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Le Secret
de Sherlock Holmes
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FIN DU DEUXIEME ACTE
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La scène représente le salon de Sherlock Holmes. Sur la gauche se trouve la porte d'entrée de la pièce, donnant dans un
escalier. Au milieu, une double fenêtre avec des plantes au sol. A droite, une cheminée et une deuxième porte, donnant sur la chambre de Holmes. Sur la gauche, entre la porte et les fenêtre, se trouve toute une installation de chimiste, table avec becs bunsen, flacon, éprouvettes sur des étagères contre le mur... Au centre de la pièce, une table avec des fauteuils. Un peu plus loin, le fauteuil de Watson avec un petit écritoire. Devant la cheminée, des fauteuils en osier. Aux murs, des rayonnages de bibliothèque, emplis de livres et des gravures sous cadres. Sur le mur de droite, des impacts de balles dessinent les lettres V. R. (Victoria Regina).
Sur la cheminée, des pantoufles, du courrier maintenu par un couteau s'enfonçant dans la boiserie; partout dans la pièce
des papiers, des livres ouverts, le plus grand désordre.
Au début de l'acte, Holmes est à la table de chimiste et Watson assis en train d'écrire.
HOLMES
Je suis un âne, Watson, un triple idiot ! Le plus fieffé imbécile que la terre ait jamais porté ! Dire que j'ai laissé, presque
sous mes yeux se commettre le plus abominable des assassinats ! Ah, jamais je ne me pardonnerai la mort de ce pauvre John Openshaw !
(Un temps) Dites... Vous n'avez pas l'intention de publier cette affaire, au moins ! Ma réputation serait ruinée!
WATSON
Grand Dieu, Holmes, il n'en est pas question ! Mais, je vous l'ai dit et redit : vous n'avez pas à vous accuser.
Vous n'êtes pour rien dans ce malheur ! Comment auriez-vous pu deviner le geste diabolique de ce Melville qui, à notre
insu à tous, a jeté dans la cheminée cette substance hallucinogène dont les effets terrifiants ont facilement eu raison du cœur fragile de notre jeune ami ?
HOLMES
Vous avez certainement raison, Watson, mais je suis blessé dans mon orgueil. C'est là mon échec le plus cuisant et il a
entraîné la mort d'un innocent.
WATSON
Pensez-vous que la police parviendra à mettre la main sur ce démoniaque butler qui s'est enfui par la fenêtre de sa chambre
le soir même du drame ?
HOLMES
Que m'importe le menu fretin ! Ce Melville, qui, auparavant, mes premières recherches me l'ont confirmé, était un homme
honnête mais se trouvait depuis quelques mois dans une mauvaise passe, s ' est sans doute laissé soudoyer. Je suis d'ailleurs persuadé qu'il ignorait qu'il allait commettre un crime: il n'avait rien d'un assassin. C'est bien ce qui m'a trompé. Mais, voyez-vous, mon cher, Watson, il y a derrière tout cela comme la marque d'un maître régnant sur une bande puissamment organisée. Je suis prêt à parier que le coup a été minutieusement préparé et de longue date; soyez certains qu'ils ont certainement provoqué l'accident du précédent majordome pour placer un homme à eux.
Voyez-vous, depuis quelque temps en fait, je soupçonne derrière certains malfaiteurs, derrière certains crimes,
l'intervention d'un esprit supérieur, une puissance occulte, organisée, qui fait obstacle aux lois, commet les méfaits les plus
variés et protège les coupables. Et cette force est, j'en suis sûr, derrière le meurtre de John Openshaw.
Mais patience, je finirai bien par...
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FLASH-BACK
Tout devient noir. Le rideau tombe. Une chute d'eau apparaît en projection. On entend le bruit très impressionnant de
l'eau bouillonnante.
VOIX
Et si le mal, Sherlock, finissait un jour par triompher du bien ?
La lumière revient.
Holmes semble perdu dans de lointains souvenirs.
WATSON
Par Jupiter, Holmes ! Ecoutez un peu ce que je lis dans l'édition du " Times " de ce matin (Holmes revient à la réalité).
"Aux petites heures de l'aube, la police fluviale a repêché un corps dans la Tamise Il s'agit d'un certain Melville Winkler, âgé de cinquante deux-ans. D'après les premières constatations, les enquêteurs hésitent entre le suicide ou un décès purement accidentel, le corps ne portant la trace d'aucune violence " Qu'en dites-vous. Holmes ? Rongé par le remords, le larron, après avoir appris que son geste coupable avait entraîné mort d'homme, se sera fait justice !
HOLMES
Cela est possible mais je pense plutôt qu'on l'a éliminé pour qu'il ne parle pas !
WATSON
Vous croyez vraiment que ?... Cette bande est redoutablement organisée !
HOLMES
Nous avons certainement affaire, mon cher Watson, au plus dangereux adversaire que nous ayons jamais rencontré. Un
cerveau criminel, maléfique qui, tapi dans l'ombre, tire les ficelles de toute cette sombre affaire, et de bien d'autres.
WATSON
Plus dangereux que Jefferson Hope et son nain dressé à tuer ?
