L'ancienne mine du Bleyberg

(extraits de la revue du Cercle historique du Pays de Herve et de l'Atlas des gisements Plombo-zincifères du synclinorium de Verviers)

            Les gisements du Bleyberg s'étendent sous les territoires de Gemmenich, Hombourg, Montzen et Moresnet.  Ils sont connus depuis l'antiquité et ont été exploités par intermittence du 15e eu 18e siècle.
            Au début du 19e siècle, les frères Cockerill demandent la concession de leur exploitation dans le filon plombifère du Houiller.  Le 23 juin 1825, ils obtiennent l'autorisation du conseil municipal de Montzen d'ouvrir les anciennes bures et canaux.  En 1828 les Cockerill construisent un établissement au hameau de ten Eycken.  Par arrêté royal du 15 juin 1828, Guillaume premier accorde la concession demandée pour l'exploitation du plomb, sur 285 bonniers.
            L'exploitation prend rapidement de l'extension et le 26 mai 1841 une nouvelle société est fondée devant Maître Aussems, notaire à Aubel, sous la dénomination Société du Bleyberg en Belgique.
            En 1843, le zinc est redécouvert au 2
eme niveau de galerie.

            La mine du Bleyberg entre en pleine activité vers 1845.  Un relevé opéré pendant cette année permet d'évaluer à 190 les ouvriers (hommes et enfants) qui y travaillent.  Le minerai est extrait en abondance, mais à grands frais.  Le 8 juillet 1846, les actionnaires changent les statuts de la société et en font une société anonyme qui prend le nom de Compagnie des mines et fonderies du Bleyberg.  Nonante pour-cent du capital sont détenus par la société Suermondt et la famille Lampson et le solde par les banques Laffite et Oppenheim.
            En 1847, le filon est reconnu sur toute l'étendue de son affleurement, soit sur plus d'un km de longueur.
            Le 25 mai 1851, un A.R. étend les droits de la concession initiale à l'exploitation du zinc.
            Le 5 novembre 1852 après dissolution une nouvelle société est créée sous la dénomination Société Anonyme de Bleyberg.  L'année suivante, après la faillite, est créée la Société de Bleyberg-ès-Montzen.
            En 1854, la découverte de l'amas de Schimper permet de régulariser la production.  La même année des quantités considérables d'eau obligent la société à installer des pompes d'exhaure.  Le 3 août 1855 l'ingénieur du 6ème district des mines de Liège visite la mine suite à la mort de sept ouvriers noyés dans la mine par à une crue de la Gueule.
            La concession est étendue à plusieurs reprises : le 13 décembre 1855 de 112 ha vers le sud-est (zone de Schimper), le 27 février 1856 de 473 ha (zone de Steintig-Ten Eycken et de Gemmenich)
            En 1859, avec la découverte de l'amas de contact Viséen-Namurien, la production augmente.
            En 1860, le puits le plus profond atteint -160 m.  Le filon traverse le calcaire carbonifère et le terrain houiller.  Les eaux du calcaire font leur première apparition et, le 11 novembre 1860, le gîte de contact subit un violent coup d'eau à -102 m.  De 1860 à 1870, les travaux s'étalent sur 2.000 m de longueur et 180 m de dénivelée.  De très riches amas sont exploités à -20 m et -50 m à Schimper, et à -82 m au sud du gîte de contact.  Plusieurs mètres d'épaisseur de minerais à haute teneur en Zn-Pb sont rencontrés.  Malgré l'incessante lutte contre l'eau, c'est l'époque des records de production. 
            Les venues d'eau atteignent 45 mètres cubes par minutes en hiver.  Pour réduire ce débit le lit de la Gueule et de ses affluants a été cimenté sur une longueur totale de seize kilomètres.  Les eaux de la Gueule continuant à s'infiltrer dans la mine, la société détourne la rivière de son cours et construit une canalisation de trois mille mètres fin 1861.
            En 1862 la concession s'est étendue à près de neuf mille hectares, l'usine de traitement et de réduction du minerais, construite au centre de l'exploitation, comprend 2 fours à calciner, 12 fours à réverbères, 15 fours de réduction du minerais de plomb, 3 fours à manche, 22 pots de concentration argentifère, 3 fours à coupler, 18 fours à double sole pour griller la blende, 3 fours de fusion de la calamine, 3 pots à cristalliser le plomb.  A ces installations s'ajoutent encore une usine de produits réfractaires et un four à chaux.
