Page 9 -
|
LE
MATÉRIEL, L'EXÉCUTION DU TABLEAU. Fiche technique.
Les
aspects principaux qui ont trait à l'exécution concernent
les supports, les pinceaux, les médiums, les liants et
pigments, les vernis et évidemment la facture ou la manière
pratique de peindre.
|
Insistons
sur le fait q'un peintre débutant sera toujours découragé
par un matériel médiocre. Des pinceaux "punks",
beaucoup de toiles sur carton, une boîte de couleurs
made in China achetée à 2 euros sur le marché,
etc. ont le pouvoir de dénaturer un travail qui requiert
une fiabilité et des ressources minimales dès
le départ.
|
-
Les supports.
Jusqu'au 15ème siècle, le support de la peinture
à l'huile était le panneau de bois, il sera
peu à peu détrôné par la toile de lin
ou de coton, surtout à partir du XVIIIème siècle
. Si le bois est plus lourd que la toile il est aussi plus solide.
La plupart des tableaux du XIVème et du XVème siècle
sont dans un meilleur état de conservation que ceux du
XVIIIème, du XIXème ou du XXème siècle.
Que dire de beaucoup de créations du XXIème siècle?
Il
est difficile aujourd'hui de trouver de bons panneaux traditionnels:
peuplier, tilleul, chêne... mais les panneaux modernes d'aggloméré
peuvent constituer d'excellents supports: contreplaqués,
isorel, mdf... En principe ils seront recouverts de quelques couches
d'apprêt qui les rendront aptes à recevoir la peinture.
L'apprêt traditionnel est le gesso, aujourd'hui une
couleur acrylique blanche couvrante, autrefois un enduit composé
de colle de peau (colle Totin) et de blanc de Meudon (craie).
Voir recette ci-dessous.
Il existe également des enduits pâteux (modeling
paste) ou texturés, dans lesquels le fabricant à
incorporé du mica, de la poudre de marbre, du sable,etc.
Chaque peintre pourra charger lui-même le gesso ou le modeling
paste avec du sable de rivière, de la sciure (de préférence
ne contenant pas résine ni de tanin pour éviter
les réactions avec le liant ou le médium) ou de
tout autre matériau composé de particules plus ou
moins fines ou plus ou moins grossières. À tester,
à risquer...
L'enduit
peut être directement étalé sur le panneau
ou sur une toile qu'on y aura préalablement collée,
opération qu' on appelle le marouflage. En principe, trois
couches de gesso forment un apprêt efficace.
Une toile déjà traitée par le fabricant peut
également être peinte au gesso si on veut en atténuer
le grain. Plus on mettra de couches, moins le grain sera apparent.
Avec trois couches de stuc du genre modeling paste étalées
à la palette à enduire, on peut l'effacer complètement
et obtenir une surface lisse.
Le gesso étalé à la brosse ou le modeling
paste permettent aussi de texturer le support en y créant
différents types de reliefs (voir
exemples dans la rubrique "matières pâteuses").
Le premier donnera des textures plus discrètes, le second
autorisera la création de reliefs accentués.
Un
panneau de 6 mm d'épaisseur conviendra pour travailler
dans des formats inférieurs à 80 cm. Au-delà,
il faudra le consolider à l'arrière en y collant
des lattes de bois, sous peine de voir le panneau s'incurver sous
l'effet de la rétraction du gesso et de la couche de peinture.
Dans tous les cas il est conseillé d'enduire les deux faces
avec le gesso, afin que le verso compense les tensions du recto.
Les
supports en verre, en métal, etc. constituent des cas particuliers
hors des intérêts de la large majorité des
artistes et n'entreront pas dans les aspects ici présentés.
Mentionnons toutefois le support papier, papier dessin, aquarelle,
etc. Il sera moins fragile s'il est préalablement collé
sur un support plus rigide que lui: carton fort, panneau d'isorel,
etc. Le papier peut être peint tel quel ou préalablement
recouvert de gesso.
Notons
enfin qu'un panneau présente un gros avantage sur la toile,
c'est qu'il peut être coupé en cas de révision
nécessaire de la composition ou pour être adapté
à des formats hors standard, comme l'ovale ci-dessous.
|
|
|
A
gauche , le document montre un panneau de MDF traité
au gesso:
1 MDF brut.
2 + une couche de gesso blanc.