HOLMES
Beaucoup plus, Watson ! Jefferson Hope, à sa manière, rendait la justice ! Nos ennemis font le mal dans l'intérêt du
mal... Ce sont des êtres diaboliques... Il le faut pour avoir utilisé la substance que l'étudié en ce moment.
Pendant toute la conversation, Holmes s'est affairé derrière ses éprouvettes.
Voyons, voyons, maintenant il me faut mon livre de toxicologie.
Il se dirige vers la bibliothèque et saisit un gros volume sur un rayon. Il tourne les pages
Ah je crois que j'y suis. D'après les composants Watson, avez-vous déjà entendu parler du " Radix pedis
WATSON
Racine de pied du diable ? Non, jamais.
HOLMES
Cela ne m'étonne pas. Peu de gens connaissent son existence et beaucoup de botanistes la mettent même en doute.
Pourtant, d'après les déchets que j'ai recueillis dans la cheminée, au manoir et les analyses que je viens de terminer, je ne peux douter... La composition est la même. Cette racine tient son nom de sa forme. Elle ressemble à un pied, moitié humain, moitié de bouc et c'est le missionnaire qui l'a découverte qui l'a baptisé de ce nom quelque peu fantaisiste mais loin d'être immérité. Elle est utilisée comme poison de châtiment par les sorciers dans certaines régions de l'Afrique occidentale.
WATSON
C'est terrifiant...
HOLMES
Elle provoque, j'en sais quelque chose, des hallucinations si terribles que, souvent ses victimes préfèrent se donner la
mort. Avec un tel poison, il est évident que l'infortuné John, dont le cœur était fragile, n'avait guère de chance de survivre.
WATSON
Malheureux John... Et quel choc pour la pauvre Violet ! Heureusement que notre bonne logeuse, madame Hudson a pu la
prendre avec elle pour quelques temps dans sa petite maison du Yorkshire. Là-bas, elle sera en parfaite sécurité, entourée par les trois frères de madame Hudson, de robustes campagnards.
HOLMES
Aucune des personnes qui, de près ou de loin se trouvent sur la route de ce génie du crime ne peut être réellement en
sécurité, Watson ! Vous avez vu comment, au bout de plusieurs années il est parvenu à parachever en Angleterre la vengeance d'une société secrète américaine...
WATSON
Vous pensez donc que...
HOLMES
Cela ne fait pour moi aucun doute. D'une façon ou d'une autre, Elias puis peut-être indirectement Joseph Openshaw ont
été mêlés aux activités de cette association, la mystérieuse Loge Noire et, pour quelque raison, ont décidé de s'en éloigner. Malheureusement, appartenir à de telles sociétés équivaut parfois à signer un pacte avec le diable. Mais j'en saurai bientôt un peu plus sur cette affaire et sur ses ramifications à Londres.. |
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WATSON
Savez-vous, Holmes, toujours à propos de cette malheureuse affaire, que j'ai été très surpris d'apprendre que vous
aviez un autre frère que Mycroft que j'ai eu lui, la chance de rencontrer...
Un personnage très intéressant d'ailleurs, Mycroft. Transmettez-lui mon souvenir à l'occasion. Mais, votre autre
frère, est-il aussi remarquable que le reste de la famille ?
HOLMES
Ecoutez, Watson, il se trouve que mon autre frère et moi, nous nous sommes perdus de vue depuis une bonne
quinzaine d'années. Je ne sais absolument pas ce qu'il est advenu de lui. D'ailleurs, il est temps que je vous quitte, j'ai encore beaucoup à faire.
Ce disant, il se dirige vers le porte-manteau et saisit sa casquette, son macfarlane et une petite valise.
HOLMES
Ne m'attendez pas pour le dîner, Watson. Je reviendrai sans doute très tard.
Watson se remet à écrire. La journée s'écoule. On voit le jour décliner.
Il fait nuit dans la pièce lorsque entre un jeune garçon d'environ quinze ans en costume de groom.
BILLY
Diable, il n'y a personne... Pourtant je n'ai pas vu le docteur sortir de la journée. (Il allume un lampadaire. Watson
s'est endormi). Eh, ma parole, il roupille ! I Docteur Watson, docteur Watson, réveillez-vous ! Y'a l'feu à la maison !
WATSON
Eeeh, qu'est-ce que c'est ? Ah, Billy, que se passe-t-il ? Mais quelle heure est-il ? Vous parliez d'un feu ?...
BILLY
II est sept heures et demi passée, m'sieur. Tout va bien. J'venais juste voir si vous vouliez manger quèque chose.
Oh mais x'cusez, j'entends quelqu'un qui monte l'escalier.
il sort.
L'instant d'après, il rentre.
BILLY
C'est l'inspecteur Lestrade, m'sieur.
WATSON
Faites-le entrer, Billy.
Lestrade entre. Billy se retire. Lestrade est de taille moyenne, mince, quarante ans environ, il a une fine
moustache et est vêtu d'un long manteau marron. Il tient un chapeau à la main qu'il pose sur la table la plus proche. |
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WATSON, se levant
Lestrade, quel bon vent vous amène ?
LESTRADE
Plutôt une tempête, Watson. Ça brasse pas mal au Yard. Nous sommes sur une vilaine affaire et, à vrai dire, je venais
voir si monsieur Holmes ne pouvait pas m'aider de ses lumières comme il l'a déjà fait par le passé.
