Chapitre 29
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On approche,
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Dans un sifflement aigu, un obus passa au-dessus de nous pour aller s'écraser sur le champ à notre gauche. Apparemment, ceci était le signal de départ pour les shrapnel exploser et arroser dans toutes les directions autour du point de chute. Somme toute, cette ruelle était un lieu malsain pour s'y arrêter. Nous y sommes toutefois restés quelques moments, s'attendant à ce qu'une explosion s'abattrait sur la route; mais non, rien ne se passa. De petits groupes épars de civils Belges arrivaient en sens inverse, chassés sans doute de leur habitation dans laquelle ils avaient persisté à rester, jusqu'à présent. Affligés, ils transportaient sur une brouette tout ce qu'il leur restait comme biens. Tout d'un coup, nous sommes repartis pour soudainement nous arrêter encore, un peu plus loin. Sans doute, des opérations acharnées ou des complications s'installaient sur l'avant. Quelques officiers se rassemblèrent près d'une porte, sur le côté de la route pour fumer et papoter. - "Je me demande combien de temps nous allons encore attendre ici, avant de repartir !" disait l'un - "Que diriez-vous d'entrer dans cette maison en face et voir s'il l'on y fait du feu ?", disait un autre en indiquant une maison fort démolie, de l'autre côté de la rue. Alors que la nuit était tombée et que le vent rafraîchissait fortement, nous attendions, là, assis ou debout, dans la rue. Quatre d'entre nous se décidèrent et pénétrèrent dans le jardin de la maison. Nous avons toqué à la porte et demandé si nous pouvions entrer pour nous réchauffer un peu. Nous l'avions demandé en français mais ce fut peine perdue, car les gens ne parlaient que le flamand. Quelle terrible langue, que le flamand ! Ils étaient Flamands, de bien braves gens, vraiment, comme nous n'en avions jamais rencontré. Ils ont compris les signes que nous leur faisions et nous ont permis d'entrer chez eux. Adjacente à leur maison, il y avait une laiterie vers laquelle nos hommes se dirigeaient l'un après l'autre pour boire quelques pintes de lait. La femme qui servait le lait avec une louche plongée dans les bidons métalliques, débobinaient un flot de commentaires en flamand. Personne n'y comprenait rien, sauf elle, bien sûr. Des gens robustes, les occupants de cette maison. Du shrapnel tombait ici et là dans les champs tout près, bientôt il percuterait leur toit ou traverserait leurs murs fragiles. A quatre, nous sommes entrés à l'intérieur, dans la pièce principale : leur cuisine. Elle était de ce même vieux style que nous connaissons si bien : un grand local, peu éclairé et terne, avec un de ces longs poêles s'appuyant contre un mur. Autour du fourneau, disposées en demi-cerle, toute une série de chaises avec des hauts dossiers sur lesquelles des hommes et des femmes avaient pris place. Habillés de leurs vêtements noirs, ils regardaient le feu en silence. Un moment, j'ai regretté de ne pas être resté dehors car on aurait dit être tombé comme un cheveu dans la soupe, au milieu d'une secte étrange :"Les Adorateurs du Poêle". On ne devait pas s'étonner de voir subitement quelqu'un aller retirer le couvercle pour y jeter une poudre grise ou quelque chose du genre. Aussitôt, cela ravivait les flammes qui montaient haut vers le plafond; tandis que des cantiques monotones, à voix basses, émanaient de l'assemblée. Etait-ce une forme d'offrande à leur dieu "Shrapnel" qui devait être en colère ? Non, je ne devrais pas tourner en dérision l'attitude de ces gens. Seuls, leur silence et leur tristesse pouvaient les consoler de voir leur pays et leurs maisons ainsi ravagés. On était assis à leurs côtés, et ne pouvait que leur offrir des cigarettes. Nous bavardions entre nous en anglais; ils nous écoutaient en se taisant, sans rien y comprendre. Je suis certain qu'ils en voulaient à tous les soldats, de toutes les armées confondues, quelles que soient les nationalités. Je suis certain qu'ils n'attendaient