3 + deux couches de gesso blanc.
4 + trois couches de gesso blanc. Le panneau peut
être peint.
5 + deux couches de gesso gris, l'imprimeure ou l'imprimature.
A
droite, un panneau de gesso traité en gris,
découpé à la scie sauteuse pour
être intégré dans un cadre ovale
acheté à la brocante. Difficile à
réaliser avec une toile.
|
|
|
-
L'imprimature, imprimeure...
|
|
|
|
Travailler
sur un fond coloré, par exemple en ocre
rouge, en gris (imprimature) présente
un appréciable avantage par rapport au
fond blanc, les valeurs claires apparaissent
aussitôt comme des lumières. Sur
un fond blanc, le blanc de la toile sera toujours
plus clair que n'importe quelle couleur claire,
ce qui empêchera celle-ci de rayonner
avec tout son éclat et de révéler
au peintre la sensation de lumière qu'il
essaye de lui donner.
L'exemple
ci-contre présente une petite toile de
30 x 24cm préparée avec une couche
de modeling paste, deux couches de gesso blanc
et deux couches de gesso acrylique gris moyen.
L'ébauche a été réalisée
avec du blanc de titane et du gris de Payne
+ du sépia pour quelques plans plus rapprochés.
Si
le même blanc avait été
posé sur une toile blanche, il va de
soi qu'il aurait été à
peine perceptible.
|
|
|
|
Le
vrai gesso
|
Il
peut être utile ici de renseigner la manière
de fabriquer le gesso véritable, celui
utilisé par les "primitifs", les
peintres de la Renaissance, par les icônographes,
etc. Précisons d'emblée que l'opération
n'est guère compliquée, il suffit de
disposer des ingrédients nécessaires
lesquels se trouvent facilement en magasins de fournitures
artistiques. De nombreuses variantes existent, avec
addition de l'un ou l'autre produit aux composants
de base: alun, lithopone, argile, miel, glycérine,
pigment blanc (titane) ou coloré, etc.
Ingrédients:
- colle Totin ou colle de peau de lapin, vendue en
paillettes, en plaquettes ou en poudre.
- blanc de Meudon, blanc de Bologne ou craie blanche.
- une marmite + de l'eau. Un second récipient
plus grand pouvant contenir la marmite.
Procédé:
- Faire tremper dans de l'eau froide contenue dans
une marmite environ un douxième de colle de
peau pendant quelques heures. Ceci est surtout valable
pour la préparation de panneaux rigides. Pour
les toiles, la proportion de colle sera réduite
de moitié, afin de conserver de la souplesse
à l'apprêt. Le délai peut être
abrégé si la colle est en poudre.
- Faire chauffer la marmite au bain-marie sur le gaz
ou une plaque électrique à environ 40°,
sans faire bouillir ! On obtient à ce stade
une colle qui peut être utilisée pour
traiter une toile écrue ou maroufler du tissu
sur du bois.
- Ajouter progressivement le blanc de Meudon tout
en remuant à la cuillère en bois, jusqu'à
obtenir une consistance légèrement pâteuse.
S'il y a avait trop de Blanc de Meudon et si la pâte
était trop épaisse, la couche risquerait
de craqueler. Le gesso est prêt.
Cette
préparation sera étalée sur le
support au pinceau et à chaud. Elle deviendra
gélatineuse en refroidissant dans le récipient,
mais solide sur le support, tout en étant facile
à poncer contrairement au gesso acrylique.
Une deuxième couche pourra être posée
dès que la première sera sèche,
pour cela, mettre à nouveau la préparation
à chauffer au bain-marie.
Pour obtenir une belle surface lisse et couvrante,
plusieurs couches seront peut-être nécessaires.
Il sera utile de les poncer si on souhaite qu'elles
soient parfaitement lisses. Un papier de verre ultra
fin fera l'affaire ou mieux, une "souris"
en pierre ponce, légèrement humidifiée.
On la passera sur le support en traçant des
petits cercles. Ensuite, on égalisera les traces
en caressant aussitôt la surface avec le gras
de la main.
Note:
ce gesso ne se conserve pas plus d'un jour ou deux,
après ce délai il commencera à
pourrir.
