BELLAIRE (Arr. de Liège) [1275 Belleere, 1314 Balere] bèlêr'

Etymologie : lat. bella area = belle terre.  Le mot êre existe encore aujourd'hui en Liégeois pour désigner un plateau cultivé.  De nombreux hameaux portent ce nom et même deux villages aux Etats-Unis, l'un dans le Michigan à Antrim et l'autre dans l'Ohio à Belmont.
Hameaux : Au Chemin de la Chapelle, Au Chemin de la Messe, Bure de Bellaire (de part et d'autre de la route de Queue-du-Bois), Grand-Chemin, La Motte, L'Arbois, Les Houlpaix, Pied-du-Thier, Trou-Lahaute, Vallée, Vieux-Thier, Vinave, Wimray, Xhaillée.
Pour situer les lieux-dits, voir la carte de Bellaire, ainsi que la carte des environs de Bellaire.
Population : 1641 : 88 chefs de ménage.  Le dénombrement fait le 17 mars 1760, par le notaire Sébastien Moulant, indique : 134 propriétaires et 151 maisons.  En 1749-350h. 1816-710h.  1829-812h.  1840-847h.  1890-1262h.  1938-1465h.  1961-1780h.  1976-1936h.
L'administration française fait état en l'an VIII (1799) d'un habitat fort pauvre à Bellaire (AEL, Adm. centrale, 338).  Les maisons sont très étroites, n'ont qu'une cheminée et sont pour la plupart construites en terre.  Le nombre de maisons est nettement inférieur à celui de 1760; il semble donc que la nouvelle commune créée par l'administration française était plus petite que la communauté ancienne.

 

Largeur en pieds

Nb de maisons

Loyer mensuel en francs

Nb de maisons

 

 

 

 

8

26

4

15

9

51

5

7

10

12

6

29

11

7

7

7

12

7

8

15

13

3

9

8

15

1

10

11

 

 

11

2

 

 

12

9

 

 

13

1

 

 

14

2

 

 

16

2

 

 

20

2

 

 

 

 

Total

107

Total

110


Le recensement français de 1803 mentionne 731 habitants répartis comme suit : 198 garçons non militaires, 230 filles, 114 hommes mariés non militaires, 114 femmes mariées, 14 veufs, 22 veuves, un enrôlé volontaire, 23 conscrits, un retiré du service.  Le village compte alors 118 maisons et un édifice public, 3 rentiers, un fabricant, un chirurgien, 15 cultivateurs, un percepteur, 47 cloutiers, 5 cordonniers, 3 boulangers, 30 ouvriers moitié houilleurs, 15 blavier et 20 manoeuvres c-à-d 138 travailleurs et 24 militaires pour une population masculine de 351 unités, ou 46%.
Superficie : 101 ha.
Economie : l'essenciel de l'activité sous l'ancien régime est consacré à l'agriculture.  L'extraction du charbon est artisanale et ne concerne que les affleurements et les veines peu profondes.  Le village est appelé village de clawtîs
(cloutiers).  Bellaire appartient dès le 17ème s. à la banlieue cloutière de Liège.  Les ouvriers cloutiers travaillant à domicile y étaient nombreux au 18ème s.; leur nombre diminue progressivement au 19ème s., à la suite du déclin de l'industrie des clous forgés à la main.
Au 18ème siècle les cabarets et auberges étaient très fréquentés.  Les archives qui relatent les dépositions pour coups et blessures suite à des rixes survenues chez les cabaretiers et taverniers nous les font découvrir :
            capitaine Magnée le 25.2.1732, Halen Zigot le 3.1.1733, Jean Cleveur le 26.1.1735, Warnier près de la chapelle le16.2.1739
            La marquise à La Motte en 1745
            Mathieu Havar, veuve François Henrion, Fraipont, Andrien Lejeune, le 31.8.1753
            Jean François Herman en 1783
En 1832, le cadastre, dans sa description de la commune précise : " le sol est de très médiocre qualité mais très bien cultivé.  Il est exploité en moyennes et petites tenures.  La production consiste en seigle, orge, avoine, trèfle, foin, pommes de terre, légumes et fruits.  Le terrain n'étant pas propre aux plantes oléagineuses, on ne les cultive pas.  Il s'y trouve peu de bois.  On n'y fait pas l'élève en chevaux qui s'achètent généralement aux foires des communes voisines.  La partie des herbages qui ne sont pas à leur nourriture est consommée par le bétail qui se compose de quelques bêtes à cornes.  Les principales branches d'industrie sont le commerce du beurre et laitage, l'agriculture et la fabrication de clous.  La commune compte 7 chemins vicinaux dont les principaux sont : le Grand Chemin, dit chemin de Liège à Herve, le Chemin de la Chapelle allant à Saive, le Chemin des Prés se rendant dans la commune de Jupille et le Chemin de la Motte aboutissant à la commune de Wandre, qui étant bien entretenus restent praticables pendant les temps pluvieux. "
La localité est aujourd'hui herbagère et résidentielle.