Je dois reconnaître que pour un amateur, il se débrouille parfois plutôt bien.
WATSON, avec un sourire.
Ça lui arrive. Mais il n'est pas là pour le moment. Ma foi, si vous voulez l'attendre en ma compagnie. Puis- je vous
offrir un verre ?
LESTRADE
Ce n'est pas de refus. Un bon whisky me fera du bien.
Watson se lève, Lestrade l'imite. Le docteur prend une bouteille et deux. verres qu' il remplit. Tous deux. lèvent leurs
verres.
WATSON, lui tendant un coffret
Un cigare ?
LESTRADE
Volontiers, merci.
Ils se sont assis de nouveau
LESTRADE
C'est regrettable, vraiment très regrettable que monsieur Holmes ne soit pas là. Je me suis fait incendier par le
superintendant et... Mais, j'y pense, cette affaire pourrait vous intéresser, vous qui êtes médecin. Vous permettez que...
WATSON
Allez-y, inspecteur. Racontez-moi cela. Je vais prendre des notes et si Holmes tarde trop pour que vous puissiez le
voir ce soir, il trouvera mon compte-rendu dès son retour. il sort un petit carnet de la poche intérieure de son veston, ainsi qu'un crayon.
LESTRADE
Ah, comment vous remercier, docteur. Il s'agit, voyez-vous, de la mort d'un homme encore très jeune et qui était en
pleine santé. Un certain Victor Savage, importateur de je ne sais trop quoi. Mais peu importe, c'est le cas de le dire. Il s'est éteint en quatre jours après avoir contracté une maladie tropicale inconnue.
WATSON
En quatre jours, diable, diable !
WATSON
Le problème, c'est que le légiste n'a pu déterminer la nature exacte de cette maladie ni comment ce Savage a pu en
être atteint. On craint, semble-t-il au Yard, un début de panique, voire une épidémie. Savage était en effet fort honorablement connu dans les milieux financiers.
Un brouhaha se produit alors, venant de l'escalier, sur la gauche. On distingue la voix de Billy et celle d'un autre
homme.
BILLY, off.
Mais monsieur, voyons, je vous dis que vous ne pouvez pas entrer ici ! D'ailleurs, monsieur Holmes n'est pas là!
Un homme assez âgé, voûté, barbu, vêtu de haillons et coiffé d'un grand chapeau fait son entrée malgré Billy qui le
retient et s'agrippe à l'un de ses bras.
L'HOMME
Et moi j'vous dit qu'y doit êt'là pisqu'y m'a dit d'venir el'trouver chez lui !
il aperçoit Watson et Lestrade qui se sont retournés.
L'HOMME
Salut la compagnie ! Lequel de vous qu'c'est-y qu'est m'sieur Sherlock Holmes ?
WATSON se lève.
Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
BILLY, l'air désolé.
X'cusez-moi, docteur Watson, j'ai pas pu l'empêcher d'entrer !
WATSON
C'est bien Billy, laissez-nous. Nous allons nous occuper de... monsieur !
Billy reste un moment les bras ballants puis sort tout penaud.
L'HOMME à Watson
C'est-y vous, l'Holmes, mon prince ?
il s'avance et lui pose les deux mains sur les épaules.
WATSON
Non mais dites donc, enlevez vos pattes de là. On vous dit que monsieur Holmes n'est pas ici ! Veuillez nous laisser !
L'HOMME
Mon œil qu'il est pas là ! (Avisant Lestrade) Alors, c'est p't'êt'ben vous ? (Il s'approche de Lestrade et, baissant la
tête inspecte de près son visage.). Oh, quoique ça m'éton'rait. Avec vos p'tits yeux sournois et vot'tête de fouine, m'avez tout l'air d'un flic, vous ! |
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LESTRADE
Holà, mon gaillard, faites un peu attention à ce que vous dites !
L'HOMME
C'quej'dis, c'quej'dis. Des fois qu'ça intéresse bien du monde, c'qui dit, l'vieux Barnaby !
WATSON
Oui et bien nous, ça ne nous intéresse pas ! Sortez d'ici et bonsoir !
L'HOMME
C'est bon, c'est bon, d'accord, pas la peine ed'vous facher mon prince ! J'venais juste voir m'sieur Holmes pour lui
causer ed'la Loge Noire mais pisque c'est comme ça, j'm'en vais !
WATSON, sursautant
La Loge Noire ! Attendez, ne partez pas ! (Il le rattrape par un bras. )
L'HOMME
Eh ben quoi ? Je pars ou j'pars pas ?
WATSON le pousse vers un fauteuil juste à l'entrée.
Attendez ici et tenez-vous tranquille !
L'Homme s'assied. Il sort une bouteille d'une poche et se met à boire au goulot.
J'm'en rappellerai, moi ed'vouloir aider les bourgeois !
Lestrade et Watson sont retournés s'asseoir à leurs places.
LESTRADE
Dites-moi, docteur, que signifie cette histoire de Loge Noire ?
WATSON
Eh bien figurez-vous que...
