2017
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L’art fantastique – Brève introduction

 

Une notion complexe et difficile à définir tant elle englobe de tendances aux rayonnements multiples.
Si on peut l’identifier dès le Moyen-Âge et dans les prémices de la Renaissance avec les « diableries » des cathédrales ou la symbolique mystique sculptée dans la pierre par les compagnons bâtisseurs, on peut aussi considérer que ses racines profondes s’enfoncent dans l’Histoire la plus lointaine de notre humanité.
L’art pariétal ne traduit-il pas déjà l’émerveillement de Cro-Magnon face aux mystères de la nature et ses angoisses devant les puissances du cosmos ? Les premières mythologies ne sont-elles pas un merveilleux témoignage des intuitions et de l’imaginaire inhérents à notre psyché ?

L’Histoire de l’humanité sera balisée par une succession de mouvements qui accorderont à l’intuition la liberté de lever les barrières de la rationalité pour franchir la couche extérieure des apparences et plonger dans les profondeurs de l’inconnu. Certains ne verront que fantasmagorie là où d’autres pressentiront un contenu caché qui recèle la nature réelle de l’homme et des choses, le secret de leur être et de leur destinée.

Les quelques pas que les artistes du fantastique engagent de l’autre côté du miroir éveillent en eux une vision teintée d’idéal, ils posent un pied dans les domaines de l’infini et la finitude leur semble immensément réductrice, conventionnelle et aveugle. L’ironie, quand ce n’est l’inquiétude s’emparent de leur expression. Par ailleurs, si leur appel vers la beauté trouve un écho dans les œuvres de la nature ou dans celles des hommes, c’est l’émerveillement qui emporte leur élan.

Quelques phares pour baliser la voie de l’art fantastique depuis le Moyen-Âge jusqu’à nos jours : Jérôme Bosch, Breughel, Altdorfer, Dürer, Piranèse, Arcimboldo, Grünewald, Gaspar David Friedrich, Goya, William Blake, Gustave Doré, les préraphaélites, Böcklin, les symbolistes du XIXe avec Odilon Redon, Ensor… les surréalistes avec Ernst, Dali, Magritte, Delvaux… et aujourd’hui, les quelques milliers d’artistes qui prolongent et actualisent l’une ou l’autre tendance ou qualificatif au suffixe en « ique » ou en « isme » : mystique, mythique, symbolique, onirique, réalisme fantastique, surréalisme, mais aussi art visionnaire, heroïc fantasy et pour les tendances noires ou morbides et quelque peu adolescentes, le « gothique » et le gore. 

Bien souvent, le langage pictural de l’art fantastique utilise une figuration fidèle aux apparences, il faut que ces univers soient crédibles, qu'on puisse y pénétrer sans réserve, mais, par des interventions qui déroutent, il incite à dépasser la vision conventionnelle, à se méfier de la surface et dépasser nos représentations ordinaires pour atteindre l’âme des choses. On lui reproche parfois de ne rien apporter de neuf au langage plastique, c’est négliger qu’en ce domaine à peu près tout a été dit et c’est vouloir ignorer que l’intention de l’art fantastique n’est pas de bouleverser le langage esthétique, mais bien d’apporter à l’homme quelques clés qui lui permettront d’ouvrir les portes de la perception, d’étendre par-là le champ de ses représentations et celui de sa conscience. Un objectif qui se préoccupe davantage du message que de la remise en question du vocabulaire lui-même.

Certains lui reprochent aussi parfois d’évoquer le passé, de pratiquer un dessin et une facture traditionnels, de ne pas être assez « contemporain ». Il est exact que les travers de notre époque, les épiphénomènes consuméristes et les dérives médiatiques qui la secouent et dénaturent l'essence de l'homme, pour ces artistes, ne sont guère dignes d’intérêt ; il est vrai que les thèmes abordés dépassent souvent un moment historique limité pour se tourner vers ce qui est durable si ce n'est éternel en l'homme. Ce qui est éternel est en permanence contemporain et ce qui n'est que contemporain n'est aussi que fugitif et misérablement superficiel.

Michel Barthélemy