Journal Ouest-France du samedi 12 février 2005

Edition : Toutes editions - Rubriques : Europe       

 

Des objectifs manquant d'ambition présentés à Bruxelles

Déficit social pour la commission Barroso

 

Jose Manuel Barroso : d'abord la croissance.Reuters

 

José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a tenu sa promesse de présenter un nouvel « agenda » social. Mais ses objectifs manquent d'une vraie ambition sociale.

 

BRUXELLES (de notre correspondant). - Ce document d'une dizaine de pages confirme la nécessité de « préserver le modèle social européen ». Mais, obnubilé par une vision simpliste, « si la croissance va, tout va », l'Agenda social « new look » se garde bien d'avancer des projets qui dérangent.

 

Les engagements des chefs d'État européens, pris à Lisbonne en 2000, de diviser par deux la pauvreté et l'échec scolaire ont été gommés. À la place, des communications, des consultations, des forums et même une année européenne, 2010, seront dédiés à la lutte contre la pauvreté. Moins dérangeant !

 

Autre astuce au chapitre de la libre circulation des personnes, un problème crucial auquel se trouve confronté tout citoyen qui s'établit dans un autre pays. Plutôt que de taper sur les gouvernements récalcitrants, on charge les partenaires sociaux de trouver des solutions, tandis que 2006 est proclamée année de la mobilité et 2007 celle de l'égalité des chances.

 

Pour atteindre l'objectif de croissance de 3 %, l'Europe a besoin de « travailleurs actifs plus nombreux et plus productifs ». Il faut donc alléger les charges qui pèsent sur les entreprises. Et la Commission compte peser sur les débats nationaux en présentant ses réflexions dans un « Livre vert sur l'évolution du droit du travail ». Elle entend aussi montrer l'exemple. Deux textes européens, majeurs, seront remis à plat : les licenciements économiques et les droits des salariés en cas de transfert d'entreprise (rachat, privatisation...).

 

Quant aux nombreuses questions qui préoccupent - la présence de plus en plus nombreuse de salariés pauvres, les restructurations, la formation professionnelle, le licenciement des plus âgés... - guère de propositions dans un document qui pêche surtout par sa piètre qualité et son manque d'idée. À l'image de la Commission Barroso ?

 

 

Nicolas GROS-VERHEYDE.

 

 

Le document présenté par la commission de Bruxelles est sa «feuille de route» en matière sociale. Il sera présenté au Conseil et au Parlement avant de cadrer la politique sociale européenne.

 

Pour le mouvement ATD-Quart-monde, la commission Barroso « trahit l'espoir né à Lisbonne et Nice, en 2000, de faire de la lutte contre l'exclusion sociale et la pauvreté l'un des éléments centraux de la modernisation du modèle social européen ».

 

Des explications : Michel Barnier, le ministre des Affaires étrangères, en demande à la commissaire européenne Danuta Hübner, chargée de la Politique régionale, qui entend « faciliter les délocalisations au sein de l'Europe » en « abaissant les coûts des entreprises afin qu'elles ne délocalisent pas vers l'Inde ou la Chine ». « Non au dumping fiscal, oui aux investissements nouveaux », a déclaré le ministre français en visite à Riga (Lettonie).