Chapitre 27
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Une remise en forme,
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Notre "remise en forme" commençait par la prise d'une dose après les repas, deux fois par jour. Au matin, le bataillon partait généralement pour une longue marche et l'après-midi, pratiquait des entraînements militaires variés dans les environs du village. Quant à moi, je réservais tout mon temps à l'entraînement des mitrailleuses. Du matin au soir, avec mes sections, nous parcourions de long en large toute la région pour repérer de bons endroits assez variés pour y faire des manœuvres avec l'armement. Nous nous entraînions dans des bois, des espaces dégagés, le long des haies, etc. C'était très intéressant. Habituellement, nous choisissions dans un secteur bien précis, une cible qu'il nous fallait atteindre par des chemins différents. Nous organisions même des compétitions entre les différentes sections. Il faisait beau, ensoleillé, chaud et vivre ainsi, à driller à l'extérieur, par monts et par vaux,... c'était très agréable. Chaque soir, nous nous rassemblions dans notre bon petit camp de base. Et le temps passa. Alors, mon envie de caricaturer débordait et je dessinais plein de croquis : un pour chacun, y compris Suzette, Berthe et Marthe. Je dois aussi présenter mes excuses auprès du Curé pour ne pas l'avoir épargné dans mes caricatures. Avec son air si austère, il portait un vêtement tellement drôle que je ne pouvais pas m'empêcher de le croquer en plusieurs versions. Ses paroissiens n'avaient d'ailleurs pas vraiment l'air de l'apprécier tellement ils ont ri avec mes dessins qui furent épinglés sur les maisons de la rangée. Parfois, il m'arrivait de ne plus le prendre pour cible et alors il apparaissait à sa fenêtre avec son visage "dantesque" surmonté de son vieux chapeau rond à large bord. A le voir ainsi, cela m'incitait à le caricaturer de plus belle. Suzette m'avait dit un jour : "Il n'aime pas que des soldats viennent cantonner dans le village !". Je pense bien qu'il se soit forgé cette opinion après la mésaventure douloureuse que les Allemands lui ont fait subir avant qu'ils ne furent chassés du village par le nord. Ils l'avaient enfermé dans sa propre cave durant 4 ou 5 jours, après qu'ils eurent emparé tout son meilleur vin qu'ils burent dans l'escalier. Un tel souvenir l'a laissé évidemment très amer. Il prononça un jour un sermon pendant que nous étions là. Je n'ai rien compris mais Suzette, Berthe et Marthe m'ont aussitôt tout raconté. Son discours disait apparemment ceci : - "Bien chères paroissiennes, ne leur accordez aucune confiance..." Mais quelle diffamation ! Immédiatement, j'ai relaté tout cela par un dessin de lui, avec une fille assise sur ses genoux qui chantait : "Les soldats sont partis, hourrah, hourrah !", Sur l'air de Campbell are coings. Je crains vraiment d'avoir été un chancre dans ce village. Un jour, mon très cher vieil ami rappliqua, celui avec qui j'ai quitté l'Angleterre. Il ne savait pas que nous étions en repos; et il avait d'abord cherché autour de Wulverghem où il apprit que nous étions en cantonnement, et il est arrivé. Il avait déjà bien fait du chemin dans la hiérarchie militaire. En outre, il disposait d'une voiture. J'étais très enchanté de le rencontrer d'autant plus qu'il m'était possible d'aller manger avec lui à Bailleul durant toute l'après-midi, au Faucon d'Or. Avant de nous quitter, nous nous sommes encore un peu balader en soirée. Il lui fallait obligatoirement être rentré quelques part à Béthune. Le jour suivant, alors que je me préparai à partir pour mon boulot avec mes mitrailleurs, un planton m'apporta un message : c'était le colonel qui souhaitait me voir. Je me rendis au quartier général, et en arrivant là, je vis que tous les commandants de compagnie étaient présents, de même que le commandant en second et l'adjudant. "Il y aura du sale boulot"... que je me suis dit en entrant dans le bureau. D'énormes cartes étaient déployées. Debout, nous écoutions tous. "Nous lancerons bientôt une attaque !" annonça le colonel subitement, confirmant ainsi mon pressentiment. Il nous expliqua tous les détails en pointant sur les cartes différents sites géographiques qui serviront de décor à ce futur grand "show". Il a encore précisé qu'un bus motorisé viendrait nous prendre, cet après-midi, pour aller voir l'emplacement et repérer les lieux. Voilà bien une nouvelle qui tomba comme un coup de tonnerre au beau milieu de notre calme rural. L'autobus est arrivé à deux heures et nous, les officiers sélectionnés, sommes partis