Les petits trains ont rendu l'âme         

Sans avoir beaucoup modifié leur petit train-train, ni éliminé leurs secousses et leur vacarme, ils auront sillonné durant près de soixante-dix ans, la tranquille plaine argileuse du Touquet, celle où jadis les fermiers du coin cultivaient patates,  avoine ou betteraves.

 

 

 

L’ère d’un tapis roulant

En empruntant la route RN 58, à l’approche de la sortie « Le Bizet », il est possible de regarder l’étendue du site des Briqueteries de Ploegsteert.  L’observateur aura remarqué ces longs et gros tubes d’aluminium qui arpentent le sol  sur  d’interminables hectomètres. L’environnement très verts des anciennes ou actuelles carrières d’extraction s'en trouve quelque peu modifié : signe d’un modernisme obligé.

Dorénavant, les terres argileuses sont acheminées vers les usines de fabrication, par bandes transbordeuses.

Il s’agit là, en fait des couvercles demi-cylindriques qui cachent l’ immense tapis roulant, large d’un mètre qui se déplace à la vitesse de 1,3 m à la seconde.

 

200 tonnes de l’heure

Cette installation a été conçue et installée par la Société CERATEC. Elle aura une capacité de fournir 200 tonnes de terre à l’heure, alors que les petits trains, devenus archaïques, ne pouvaient, au mieux, acheminer 120 Tonnes/heure vers les ateliers de fabrication.

Au niveau des extractions futures, tout a dû être repensé en fonction de l’installation quasi-définitive du tapis roulant .  Plus tard, le tapis roulant passera par dessous du "pont de l'inutile", permettant ainsi aux argilières de s’étendre par l’est de la « route express » et rejoindre la carrière de « La Lys ».

 

Des avantages

Selon M. Ronald ROSSEEL, chef du projet, les avantages d’une telle installation pour le transbordement des terres sont multiples

  • Au niveau qualité, les briquetiers savent d’expérience qu’une terre manipulée au premier stade,  avec douceur et de manière aérée, débouche sur une fabrication plus réussie

  • Au niveau technique, la réorganisation de l’extraction, du broyage et la gestion des silos permettra un soulagement des machines et plus de souplesse dans le stockage.

  • Au niveau rentabilité : une meilleure autonomie de travail  non gênée par une météo trop souvent perturbante

  • Au niveau social : moins de difficultés  à surmonter, dues aux faiblesses humaines.

 

 

Autour des trous de briqueteries

Ils…ce sont ces petits trains que chaque habitant de la région briquetière ploegsteertoise connaît pour les avoir regardés en rêvant comme un enfant..., le temps d’une promenade aux alentours des « trous de briqueteries ».

 

Mais il convient dorénavant de parler au passé ! 
Ces  sympathiques petits convois, fort bruyants, ont effectué, l'été 2001, leurs derniers voyages. En effet, les petits trains ont rendu l’âme durant cette dernière semaine de travail juste avant les congés payés.

Les Briqueteries de Ploegsteert avaient décidé  de procéder à un investissement important : celui de supprimer les voies « Decauville » pour les remplacer par des tapis roulants qui achemineront automatiquement l’argile vers la fabrication.

 

Vers 1930, déjà

M. Jacques de Simpel,  un ancien des briqueteries, nous raconte que les premières voies « Decauville » de 60 cm de largeur  

(NDLR : du nom de l’inventeur Paul Decauville, industriel français 1846-1922) ont été installées avant 1930.  A cette époque, les convois de six wagonnets étaient tractés par des chevaux.  Probablement en février 1932, arriva un premier locotracteur monocylindre, semi-diesel (sic) et allumé par mèche,  qui tira des rames de huit wagons. C’était un véritable progrès pour une briqueterie qui portait le même nom. 

Puis, on investit dans un nouveau locotracteur plus moderne, de la marque Moës - Waremme, un engin capable de tirer un train de 9 wagonnets, d'une capacité de 750 litres chacun. 

 

 L'esor de la briqueterie du Progrès qui devient entretemps « Briqueteries de Ploegsteert » fait augmenter le nombre de convoi : elle achète un deuxième, puis un troisième locotracteur.

Le va-et-vient des petits trains se multiplie, l’aspect bucolique de la campagne qui encercle la briqueterie ne perd rien de son charme. Bien au contraire.

Une tonne pour deux épaules

Au cours des années 1960, : les machines deviennent plus puissantes et  les wagonnets augmentent leur contenu :  ils ont une capacité de 1500 l. .  Mais les étroites voies ferrées « Decauville » restent inchangées : les courbes, les aiguillages, les éclisses boulonnées restent toujours pareils.

La forme des berlines, triangulaires à la pointe vers le bas, ne change guère non plus :  elle permet le déchargement de la terre (= 1 tonne) rien que par le basculement du bac poussé par la force  d’un homme !

Certes, ce système d’acheminement de la terre paraissait peut-être d’un autre temps, mais il rendait toujours les mêmes services que par le passé : avec une fiabilité sans faille et une facilité remarquable d’installation néanmoins toujours provisoire.

A la ferraille ?

Aujourd’hui, tout est démonté ; les rails sont retirés. Les wagonnets sont mis en pièces détachées. Le non récupérable partira probablement à la ferraille.

Demain, il ne restera plus guère de traces de ces fameux petits trains de terre qui ont roulé durant plus de 70 ans à travers les champs et étangs du Touquet,