Chapitre 10
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Mon retrait partiel de la boue,
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Ce petit village ne ressemblait plus qu'à une douzaine de maisons et deux fermes mutilées et désertées. Enfin, durant cette période qui suivit Noël, nous commencions à élaborer quelques plans et ainsi, il avait été décidé de placer quelques hommes dans le village qui servirait de secondes lignes. Le chef de peloton s'étonna d'être nommé pour commander les soldats postés dans le village. Donc, de nuit, il quitta avec son domestique notre triste tranchée avec armes et bagages, pour aller se positionner quelque part dans le village. A partir de ce jour, nos conditions de vie sont devenues très pauvres : le froid, la pluie restaient aussi tenaces, la manque de confort s'aggravait de plus en plus. Quand mon collègue fut parti, je décidai, la nuit suivante, de lui rendre visite pour voir quel endroit il s'était choisi pour crécher. Je me souviens très bien de cette nuit-là. Ce fut la première fois que je réalisais mes chances de changer mes conditions de vie offerte par ce village : ce fut pour moi le début de deux mois de séjour dans un village. Un soir, après que j'eus terminé ma ronde d'inspection des armes, je quittai ma vieille tranchée pour traverser les champs à l'arrière et patauger jusque ce coin qui autrefois était l'unique rue. Comme j'ignorais laquelle de ces douze maisons démolies servait de refuge pour mon camarade officier, je remontai toute cette rue dévastée, gorgée d'eau et pleine de trous d'obus en inspectant les ruines. Au bout du chemin, à 400 yards des Allemands et 200 yards de nos tranchées, quelqu'un, tout sombre apparut subitement de l'ombre en me criant : - "Halte, qui va là ?" - "Un ami !" - " Passez, c'est bon !" C'était la sentinelle postée au bout du village. Sur ma question, elle me donna un conseil quant au nouveau repère de mon ami. - "Dites, dans quelle maison se trouve M. Hudson ?" - "La petite, en bas, de l'autre côté, sur la gauche !" - "Merci !" Je revins sur mes pas, par les ruines désertes de la rue à l'extrémité de laquelle je voyais le contour estompé d'une petite habitation, apparemment pas trop amochée. Elle était en retrait de 5 yards de la route. C'était cet endroit que la sentinelle m'avait clairement désigné. J'y repérai un trou dans le mur plâtré. Pas de porte d'entrée : elle avait dû voler en éclats. Tout était obscur, j'avançai à tâtons longeant les murs, trébuchant sur des débris, pour enfin trouver une ouverture qui donnait sur une pièce qu'Hudson avait choisie. Pas une seule lumière. La moindre source lumineuse serait repérée par les Allemands qui auraient tôt fait d'envoyer quelques projectiles. Je trouvai enfin une ouverture couverte d'un vieux sac que je repoussais d'un côté. Une grosse fumée suffocante m'assaillit au visage, tandis que je rampai à plat ventre à l'intérieur. Au milieu de ce brouillard de fumée, à côté d'un lamentable foyer, un homme était assis, le visage illuminé par le sautillement des flammes. Le reste de la pièce était plongé dans une mystérieuse obscurité. - "Où est M. Hudson ?" - " Il est dehors, parti inspecter les barbelés à l'entrée du village, Monsieur. Mais il sera de retour bientôt, s'ils sont toujours là !" Je décidai de l'attendre et de visiter "la maison" entre-temps. Ce fut la première masure dans laquelle je pus entrer depuis mon arrivée sur le front ! Quel endroit désagréable. Mais, il provoqua cependant un délicieux sentiment de confort à la pensée de pouvoir s'asseoir sur un sol carrelé, entre quatre murs défoncés et en dessous d'un toit endommagé. La plus minable des maisons du monde entier ne serait toujours qu'une amélioration par rapport à n'importe quel abri de nos tranchées ! Le local du devant avait été soufflé, laissant à l'arrière une pièce qui donnait sur deux appentis. Un grenier sous le toit de chaume défoncé en bas des deux versants chapeautait la bâtisse. Les murs intérieurs et extérieurs étaient faits de torchis bourré sur des clayonnages. Evidemment, une balle de fusil traverserait aussi bien de tels murs que du beurre. Cela devait d'ailleurs déjà avoir été le cas puisque le mur orienté vers les Allemands ressemblait à une passoire. J'entendis soudain un homme poussant des cris furieux. Avait-il chuté sur ce mystérieux obstacle traînant à l'entrée et que j'avais remarqué ? C'était Hudson. Il entra et me vit examiner les lieux : - "Hullo, tu es déjà là ! Comment va ?" s'exclamait-il. Vas-tu t'installer ici ?" - "Je ne sais pas encore – répondis-je – Cela n'est pas une mauvaise idée. Comme je dois tout le temps faire la ronde des mitrailleuses, tout ce que je peux et doit faire, c'est de me fixer sur une position centrale, et ici, c'est au milieu et cela convient aussi bien que dans les tranchées pourries que nous avions avant d'arriver." - "Evidemment, -fit-il – si j'étais à ta place, je resterais ici avec moi et irais voir tous les postes à partir d'ici. Et si une attaque surgit, tu seras plus à même d'aller d'un endroit à un autre que si tu étais embourbé dans ces fossés inondés. Tu pourrais toujours te déplacer à partir d'ici quand une attaque ou un bombardement commence !" Après mures réflexions, je décidai de quitter mon abri creusé dans l'argile pour venir m'abriter dans cette maison. Je repartis du village en direction des tranchées pour mettre au point des différents arrangements. Arrivé à ma tanière, j'appelai mon domestique : - "Venez, Smith, je vais me fixer là-bas dans l'une des ces maisons en ruine. Notre endroit, ici, n'est pas meilleur que là-bas ! Et puis, toutes ces maisons offrent une bien meilleure vue que ces trous d'argile d'ici. Voulez-vous rassembler mes effets et me les portez là-bas, je vous indiquerai le chemin !" Lorsque mes affaires furent prêtes, nous partîmes vers le village. Ce fut donc mon dernier contact avec ces effroyables tranchées. Plus terrifiant, cela n'existe pas ! Ma nouvelle vie commença donc dans ce village et je remarquai vite ses avantages. Par exemple, il y avait peu ou pas de chance d'être bloqué par l'eau ou la pluie. Mais, mon "expérience" du front me fit supposer que d'autres inconvénients feraient surface. Mon instinct me dit aussi que le village présenterait une nouvelle forme de dangers et de craintes égales à celles qu'on peut avoir dans les tranchées mais…différemment ressenties. Voilà. Mon séjour à St-Yvon dura deux mois. |
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