Nathalie Cassel
Extrait de : " Lerrance : quelques lieux contemporains "
In Je taime. Question dépoque. Editions Complexe.
J'aime avec un corps musclé. On ne sait pas comment je suis, si je ne situe pas mon être physique, si on ne se refigure pas le rapport de deux corps, la relation. Mon être physique est transformation, ce qui transforme les relations. Je fais partie de cette minorité de nouvelles femmes, athlétiques, androgynes, plus puissantes que la majorité des hommes, qui sortent de la catégorie du féminin pour entrer dans celle de mutant, de hors normes sexuelles, de "transgenre". Là se trouve un autre lieu du corps et un autre lieu des rencontres. Une autre dimension des échanges. Le sexe n'a plus d catégorie, il ne se définit plus comme féminin, masculin, il est hors-champ. dans une identité qui se meut selon ses propres désirs. Il est hybride, métissé et sans désir d'appartenance spécifiques. Qu'importe le féminin, le masculin, l'identité est mixte, libre, voyageuse, élément sans domicile, s'installant où se trouvent ses affinités électives. Non anarchiquement, mais dans une nouvelle organisation de plaisir et d'être, une plus authentique authenticité qui, pour finir, se fout, se joue et envoie d'un coup de pied se balader la balle des jeux de rôle, au fin fond des anciennes frontières, obsolètes. Et circule à la vitesse de son Être, transcende les vieux clivages, si loin déjà, des vestiges. On peut dire qu'une nouvelle Histoire se forme qui voit la précédente d'un il mi-rieur (car on peut rire d'un tel fourvoiement de lecture dégradantes des identités de races, de sexes, de couleurs et des homosexualités) et mi-pleureur (car l'on peut plaindre les gens qui furent au nom telles convictions, réduits à l'esclavage ou à l'opprobre, leur vie durant).
Les figures de l'amour se multiplient. Il n'y a plus un schéma d'homme de femme, de couple mais une explosion salutaire des critères. Il n'y a deux sexes mais des sexualités qui s'enchevêtrent, se chevauchent, s'interpénètrent.
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