(articles) le(s) drame(s) yougoslave(s)

Croatie - l'hôpital s'est installé dans les souterrains - Panorama du médecin 22 mai 1992

Observateurs européens en Yougoslavie - La Truffe 1991

Une guerre à l'arrière goût économique - La Truffe 1991

La reconnaissance des ex - La Truffe 1991

Les Albanais, deuxième front ? - La Truffe 1991

Scène de divorce yougoslave ordinaire au Conseil de l'Europe - La Truffe 1991

Abécédaire yougoslave - Evènement du jeudi juillet 1991

Bosnie naissance d'un Etat ou d'un parti - Evènement du jeudi 1990

 

 

Quelques années auparavant

Croatie - Osijek, l'hôpital s'est installé dans les souterrains

Depuis près de 10 mois, les violences font rage dans l'ex-Yougoslavie. A Osijek, dans l'est de la Croatie, une des premières villes atteintes par les combats, la ligne de front s'est figée. Une délégation croate est actuellement en France à l'invitation du député des Yvelines Christine Boutin et de Me Prost de l'association des femmes démocrates. Parmi elles, un professeur de l'université de médecine d'Osijek, Vlasta Pilizota (prononcez Pilijota) et Thérésa Farkas, infirmière principale à l'hôpital d'Osijek. Elles témoignent : "Vukovar a été pour nous une école. L'hôpital est situé juste en face de la caserne. Les soldats nous tiraient en face, presque à bout portant. Les étages ont été rapidement endommagés. Nous nous sommes donc réfugiés au sous-sol. Depuis dix mois, nous y sommes. Au début c'était très difficile, on opérait des malades à coté des femmes qui accouchaient et même avec les fous. Maintenant nous avons aménagé. L'eau, l'électricité sont arrivés. Nous avons traité 4800 blessés opérés, et 800 morts. Dont plus de la moitié de civils."

Car toute la population n'a pas fuit. 90.000 personnes sont restées sur les 200.000 que comptait auparavant Osijek et sa région. D'ailleurs l'université de médecine, aussi inimaginable que cela paraisse tente toujours de fonctionner. "par trois fois, nous avons dû arrêté notre travail. Nous sommes à 300 mètres des lignes serbes... Un tiers des élèves continuent de travailler dans des conditions de guerre. Mais le 25 mai, nous espérons réouvrir pour de bon et reprendre nos cours". L'avenir semble moins optimiste à l'hôpital, car malgré l'emblème de la Croix-Rouge, il continue d'être une cible de choix. "Depuis le 3 janvier, l'hôpital vit sous la protection de la Croix rouge internationale. Cela n'a rien empêché. Depuis cette date, nous avons reçu 290 grenades".

Vera Tadic, le Ministre croate de la reconstruction ne cache d'ailleurs l'ampleur de la tâche qui attendra la Croatie au lendemain de la guerre. "On évalue aujourd'hui le total des destructions à environ 21 milliards de dollars. Soit rapportés à la population, 5000 $ par habitant !" C'est-à-dire deux fois le produit national brut d'avant guerre. "Mais la restauration ne peut commencer actuellement. La guerre et les destructions continuent. Alors en attendant, on regroupe des moyens. En fait, nous sommes toujours dans une phase d'urgence. Une urgence qui dure depuis cinq à dix mois, suivant les régions ! Les zones les plus atteintes sont celles de Slavonie orientale, du Baniat et du Kordun.

Nicolas Gros © Panorama du médecin 22 mai 1992

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Observateurs européens en Yougoslavie

La 'glasnost' n'a pas encore atteint la CEE et ses observateurs en Yougoslavie. Le mot d'ordre général est "rien à déclarer" .Constat d'échec ?

