éveil. Mamaki est cette attitude spirituelle qui considère toute chose et tout le monde comme mien, en un sens comme complètement mien, comme m'étant cher, comme étant précieux à moi-même, comme étant de grande valeur pour moi. Mamaki apprécie donc tout le monde, elle se réjouit de tout le monde, et même, pourrait-on dire, considère tout le monde comme son propre soi. Elle ne voit pas de différence entre elle et les autres. Pour elle, tous les autres sont « mien », sont « moi », même.
Elle est de couleur jaune.

——Pandaravasini——

Pandaravasini est la parèdre d'Amitabha, le Bouddha rouge, le Bouddha de l'ouest.
Son nom signifie « Celle qui est Vêtue de Blanc », ce qui suggère quelqu'un investi de pureté, ou même protégé par la pureté.
L'image, ici, rappelle l'image utilisée par le Bouddha pour décrire le quatrième dhyana, le quatrième état de conscience élevée. Le Bouddha dit que l'expérience du quatrième dhyana est comme l'expérience d'un homme qui, par un jour chaud et poussiéreux, prend un bain dans un beau lac, et, s'étant baigné, sort de l'eau et s'enroule dans un linge d'un blanc pur. Cet enroulement dans un linge d'un blanc pur représente l'accumulation progressive de toutes ses propres énergies, et particulièrement de ses énergies émotionnelles, et la protection de ces énergies d'influences extérieures pouvant être nocives.
Pandaravasini est donc Celle qui est Vêtue de Blanc, détachée et protégée des influences extérieures. Elle est de couleur rouge clair.

——Tara——

Tara est la parèdre d'Amoghasiddhi, le Bouddha vert sombre, le Bouddha du nord.
Son nom signifie « Celle qui Aide à Traverser ». Elle aide à traverser la rivière de la naissance et de la mort, la rivière du samsara. Elle rappelle, dans sa fonction, la parabole du radeau, racontée par le Bouddha. Tout comme un radeau est quelque chose qui aide à traverser une rivière, et rien d'autre (ayant atteint la rive opposée, on ne penserait pas à emporter le radeau avec soi), le Dharma n'est qu'un moyen ayant pour but de traverser la rivière de la naissance et de la mort, et à atteindre l'autre rive, qui est le nirvana.
Le nom de Tara est souvent traduit par « Salvatrice », mais ceci peut induire en erreur. Nous pouvons dire que Tara représente l'attitude consistant à aider les autres à s'aider eux-mêmes.

Voilà donc les cinq Bouddhas « féminins » :
Akasadhtisvari, « La Dame Souveraine de la Sphère de l'Espace Infini » ;
Locana, « Celle qui a l'îil » ;
Mamaki, « Faisant Mien » ;
Pandaravsini, « Celle qui est Vêtue de Blanc » ;
et Tara, « Celle qui aide à Traverser ».
Ces cinq Bouddhas « féminins », avec leur contrepartie « masculine », représentent différents aspects de l'expérience intégrale de l'Éveil, une expérience qui est, par essence, une expérience de la conjonction inséparable du deux-en-un de la Sagesse et de l'Amour.

 

Les Bouddhas courroucés.

Il y a une dernière évolution à mentionner dans le schéma symbolique qui nous intéresse.
Dans le Tantra ésotérique, les Bouddhas et les Bodhisattvas apparaissent sous deux aspects : un aspect paisible et un aspect courroucé.
Ceci s'applique aussi aux cinq Bouddhas.
Jusqu'à maintenant, j'ai présenté les cinq Bouddhas « féminins » et les cinq Bouddhas « masculins » dans leur forme paisible. Je vais maintenant dire quelques mots au sujet de leur forme courroucée. Les formes courroucées sont bien moins clairement individualisées que les formes paisibles.
Dans leur forme courroucée, les cinq Bouddhas « masculins » sont appelés les « cinq Herukas ». Ils sont tous nommés d'après leur famille de Bouddhas respective.
Il y a donc le Bouddha-Heruka, le Vajra-Heruka, le Ratna-Heruka, le Padma-Heruka et le Karma-Heruka.
Chacun d'eux est représenté comme étant puissamment, voire massivement bâti, nu à l'exception d'une peau de tigre ou d'éléphant, et portant des guirlandes de crânes humains. Des serpents sont enroulés autour de leur corps et de leurs bras. Ils ont en général au moins six bras, parfois beaucoup plus. Ils ont chacun trois yeux exorbités et enflammés, et une expression courroucée. Ils sont généralement représentés piétinant les ennemis du Dharma. Ils sont dessinés se déplaçant violemment vers la droite. Ils sont tous entourés d'un halo de flammes.
Le Bouddha-Heruka est soit bleu-foncé, soit noir, et les autres sont respectivement bleu, jaune, rouge et vert.
La parèdre du Bouddha-Heruka, le Heruka « féminin » équivalent, est simplement connu sous le nom de Krodhesvari, que l'on peut traduire par « Dame Courroucée ».
Les parèdres des autres Herukas sont, tout comme les Herukas « masculins », nommées à partir de leur famille de Bouddhas respective. Il y a donc la Dame Courroucée du Vajra, la Dame Courroucée du Joyau, la Dame Courroucée du Lotus, et la Dame Courroucée de l'Action. Elles sont toutes représentées de la même façon. Elles sont nues, ou presque nues. Elles sont de la même couleur que leur parèdre, quoique plus claires. Elles sont un peu plus petites que leur parèdre.
Dans chacun des cas, elles s'aggrippent au-devant de leur parèdre, parfois avec les bras joints derrière son cou.

Voilà donc le symbolisme des cinq Bouddhas, « masculins » et « féminins », paisibles et courroucés. Ceci est un des schémas les plus importants, les plus beaux et les plus significatifs de tout le Tantra. C'est un schéma qui organise une partie, au moins, de toutes les richesses du Tantra, en une forme que nous pouvons apprécier et peut-être assimiler. Au milieu de toutes ces formes, cependant, nous ne devons jamais oublier qu'elles représentent toutes (« masculines » et « féminines », paisibles et courroucés) différents aspects d'une seule et même expérience d'Éveil, différents aspects de la Bouddhéité. Nous ne devons jamais oublier qu'elles incarnent toutes des expériences spirituelles, qu'elles sont toutes, en fait, le produit d'expériences spirituelles. Si nous nous souvenons de cela, alors peut-être pourrons-nous leur répondre. Si nous leur répondons, nous serons aidés par elles Ś aidés, en fait, par tous les symboles créatifs du chemin tantrique de l'Éveil.

 

 

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