Alliance Européenne Numismatique
LES NUMISMATES DE BRUXELLES
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ETYMOLOGIE
&

FOLKLORE NUMISMATIQUE

Par Jacques Dierickx
Revue "Les Numismates de Bruxelles" n° 427 et 428, mai-juin 1999

La numismatique, science des monnaies et médailles, science auxiliaire de l'histoire est une discipline fort sérieuse. Mais aucune chose sérieuse n'existe sans certains petits à-côtés distrayants, sans un brin de folklore ou de petite histoire, si pas de petites histoires.

Outre le plaisir de compléter et de contempler sa collection, d'essayer de percer le secret de certaines pièces, de les placer dans leur contexte historique ou géographique il y a celui, à mon avis distrayant, de rechercher le pourquoi et le comment de certaines dénominations de monnaies, tant officielles qu'officieuses, populaires et folkloriques, parfois triviales et même méchantes. J'ai donc choisi de vous parler de l'étymologie des noms des monnaies et de la petite histoire populaire.

Avant toute chose, qu'entend-on par l'étymologie ? Selon Littré, il s'agit de la doctrine de la dérivation des mots par rapport à leurs racines. Le mot étymologie lui-même vient du latin etymologia emprunté au grec etumos : "vrai" et logos : traité, discours, parole, science, soit "ce qui fait connaître le vrai sens des mots".

En partant donc d'un mot ou d'une locution actuelle, il faut essayer de trouver la racine lointaine qui lui a donné naissance, si possible l'explication historique de l'évolution du mot à travers les siècles. Les mots savants ne sont la plupart du temps que des combinaisons plus ou moins réussies de racines grecques et latines et n'offrent, historiquement, que peu d'intérêt. Je ne puis mieux faire que de citer comme exemple le mot numismatique lui-même : la première racine est le mot grec numos qui signifie loi, ce qui nous mène à nomisma qui signifie monnaie. L'explication de la racine est que la monnaie est fabriquée selon la loi, que la marque qui est apposée sur la pièce de métal par le pouvoir politique lui confère une valeur garantie par la loi.
Le mot numismatique, employé comme adjectif apparaît pour la première fois vers 1579 et comme substantif en 1803. Le mot numismate n'apparaît qu'en 1823, selon Boisté - Dictionnaire universel de la langue française.

D'autres mots, savants et moins savants, mais moins alambiqués ont des racines plus surprenantes et ont connu une évolution parfois étonnante. Passons donc au mot monnaie qui provient du latin moneta, ce qui signifie proprement "la conseillère", surnom de Junon, épouse de Jupiter. Les premières monnaies romaines furent frappées à Rome dans le temple de Junon Moneta, Junon "la conseillère". Moneta désigna donc d'abord le lieu où l'on frappa la monnaie et ensuite, par extension, la pièce elle-même, c'est à dire la pièce de métal frappée par l'autorité souveraine pour servir aux échanges.

Certaines dénominations se sont dégradées au fil des siècles, ainsi le mot sou qui trouve son origine dans le mot latin solidus désignait sous le Bas-Empire (IVe siècle) une monnaie de valeur fixe en or. Au Moyen Age le solz ou solt désignait une monnaie d'argent et ensuite de cuivre. Il ne faut pas vous expliquer qu'à partir d'une certaine époque, le sou ne valait plus grand chose et lorsque aujourd'hui nous cherchons au fond de notre poche quelques pièces de cent sous, pour alimenter un parcmètre, nous sommes loin du solidus d'or du bas empire romain. Un sou nous donnerait droit à 9 ou 18 secondes de stationnement selon la voracité fiscale des villes et communes visitées. Comme disaient les romains "sic transit gloria mundi..."

Je vous propose un rapide survol des dénominations des monnaies, à la recherche de leur étymologie ou de leur histoire en commençant en Grèce. Le nom grec qui nous vient le premier à l'esprit est le drachme, actuelle unité monétaire de la Grèce. A l'origine le drachma désignait un poids d'argent qui pesait environ 3,24 grammes (Littré). Ensuite la drachme a désigné une monnaie d'argent valant 6 oboles et pesant 4,36 grammes à Athènes sous la grande ligue des états grecs confédérés contre la Perse (478 av. J.C.). La monnaie internationale en ce temps là, sous le signe de la chouette d'Athènes est principalement le tetradrachme (4 drachmes) de 17,46 grammes d'argent.