Mais l'homme qui s'était mis à fredonner commence à chanter de plus en plus fort, d'une voix avinée..
L'HOMME
Pom-pom-pom... Tamarra-boum- Di êêêh ! Popopom...
WATSON
Dites donc, ça ne vous gène pas trop que nous parlions pendant que vous chantez à tue-tête ?
L'HOMME
Pas du tout, Watson. Allez-y ! Si je chante, voyez-vous, c'est parce que mon enquête a beaucoup progressé!
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WATSON et LESTRADE, se levant d'un coup.
Holmes !
Dans le même temps, l'homme s'est débarrassé de sa barbe et s'est redressé. Sherlock Holmes est en face d'eux.
HOLMES enlevant son manteau en haillons
Excusez-moi mes amis mais je n'ai pas pu résister au plaisir de me payer votre tête ! Un petit amusement bien
innocent.
WATSON
Tout de même, Holmes, vous nous avez bien eu ! Vous tombez à pic, d'ailleurs, Lestrade était en train de m'exposer un
cas plutôt curieux...
HOLMES
Plus tard, Watson, plus tard ! Pour l'instant, j'ai à faire. Et puis ne souhaitez-vous pas connaître le résultat de mes
recherches ?
WATSON
Bien sûr, Holmes, j'allais vous en prier...
HOLMES
Vous connaissez mes méthodes, Watson ! En quelques heures passées parmi la pègre sous le déguisement de ce brave
vieux Bamaby. J'ai plus appris que ne l'aurait fait Scotland Yard en plusieurs semaines d'interrogatoires.
Vous m'excuserez, Lestrade.
LESTRADE
Humpff...
HOLMES
J'ai, à vrai dire, commencé mes recherches en allant consulter Mister Kopp, un érudit bouquiniste spécialisé sur le
sujet des sociétés secrètes et occultes. Nous avons pu ainsi facilement retrouver mention de la Loge Noire. Il s'agit en fait d'une organisation issue du redoutable Ku-Klux-Klan. Quiconque s'engage dans cette confrérie est assuré de trouver réussite et fortune rapidement.
En échange de quoi il accepte de consacrer à la société sa propre vie et celle de tous les proches de sa lignée directe et
de sexe masculin. C'est ainsi que Elias Openshaw, à mon avis a du, imprudemment entrer dans la Loge Noire, ce qui explique son ascension sociale fulgurante; ce faisant, il affiliait aussi malgré eux son frère et son neveu. A un moment donné, il a sans doute voulu se retirer mais les membres de la Loge ne l'entendant pas ainsi décidèrent sa mort. Vous connaissez la suite. Malgré son exil, ils retrouvèrent Joseph. Ce que j'ai appris ensuite est plus inquiétant.
N'ayant pas de représentant en Angleterre, les chefs de la Loge Noire contactèrent alors cet archi-criminel qui se
terre dans les bas-fonds de Londres et dont je vous ai déjà parlé, Watson, pour le charger d'exécuter leur vengeance. Celui-ci organisa lui-même le meurtre de John Openshaw avec la diabolique ingéniosité, le génie même que nous avons pu constater...
WATSON
C'est incroyable !
LESTRADE
Mais que voulez-vous dire, monsieur Holmes, avec votre histoire de génie criminel ?
HOLMES
Depuis des années déjà, Lestrade, j'avais l'impression que, derrière certains crimes il existait une sorte de groupe
occulte, une organisation puissamment structurée dirigée par un maître. Ce soir, l'un de mes informateurs vient de me confirmer l'existence de cet homme qui règne sur tout ce que Londres peut compter de crapules.
Il m'a même appris son nom... ou du moins le nom sous lequel il fait régner sa loi.
LESTRADE
Ah bon, et il s'appelle ?
HOLMES
Le professeur James Moriarty.
LESTRADE
Jamais entendu parler !
HOLMES
Cela ne m'étonne pas. Voilà encore la preuve du côté génial de cet individu ! Personne n'a jamais entendu parler de
lui. Je ne dois l'indiscrétion de ce soir qu'à la chance. Un lascar mourant, qui n'a plus rien à perdre et voulait soulager sa conscience. J'ai fait office de confesseur. Mais je vous le dis solennellement, mes amis, si je pouvais vaincre cet homme, si je pouvais en débarrasser la société fut-ce au prix de ma vie ; oui, si je finissais par triompher...
FLASH-BACK
De nouveau, tout devient noir. Rideau. Projection de la chute d'eau et voix off.
VOIX
Et si le mal, Sherlock, finissait un jour par triompher du bien ?
La lumière revient:
Holmes semble avoir comme un vertige.
WATSON, se précipitant
Holmes, Holmes, qu'avez-vous ? Vous allez bien ?
HOLMES
Ce... Ce n'est rien... Un petit vertige. Je n'ai pas mangé de la journée...
WATSON
C'est vrai, je vais appeler Billy.
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Watson sonne le groom. Holmes lui, prend dans sa poche une orange.
HOLMES
II me reste encore quelque chose à faire ce soir. J'ai acheté ce fruit sur le marché. (Il la coupe, en extrait cinq
pépins qu' il met dans une enveloppe. Puis, il écrit dessus.). Et voilà, Sherlock Holmes à l'intention de James Moriarty.
