Chronique Livres
" l'inspiration n'existe pas, la transpiration, la discipline de travail, le doute, oui " Jef Geeraerts
Neuf fois Julos Beaucarne de Laurence Vanbrabant
Un "Grand miroir" pour refléter la réalité (Témoignage chrétien)
Sanpaku de Jef Geeraerts (Témoignage chrétien)
Nuits cubaines, de Herman Portocarero (Témoignage chrétien)
La comtesse des Digues de Marie Gevers (Témoignage chrétien)
Non ! la langue de bois n'est pas morte (Canard enchaîné)
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Neuf fois Julos Beaucarne
Poète ou chanteur, auteur et interprète, Julos B. est un "ignoré célèbre" qui mérite le détour. Maître du texte, artiste du détournement de mots, Beaucarne est aussi un écolo avant la lettre. "Les mots sont très sympathiques, ils gagnent à être connus". Fils de la campagne, il n'a de cesse de défendre ses amis qui pointent le nez vers le ciel, n'hésitant pas à créer un "front de libération des arbres fruitiers". D'Ecaussinnes, où il a vécu enfant à Tourinnes la grosse où il vit maintenant en passant par ses épopées en Provence, et ses potes, les Spoutniks, cette biographie se veut avant tout un conte de l'uvre, du "julosland" plus que de l'homme. Le constructeur de "pagodes", ces rouleaux de bois cylindriques destinés à contenir les fils, met son âme partout. Ici point de regard juteux sur la "célébrité". Les épisodes les plus douloureux, comme la disparition de sa femme sont évoqués sobrement, pour mémoire. Mais du texte entre guillemets, à revendre. Peut-être la meilleure façon de comprendre l'homme.
* "Il était 9 fois Julos Beaucarne", Laurence Vanbrabant, Ed. Le Grand Miroir (diff. Flammarion), 188 p. 13,50 euros. http://www.legrandmiroir.com/
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Un "Grand miroir" pour refléter la réalité
Si le salon du livre est consacré aux "lettres flamandes", comment faire l'impasse sur les livres qui se préparent à Bruxelles, capitale proclamée des provinces du nord de la Belgique. A côté des éditeurs porteurs de la littérature néerlandaise contemporaine (Castor Astral, Labor, Actes sud ), nous avons donc préféré partir à la rencontre d'un jeune éditeur francophone. Un pied de nez symbolique. Que nos amis belges ne nous en veuillent pas ! Mais "Le Grand miroir" - présent sur ce salon - mérite le détour. Nouveau venu sur le marché - ce qui est assez rare pour le souligner - il développe une littérature talentueuse. Créée par un tout jeune écrivain Stéphane Lambert, il y a un peu plus d'un an, avec la complicité, et l'aide, de Luc Pire des éditions du même nom et Marc Philipson tenancier de la librairie Filigranes, un endroit où il fait bon flâner, même le dimanche ou à 7 h du matin, la maison "Grand Miroir" reflète cette triple passion de la lecture. "Nous avons voulu, explique Stéphane Lambert, "offrir des petits textes, faciles à emporter, à lire, en format carré au départ pour avoir un prix abordable entre poche et présentation classique". Des romans donc de prime abord. De 'L'auberge espagnole et autres histoires belges" d'Alain Berenboom aux "Ours n'ont pas de problème de parking" de Nicolas Ancion à ""Grégoire et le téléphone portable" de Laurent de Graeve, tous ces textes cultivent une différence, légère comme un blanc d'uf monté en neige. "Notre force est de ne pas avoir décole, de repères - explique Stéphane Lambert - de ne pas être écrasé par la tradition. Nous avançons à tâtons. Ce qui donne des styles personnels, plus singuliers." Grand Miroir compte également une collection d'essais "Panorama". "Etre éditeur est une forme dengagement, un moyen, un véhicule de pensée et didées, il serait dommage de ne pas lutiliser" plaide Stéphane Lambert. Un pari réussi avec le passionnant ouvrage de Marc Uyttendaele : "La Belgique racontée à Noa". Cet avocat et professeur d'université nous offre à comprendre cette terre de paradoxe, écartelée entre les cultures flamande et française, et tout à la fois créative et imaginative pour continuer à vivre ensemble... Un modèle pour les pays en conflit !
