Journal Ouest-France du vendredi 7 mai 2004
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Des mesures optionnelles de limitation jusqu'en mai 2009
Un nouveau mur contre l'immigration
Depuis le 1er mai, on pourrait croire que tous les travailleurs de l'Est peuvent aller vaquer à l'Ouest, et vice-versa. Erreur ! Les gouvernements ont bien pris soin de cadenasser la libre circulation des travailleurs afin de ne pas devoir faire face à de nouvelles vagues d'immigrants.
o PREMIÈRES VAGUES. L'immigration venue de l'Est a une longue histoire : Polonais dans les mines de France, Hongrois échappant à la botte soviétique, Allemands rentrés des ex-territoires allemands de l'Est...
o ANTÉCÉDENT ESPAGNOL. L'entrée, en 1986, de l'Espagne et du Portugal dans la CEE avait suscité un émoi sans précédent. À l'époque, certains secteurs, comme le bâtiment, étaient au bord de l'apoplexie tant ils craignaient cette concurrence. Une peur qui n'était pas fondée. Au contraire ! On a observé, un lent mais sûr repli des populations espagnoles et portugaises, préférant rentrer au pays, dès que l'opportunité s'en présentait. Ce mouvement, entamé dans les années 1980 - il y avait environ 180 000 travailleurs immigrés espagnols en France en 1980, ils n'étaient plus que 117 000 en 1986 - s'est poursuivi. Mieux ! Ce sont les Français, au rythme de quelques milliers par an, et surtout les Allemands et Britanniques qui ont préféré émigrer dans ces contrées plus chaudes.
o RISQUE LIMITÉ. Selon la Fondation européenne sur les conditions de travail, établie à Dublin, seul 1 % de la population active des nouveaux États membres pourrait émigrer au cours des cinq prochaines années, soit 220 000 personnes. Une goutte d'eau ! En fait, comme ailleurs, ce sont essentiellement les jeunes qui ont la bougeotte. 3 % sont prêts à immigrer. Le danger plus réel est d'assister à une fuite des cerveaux de l'Est vers l'Ouest, puisque, selon cette étude, près d'un migrant sur dix serait hautement diplômé.
o TENTATION PROTECTIONNISTE. Exigée par l'Allemagne et l'Autriche, lors des négociations d'adhésion, chaque État membre a la possibilité d'imposer des mesures transitoires aux nouveaux arrivants pour la libre circulation des travailleurs. Cela durant deux ans, soit jusqu'au 1er mai 2006, période qui peut être prolongée de trois ans supplémentaires. Aujourd'hui, tous les États - à l'exception des seuls Royaume-Uni et Irlande - ont annoncé qu'ils comptaient utiliser cette option. À titre de rétorsion, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie ont déjà annoncé qu'elles appliqueraient des mesures équivalentes pour les ressortissants des États concernés.
o ZÉRO INFORMATION. Les modalités de ces mesures ne sont cependant pas connues. Même à la Commission, on se montre consterné. " Nous avons demandé à plusieurs reprises aux États membres de nous fournir des informations ", explique Antonia Mochan, porte-parole du commissaire chargé de l'Emploi, Stravos Dimas. Sans résultat, Italie exceptée ! Pour le salarié qui veut aller travailler dans un pays de l'Est et vice-versa, et encore plus pour le chômeur à la recherche d'un emploi, l'élargissement commence donc d'abord par un beau foutoir.
Nicolas GROS-VERHEYDE.