1991. Quatre vingt observateurs et leurs 'assistants', diplomates ou militaires de carrière pour la plupart, sont aujourd'hui opérationnels en Yougoslavie. Mais il est toujours aussi difficile de connaître leur rôle exact, et donc… leur efficacité ! Tant à La Haye, la présidence néerlandaise, qu'à Paris au ministère des affaires étrangères, on entend préserver cette opacité. Officiellement la tâche des 'contrôleurs' est d' "observer localement la mise en place du cessez le feu et d'examiner si la Slovénie et la Croatie ont stoppé l'implantation de la déclaration d'indépendance". Mais à Zagreb, au quartier général des 'contrôleurs', c'est l'attente, dans une situation inconfortable. Traités de "marchands de glaces" par les uns, d'avoir "un parti pris" par les autres, ils entendent garder la "tête froide" au milieu du vacarme yougoslave. Selon Georges Marie Chenu, le responsable du staff français et diplomate de carrière, "notre mission n'est pas de relater les évènements ou de donner un bilan des victimes. Nous transmettons uniquement les faits contrôlés à la présidence (européenne) et aux signataires des différents documents, comme peut le faire un juge d'instruction". Tous les jours, selon les informations recueillies dans les médias, par les différentes parties en présence ou leurs propres canaux, les 'contrôleurs' dressent leur plan de travail. Après le briefing du matin, ils partent vers les différents points de 'contrôle'. Il y a parfois des dérapages, comme dernièrement pour la ville Zadar (cote Adriatique) ; ce n'est que trois jours après le début des premiers combats, et sous l'insistante pression italienne, que les 'contrôleurs' se sont rendus sur place. Que peut alors valoir un corps d'observateurs en sous-nombre - seuls 80 sur 300 annoncés sont arrivés - et muets dans la fournaise et le vacarme yougoslaves. Car ce conflit armé est doublé et alimenté d'une "guerre" de communiqués entre médias Serbes et Croates, accroissant chaque jour la confusion et la tension. Pas étonnant alors que l'idée d'une force d'interposition militaire s'impose peu à peu. La dernière mission de Lord Carrington en Yougoslavie lundi, semble sonner le glas des observateurs. Ou le constat d'une mission impossible.

Nicolas Gros © La Truffe 1991

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Une guerre à l'arrière goût économique

La guerre en Yougoslavie n'est pas seulement ethnique, comme veulent le laisser croire tous les commentaires, c'est aussi - et surtout - une guerre économique, entre un "nord" plus richement doté qu'un "sud".

Superposez la carte des enclaves serbes en Croatie ou Bosnie et celle des combats, vous ne comprenez pas tout. Superposez la carte des "avancées" depuis un an de la Serbie sur les autres républiques ou provinces autonomes - telle que les avait dessinée Tito - et celle des principales richesses économiques, la coïncidence devient plus troublante. En effet l'amputation de zones aussi riches que les champs de pétrole en Croatie - qui couvrent près d'un quart des besoins du pays -, les riches terres agricoles de Voïvodine, le sous sol et les ressources hydroélectriques qui enrichissent l'industrie de Bosnie, enfin les gisements de lignite et de plomb notamment du pauvre Kosovo risquent d'être une perte mortelle pour la Serbie de Tito. Une Serbie qui ne pourra alors que faire pâle figure sur le marché mondial avec des zones agricoles ou minières (cuivre) étroites - essentiellement dans la vallée de la Morava - et des industries "en décrépitude" mondiale (sidérurgie, textile, mécanique), le tout sans un seul débouché maritime. En effet, le découpage "diabolique" des frontières intérieures, dignes du meilleur équilibriste, n'a accordé l'air marin qu'à trois des quatre "grandes" républiques, Bosnie, Croatie et Slovénie. Or cette ouverture est non seulement nécessaire d'un point de vue stratégique mais surtout économique. Le tourisme assure en effet, bon an, mal an, une rentrée de devises importante, la deuxième du pays. Un pactole qui risque bien d'aboutir dans l'escarcelle d'une Croatie indépendante. Pas étonnant donc que la première préoccupation des Serbes soit d'assurer le contrôle - ou la destruction - de ces régions, en utilisant des arguments historiques aussi confus que le fut l'histoire de la Yougoslavie !

