A feuilleter les 500 pages qui composent ces deux rapports, l’échec du processus de Lisbonne, vers une Europe plus compétitive et sociale, paraît consommé. Avec à peine 63 %, il manque à l’Europe élargie 25 millions d’emploi pour atteindre l’objectif de 70 % d’emploi en 2010 " selon les spécialistes de la question à la Commission européenne. Et la plupart des autres indicateurs sociaux sont dans le rouge. Malgré l’effort de certains Etats, le chômage de longue durée a augmenté pour atteindre 4 % de l’emploi. Même constat pour le chômage des jeunes qui reste à un taux important. Les immigrés, les minorités, les personnes handicapées, les jeunes sans formation sont toujours aussi mal lotis. Quand aux exclus, c’est simple. En cinq ans, rien n’a bougé. Près d’un européen sur six vit au-dessous du niveau de la pauvreté. Et l’objectif de réduire de moitié ce chiffre paraît si illusoire que Bruxelles pourrait bientôt le gommer de ses tablettes. Si en effet à la Commission personne n’ose remettre en cause directement le modèle social européen " qui contribue aussi au développement économique " comme le dit Vladimir Spidla, le commissaire européen chargé de l’Emploi et des affaires sociales, Aucune mesure n’est prise concrètement pour enrayer ce phénomène. La plupart des commissaires préfèrent faire confiance à la " main invisible du marché ", chère à Adam Smith. D’ici là on entassera rapport sur rapport, année après année, le constat d’une Europe sociale bien mal en point.