L'obole qui peut-être considérée comme l'ancêtre de la monnaie grecque se présentait dans la Grèce primitive (± 700 av. J.C.) sous la forme de broches de fer (obeloi - oboloi - obeliskoi) dont une poignée de six (drax) s'appelait une drachme. Plus tard les broches de fer furent remplacées par des pastilles d'argent marquées d'une tortue en conservant la dénomination d'obole et il en fallut toujours six pour former une poignée, c'est à dire une drachme. Dans le langage courant le mot obole désigne une petite offrande, une petite contribution en argent, sens que nous retrouvons déjà dans la mythologie grecque où les trépassés devaient payer une obole à Charon pour traverser le Styx, fleuve des enfers, et arriver ainsi au champ de vérité d'où partent deux routes, celle du Tartare où les méchants subissent un horrible châtiment et celle des Champs Elysées, où après s'être désaltérées et après avoir traversé le fleuve Léthé, les âmes des bons, des sages et des vertueux entreront dans un lieu de délices, agréable séjour perpétuel où ces bienheureux seront exempts des inquiétudes et des soucis.

Passons à Rome et à l'as, unité de poids et unité monétaire romaine. L'as de bronze initial pesait une livre. L'as c'est la base, l'unité, l'origine, le principal, le suprême. Le terme est devenu en français un terme de jeu de dés et de cartes et par extension un homme de valeur. L'origine monétaire après un détour par le jeu de cartes, se retrouve dans les expressions "avoir des as", "être plein aux as".

Le denier apparaît au 3e siècle avant J.C. et valait au départ 10 as du poids de 2 onces (du latin denarius, qui contient dix) mais ensuite 16 as sans changer de nom. Le denier ne cessa de se déprécier et n'était plus qu'une monnaie de compte à la fin de l'Empire romain. Au moment où il n'était plus qu'une vilaine petite rondelle de mauvais billion il disparut et fut remplacé par l'antoninianus qui valait 2 deniers (sous Caracalla en 215 après J.C.).
La dénomination a subsisté, tant pour des monnaies du Moyen Age (denier tournois, denier parisis) que dans des expressions : "de ses propres deniers" - "les deniers de l'Etat". L'Eglise connaît encore le denier du culte et le denier de saint Pierre.

Je crois qu'il est temps de passer à des dénominations de monnaies qui nous sont plus familières en vous citant pour commencer la répartition classique sous une série de rubriques. Voyons d'abord la dénomination

d'après le type de la monnaie, soit l'empreinte que l'on y trouve
.

D'après les noms ou titres du prince qui a émis la monnaie :

Selon le métal :

Multiple ou sous multiple de l'unité :
Les noms de monnaies sont innombrables, choisissons donc ceux qui nous sont encore familiers et commençons par notre franc.

Le franc - Le mot est d'origine française, mais les historiens ne se sont toujours pas mis d'accord quant à son origine en tant que nom de monnaie. Ce nom a été employé pour la première fois dans une ordonnance de 1360 pour commémorer la libération du roi de France Jean le Bon qui avait été emprisonné pendant trois ans à Londres et avait été délivré en 1359 et était donc "franc", c'est à dire libre. Certains ont prétendu que le mot franc dérivait de la légende "francorum rex" qui figurait sur les monnaies. Or cette dénomination se trouve déjà sur les deniers d'argent de Louis VIII qui régna de 1223 à 1226. Le mot franc n'apparaît qu'en 1360 et désigne le denier d'or de Jean le Bon. Ensuite il y eut des francs à cheval, des francs à pied et bien plus tard des francs légers et anciens, lourds et nouveaux.
Je vous ai déjà parlé du Florin, la petite fleur de Florence, que nos voisins du Nord appellent gulden, alors que leurs pièces actuelles ne représentent plus des fleurs et ne sont pas en or.

Passons donc à d'autres voisins, parfois envahissants mais bienvenus lorsqu'ils ne viennent pas tous ensemble et en uniforme, et examinons leur mark - de francique marka - ancienne unité de poids qui faisait environ 2,34 grammes, d'origine scandinave, qui a supplanté vers l'an 1000 la livre romaine comme unité.