Nicolas Gros © La Truffe 1991

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La reconnaissance des ex

Depuis trois mois, la Slovénie et la Croatie se sont proclamées Etats indépendants. Et depuis trois mois, les Etats européens lui refusent cette indépendance. Mais la ferveur du "non" du début n'y est plus. On est passé progressivement du "refus", puis d'une notion floue "d'indépendance négociée", à la réalité d'aujourd'hui : "l' indépendance d'accord, mais... pas tout de suite".

Comme le note un responsable britannique, "il est bien évident que la fédération est fichue. (Mais) ne pas reconnaître immédiatement la Slovénie et la Croatie, c'est une manière pour nous de maintenir la pression, de forcer chacune des parties à trouver une solution amiable à la sortie de la fédération". Conséquence de cette pression, les Slovènes et les Croates tentent le forcing pour affirmer par tous moyens leur souveraineté. Au sens classique, en effet, un Etat est constitué quand un gouvernement exerce effectivement son pouvoir sur un territoire et un peuple donnés. Toute la difficulté est alors de déterminer "l'effectivité" de ce gouvernement. Pour Jean Combacau, professeur à l'institut des hautes études internationales de Paris II, "il faut que ce gouvernement ait réellement le contrôle de cette autorité. En Croatie par exemple, on ne peut, si l'on s'en tient à la rigueur juridique, estimer qu'il y a un Etat croate tant que l'ancien gouvernement central réussit à maintenir une parcelle importante de son autorité." Pour la Slovénie, cela parait plus simple. Car "en retirant ses armées, et laissant la Slovénie se gouverner, Belgrade a, somme toute, reconnu de façon tacite, mais claire, l'indépendance slovène". Reste à établir les traces de cette souveraineté. D'une part, la Slovénie, comme la Croatie, émet depuis un mois ses propres passeports, reconnus aujourd'hui par plusieurs Etats européens, un premier pas important vers la reconnaissance diplomatique. D'autre part, même si la frontière interne en Yougoslavie n'existe pas encore de manière tangible, les postes frontières "externes" sont désormais gardés par des agents slovènes. Seule ombre au tableau : la monnaie. Certes, la Slovénie a adopté une monnaie nationale, mais le Tolar n'est pas encore accepté dans l'usage de tous les jours. En outre, le gouvernement de Ljubljana continue - en douce - d'imprimer du dinar... yougoslave !

Nicolas Gros-Verheyde © La Truffe 1991

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Qui soutient quoi ?

Si quasiment tous les Etats d'Europe, même ceux qui n'en font pas partie, comme la Suisse ou les pays nordiques, disent s'aligner sur la position de la Communauté Européenne, chacun nuance son alignement. Tous les Européens souhaitent un consensus mais sans avoir quel contenu lui donner. Certains ont ainsi reconnu la validité des passeports croates et slovènes. D'autres s'affirment prêts à reconnaître les nouveaux Etats... mais seulement quand un autre aura franchi le premier pas. En clair, chacun attend le premier acte de reconnaissance. L'Allemagne et l'Italie semblent bien placés dans cette course au leadership...

Groupe 1 : reconnaissance de l'indépendance = Estonie...

Groupe 2 : reconnaissance des passeports = Autriche, Italie, Tchécoslovaquie, Hongrie...

Groupe 3 : attend le premier geste = pays nordiques...

Groupe 4 : la communauté = Danemark, Espagne ("on ne peut contraindre des gens qui ne le veulent pas à vivre ensemble"), France

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Les Albanais, deuxième front ?