 

 

                  

 

 

Paroisse : d'abord compris dans la paroisse de Jupille, Bellaire avait, depuis la fin du 14ème siècle, une chapelle, un ermitage et un "hôpital", destiné à héberger les passants pauvres.  Les troubles qui affligent le pays de Liège au cours du 15ème s. entraînent leur ruine, mais leur reconstruction est amorcée sous le règne de Louis de Bourbon.
La chapelle de Bellaire fut desservie à partir de 1625 par le curé ou le vicaire de Jupille qui y disait la messe les dimanches et jours d’obligation.  Parmi ceux-ci : Servais Hane, curé jusqu’en 1651, Lambert Dumoulin, curé jusqu’en 1697, Antoine Franck, chapelain de Bellaire en 1669, Pierre de Vaux, chapelain de Bellaire en 1681, Nicolas Henrot, prêtre, en 1685, Gérard Dumoulin, prêtre, de 1696 à 1729, Charles de Ste Catherine, carme de la Xhavée, en 1709, Jean Dumoulin, curé jusqu’en 1737, Théodore Ghijssens, curé jusqu’en 1789, Gilles Sonheur, prêtre, en 1751 et 1753, Gilles Coignon, vicaire de 1758 à 1762, Michel Ransier, vicaire de 1762 à 1771, Servais Ernotte, vicaire de 1763 à 1770, H. Noël, vicaire de 1772 à 1774, JF. Vanden Borne, vicaire en 1778, HJ. Barthélémy, vicaire en 1779, Lambert Gijssens, vicaire de 1775 à 1782.
La chapelle de Bellaire est annexée à la paroisse de Saive en 1803 et suite à la contestation des habitants elle retourne à la paroisse de Jupille en 1808.
La chapelle fut érigée en église paroissiale en 1835 et dédiée à Notre-Dame de Bellaire, alors que la commune existe depuis le régime français.  Dans l'église reconstruite en 1726, il y a une Pieta de la fin du 14ème siècle, objet de la vénération des habitants.
Parmi les mambours de l’hôpital de Bellaire on peut citer : Henri Thomson < 1536, Jamin Leruitte < 1545, Collard le Moulnier < 1564, Jean Malchair < 1606, Simon Hennotte < 1617, Thoene de Nivelle < 1634, Jean Devaux en 1693, Gérard Dumoulin de 1696 à 1729, Jean Falla de 1730 à 1742.
Communauté : Les princes-évêques avaient loué aux villageois de Jupille et environs des parcelles de bois pour leur usage (voir Histoire ci-après).  Le quartier de Bellaire s’est détaché de la Communauté de Jupille vers 1690.  Le droit d’usage s’était transformé avec le temps en biens de la Communauté.  Les communes, appelées aussi aisemances étaient gérés par le bourgmestre et surveillés par le sergent.  Chaque année le bourgmestre faisait approuver ses comptes par les surcéants du village et cette démarche était enregistrée par notaire.  Le patrimoine de Bellaire, comme celui des communautés voisines, s’est réduit par suite des cessions faites à des particuliers qui s’engageaient à régler pour compte de la Communauté les extorsions de fonds exigées par les nombreux belligérants de passage.
Parmi les bourgmestres de l’ancien régime citons : Jean Léonard Petit (8.1704), Hubert Collinet (4.1716), Mathieu Leclercque (12.1726, 4.1728), Lambert Beaufort (12.11.1730), Halen Zigot (22.10.1732), Lambert Beaufort (23.7.1734, 12.1735), François Bouxteau (28.11.1736), Michel Cloes (4.5.1739, 8.1742), François Bouxtay (23.7.1747), Louis Leclerq (30.11.1749, 11.1760), Remy Cléveur (12.1764).
La commune de Bellaire créée sous le régime français avait repris à peu près les limites de la Communauté.
Histoire : Bellaire fit primitivement partie du domaine royal de Jupille qui fut donné en l'an 1008, par l'empereur saint Henri II à l'évêque de Verdun.