            Les problèmes d'eau ne sont toujours pas résolus en 1865.  Le ministère des Travaux Publics fait procéder à l'étanchéisation du lit des affluents de la Gueule au moyen d'argile.
            La concession est encore étendue de 701 ha (zone de Graat), le 17 janvier 1867.
            Fin 1869, la société entame à ses frais la construction d'une ligne de chemin de fer de Welkenraedt à la frontière prussienne en passant par Montzen, Hombourg, Plombières et Gemmenich.
            Malgré les nombreuses réclamations introduites lors de l'enquête de commodo-incommodo, la société est autorisée à construire : 72 fours à calciner les minerais de zinc, 100 fours de réduction pour zinc, 16 fours de cuisson de produits réfractaires, 20 fours à réverbères pour agglomérés, 4 hauts-fourneaux pour plomb et 2 fours de raffinage pour plomb.
            En 1874, l'amas de contact est épuisé.
            La concession est étendue de 308 ha (zone de Sippenaeken), le 4 août 1875.
            En 1879, un nouvel étage est mis en exploitation.  Un puits principal en cours d'approfondissement atteint la profondeur de 194 m au prix de très grandes difficultés dues aux venues d'eau alors que l'on pensait pouvoir descendre jusqu'à 300 m.
            Les machines d'exhaure commencent à se détériorer; leur consommation en charbon est telle que les frais d'épuisement représentent la moitié du prix de revient du minerais.  Les cours du plomb et du zinc baissent à Londres.
            Après l'abattage des stots de protection en 1881, les exploitations anciennes sont arrêtées par suite de la forte diminution de la minéralisation en profondeur.  D'autre part, l'énorme venue d'eau ne cessait d'augmenter et finit par dépasser 50 m
3/min.  L'usine maintient néanmoins son activité, traitant des minerais de Zn et Pb des mines étrangères de la société et d'autres provenances. 
            La production totale du Bleiberg de 1844 à 1882 s'est élevée à 111.660 tonnes de galène à 81 % de plomb et 108.765 tonnes de sphalérite à 45 % de zinc, pour un déblais total évalué à 650.000 m3, soit en moyenne 60 m3/jour ou encore 0,3 m3 ou un peu plus d'une tonne par journée de mineur.
            Le 3 janvier 1882, la société est fusionnée à la Compagnie française des Mines et Usines d'Escombrera.  
            La mine est envahie par les eaux le 15 mars 1882 et inondée.  Tous les travaux miniers sont abandonnés, même à Sippenaeken.  Le filon n'est pas complètement épuisé mais le prix de vente des métaux est au plus bas.  Les accès à la mine sont comblés en surface; les zones d'effondrement servent de site aux terrils pour les scories de la fonderie.  La dernière mine en exploitation est celle de Schimper à -28 m.
            La société Escombrera a construit en 1884 une nouvelle usine pour le traitement des minerais provenant de l'Estramadure et de Higuera.  En 1885 de nombreuses plaintes s'élèvent de partout.  En plus des poussières, les minerais étrangers dégagent des gaz sulfureux, de l'antimoine, de l'arsenic et du mercure.  Les effets sont sensibles dans un rayon  de trois kilomètres.  Les fermes de Völkerich, Bresberg, Teunet, Te Busch, Kalottenhof, Te Gaar et Savelt sont atteintes.  La mortalité du bétail est élevée.  La société est condamnée à verser des indemnités aux propriétaires voisins de l’usine.
            Le 20 mars 1886 le bourgmestre de Montzen demande des fusils et des munitions afin de réprimer les grèves qui menacent d'éclater dans la mine du Bleyberg.
            La mine poursuit son activité.  On y travaille vingt-quatre heures en deux équipes se relayant à six et à dix-huit heures.  En 1896 on a travaillé 300 jours dans la mine et sans interruption dans les usines.  Le nombre d'ouvriers s'est élevé cette année à 364.  L'établissement produit du zinc brut en plaques, du plomb et de l'argent en barres.
            La Compagnie française des Mines et Usines d'Escombrera-Bleyberg fusionna en 1912 avec la Société Penarroya.  L'activité est arrêtée en 1914 et ne reprendra que partiellement en 1919, pour s'arrêter définitivement en 1922.