Dans la fournaise yougoslave, les Albanais de Yougoslavie avaient un peu été laissés de coté par l'actualité. Pourtant, avec plus de deux millions d'habitants, ils forment la troisième nationalité du pays. Majoritaires dans l'ex-province autonome du Kosovo - près de 90% de la population -, ils constituent également une minorité troublante dans deux autres républiques : la Macédoine (20%), le Monténégro (6,5%). Ils risquent ainsi aujourd'hui de créer un deuxième front arrière pour le gouvernement de Belgrade. Les premiers dès 1981 à subir la nouvelle politique de "réappropriation historique" de Belgrade, les Albanais du Kosovo avaient en juillet 1990 proclamé leur "autonomie". Aujourd'hui, tel un volcan jamais éteint, ils relancent le processus de souveraineté par ce référendum "clandestin" tenu jusqu'à dimanche dernier. Leur intention n'est pas tant de devenir un Etat souverain mais de couper définitivement les ponts avec la Serbie. Toutes les voies dont donc bonnes : la revendication d'autonomie, puis la grève des institutions et le refus d'incorporer les conscrits albanais à l'armée yougoslave, et enfin le statut de république à part entière "dans ou hors de la fédération yougoslave". Ce nouveau front dans le dos des Serbes, davantage politique que militaire, risque d'être tout aussi dangereux pour Belgrade que tous les effectifs de la garde nationale croate réunis. Musulmans dans leur majorité, mais d'un islam très européanisé, les Albanais possèdent en effet plusieurs cartes dans leur manche. Tout d'abord, ils bénéficient d'un Etat-frère, l'Albanie. Un Etat, qui au seuil de réformes politiques et économiques majeures, a bien marqué son intention de défendre par tous moyens les albanais de Yougoslavie s'ils venaient à être menacés. Ensuite à l'étranger, les Albanais bénéficient d'une diaspora active en Europe, en Allemagne et aux Pays Bas notamment, et très présente aux Etats Unis. Une présence qui peut assurer aux Albanais un soutien économique solide - certains spécialistes de la question estiment que près de 20% des familles albanaises du Kosovo survivent déjà grâce à cette manne de la diaspora - et risque également de réveiller une diplomatie américaine jusqu'à là très discrète, mais de plus en plus vigoureusement anti-serbe dans une crise qu'elle considère "interne à l'Europe". Signe des temps non négligeable, Ibrahim Rugova, le leader de l'Alliance démocratique, principal parti d'opposition du Kosovo, aurait rencontré la semaine dernière différents responsables politiques des Etats unis et d'Albanie. Enfin dernier atout, les Albanais sont aussi dispersés en Yougoslavie que les Serbes ; ils bénéficient toujours du soutien des Slovènes, avec qui des liens ont été noués depuis quelques années, et plus récemment des Croates. Une solidarité qui ne peut que se renforcer demain et sonner le glas de la Serbie d'autant qu'un "troisième" front est toujours sur le point d'éclater, celui des Musulmans de Bosnie Herzégovine et de l'ancestral Sandjak de Novi Pazar.

Nicolas Gros © La Truffe 1991

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Scène de divorce yougoslave ordinaire au Conseil de l'Europe

Strasbourg 1991 - 18h30, quelque part dans un coin du Conseil de l'Europe, diplomates, députés et journalistes battent la semelle autour d'un café ou d'un thé. Ils attendent… l'arrivée de "catcheurs" de choix, les différentes représentants des assemblées parlementaires yougoslaves. Peu d'exclamations mais à mi-voix une atmosphère hésitant entre celle d'une salle de boxe avant le combat et celle d'une chambre mortuaire avant l'arrivée de la dépouille.