WATSON
Mais, Holmes, qu'est-ce que ça veut dire ?
HOLMES
Cela veut dire, Watson, que ce... Moriarty, puisqu'il se fait appeler ainsi, saura très bientôt qu'il a, sur sa piste, un
adversaire avec qui il lui faudra compter !
Billy entre.
BILLY
Vous m'avez appelé, docteur ? (Apercevant Holmes) Ça alors, m'sieur Holmes ! Z'êtes entré par la fenêtre, j'vous ai
pas vu arriver !
HOLMES
Peu importe, Billy ! Faites-moi porter ce pli par un de vos petits camarades de Baker S Street à l 'adresse indiquée.
Et préparez-nous un bon repas. Nous mourons de faim ! Vous restez avec nous, Lestrade, vous pourrez nous exposer
ainsi votre petite affaire.
LESTRADE
Ma foi, ce n'est pas de refus !
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SECONDE PARTIE DE L'ACTE
Même décor mais, près de la cheminée, se trouve un lit de camp sur lequel est allongée une forme sous des
couvertures. Un paravent sépare la pièce en deux. On entend les voix de Watson et Billy. C'est le soir, un lampadaire est allumé.
WATSON
Comment ça, il est malade et il ne veut voir personne ! Mais je suis chez moi, tout de même ! Et puis, si monsieur
Holmes est malade, il faut que je l'examine. Heureusement que je suis revenu plus tôt que prévu de ce Congrès médical.
BILLY
Mais justement, m'sieur, on vous attendait pas avant demain...
Ils entrent.
BILLY
D'ailleurs, il doit dormir. Il est vraiment très faible.
WATSON, fermement
Billy, laissez-moi tranquille et sortez d'ici ! C'est un ordre !
BILLY
Ça va, vous fâchez pas docteur Watson... J'faisais que m'en t'nir aux consignes de m'sieur Holmes...
il sort.
Watson s'avance dans la pièce.
WATSON
Holmes, mon cher ami... M'entendez-vous ?
Holmes se redresse brusquement de sous les draps. Il semble fiévreux, les yeux. rouges, cheveux, en bataille.
Il hurle.
HOLMES
Watson ! N'approchez pas !
WATSON, s'arrêtant net.
Mon cher Holmes, au nom du ciel, qu'avez-vous ?
HOLMES
Je suis horriblement contagieux, Watson ! Pendant votre absence, j'ai commencé d'enquêter sur l'affaire que nous
a présentée Lestrade, l'autre soir et j'ai contracté la maladie. Une vilaine affaire en bas de Rotherhithe, près de la Tamise et une bien vilaine maladie, certainement ramenée par des coolies de Sumatra. ! |
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WATSON
Mais c'est terrible, mon cher ami, cette maladie peut être mortelle d'après ce que nous a révélé Lestrade !
Laissez-moi vous examiner...
HOLMES
II n'en est pas question ! Allez-vous en ! Je peux très bien vous contaminer aussi !
WATSON
Que m'importe ! Je prendrai ce risque pour n'importe quel malade. Alors pour vous... Ne suis-je pas médecin?
HOLMES
Justement... Un petit médecin de quartier qui s'adonne à la médecine, je dirais presque en dilettante... Que connaissez-
vous aux maladies tropicales ? Que savez-vous je vous prie, de la fièvre de Tapanul ? Et de l'infection noire de Formose ?
WATSON
Je n'en ai jamais entendu parler !
HOLMES
Alors vous voyez ! Il m'est pénible d'avoir à vous le dire, Watson, mais quel crédit pourrai-je avoir en votre diagnostic?
WATSON
Vous me peinez beaucoup Holmes, mais vous avez raison ! Je vais de ce pas aller chercher le docteur Ainstree.
C'est la plus grande sommité vivante en matière de maladies tropicales. il se dirige vers la porte mais, d'un bond de
tigre, Holmes saute sur lui.
HOLMES, hurlant
Watson ! Vous êtes médecin mais vous en faites assez, en vérité, pour mener un malade dans un asile de fou !
D'ailleurs... (Tenant toujours Watson, il dresse l'oreille). Ah, malédiction ! Il arrive ! C'est ce que je redoutais ! S'il
vous trouve ici, tout va rater ! Vite ! Faites très exactement ce que je vous dit. Prenez ce paravent, amenez-le contre la fenêtre et glissez-vous derrière. Et, pour l'amour du ciel, ne sortez que lorsque je vous le demanderai !
Watson s'exécute et Holmes se renfonce sous les couvertures.
BILLY
Monsieur Culverton Smith est arrivé, monsieur Holmes.
HOLMES, sa voix est faible, presque inaudible
Aaaah... Oui... Billy... Faites-le vite entrer...
L'homme entre et Billy sort. Le visiteur est grand, très bien habillé. Il porte un chapeau colonial à larges bords.
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CULVERTON SMITH
Alors, monsieur Holmes, vous m'avez fait demander par un de vos sales gamins dépenaillés. Il paraît que vous
êtes au plus mal. Que vous arrive-t-il donc ? Et que puis-je pour vous ?
HOLMES, péniblement
J'ai... J'ai les symptômes, Smith.
