Bruxelles veut accélérer le volet social des routiers La Tribune - édition du 30/01/2002
Les autorités luxembourgeoises devraient décider ce jour du sort des 170 chauffeurs clandestins de la société autrichienne Kralowetz. Basée à Luxembourg, celle-ci est poursuivie pour infraction à la législation allemande.
Près de 150 camions appartenant à la société de transports routiers internationaux Kralowetz GmbH sont toujours immobilisés au Luxembourg par les
douanes du grand-duché. Celles-ci sont en effet intervenues, jeudi, sur commission rogatoire internationale lancée par l'Allemagne. L'entreprise autrichienne, qui a son siège international à Esch-sur-Alzette au Luxembourg,
est soupçonnée d'avoir fait appel à 1.500 travailleurs clandestins et d'avoir
utilisé des documents de conduite falsifiés. Des réquisitions et saisies de matériels ont ainsi eu lieu dans sept autres pays d'Europe, notamment en France
à Tucquegnieux, en Belgique et en Espagne. Fondée en 1955 par Karl Kralowetz,
la société compte aujourd'hui des filiales dans toute l'Europe, de l'Ouest comme de l'Est, jusqu'en Yougoslavie. Mais elle a établi son siège au Luxembourg.
Situation intenable. Le faible taux d'impôt sur les sociétés, de la taxe d'immatriculation des véhicules tout comme des taux de prélèvements sociaux, divisés par deux, ont attiré au grand-duché au moins 400 entreprises de transport, souvent parmi les plus grandes européennes. Françaises compris. Giraud et Norbert Dentressangle, notamment, y sont établis. " Seul un tiers de
ces entreprises exercent réellement leurs activités dans notre pays ", estime-t-
on au syndicat des transports OGBL (socialiste).
Pour son secrétaire central, Hubert Hollerich, cette situation " bien connue de
tous " est " intenable ". Hier, les 170 chauffeurs, la plupart de l'Est,
logés
par la Croix-Rouge, attendaient de connaître leur avenir. Le gouvernement luxembourgeois semble avoir écarté la possibilité de leur accorder un permis de
travail et voudrait les rapatrier. Reste à régler la question du coût. Une réunion entre ministère et syndicat doit se tenir aujourd'hui à Luxembourg. A
la Commission européenne, plutôt que d'épiloguer sur l'apparente légèreté des
autorités luxembourgeoises, la commissaire européenne aux Tranports, Loyola de
Palacio, préfère se réjouir des avancées intervenues ces dernières semaines en
matière de conditions de travail dans ce secteur. Une directive harmonisant les
temps de travail a ainsi été adoptée fin décembre et doit être transposée par
les Etats membres. Et le règlement qui rend obligatoire, à l'horizon 2003, une
attestation de chauffeur pour tous les routiers européens a été voté par le Parlement à la mi-janvier.
Pour autant, la commissaire n'entend pas relâcher la pression. " La situation
des chauffeurs routiers de ces derniers jours est scandaleuse ", estime-t-elle.
Il faut que " tout le monde respecte les mêmes règles ". Et que " les entreprises qui travaillent régulièrement ne soient pas victimes des voyous. Nous devons avancer encore plus rapidement dans l'examen des autres mesures proposées sur le volet social ". L'affaire Kralowetz pourrait bien être un détonateur de plus pour les revendications d'une Europe sociale.
Nicolas Gros-Verheyde