Lors de la chauffe, une odeur "naturelle"
émane que certaines personnes n'apprécient
pas alors qu'elle fait partie de l'alchimie du peintre.
Prévoir une ventilation suffisante.
IMPORTANT:
cette surface est fort absorbante, elle engloutira
rapidement l'huile de la pâte colorée
qui deviendra mate. Si on souhaite conserver son côté
brillant à la surface peinte, on pourra "brunir"
(= lustrer) patiemment la surface avec une agathe,
en vente dans les magasins spécialisés,
ou la recouvrir préalablement avec une couche
de médium résineux, de vernis, de médium
alkyde fluide, etc. A bien laisser sécher avant
de peindre.
Si
on prépare un panneau rigide avec de l'enduit,
il est conseillé de traiter préalablement
le verso. Le panneau se déformera peut-être,
mais il sera rééquilibré lors
de la praparation du recto.
|
|
Les
toiles.
Il en existe de différentes qualités et de différents
prix... Les toiles les plus solides et les plus chères
sont faites en lin, mais les toiles de coton, bien qu'un peu moins
solides et évidemment moins chères, offrent également
une très bonne résitance. Les fabricants les proposent
en différents grains, du plus gros qui ressemble à
celui d'une toile de jute au plus fin qui sera à peine
perceptible sous la surface peinte. Cette dernière formule
est plus difficile à trouver dans les commerces, mais elle
est utilisée par beaucoup de peintres qui refusent de faire
apparaître des matières autres que celles de l'objet
représenté, par exemple la plupart des peintres
du trompe-l'oeil.
Les
toiles sont généralement tendues sur un châssis
de bois. Les quatre lattes ne sont en principe pas collées,
ce qui permet de tendre la toile et le châssis avec des
coins de bois disposés dans chaque angle au verso. On tend
la toile une fois qu'elle est peinte et si elle a tendance à
flotter légèrement. Quelques légers coups
de marteau suffisent en principe à rendre la toile bien
plane et bien tendue. Une trop forte tension risquerait de déformer
le bois du châssis.
Pour
le peintre productif, une formule économique consiste à
acheter toile et châssis séparément. La toile
se vend au mètre et en rouleaux. Les châssis se vendent
à la pièce ou par paires, ce qui permet de donner
à son tableau des dimensions personnalisées.
Avant de fixer la toile sur le châssis, bien vérifier
l'équerrage de celui-ci.
Actuellement on a tendance à plus utiliser l'agraffeuse
que les traditionnels clous de tapissier. L'avantage est qu'on
peut tendre la toile d'une main et l'agraffer de l'autre. Il existe
différentes méthodes pour tendre une toile. Celle
qui me donne satisfaction consiste à agraffer le milieu
de deux côtés opposés et ensuite, tout en
tirant sur la toile, de continuer progressivement et symétriquement
vers la gauche et vers la droite de ce milieu jusqu'à arriver
aux extrêmités. On procède ensuite de la même
manière avec les deux autres côtés.
Il existe pour ce faire des pinces spéciales à large
bec, mais un travail soigneux à la main est tout aussi
efficace.
|
|
-
Les pinceaux et assimilés.
Il
existe une importante quantité de genres de pinceaux
dépendant de leur forme, de leur composants et... de
leur prix. On peut les regrouper en deux grandes familles: les
pinceaux plats et les pinceaux ronds. En outre on peut distinguer
les pinceaux des brosses, les premiers étant à
poils doux et souples, les secondes à poils fermes. Les
brosses sont la plupart du temps en soies de porc (blanc) et
servent à étaler une couleur pâteuse, les
pinceaux (brun, gris) peuvent être en poils de martre,
d'écureuil...ou synthétiques, on les utilise plutôt
pour étaler la couleur fluide.
Les uns et les autres peuvent en principe être utilisés
pour la peinture à l'huile ou l'acrylique. Leur manche
est plus long que ceux des pinceaux destinés à
l'aquarelle, simplement pour que l'on puisse peindre en prenant
du recul devant sa toile. On peut toutefois utiliser les pinceaux
aquarelle pour peindre à l'huile, surtout si on veut
peindre des détails relativement précis.