SMITH
Les symptômes, monsieur Holmes, que voulez-vous dire ?
HOLMES
Les... les symptômes... de la fièvre qui a emporté Victor Savage.
SMITH
Vraiment, monsieur Holmes. Comme c'est regrettable pour vous. Dramatiquement regrettable. Le pauvre Savage
était jeune et solide et il est mort en quatre jours. Mais pourquoi m'avez-vous fait appeler, Holmes ?
HOLMES
Cette... cette fièvre... Vous la connaissez mieux que quiconque à Londres...
SMITH
Certes, je l'ai étudiée à Sumatra où j'ai mes plantations. Je la connais très bien, en effet. Si bien que vous,
Holmes, vous n'avez pas hésité à déclarer qu'il était très étonnant que Victor Savage ai pu contracter ce mal au cœur de Londres. Vous avez même suggéré, sous prétexte que je lui devais des sommes énormes qu'il m'était impossible de lui rembourser, que j'aurais pu être à l'origine de sa maladie et que, de plus, Savage représentant un danger pour mes entreprises, sa disparition ne pouvait somme toute que m'arranger. Vous me demandez donc mon aide après m'avoir traîné dans la boue!
HOLMES
La boue... La boue du fond des océans... Je me demande pourquoi tout le lit des océans n'est pas constitué d'une
masse solide d'huîtres tant ce coquillage peut s'avérer prolifique. Ah ! Mon esprit vagabonde ! Que disais-je, Smith ?
SMITH
Vous délirez déjà, Holmes ! Vous n'en avez plus pour bien longtemps ! Vous ressentez peut-être aussi des
crampes, non ?
HOLMES
Oui ! Oui ! Des crampes ! Je vous en prie, Smith, guérissez-moi ! J'ai mal...
SMITH
Allons, allons ! Ne cherchez pas à m'apitoyer ! Ces crampes sont très supportables, au début. mais les coolies hurlaient
de douleur sur la fin. Dites-moi plutôt, Holmes, comment pensez-vous avoir contracté ce mal ? |
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HOLMES
Par... Parmi les marins, sans doute, sur les docks... au cours de mon enquête.
SMITH
Vraiment ? Réfléchissez bien. Ne vous souvenez-vous pas d'un incident, survenu ces jours derniers, juste avant
le début de vos symptômes ?
HOLMES
Je... je ne peux plus me... concentrer... Je... je ne veux pas que le monde soit envahi par les huîtres! Ce serait
trop atroce ! Non, je les empêcherai ! Je... Que... que disiez-vous ? Un ... un incident ? Non, je... je ne me souviens pas.
SMITH
Je vais vous aider. Vous n'avez rien reçu par la poste, récemment ?
HOLMES
Par la poste ? Des lettres, des factures...
SMITH
Non, autre chose. Un paquet, par exemple ?
HOLMES
Aaah ! Ces crampes ! Je souffre trop ! Je vais m'évanouir !
SMITH
Attendez ! Écoutez-moi. Vous avez reçu avant-hier une petite boîte en ivoire. Vous l'avez ouverte, n'est-ce pas ?
HOLMES
Oui, je me souviens. C'était... C'était une farce... Il y avait un ressort pointu dedans, je me suis piqué. Quelle
blague idiote !
SMITH
Ce n'était pas une blague, imbécile ! Vous l'avez bien cherché ! Vous n'aviez qu'à vous mêler de vos affaires,
espèce de satané fouineur !
HOLMES
La boîte, la boîte, oui... Elle est encore là, sur la table ! Le ressort m'a piqué jusqu'au sang !
SMITH
Merci bien pour le renseignement ! Vous m'éviterez de la chercher ! Je la reprendrai avant de partir. Ainsi, il n'y
aura plus aucune trace de ce petit incident. Voyez-vous, Holmes, vous connaissiez beaucoup trop de choses, sur moi et sur des gens bien plus importants que moi. Alors, celui qui s'était occupé de régler le destin de Victor Savage a décidé de vous faire partager son sort. aussi vous ai-je envoyé cette boîte. Maintenant, Holmes, permettez que je vous abandonne. Il vaut mieux que je vous laisse seul pour quitter ce monde. Tenez, je vais baisser un peu la lumière. S'il y a un autre service que je puisse vous rendre, ne vous gênez pas. |
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HOLMES, de sa voix normale
C'est très aimable de votre part. Je vous suis déjà suffisamment obligé d'avoir vous-même donné le signal prévenant la
police de venir vous arrêter !
Bruit de pas dans l'escalier. Lestrade apparaît, suivi de deux: policiers en tenue. Billy les suit de près mais reste à
l'entrée de la pièce.
HOLMES
Tout est en règle, inspecteur. Voici notre homme.
LESTRADE
Je vous arrête sous l'inculpation de meurtre sur la personne de Victor Savage.
HOLMES
Et vous pourriez ajouter tentative de meurtre sur la personne de Sherlock Holmes !
Les policiers lui passent les menottes.
SMITH
C'est absurde ! C'est un scandale ! Je vous traînerai devant les tribunaux pour cette offense ! Cet homme m'avait supplié
de venir le soigner. Il m'a joué une scandaleuse comédie; il n'est pas le moins du monde malade et c'est moi qu'on accuse ! Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Ça vous coûtera votre grade, inspecteur!