qu'une seule chose : que nous partions pour aller faire notre grabuge ailleurs, rien d'autre. Nous ne sommes pas restés longtemps, puis nous avons rejoint la route juste à temps pour écouter les ordres : il faut repartir. Nous ne devions plus aller bien loin, à présent. C'était l'obscurité totale lorsque nous abordions un immense champ, tout plat, à l'arrière d'Ypres. Juste ce qui conviendrait à un cirque de passage pour y installer sa tente. Le bataillon s'est dispersé à travers tout le champ en s'apprêtant à devoir y passer la nuit. Il faisait très froid. Assis et emmitouflés dans nos capotes, nous avons attendu la cuisine de campagne et les rations. Durant ce temps-là, nous avons pu observer et écouter les tirs d'obus qui s'abattaient sur la cité yproise. Les explosions devenaient de plus en plus terribles; des incendies se déclaraient dans la ville désertée, éclairée dans la nuit par les immenses flammes qui s'élevaient dans le ciel obscur. A l'arrivée de la nourriture, nous nous sommes empressés pour boire un peu de thé dans notre gamelle, suivi d'une bonne rasade de rhum qui nous réchauffa et nous fortifia contre le froid. Une grande partie de la nuit, nous sommes restés assis, couverts du par-dessus, à observer le bombardement sur Ypres. Soudainement, un immense feu se déclara au centre de la ville; le ciel en était tout éclairé par ces flammes rouge et jaune gigantesques qui tournoyaient en lâchant d'énormes volutes de fumée noire. Un spectacle ahurissant et terrible ! Les imposantes ruines de la Halle aux Draps et de la Cathédrale se dessinaient ou s'illuminaient tour à tour au milieu de ce brasier. Voilà maintenant qu'il commençait à pleuvoir à verse. Nous nous sommes rassemblés les uns contre les autres et préparés à une éventuelle mauvaise surprise. Des obus et de la pluie... ça tombait généreusement. A mon avis, il devait s'agir de quelques tirs pointés sur Ypres mais dont les artilleurs se furent quelque peu trompés. A un moment, j'ai voulu mieux observer la ville en flammes, je me suis redressé et appuyé sur deux autres gars : mon vieil ami le chef de peloton de St-Yvon et un subalterne d'une autre compagnie. J'ai vu et "admiré" les flammes qui "léchaient" les Halles. Je me souviens avoir demandé à quelques hommes, devant moi, de se baisser afin de mieux voir. Il pleuvait des cordes et nous étions là, assis dans cet horrible champ à nous demander ce qu'il allait nous arriver maintenant. Vers 23 heures, un planton s'est approché de moi, avec une toile de tente sur la tête, pour me dire que je devais aller voir le colonel. "Où est-il ?" lui demandai-je. "Dans cette petite maison, là-bas, à l'autre coin du champ, près de la route !" Je m'en suis allé aussitôt, délaissant le trio que nous formions. - " Où vas-tu, Bruce Bairnsfather ?" me demanda mon pote de St-Yvon - "Voir le colonel !" - "Bon, reviens le plus vite possible !" Je l'ai quitté... et jamais plus revu ! Il a été tué le lendemain matin. Un des meilleurs amis que j'ai jamais eu ! Je descendis donc le champ pour arriver à la maison du coin, entrai et me retrouvai encore dans la même réunion. - "Nous attaquerons demain, des 4 heures du matin !" annonça-t-il Du coup, une idée me vint à l'esprit pour les Fragments - "En avant tous !... mais il faudra en pousser !", ou - "Nous attaquerons à l'aube !" Le colonel commença à nous expliquer ses plans, dans une semi-obscurité à peine éclairée par une petite chandelle dont la flamme vacillait, s'éteignant presque par le courant d'air soufflant de la fenêtre cassée. - "Nous nous mettrons en mouvement à partir d'ici, un peu après minuit, pour prendre la route de St-Julien ! Avec des ordres différents pour chacun, nous nous sommes séparés. J'ai rassemblé mon sergent et les chefs de sections, leur ai expliqué la prochaine mission. Assis dans la pluie, à même le sol, une carte sur les genoux et éclairée par moment par les lueurs provenant de la ville en feu, je cherchais après la route de St-Julien. |
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