Lentement l'unité de poids devint unité monétaire, et elle l'est actuellement encore en Allemagne et en Finlande. Poids et monnaie étaient tellement liés que la monnaie devint parfois ce qui a été pesé : peseta, pesos.

De l'autre côté de la Manche, nos amis britanniques entassent ou dépensent leurs livres sterling. Le mot sterling provient de l'anglo-saxon easterling, nom donné aux hommes venant de l'Est, c'est à dire les marchands venant au Moyen Age des cités hanséatiques d'Allemagne ou des Pays-Bas.
La monnaie de ces hommes de l'Est était réputée de bon aloi et fort prisée par les Anglais qui se sont dit, à leur bonne habitude, que si c'était bon c'était donc anglais. Une autre explication nous est donnée par certains auteurs : les easterling, soit toujours les hommes venant de l'Est, seraient les maîtres monétaires que le roi Henri II Plantagenet d'Angleterre (1154-1189) aurait fait venir en son pays pour frapper la monnaie. Le nom se retrouve encore sous les formes estelin, esterlin, estrelin, sterlin et esterling - par exemple : comte de Flandre Robert de Béthune (1305-1322).

Une monnaie bien connue est le thaler, dont le nom a donné naissance au non moins célèbre dollar. Le thaler était une monnaie allemande d'argent, disparue lors de la réforme monétaire allemande de 1871 et remplacée à ce moment par une pièce de 3 marks. A l'origine les monnaies frappées avec l'argent provenant des mines de Joachimsthal, situé sur le versant du Harz en Bohème, reçurent le nom de Joachimsthaler, puis de Jochenthaler et enfin de thaler tout court. Le thaler devint le nom de nombreuses monnaies analogues, fort courantes en Allemagne et en Autriche et divisées en 15 batzen et 60 kreuzers.

Les premiers thalers ont été frappés au Tyrol en 1484 et les derniers en 1872 à Hanovre. Les célèbres thalers de Marie-Thérèse feront encore longtemps l'objet de refrappes après cette date car ce "monument numismatique" a été longtemps employé, et l'est peut être encore toujours, dans les transactions de certains pays orientaux.
Les dénominations dérivées du thaler sont multiples et se retrouvent presque partout de par le monde. Nous pouvons citer comme exemples le dollar, le talari, le talero, le daalder, le rijksdaalder, le riksdalder, le rixdaler… Il est temps de passer à des choses moins austères et de glisser vers un certain folklore. Il est bien connu que beaucoup de monnaies reçoivent dans le langage populaire un autre nom que leur dénomination officielle, le "bon peuple" ne manquant en effet pas d'imagination pour qualifier d'un nom savoureux une pièce courante.
A titre de préambule, je reviendrai rapidement à notre sou, dénomination qui s'est maintenue longtemps après la disparition du type monétaire. Ainsi nos grands-parents et nos parents appelaient la pièce de 5 centimes un sou et celle de 10 centimes un gros sou et nous-mêmes, ne disons nous pas de temps en temps cent sous pour une pièce de 5 francs.


Restons chez nous et parmi les centimes, pour nous rappeler que notre minuscule piécette de 1 centime en cuivre s'appelait à Bruxelles "nen halve cens", dans la région du Centre en Wallonie "un gigot" et à Gand et dans certaines parties de la Flandre "een triepken" ou "een demitje".
Pourquoi, me direz-vous, nen halve cens pour un centime ? Retournons en 1830 : la Belgique devient indépendante et décide de ne plus employer le système monétaire du batave abhorré, mais de se tourner vers la France et d'adopter le franc divisé en 100 centimes. Or il se fait qu'à cette époque le franc en argent à 900 millièmes, de 5 grammes valait environ la moitié du florin d'argent au titre de 893 millièmes, pesant 10 grammes, le cent hollandais valait donc deux centimes.
Le tout nouveau gouvernement belge, plus économe des deniers de l'Etat et plus respectueux du contribuable que nos gouvernements actuels, décida de récupérer les pièces de 1 cent entreposés à Bruxelles et de les surfrapper pour les transformer en 2 centimes. Comme le cent hollandais pesait un tout petit peu moins de 4 grammes (poids du 2 centimes cuivre) l'Etat belge fit un bénéfice de quelques milliers de francs dans son budget.
Le bon peuple, privé de T.V., de radio, de journaux et de bons apôtres syndicalistes n'y a jamais rien compris et a continué à parler d'un cens pour 2 centimes et d'un demi cens pour 1 centime. A propos, le gigot "wallon" était la plus petite pièce de cuivre frappée sous les archiducs Albert et Isabelle au début du 17e siècle (1599-1621).
Le nom cens ou cenne se retrouve dans quelques bonnes expressions bruxelloises telles que:

La pièce de 50 centimes en argent prit le nom de een half manneke et sous Léopold II de een half botje, celle de 1 franc eut beaucoup de noms populaires dont nen bal, nen boet ou een botje, ene kadol ou ne klopper.

Avant la guerre 14-18, la pièce de 5 francs (Léopold I, Léopold II) a reçu à Bruxelles le nom de pièrenuug, locution que l'on retrouve en Flandre, principalement à Gand : peerdenuuge.

Les 20 francs or, peu en circulation parmi le peuple reçurent le nom du souverain qui y figurait soit : un louis, un napoléon, un willempje (10 florins) et en général "un jaunet".
J'ai essayé de retrouver l'origine du mot balle pour un franc, mais je ne l'ai pas trouvée. Par contre j'ai trouvé une belle phrase d'argot monétaire chez ce bon vieux Victor Hugo, dans Les Misérables, je cite : "Va-t'en au diable cria Thénardier. Quand nous aurons retourné la maison et que nous aurons mis la cave en haut et le grenier en bas, nous te dirons ce qu'il y a dedans et si ce sont des balles, des ronds ou des broques". (Note de Victor Hugo : des francs, des sous ou des liards).

Remontant un peu le temps dans nos régions et découvrons certaines dénominations populaires de petites monnaies. Les liards de Marie-Thérèse, petites piécettes de cuivre portaient le nom gentil de Treezekens. Comme le liard vaut un quart de sol, tout comme le farthing vaut un quart de penny anglais, certains étymologistes croient que l'origine de ces deux mots est la même. L'explication est assez abracadabrante : suivez bien... : le liard est une monnaie créée en Dauphiné vers 1430 par le Sieur Gigues Liard dont le nom est ainsi passé à la postérité. Le farthing, piécette minuscule (9 mm de diamètre) fait son apparition sous Edouard I d'Angleterre (1272-1307) et est donc postérieur au liard. Or un distingué numismate et archéologue français Monsieur de Longpérier, attaché au cabinet des médailles du roi Louis-Philippe estime que le mot liard dérive de l'anglais farthing par changement de ing en in, de th en d et de in en ii ou y et f en h ce qui donna hardi, le hardi valant trois deniers. Le hardi ou li hardi donna ensuite liard. Je vous signale que personnellement monsieur de Longpérier ne m'a pas convaincu ou que je préfère l'explication Gigues Liard.

Mais passons à autre chose, le bon peuple ne veut pas être dupe. Les petites pièces de billion de 10 Cm. de Napoléon 1er (1808-1809-1810) qui pesaient 2 grammes furent fort mal accueillies et le citoyen moyen continue à leur préférer le gros sou de 10 Cm. de bronze. Le peuple frustré de son poids de bronze appela ces 10 Cm. des "Petits voleurs".

Puisque nous sommes arrivés à Napoléon et ses petits voleurs en France, voyons un peu d'argot monétaire, dont voici un mini lexique.

Pour terminer, voici quelques expressions folkloriques, quelques dictons touchant de près ou de loin l'argent et la monnaie et retournons un instant en Grèce, avant la monnaie, au temps où on comptait en boeufs et en troupeaux (en passant troupeau se dit pecus en latin d'où pecunia, pecuniare et caput, caputis : tête de bétail d'où capital.

Le boeuf, unité monétaire avant la lettre se retrouve dans beaucoup de mots grecs tels que polutboutes, qui possède beaucoup de boeufs ou aboutes, qui n'en possède pas, les jeunes filles sont alphesiboiai, qui rapportent des boeufs (leur dot).
Un proverbe grec disait de quelqu'un qui se taisait lorsqu'il était cité comme témoin, qu'il avait bous epi glossa, soit un boeuf sur la langue, c'est à dire acheté pour se taire.