Les pinceaux en poils de martre sont les plus chers, particulièrement
la martre Tobolski utilisée pour produire la Rolls-Royce
des pinceaux! Les pinceaux en poils synthétiques sont
généralement de très bonne qualité,
toujours meilleurs que ceux des martres bon marché. Je
les recommande pour un travail en couleurs fluides ou pour des
détails fins.
Les types de pinceaux sont trop nombreux pour qu'on puisse les
détailler tous ici, effort inutile puisque le fabricant
peut fournir toute explication nécessaire. Passons toutefois
en revue quelques pinceaux parmi les principaux ainsi que quelques
accessoires pour peindre.
|
|
Dans
l'illustration ci-contre, de gauche à droite nous
pouvons voir:
1
- le couteau à peindre. Utile pour mélanger
les couleurs sur la palette mais aussi pour peindre, en
principe par empâtements. Beaucoup d'amateurs et
de peintres pour lieux touristiques l'affectionnent parce
qu'il permet d'obtenir des effets faciles. Or placarder
ne suffit pas pour faire oeuvre d'art, même si l'effet
"tape à l'oeil" présente pour
quelques-uns une certaine séduction. Notons que
le travail au couteau peut être combiné avec
celui au pinceau.
2 - Le pinceau plat, de différentes largeurs, souple
ou ferme, selon le travail à réaliser. Les
plus larges permettent un travail rapide ou par traces
d'aplats juxtaposés. Utile pour suivre un contour
rectiligne.
3 - Le pinceau rond biseauté, pour un travail plus
en finesse. On peut en variant la force d'appui travailler
avec la pointe ou avec le "ventre". Les plus
fins, s'ils sont de qualité, permettent de peindre
de très petits détails.
4 - Le pinceau plat triangulaire, pour des traits énergiques.
5 - Le spalter, ici en soie de porc, ferme, mais il existe
également en poils souples. On peut l'utiliser
pour enduire le support au gesso ou pour peindre des surfaces
relativement importantes.
6 - L'éventail (blaireau), pour estomper (blaireauter)
une marque entre deux tonalités et en faire un
dégradé tout en douceur. On peut l'utiliser
dans le sens de la largeur ou de son épaisseur.
7 - Le "shaper" ou sculpteur, pour travailler
la couleur en relief. Différentes formes permettent
de créer des traces de textures différentes.
|
|
|
Le
peintre qui souhaite faire durer la vie de son pinceau doit éviter
de le laisser quelques jours sans le nettoyer, le mieux est évidemment
de le rincer soigneusement à l'essence de térébenthine
ou au white spirit après chaque séance de peinture
et ensuite, de le passer vigoureusement sur une savonnette et
de le rincer. L'artiste qui travaille à l'acrylique devra
régulièrement nettoyer ses pinceaux à l'eau
à cause du côté très siccatif de ce
type de technique. Voir la technique de nettoyage
ci-dessous.
. |
|
- Les médiums (rien à voir avec le vert devin!).
Au départ, les mêmes pigments de base servent à
fabriquer tous les matériaux colorés que nous connaissons:
huile, acrylique, aquarelle, gouache, pastels, etc. Ces pigments
se présentent en poudres finement broyées issues
de différentes origines: minérales, végétales,
animales... Pour fabriquer les couleurs que nous connaissons,
on a jouté un liant aux poudres, agglutinant qui donne
une consistance fluide ou solide aux couleurs et les rendent prêtes
à l'emploi. Toutefois, la plupart du temps, lorsqu'on peint,
il est nécessaire de fluidifier davantage ces couleurs
pour qu'elles répondent à nos intentions d'expression.
C'est ainsi qu'on pourra rendre la pâte plus ou moins fluide
en la diluant dans différents liquides appelés médiums.
Il en existe de nombreux types, plus ou moins épais, plus
ou moins siccatifs. Le peintre débutant se satisfait généralement
des médiums trouvés dans le commerce, mais il arrive
un moment où la nécessité se fait sentir
d'adapter son médium aux subtilités et aux exigences
de sa pratique.
Le médium basique et universel est composé d'essence
de térébenthine et d'huile
de lin, plus rarement d'huile d'oeillette
moins siccative. Si on veut respecter le pincipe archi-connu et
ultra-répété du "gras sur maigre",
il faut évidemment commencer son travail en dosant le mélange
avec davantage d'essence et ajouter progressivement de l'huile
au gré de l'évolution du travail. La raison en est
double:
|
-
L'essence dilue l'huile. Si donc on travaille
avec un médium où l'essence domine,
on risque de rediluer les sous-couches fuidifiées
avec de l'huile.