Le 26.6.1266, Robert, évêque de Verdun cède le domaine à l'église cathédrale de Liège : « La Boverie de Jupille et ses dépendances savoir Beaufays, Brus et Bellaire à raison de 100 marcs de rente ».
Le 6.3.1278, le chapitre de Saint-Lambert céda la Boverie, les bois de Breust et Bellaire au prince-évêque Jean d'Enghien.
Le 28.3.1393 les habitants de Jupille, Fléron, Wez, Chainée, Péville demandent à la justice du Pont d'Amercoeur un record (une décision) touchant le Bois de Breux et de Bellaire.  Le record déclare que ces habitants ont certains droits d'usage : ils peuvent y faire paître les porcs qu'ils ont nourris et y prendre du bois pour bâtir.  Ce record fut confirmé par les échevins du Pont d'Amercoeur le 13.3.1445.
Après « l'édit de conquête » de 1582, on commença la recherche de la houille dans ce bois.  C'est la découverte de ce minéral qui provoqua le peuplement rapide et le développement de ce quartier.
Un record des échevins, daté du 10.9.1585, déclare que le bois du Breust et Bellaire appartient à l'évêque (Ernest de Bavière), qu'il est ravagé par les surcéants (manants) de Jupille, Wez, Chaisnée, Péville et Bellaire, qu'ils n'y ont que «le droit de waidage, pasturage et prendage de bois pour leurs instruments champêtres et leurs labeurs».  Les contrevenants seront «foëttés de verges, carcanez ou pilorisez en publique».
Le 10.3.1618, par acte notarié, il est convenu que le prince évêque (Ferdinand, fils de Guillaume duc de Bavière) se réserve 400 bonniers « hors d'iceux qu'il rendra (louera) aux surcéants de Jupille, Fléron, Saint-Remacle et Chênée, 2 philippe dalers de rente en proportion du bonnier en plus de la dîme.  Il rendra le solde des dits Bois de Breux et de Bellaire (soit 1800 bonniers) pour une rente de un florin 4 patars sur chaque bonnier ».  Entre 1640 et 1650, les surséants des quatre paroisses ont fait mesurer le reste du dit bois qu'ils appellent «usurpé».  Chaque paroisse avait le quart des revenus d'iceux rendus aux particuliers.
Le 19.12.1641, l'octroi réalisé au greffe de Jupille dit entre autres que les communautés des quatre paroisses ont laissé en commun des aisances dites «usurpées» aux fosses alle dielle desseur les blanches pierres, pour user de la dielle y étant, de retenir ainsi toute sorte de mines, houilles et charbon, argile, marne, sable et pierres pour pouvoir en user en payant les dommages en proportion des susdits prix et remettant, après l'ouvrage fait, les fosses comme il convient, item aussi pour les voies et chemins, passages et piedsentes, accoutumances, sans s'astreindre l'un l'autre.
Par octroi du prince-évêque daté du 2.2.1642, les surséants des quatre paroisses disposent du Bois de Breux et de Bellaire sauf 400 bonniers.  Ce bois s'étendait depuis Angleur jusque Bellaire.  Sa surface correspondait aux 2/3 de la surface totale des communes suivantes :
                        - Jupille, ancienne paroisse de Jupille, 661 ha.
                        - Bellaire, ancienne paroisse de Jupille, 101 ha.
                        - Grivegnée, anc. paroisse de St-Remacle au Pont, 736 ha.
                        - Chénée, anc. paroisse de Chénée, 426 ha.
                        - Heusay, anc. paroisse de Chénée, 192 ha.
                        - Beyne, anc. paroisse de Fléron, 170 ha.
                        - Fléron, anc. paroisse de Fléron, 380 ha.
                        - Queue-du-Bois, anc. paroisse de Fléron, 186 ha
Le tiers restant consistait en fiefs, en alleux cédés à des institutions monastiques ou à des vassaux.

