Chronique Scènes

 

La réouverture du Beursshouwburg

Festival "Out of control"

Un fou noir aux pays des blancs (Témoignage chrétien)

Le père des anges (La Tribune)


> Le Beurs rentre at home

Ca y est le Beursshouwburg a rouvert ses portes CE 5 FEVRIER. Le centre culturel flamand d'avant garde, après trois ans de travaux de rénovation, réintègre son lieu préféré en plein coeur de Bruxelles. Cette bourse ne sera pas comme sa voisine d'en face, conforme et conformiste. Et pour commencer ce sera 10 jours durant, 24 / 24 h, durant 240 heures la fête. Le principe c'est "Blanco" : tous les noms d'artistes, sont laisses en blanc. Pour avoir au maximum un programme surprise, pour étonner, surprendre, émouvoir. Réservez votre coeur et votre cortex. Cela démarre donc avec Moonrise - Blanco fait que la lune se lève -, un groupe anversois au jazz dit "aventureux", qui rythmera toute la programmation. Premier set à 16h22 pétantes ce jeudi 5 février. Dernier accord, le dimanche 15 février, à 3h04 du mat. L'heure c'est l'heure. Et entre les deux...Tout d'abord pour ouvrir le bal, rien de mieux qu'une dance performance, tout ce qu'il y a de plus folklorique des nuits brusselloises, du son, du corps, de la sensualité,... et de la bière à flot. Une sorte de tableau dansant, s'acharnant à peindre toutes les turpitudes, avatars et joyeusetés, sexuelles, morbides, toxicomanes, musicales des party d'aujourd'hui. Une sorte d'adieu au BSBis (voir plus loin). Suivi d'une party à 24 h. Le tout dans la... "salle des fêtes" (jeudi, vendredi, samedi, à partir de 20h30).

Ensuite, au choix, une séance de théâtre et spin doctors en politique (mardi 10 février à 20h30 10 euros), une soirée musicale jeudi 12 février, avec treize "jeunes talents" de la scène belge et française du jazz et de la musique contemporaine, une jamsession (gratis - le jeudi à 23h00 - et ce sera d'ailleurs comme çà tous les jeudis, un concert gratuit), un défilé de mode dimanche 8 février de à 15 h, 17h et 19h30, des puces - véritable marché aux artistes - mardi 10 février à partir de 17 h - des idées, des concepts, des élucubrations, des sottises, marchandage sinon obligatoire, du moins recommandé !

Un programme "Kids only" -surnommé l'enfance de l'art. avec une idée aussi "simple que perspicace". Des artistes réputés produisent oeuvre à tirage limité et les enfants peuvent la regarder, l'analyser et le cas échéant l'acheter. Les noms de artistes sont cachés (samedi 7 et 14, dimanche 8, mercredi 11, de 12h à 18h, au Grenier). Des contes de fées pour les + de trois ans (samedi 7 et 14, mercredi 11 de 12h à 18h).. Allez ! Tout le programme est sur internet

Nota bene : On regrettera quand même le temple provisoire qu'était le BSB bis, son entrée genre parking, ce qu'il était au départ avant d'être violé par ces adeptes de la culture, ses murs en béton brut à peine dégrossi, son bar à peine posé en bout de salle, toute enfumée qu'elle était, ses murs en espèce de matière rêche, phonétique, son acoustique assez particulière (pour ne pas dire inconfortable), et ses sièges non pas en moleskine mais en bois brut et dur. Gageons que l'ambiance, festive et déhanchée, qui y régnait au fil de la nuit, saura se transporter un peu plus loin dans ce Beurs(officiel) !

N.G.V. février 2004

* Beursschouwburg (Bruxelles) : rue A. Ortsstraat 20-28. Tél. : 02 550 03 50 -Email : info@beursschouwburg.be / Web : www.beursschouwburg.be

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Théâtre. Un fou noir aux pays des blancs

De sa vie difficile au Katanga, à l’arrivée dans le froid et la grisaille, à Zaventem, l’aéroport de Bruxelles ; puis à sa lente intégration dans un village ordinaire de Belgique, Pie Tshibanda, conte, et raconte, avec dérision, bonheur, verve son arrivée dans notre monde fou de blancs. Ceux qui s’énervent parce que le train a cinq minutes de retard alors qu’en Afrique le train qui arrive avec un trimestre de plus est... ponctuel. Ceux qui ont du mal à ouvrir la porte à un inconnu. Un récit où la naïveté côtoie la poésie et nous renvoie nos préjugés, notre confort et nous incite à laisser au vestiaire les peurs de l’autre.

* Bruxelles, Théâtre Marni et Théâtre de Poche

© NGV - Témoignage chrétien - février 2002

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Théâtre. Le père des anges : Quand Israël se créait dans la douleur

Le Père des anges, la pièce, que vient de monter à Bruxelles, Tuvia Tenenbom, le directeur du Jewish Theatre of New York, ne laisse pas insensible.

Inspirée d’une histoire vraie, la scène se déroule à Jérusalem, en 1944. Au pied du mur des lamentations, deux mondes se heurtent en violentes discussions. Avigdor, le sioniste ardent zélateur d’un Etat indépendant d’Israël (joué par Georges Lini) et Reb Yankev (Patrick Messe), s’oppose au rabbin orthodoxe que cette idée même hérisse ; seule l’arrivée du Messie peut favoriser le relèvement du Temple pour ces religieux. La question surgit : Qu’est-ce qu’être juif aujourd’hui : La terre ou les hommes ? Le tout sous le regard narquois du délégué britannique en Palestine (excellent John Dobrynine) et sous la surveillance pesante et constante d’Adolf Eichman (Didier Colfs). Logé à gauche de ... Dieu, dans une petite alcôve, qui s’éclaire au gré des événements, le nazi manie tour à tour l’ironie, la narration apparemment objective du conflit qui se déroule devant ses yeux et l’éructation propre à ses idéaux. Et à leur instar, on peut s’interroger. Jusqu’où les juifs ont-ils collaboré avec le régime nazi pour sauver certains des leurs d’une mort certaine ? Quid de la lâcheté des Alliés préférant quelques cadavres de plus dans les camps à des réfugiés dans la terre de Palestine ? etc. L’histoire pourrait se cantonner là, sonnant comme une provocation. Bien que le metteur en scène, Tuvia Tenenbom s’en défende : " Tout comme celle d’autres États, la création de l’État d’Israël n’a pas été belle. Pourquoi s’en cacher. ". S’y s’entremêle un autre récit, plus personnel celui-là, les tourments de Reb Yankev, confronté à son désir pédophile des jeunes garçons, arabes de surcroît. " Qui a planté ces désirs dans mon coeur " s’écrie-t-il à son Dieu. Chez d’autres le propos serait lourd, gêné. Le talent de Tenenbom est justement de se saisir de cette confusion des sens et de la politique, pour entraîner le spectateur à la recherche de l’esprit, sans jamais l’ennuyer, grâce à un humour toujours présent, même aux instants les plus tragiques.

* Bruxelles, Théâtre de Poche

NGV © La Tribune février 2002

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