De Rome nous vient l'expression : l'argent n'a pas d'odeur, c'est à dire que pour s'enrichir, tous les moyens sont bons. L'origine, connue mais contestée, de cette locution remonte à l'empereur Vespasien qui avait établi un impôt sur les écrivains publics. Un jour son fils Titus lui rapporta
les plaisanteries douteuses des romains et Vespasien lui faisant sentir une pièce de monnaie lui dit "l'argent n'a pas d'odeur". L'expression est restée, les urinoirs s'appellent des vespasiennes, mais ils ont tendance à disparaître.

Du Moyen Age nous retiendrons l'expression d'avoir maille à partir avec quelqu'un. La maille était une piécette minuscule dont l'étymologie viens soit d'une contraction de medaglia - médaille (italien du 16e siècle) soit du latin media (demi) et était la plus petite pièce existante. Alors quand il fallait la "partir" ou la partager... il s'en suivait une querelle, d'où l'expression.

Une autre expression moyenâgeuse que nous connaissons encore est celle de payer en monnaie de singe, c'est à dire de plaisanter, de faire des grimaces et de promettre au lieu de payer. L'origine remonte au 13e siècle : au péage du Petit Pont à Paris, le règlement de police prévoyait que tout passant devait s'acquitter d'un droit de péage de quatre deniers parisis, mais si un bateleur ou un saltimbanque passait avec son singe et parvenait à distraire le guet et les passants en faisant faire des tours à son singe, il pouvait être exempté de la taxe. Il payait donc en monnaie de singe.

Du 16e siècle nous vient la locution un peu oubliée "Pas de sous, pas de suisses" qui trouve son origine dans le fait que, lorsque François 1er ne put payer la solde de ses mercenaires suisses au siège de Milan en 1521, ceux-ci refusèrent de servir plus longtemps et retournèrent chez eux en disant "Pas d'argent, pas de suisses". La signification de sans rétribution, pas de services se retrouve depuis les plus hautes sphères du droit (exceptium non adimpletus contractus) jusque dans la chanson triviale populaire (1est betoele zaa ze, anders vliegde zaa ze, me a kl... van den trap).

Je crois qu'il faut s'arrêter, la matière étant encore trop vaste. Mais notre temps et votre patience limitée, je terminerai donc par l'expression "salut en de kost", dont l'origine se perd dans la sombre époque du Moyen Age (the dark ages en anglais). Au Moyen Age certaines monnaies étaient gravées de représentations religieuses. Ainsi le roi de France Charles VI (1380-1422) fit frapper des monnaies qui reçurent le nom de salut, monnaies qui furent également frappées par Henri V (1415-1422) et Henri VI (1422-1423) d'Angleterre. Le salut d'or d'Henri VI portait les écus de France et d'Angleterre surmonté de la Vierge Marie et de l'Ange Gabriel et portait entre les deux le mot AVE.
En ces temps reculés, avant l'invention de l'imprimerie, des hérauts parcouraient les bourgs, villes et villages pour annoncer et faire connaître les édits des rois et princes. Ils étaient en voyage durant des mois et chaque ville avait l'obligation de les nourrir et entretenir. Ils logeaient à l'auberge et recevaient "de kost" et à leur départ on leur remettait pour viatique un salut d'or. D'où notre expression, au départ d'un ami ou ironiquement de quelqu'un qu'on voudrait voir partir de "salut en de kost". Les Bruxellois plus taquins et zwanzeurs y ont ajouté, mais c'est bien plus récent : "bruin ziep onder a schoone, dikes macadam en altaaid bergaf".

Mon but était de vous divertir en nous promenant dans les sentiers extérieurs de la numismatique et de vous faire découvrir les plaisirs de l'étymologie dans le cadre de notre passion commune, en espérant que vous irez musarder à votre tour dans les racines de la langue en partant d'un petit morceau de métal gravé d'une inscription bizarre.

 

Jacques DIERICKX


BIBLIOGRAPHIE

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- Ed. Presse Pocket Paris 1976.
  • Louis Quievreux - Dictionnaire du dialecte bruxellois - Ed. Libro sciences - Bruxelles - 2e éd. 1965 et 40 éd. 1973 (augmentée par Jean d'Osta).
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