18h45, les protagonistes arrivent. Silence ! On se serre la main, courtoisement et chacun prend place autour de la table ronde. Le Croate et le Serbe se retrouvent face à face, le hasard alphabétique ayant bien fait les choses. Bogdana, présidente de l'assemblée fédérale yougoslave discute, d'un air attristé, avec Zarko, le croate, comme deux époux qui s'aiment encore et se retrouvent devant le juge matrimonial pour constater leur divorce. Le gong du président retentit - une cuillère sur un verre - les photographes se retirent, la place est libre. Honneur aux dames… Bogdana, la fédérale, entame alors le long énoncé d'une position intenable "la remise en cause des frontières ne peut que se faire à l'intérieur du Parlement fédéral", suivie d'une évidence pour tous - sauf pour les yougoslaves - "toute solution, même des Etats indépendants devra amener une coexistence en tant que bons voisins". Et surtout une lente nostalgie, "il y a peu de temps, dans cette même salle, on aurait parlé de l'intégration européenne, alors qu'aujourd'hui…" Un ange passe ! Zarko, le croate, attaque. "L'objectif serbe est l'annexion de la Croatie et la création d'ethnies pures" et "la réponse internationale inadéquate". Il plaide, "la Croatie ne menace personne, respecte les droits de l'homme et les droits des minorités mais est décidée à se débarasser de la force d'occupation et du communisme". Mais Zarko est désolé car… "la Croatie est obligée de maintenir son indépendance puisque le peuple en a décidé ainsi… à plus de 75%" ! Peuple, ce mot revient tout le temps. Argument suprême, glaive de choix, guillotine de discussion, même si aucun des protagonistes ne s'affirme plus communiste, la méthode dialéctique reste bien ancrée dans les esprits. Près de 50 ans d'éducation marxiste ne s'effacent pas par la méthode Coué.

19h30, petit interlude… Asim, le monténegrin et Stojan, le macédonien, énoncent l'un en serbe, l'autre en anglais des propos trop bafoués pour être réels tel "l'appel au dialogue" ou "tout exclusivisme ne peut qu'aggraver la situation". La salle ne les écoute plus. Trop insignifiants… Catherine Lalumière, présidente du Conseil de l'Europe s'est d'ailleurs éclipsée… discrètement. Chacun piaffe d'impatience d'entendre le Serbe. Qu'on en finisse… Aleksandar parle enfin, en français, pour attendrir son auditoire. D'un ton sec, saccadé, entrecoupé de rappels historiques pour ajouter à la confusion, il énonce "ce qu'on ne dit jamais (…) : en Serbie, la paix règne". (…) Et - il le jure - "la Serbie n'est pas en guerre avec qui que ce soit". Tout est dit, et ce n'est pas Franc, le Slovène, qui va arriver à redresser ce non-dialogue. La nouvelle politique yougoslave, faite de 'bruit et de fureur' a percé à Strasbourg. Le texte était à la hauteur des attentes, incompréhensible…

Nicolas Gros © La Truffe 1991

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ABECEDAIRE YOUGOSLAVE

un Etat vieux à 60 ans de 600 ans d'histoire

Parce qu'il y a toujours quand on discute avec un "yougoslave" des mots clés qui reviennent sans cesse dans les conversations mais qui peuvent prendre un sens différent selon l'interlocuteur, serbe, croate, slovène, albanais du Kosovo, bosniaque...

A comme Armées - la seule marque tangible - pour combien de temps encore ? - de l'unité yougoslave. Instrument officiel du pouvoir politique, son jeu reste flou. Forte de 400.000 hommes, pour l'essentiel des hommes du Sud, elle aspire à bétonner les nations mouvantes yougoslaves. Mais sa cote dans la population, quelle que soit sa nationalité ou sa religion, reste inversement proportionnelle à la proximité de son intervention(Synonyme : unité).

B comme Bosnie - ou petite Yougoslavie -. Dans cette république bâtarde de quatre millions d'habitants, on retrouve tous les ingrédients de la prochaine crise. Placé au coeur géographique des différentes républiques, la Bosnie subit le mélange des nationalités - serbes, croates, Musulmans - et des religions - catholique, orthodoxe, musulmans. Relativement calme aujourd'hui, elle peut être demain la dernière parcelle vivante de Yougoslavie ou alors son tombeau. Capitale : Sarajevo (Synonyme : Balkans).

C comme Communisme. Honni. Il n'y a plus en Yougoslavie un seul communiste ou qui prétende encore l'être officiellement. On est socialiste en Serbie, social-démocrate en Slovénie, partisan des réformes en Bosnie ou tout simplement patriote... (Synonyme : passé).

