Journal Ouest-France du mercredi 11 mai 2005
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Les eurodéputés contre la Commission
Le temps de travail en débat à Strasbourg
L'Europe du travail (ici en Allemagne) n'oeuvre pas au même
rythme. La France des 35 heures est loin de l'Angleterre des 48 heures et
plus... Les députés européens ont donc du pain sur la planche pour tenter
d'harmoniser tout cela.Archives Jean-Michel Niester
À Strasbourg, les députés tentent, depuis hier, de déminer une
nouvelle « bombe » posée sur la route du « oui » à la Constitution européenne
par la Commission : la révision des règles sur le temps de travail.
STRASBOURG (de notre correspondant).- Retour en arrière. Depuis
1993, l'Europe a décidé de se doter de normes communes minimales sur le temps
de travail. Objectif de cette directive : préserver la santé des travailleurs
et lutter contre le dumping social. Le repos obligatoire est ainsi fixé au minimum
à 11 heures par jour et à 35 heures par semaine, la durée maximale de travail
est de 48 heures par semaine.
Deux brèches
Des normes qui peuvent paraître faibles pour des pays - comme la
Suède, la France ou l'Allemagne - dotés d'une législation plus favorable mais
qui sont un incontestable progrès pour des pays enclins au libre marché comme
le Royaume-Uni et l'Irlande. De toute façon, il est possible d'aller au-delà.
Mais deux brèches sont restées, dans lesquelles se sont engouffrés des
employeurs - publics ou privés - soucieux d'économies.
Première brèche, l'opt-out. Sous ce nom barbare, se cache la
possibilité, concédée à l'époque aux Britanniques pour emporter leur accord,
qu'a tout employeur d'obtenir l'accord du salarié pour franchir les limites
horaires de travail. Outre-Manche, un salarié sur cinq reconnaît ainsi dépasser
régulièrement 48 heures par semaine. Le résultat est peu glorieux. Un salarié
britannique est 20 % moins productif qu'un Français !
Deuxième brèche, la définition du temps de travail - surtout pour
les gardes de nuit - était trop imprécise. La Cour de justice européenne a
tranché récemment dans quelques arrêts solennels dans un sens favorable aux
salariés. Toute heure d'une personne présente sur le lieu de travail et disponible
doit être considérée comme du temps de travail. Trop coûteux pour les hôpitaux
et les institutions sociales qui recourent à de tels personnels. 1,75 milliard
d'euros par an si l'on en croit les Allemands, 400 millions d'euros pour les
Néerlandais. Chaque pays s'est donc « bricolé » une solution, en utilisant
parfois le fameux opt-out, pour contourner cette jurisprudence.
Pour mettre fin à cette Europe sociale à la carte, la Commission a
proposé de limiter l'opt-out et de créer une nouvelle catégorie de temps de
travail, la période inactive, qui ne serait pas du temps de travail ! Solution
qui ne recueille pas l'assentiment du Parlement européen. Loin de là ! Une
sorte d'union sacrée allant des chrétiens démocrates portugais ou allemands aux
socialistes italiens et français en passant par les travaillistes britanniques
et la droite française s'est ainsi faite autour du rapporteur du Parlement, le
socialiste espagnol, Alejandro Cercas. Il faut supprimer à terme l'opt-out
individuel, « intolérable », prône-t-il. En permettant d'annualiser la durée
maximale sur une période de douze mois.
Ensuite, il faut considérer le temps de garde, même inactif, comme
du temps de travail, en négociant au besoin par accord collectif des
équivalences. Ce qui serait conforme à la solution française. Seul hic ! La
gauche communiste d'un côté, les conservateurs britanniques et d'Europe de
l'Est, de l'autre, pourraient joindre leurs forces pour rejeter cette «
harmonisation par le haut ». Le Parlement européen vote aujourd'hui à 12 h.
Nicolas GROS-VERHEYDE.