Bellaire fut donné plusieurs fois en engagère (en garantie d'un prêt) :
- le 18 novembre 1619, Ferdinand prince-évêque de Liège engagea Jupille, Bellaire et Queue-du-Bois, à Guillaume Fayen.
- le 7 février 1679,Maximilien Henri prince-évêque de Liège engagea Bellaire et Queue-du-Bois, à Waltère de Rossius, échevin de Liège.
Le 12 août 1687 le seigneur Walter de Rossius nomma Pierre Mélan lieutenant de la seigneurie avec charge de veiller aux désordres qui se commettent.
Le 8 janvier 1694, Marguerite Isabelle de Blisia, veuve de Nicolas François de Rossius, est citée dame de Bellaire et de Queue-du-Bois.
Le 10 juillet 1710, c'est le baron de Rosen, époux de mademoiselle Rossius de Bellaire qui est cité.
Le 22 juin 1715, Pierre Mélan est cité comme officier du baron de Rosen, seigneur de Bellaire.
Le 12 janvier 1734, le baron Michel de Rosen, échevin de la justice de Liège, nomme à la charge d'officier dans la juridiction de Bellaire et Queue-du-Bois, le prélocuteur devant la cour de justice de Jupille : Gérard Mornard.
Le 22 janvier 1739, le chevalier Albert de Grady, nouveau seigneur du lieu, confirme Gérard Mornard dans ses fonctions.
Le 16 mars 1741, Albert Degrady nomme aux fonctions d'officier Henri Foulon qui sera remplacé le 23 octobre 1747 par Louis Mornard, notaire et prélocuteur devant la cour de Jupille.
Lui succédèrent : Henri Mornard le 22 mai 1772 et Jean Dossin bailli de Mélen et Evegnée le 25 mai 1774.
Le 20 décembre 1777, Hélène-Marie baronne de Rossius, veuve d'Albert de Grady, confirme cette nomination.
Le 8 janvier 1783, Libert est nommé officier bailli.
Le 27 avril 1793, le chevalier Albert Antoine Degrady, seigneur de Bellaire, Queue-du-Bois, Waoury et Parfondvaux, nomma officier bailli de sa seigneurie le notaire et prélocuteur Liben, bailli de la Basse-Fraipont, Trooz et Andoumont.
Biblio. : A. Galand, La Chapelle de Bellaire, Leodium,t. XIII, 1914, pp. 55-60, 64-74 ;
Dné Mornard, Le Bois de Breux et de Bellaire, C.H.F. oct.73, pp. 1-34 ;
P. Guérin, Hôpital, ermitage et chapelle à Bellaire, C.H.F. déc.00, pp. 2-19 ;