D comme Deutschmark. La seconde monnaie yougoslave. Le prix est marqué systématiquement dans les deux monnaies, tant à Belgrade à Split sur la côte, ou à Sarajevo en Bosnie. L'Allemagne est devenue le lieu de travail privilégié des Yougoslaves. Avant l'unification, ils étaient officiellement près de 600.000 à y vivre sur un total de 4,9 millions d'étranger. Le Deutschmark est également la terre de provenance majoritaire des touristes. (Synonyme : Sécurité).

E comme Europe. CEE, Conseil de l'Europe, Parlement européen, tous les espoirs sont tournés vers ces deux institutions. Les délégations serbes, slovènes croates, albanaises se sont succédées pour attirer l'attention des eurocrates sur ces problèmes. Mais si chacune des institutions européennes a su savamment écouté, brillamment résolutionné ou donné de bons conseils chacune a laissé le levain yougoslave monter, sans prendre aucune mesure ou même la gravité du problème. (synonyme : Oubli).

F comme France. La France reste une référence... Pour les Serbes, c'est l'ancien allié de la guerre de 14, pour les Albanais du Kosovo, c'est la patrie des droits de l'homme, pour les Slovènes, un possible débouché économique. Pour tous, un excellent contrepoids à la (très forte) présence allemande-autrichienne. Mais la réalité géopolitique suit peu (Synonyme : amertume).

G comme Guerre civile. Hier, un mot destiné à se faire peur et à faire céder l'autre, que les Yougoslaves apprennent progressivement à conjuguer au présent.(Synonyme : partisan).

H comme Histoire. L'histoire reste la référence majeure de l'actualité, pour justifier toutes les théories. Les Serbes sont "présents au Kosovo depuis le Xe siècle", les Albanais "depuis le IXe siècle" (ou vice-versa selon l'interlocuteur), les Hongrois en Vojvodine depuis le Ve ou le IXe (suivant les versions). Mais la Yougoslavie actuelle a été le théâtre de multiples invasions si bien qu'aujourd'hui tant les Italiens (successeurs des Romains, présents au nord-yougoslave jusqu'au Ve siècle) que les Hongrois (plus ou moins successeurs des Huns, présents à partir du Ve) ou les Turcs (successeurs des byzantins ou des ottomans, présents du Ve ou XVe siècle au début du XXe) auraient tout autant de revendications historiques à présenter que les croates, les slovènes et les serbes réunis (Synonyme : Persécutions).

I comme Indépendance. Le mot a de multiples résonances variables suivant les lieux. Pour les Slovènes et les Croates, cela veut dire "sécession", "détachement graduel" ou "confédération souple d'Etats souverains" ; pour les Bosniaques, "davantage d'autonomie" ; pour les Albanais, "un statut de république à part entière dans la fédération". (Synonyme : Constitution).

J comme Juin ou Juillet. Les mois d'été sont à la Yougoslavie ce que le mois de mai est à la France ou le mois de novembre aux pays de l'est, le temps de l'explosion, et cela depuis les temps les plus anciens. juin 1389, bataille du Kosovo début de la domination turque sur la Serbie ; 28 juin 1914 : assassinat de l'archiduc Ferdinand de Habsbourg à Sarajevo (Bosnie) ; juillet 1990 : les députés albanais de l'assemblée provinciale proclament l'égalité du Kosovo et le statut de république à part entière ; juin 1991 : la Slovénie proclame son indépendance.

K comme Kosovo. Son "annexion" ou sa "libération" par les Serbes a été ressentie de façon assez cuisante. Chaque autre "nation yougoslave" n'entend pas être matée comme l'ont été les albanais du Kosovo. (Synonyme : Oppression).

L comme Liban. La hantise de tous les Yougoslaves : que leur pays ne devienne pas un nouveau Liban, oublié du monde, où ses habitants continuent tranquillement de s'entretuer en cercle fermé... (Synonyme : Demain).