Et vous, mentez comme il vous plaira, Holmes. Ce sera ma parole contre la vitre !
HOLMES
Oh, mais pardon. Mille excuses ! J'oubliais un petit détail. Watson, vous pouvez sortir !
Le docteur apparaît de derrière le paravent. Il se masse un peu les articulations.
WATSON
Ce n'est pas trop tôt.
HOLMES
J'espère que vous ne m'en voulez pas d'avoir de vous monter cette petite comédie mais tout s'est joué pendant les
quelques jours où vous avez été absent et si j'avais commencé à tout vous expliquer vous ne m'auriez jamais laissé mettre ma vie en péril face à ce redoutable individu.
WATSON
Mais votre aspect physique, Holmes ? Vous aviez réellement l'air épuisé.
HOLMES
Bah ! Un peu déjeune et de maquillage. Ce régime, croyez-moi m'a réellement affaibli, je faisais ainsi un malade fort
crédible qui a réussi à tromper Smith... et même un homme de l'art !
WATSON
Et vous ne n'avez pas ménagé l'homme de l'art que je suis, Holmes !
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HOLMES
Pardonnez-moi, vieux camarade ! C'était pour une bonne cause !
LESTRADE, faisant signe à ses hommes
Bon, maintenant, embarquez-moi ce gaillard !
HOLMES
Un instant, je vous prie, inspecteur ! J'ai encore une petite question à poser à ce monsieur ! Une question capitale !
Il prend, au passage sur la table, la petite boîte noire et s'avance vers Smith.
HOLMES
Et maintenant, mon cher Smith, voulez-vous bien me dire le nom de l'homme qui est derrière tout cela ?
SMITH, se troublant
Que voulez-vous dire ? J'ai agi seul.
HOLMES
Vous mentez, vous le savez très bien. Vous êtes une canaille, Smith, mais vous n'êtes pas assez malin pour avoir eu tout
seul l'idée du meurtre du jeune Savage ! Parlez ! Je veux le nom de celui qui est derrière tout ça !
SMITH
Je ne dirai plus rien tant que je n'aurai pas vu mon avocat ! La loi m'en donne le droit !
HOLMES, lui tordant brusquement le bras
Je regrette beaucoup, monsieur Smith, que vous ne soyez pas plus coopératif. (Il approche la boîte de son visage).
Maintenant parlez du je vous jure que je déclenche le mécanisme !
SMITH, terrifié
Vous êtes fou ! Arrêtez !
A Lestrade
Mais enfin, inspecteur, empêchez cet homme de me torturer !
LESTRADE
Monsieur Holmes, vous torturer ? Voyons, je n'en crois rien ! Mais vous avez peut-être une déclaration à faire,
monsieur Smith ?
SMITH
Aaaah... Allez au diable, je n'ai rien à vous dire !
HOLMES,
lui tordant le bras de plus en plus, approche encore la boîte du visage de Smith.
Parlez ! Je vous jure que vous jouez votre vie !
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SMITH, grimaçant de douleur
Aaah ! Assez ! Il s'appelle... Il s'appelle Moriarty !
HOLMES, triomphant, le relache
Vous avez entendu, inspecteur ! Cette fois, c'en est fait de Moriarty !
LESTRADE
Bon et bien , messieurs, nous, nous allons prendre congé avec cet agréable monsieur Smith, s'il veut bien daigner faire
un petit trajet en notre compagnie... (Il bouscule Smith et le pousse dans l'escalier) Allez, ouste, gibier de potence ! Ah, tu voulais me faire révoquer, canaille ! (A ses hommes) Allez, descendez-moi ça dans le fourgon ! Et sans ménagement ! (Il s'arrête un moment sur le pas de la porte) En espérant, monsieur Holmes, que vous nous présenterez bient¶t votre professeur Moriarty !
HOLMES
Avec les aveux de Smith en votre présence et les preuves que j'ai amassées contre lui, je ne donne plus cher de sa peau,
inspecteur ! Il se balancera bientôt au bout d'une corde !
Holmes et Watson restent seuls.
WATSON
Beau travail, Holmes ! Vous vous êtes surpassé ! Je n'avais plus assisté à un tel coup de théâtre depuis cette
extraordinaire affaire des bustes de Napoléon !
HOLMES
Une bien banale mésaventure pourtant, Watson, que votre prose romantique avait beaucoup enjolivée d'ailleurs,
comparée à la partie dans laquelle je suis maintenant engagé ! En fait de Napoléon... cette fois-ci, c'est au Napoléon du crime que nous avons affaire ! Mais venez plutôt, voyons donc par la fenêtre ce bon Monsieur Smith monter dans son carrosse !
(Holmes et Watson s'approchent de la fenêtre)
Tous deux observent ce qui se passent dans la rue. A un moment, Watson relève la tête et, poussant un hurlement,
éloigne brutalement Holmes de la fenêtre.
WATSON
Attention !
Au même instant, un projectile vient fracasser la vitre. (Eventuellement: passe par la fenêtre, déjà ouverte)
HOLMES
Watson, je crois bien que vous venez de me sauver la vie !