par la route principale pour rouler jusqu'à la scène des opérations. Où était-ce ? Je ne peux pas le dire (par respect de la censure), mais il nous a fallu voyager une heure pour y arriver. Après avoir quitté le bus, nous avons encore marché 2 miles par des routes et des tranchées de communication avant d'atteindre une ligne de front que nous n'avions jusque là encore jamais vue. De bien belles tranchées, bien creusées, non-inondées, avec de beaux abris sous terre ! Après avoir discuté avec les autorités compétentes, le colonel nous précisa les secteurs auxquels nous serions affectés, ceci en fonction des meilleures aptitudes des uns et des autres. A l'aide de jumelles et d'un périscope, j'ai beaucoup examiné l'autre côté du front. Il est très difficile d'avoir, en plein jour, une bonne vision du champ de bataille situé entre les lignes opposées, lorsque l'on ne peut utiliser qu'un périscope. La nuit est certes plus propice à ce genre de travail car vous pouvez aller et vous promener sur le front. Le terrain concerné était complètement plat, si bien qu'on a dû installer un périscope très haut, au-dessus des parapets pour bien observer les lieux. Aucun obstacle ne permettait de sortir la tête par-dessus. Une balle a même percuté le périscope du colonel et ricoché sur sa main. Néanmoins, avec du temps et de la patience, nous avons pu nous faire une idée assez précise de l'apparence du terrain du "no man's land". Derrière la tranchée allemande, il y avait un village en ruines dont quelques maisons se situaient sur la ligne du front Boche. Encore une énorme désolation ! Chaque maison isolée était démolie et tombait en ruine. C'était ce village-là qu'il nous fallait prendre. De chaque côté, d'autres régiments avaient d'autres objectifs à atteindre ! Mais là, devant, c'était le nôtre ! J'ai longtemps et attentivement scruté les ruines d'en face ainsi que la surface du sol qui nous séparait. "Un sprint de 200 yards environ..." estimais-je. Nous sommes restés dans cette tranchée pendant une heure ou deux puis sommes remontés les 2 miles avant de prendre... le thé puis le bus pour le retour au village. A partir de maintenant, nous avions tous un sujet de préoccupation. Le futur "show" s'annonçait comme l'événement le plus important à venir. Tout le monde l'attendait, car nous étions sûrs de pouvoir repousser les Boches. Les quelques initiés que nous étions, devions évidemment garder ces informations secrètes et le reste du bataillon ne devait être informé de rien. Mais je m'imagine bien que chacun ait pu supposer ce qui se tramait : quand un bus motorisé arrive et embarque un groupe d'officiers pour toute la journée, et les ramène pour la nuit, ce n'est pas pour aller assister à un match de cricket ou pour faire une excursion annuelle. Alors, pour ce "Tumbril" comme on l'appelait, prévu pour la semaine prochaine, nous entrions gaiement dans le coup en nous préparant au mieux et aux caractéristiques de ce bout de terre à conquérir. Les matins, avant que nous partions, je prenais les sections de mitrailleurs à travers champs, et en cherchant d'après la carte des coins similaires à ceux repérés pour l'attaque, je m'entraînais par des manœuvres. Mes mitrailleurs voulurent se montrer efficaces et j'étais certain de pouvoir compter sur eux, le jour J. Nous nous exercions à monter en batterie dans un champ labouré et à entrer en action en un temps record. Mon sergent et le caporal-chef ont tous deux, été des hommes excellents. Maintenant, tout le bataillon était bien entraîné et prêt à intervenir pour n'importe quelle action. La date fut fixée, l'offensive approchait à grands pas. C'était un vendredi, je m'en souviens bien, puisque normalement c'était le dimanche que nous devions retourner en camp de base. Quelle horreur ! Un message nous était parvenu en nous demandant de nous ternir en alerte pour le soir même! Juste avant le jour prévu ! Qu'arriverait-il maintenant ? Ma curiosité et mon enthousiasme étaient à leur comble, même si j'étais quand même un peu révolté de n'avoir appris la date que la veille. Un sentiment bizarre m'enveloppait. Toujours est-il que je me suis appliqué : j'ai rassemblé mes hommes avec leur armement et les munitions. Nous avons pu dire "au-revoir" à nos bons petits logements de cantonnement et à 17 heures, tout le bataillon au grand complet se mettant en branle, rapidement, en colonne sur la route. Pour aller où ? Pourquoi partir avant l'heure ? Tout le monde l'ignorait, sauf le colonel. Mais il n'a pas tardé pour que nous le sachions aussi. |
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