Nicolas Gros-Verheyde © Témoignage Chrétien
En savoir plus : www.legrandmiroir.com
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Un violoncelle authentique. Une réparation banale chez un luthier dégénère en un désordre scriptural de faits, d'apparitions et de sentiments. Le musicien doué meurt soudain. Commence alors une traque éperdue de l'instrument confrontant un passé tragique - la déportation des juifs d'Anvers - et le futur magique - dans un manoir de Dordogne. Né en 1930 à Anvers, Jef Geeraerts, un des chefs de file de la littérature flamande actuelle, révèle ici une de ses facettes aux cotés de ses autres parutions : "Black venus" (Actes Sud, "Babel"), "l'Ambassadeur (Les Syrtes) et Oiseaux de nuit (Le castor astral).
(trad. Marie Hooghe, Ed. Le Castor Astral, coll. Escales du Nord, 216 p., 15 euros)
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Nuits cubaines, de Herman Portocarero
Curieux nom et thème qui méritent une explication. Herman Portocarero, né en 1952, fut ambassadeur de Belgique à Cuba entre 1995 et 1999. Mais il n'est cependant pas de meilleur guide que ces Mémoires immédiats" où la politique croise la musique, l'aventure, la sensualité et la spiritualité au hasard des souvenirs. Santeria et orishas, cigares et cannes à sucre, toute la vie quotidienne, du moins une certaine vie, défile ici en touches poétiques. La vraie magie du récit découle des Cuentos del muerto (contes du mort), un feuilleton qui interrompt à plusieurs reprises le récit. Où est la réalité ? Dans la fiction ou le souvenir
(Ed. Luce Wilquin, trad. Magali Flamme, 220 p. 19 euros)
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La comtesse des Digues de Marie Gevers
Le roman du fleuve, de l'Escaut-Roi, d'une femme attachée au fil des saisons, à la surveillance des digues, au combat d'amour avec l'eau. Qu'arrive-t-il quand les digues cèdent, que le désir est le plus fort ? Il faudra que la comtesse des digues choisisse entre l'homme qu'elle va épouser et le fleuve. Qu'elle trouve une nouvelle harmonie. Née en 1883 à Edegem près d'Anvers, Marie Gevers a passé sa vie dans la grande maison familiale de Missembourg qui servit de cadre à plusieurs de ses livres.
(ed. Labor, coll Espace nord, 214 p., 6,50 euros)
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Non ! la langue de bois n'est pas morte
Paris - 1993. Si la glasnost a fait son oeuvre en Europe de l'est et que les livres glorifiant le système communiste et l'Urss ont fondu comme neige au soleil... il n'en est pas de même en France. Même chez des éditeurs réputés d'habitude pour leur sérieux - les Presses Universitaires de France - on continue de diffuser deux Que-sais-je digne du "Nobel... de la langue de bois" !. Deux livres, un sur la Hongrie, l'autre sur la Pologne, signés du même auteur, Henri Smotkine - professeur (?) à l'université de Paris VIII. On a ainsi le bonheur d'apprendre que la Hongrie a été le théâtre en 1956 d'un "mouvement contre-révolutionnaire utilisant des critiques formulées par la propagande de la réaction nationale et étrangère, surtout américaine qui s'exprimait du sol allemand" (sic), et que en Pologne "l'agitation commencée en 1980 sous l'influence du syndicat 'Solidarité' qui ne représente aucune branche corporative mais ne groupe que des Polonais hostiles au socialisme n'a fait qu'accroître les difficultés de la Pologne". Dramatiquement nul ! Mais pris au second degré, quel modèle d'hilarité dont devrait s'inspirer toute cette collection... Justement chez l'éditeur, on répond : "C'est une erreur, nous n'avons pas eu le temps de lire le scénario". Curieuse erreur qui se répète deux fois, en 1984 et 1986, et qui dure depuis, puisque l'éditeur n'hésite pas à continuer l'approvisionnement en librairie ! Délirant...
Nicolas Gros © Canard Enchaîné 1993
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