M comme Musulmans. En Yougoslavie, le Musulman est une nationalité à part entière avant d'être une religion. Une nationalité qui est sans territoire. Au dernier recensement (1981), 2 millions se sont déclarés musulmans, la plupart en Bosnie, les autres en Macédoine au Kosovo et au Sandjak. En Bosnie, ils se sont d'ailleurs constitués en mouvement politique, l'action démocratique (SDA). Les personnes de confession islamique, les musulmans, sont estimées à plus de 3 millions.

N comme Nation ou Nationalité. A ne pas confondre... La constitution Yougoslave de 1946, rénovée en 1974, était très imprévoyante... Tout peuple d'une certaine importance y est doté d'un statut privilégié - la nationalité - qui lui confère certains droits, culturels, linguistiques... mais sans automatiquement y attacher un territoire. La nation est tout simplement une nationalité dotée d'un territoire (Synonyme : indépendance).

O comme Oppression. On est toujours l'opprimé de quelqu'un. Les uns par le pouvoir central, les autres par le pouvoir régional, les derniers par le pouvoir municipal. La Yougoslavie n'est pas pluri-culturelle, elle est devenue pluri-oppressive. (synonyme : Minorité).

P comme Presse. Le nerf du pouvoir... Les médias yougoslaves n'en peuvent plus de se détacher du rôle de servile courroie de transmission du pouvoir, qui était le leur pendant plus de cinquante ans. Confondant information et militantisme, la plupart n'ont souvent su s'adapter qu'à un nouveau pouvoir. L'agence Tanjug (l'agence de presse yougoslave) est toujours traitée comme l'agence du pouvoir de Belgrade. Au Kosovo, les journaux serbes et albanais se côtoient tous les jours, dans le même immeuble, sans se voir, dans une haine silencieuse. A Ljubljana, ce sont les deux journaux ex-communistes Mladina et Delo qui paradoxalement, apparaissent désormais comme une voix "sérieuse" d'information (Synonyme : Désinformation).

R comme Roi. Vague souvenir...

S comme Sous développement. Le principal problème de la Yougoslavie est économique. Les Slovènes ne veulent "plus payer pour les gens du sud". Les terres de conflit sont souvent des terres riches. Le Kosovo par son sous-sol riche en minerais et bauxite ou la Vojvodine par ses terres agricoles.

T comme Tito. Honni par les uns, révéré par d'autres, l'ancien chef d'Etat est toujours présent dans les esprits et reste une référence. De toute façon, ce qui se passe actuellement - le déchirement yougoslave - n'aurait pu se passer "avant", "de son temps". (synonyme : Nostalgie, Paix, Grandeur)...

U comme Urss. Tout Yougoslave redoute la comparaison avec les pays de l'est et principalement l'Urss. Premier des pays à avoir annoncé des réformes économiques, introduit à doses infinitésimales l'économie de marché, la Yougoslavie est aujourd'hui dépassée, par ses voisins tant sur le plan économique que sur le plan politique. Chantre des non-alignés depuis 1960, elle a perdu aujourd'hui tout poids sur la scène internationale (Synonyme : déchéance).

V comme Vérité. Chacun des interlocuteurs yougoslaves s'il ne parle pas de la réalité va vous convaincre de sa vérité. Vérité historique pour les serbes, vérité économique pour les Slovènes, vérité politique pour les Croates...(Synonyme : Surenchère).

X comme Xénophobe. Personne ne l'est mais tout le monde le pratique. L'étranger n'est pas celui qui est loin, hors des frontières, c'est le voisin. Les "gens du sud" pour le Slovène, le Croate pour le Serbe, le Serbe pour l'Albanais, le Grec pour les Macédoniens.

Y comme Yougoslave. Le passé... Avant 1918, il faut "voir" - comme le disent si bien les dictionnaires à : Croatie, Macédoine, Monténégro, Slovénie, Serbie". Le royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes créé en 1918 vit ses frontières défini par les traités de Neuilly, Saint Germain, Trianon et prit le nom en 1931 la Yougoslavie.

Nicolas Gros-Verheyde / iPH © Evenement du jeudi juillet 1991

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