WATSON
II y avait un tireur embusqué à une fenêtre de l'immeuble d'en face ! J'ai vu un éclat sur le canon de son arme lorsque
j'ai relevé la tête ! J'y vais avec Billy ! Je suis armé. Vous, ne bougez pas d'ici !
Watson disparaît aussitôt. On l'entend appeler Billy dans l'escalier.
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HOLMES
Brave vieux Watson ! Je reconnais bien là son impulsivité. Mais je suis tranquille, il ne risque rien et il ne trouvera
plus personne en face. L'oiseau se sera envolé. C'était moi que l'on visait. Bien mal d'ailleurs (II se retourne) puisque la balle est allée se loger dans le plafond. Hum... Hum... Je crois les sbires de Moriarty meilleurs tireurs... Et si Moriarty, s'était rendu compte, avec l'arrestation de Smith, que son plan pour m'éliminer avait échoué ? Et si cet attentat n'était, somme toute, qu'une astucieuse manœuvre de diversion pour... pour ...
UNE VOIX, venant de l'escalier
Pour nous laisser seuls tous les deux ! Bien raisonné, monsieur Sherlock Holmes !
HOLMES
Entrez donc, professeur Moriarty. Je vous attendais !
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Le rideau est tombé. Tout est noir.
HOLMES, voix off
Il est venu, Watson. J'étais seul et il m'est apparu comme au détour d'un cauchemar. Je l'ai vu, enfin. Il se sait
traqué. Il sait que notre partie touche à sa fin et qu'il est presque mat. Je n'ai qu'à bouger une pièce pour cela. Pourtant, je ne le ferai pas. Je lui laisse une chance de disparaître...
Le rideau, s'ouvre de nouveau, sur le salon de Baker Street. Holmes et Watson sont debout, près de la cheminée.
WATSON
Mais enfin, Holmes ! Qu'est-ce que tout cela signifie ? Vous avez traqué cet archi-criminel des mois durant.
Voici à peine une heure encore vous nous annonciez son arrestation prochaine et vous refusez maintenant de
témoigner contre lui, vous le champion de la Justice ! Mais qu'est-ce que cela signifie ? Que vous arrive-t-il ?
Vous oubliez donc le pauvre John ?
HOLMES
Je n'oublie rien, Watson ! Vous ne pouvez pas comprendre !
WATSON
Ah ça, non ! Je ne peux pas comprendre ce qui est incompréhensible !
De nouveau, des bruits de pas de plusieurs personnes dans l'escalier.
WATSON
Allons bon, qu'est-ce que c'est encore ?
Billy fait irruption avec madame Hudson en pleurs.
Madame HUDSON
Monsieur Holmes, c'est épouvantable ! C'est terrible !
Elle éclate en sanglots.
Watson s'approchant d'elle. Il lui prend les mains. Billy s'efforce également de réconforter la logeuse
BILLY
Madame Hudson... Madame Hudson...
WATSON
Voyons, voyons, madame Hudson. Calmez-vous ! Que se passe-t-il ? Que faites-vous ici, à Londres ? Vous n'êtes
donc pas dans le Yorkshire avec la jeune Violet ?
Madame HUDSON, entre deux sanglots
Hélas, docteur... Ces hommes, ils.. ils l'ont enlevée !
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WATSON
Quoi ? Enlevée qui...
Madame HUDSON
Mademoiselle Violet, hélas ! J'ai tellement honte... Je la croyais à l'abri avec mes frères.
HOLMES
Que dites-vous ?
Madame HUDSON
Toute une bande. Ils nous ont attaqués. Ils étaient armés. Mes frères, malgré leur vaillance n'ont rien pu faire. Ces
horribles hommes, ils ont enlevé la petite. Et leur chef, monsieur Holmes, m'a remis quelque chose pour vous.
WATSON
Leur chef. Qui était-ce ?
Madame HUDSON
Il a dit qu'il s'appelait Moriarty. Le professeur Moriarty
(Elle a sorti une enveloppe qu'elle tend à Holmes. Celui-ci la décachette et la lit.)
WATSON
Moriarty ! Vous l'avez donc vu ce démon ? De quoi a-t-il l'air ?
Madame HUDSON
II était très grand et mince, comme monsieur Holmes, un peu. Je n'ai pas vu son visage. Il était masqué d'un grand
foulard. Il portait un chapeau et était tout en noir mais j'ai vu son regard. Oh, docteur, je m'en rappellerai jusqu'à mon dernier jour, de ce regard. Même dans mes pires cauchemars, je n'ai jamais vu un regard qui exprimait à ce point la méchanceté, le mal.
HOLMES, grave. Il relève la tête
Le mal à l'état pur !
WATSON
Qu'y a-t-il sur cette lettre, Holmes ? C'est de Moriarty, n'est-ce pas ?
HOLMES
C'est de lui puisque c'est le nom qu'il se donne. Watson, il a rompu la trêve et il me lance un défi. Mon ultime défi.
Faites vos valises, nous partons !
WATSON
Nous partons. Mais où allons-nous ?
HOLMES
Nous partons pour un long voyage, un voyage qui pour moi sera peut-être sans retour.
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DEUXIEME ACTE
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