- L'essence sèche beaucoup plus vite que
l'huile. Si donc on peint à l'essence
SUR des sous-couches peintes à l'huile,
les couches du dessus seront vite sèches
alors que les couches du dessous continueront à
subir des forces de rétraction pendant toute
la longue période de séchage, c'est-à-dire
un ou deux ans! Les couches sèches et rigides
du dessus se verront vite atteintes de craquelures
dues aux tensions exercées par le travail
de séchage des couches du dessous.
|
|
En
résumé, si on se satisfait du médium "essence
+ huile", il est logique de le modifier en cours de travail
en augmentant progressivement la proportion d'huile plutôt
que l'inverse.
A ce mélange basique, on peut ajouter quelques gouttes
de siccatif (de Courtrai, de Haarlem, etc.) qui réduit
la période de séchage. Si on en ajoute trop, l'activation
artificielle du séchage risque elle aussi de créer
des tensions incontrôlables qui feront apparaître
des craquelures ou la "peau d'orange" tant redoutée
par les dames, mais ailleurs que dans leurs peintures. Une douzaine
de gouttes dans un flacon de 75 ml seront suffisantes.
Parmi
les médiums du commerce, il est bon de savoir que certains
sont plus siccatifs (= sèchent plus vite) que d'autres
et que certains sont plus indiqués pour les glacis (transparences)
que d'autres. Voir les notices des fabricants.
L'artiste
qui progressera d'un pas dans son aventure créative, ressentira
un jour ou l'autre la nécessité d'expérimenter
et d'adapter son médium à l'état présent
de son travail, et ici, les formules varient à l'infini.
Je ne peux donc que vous faire part de mes propres expériences.
Le médium qui me convient souvent peut être considéré
comme le médium "flamand", utilisé par
les "primitifs", mais aussi par exemple, par Rubens,
ce qui signifie qu'il a donc pris le temps de faire ses preuves.
Il est composé de térébenthine
de Venise (ou baume de Venise) et d'essence
d'aspic. La térébenthine de Venise extraite
du mélèze, est épaisse, différemment
selon les fabricants, l'essence d'aspic, extraite de la lavande,
est fluide et qui plus est, agréablement parfumée.
Si on souhaite créer des matières, on fera dominer
dans le mélange la viscosité de la térébenthine
de Venise. Si on souhaite une peinture plus lissée, on
mettra davantage d'essence d'aspic. Ces proportions sont à
doser intuitivement selon la viscosité de la térébenthine
de Venise qu'on se sera procurée, ce qui peut fortement
varier d'une marque à l'autre. J'y ajoute parfois un tiers
d'huile de lin polymérisée
et quelques gouttes de siccatif de Haarlem.
Il
existe une infinité d'autres formules, je mentionnerai
seulement l'expérience de Claude Yvel qui préconise
l'utilisation de l'huile de noix cuite additionnée de litharge
et de mastic en larmes. Vu le prix du mastic en larmes, je n'ai
personnellement pas encore testé cette recette, mais, si
l'on se fie au travail de l'auteur et surtout si on pratique une
peinture à caractère traditionnel, on peut êre
convaincu que l'expérience peut valoir le détour.
Mentionnons encore l'ambre qui peut être utilisé
comme médium, pur ou dilué. Il donne une belle intensité
aux couleurs, mais son prix est très élevé.
Blockx propose un flacon de dix grammes, présenté
dans un coffret de bois, pour environ 80 €.
Je
tiens aussi à mentionner des médiums contemporains
qui sans avoir eu le temps de faire leurs preuves sont garantis
par le fabricant comme étant très stables et ne
jaunisssant pas dans le temps. Ils présentent d'intéressantes
ressources difficiles à obtenir avec les médiums
traditionnels, il s'agit du médium alkyde
et du ou des liquin.
Le médium alkyde est composé de résines
synthétiques et d'huile, on l'utilise pour les couleurs
synthétiques alkyde, mais il peut également servir
de médium pour la peinture à l'huile si on souhaite
conserver les traces du pinceau et donc créer des effets
particuliers de matières. Sa consistance est gélatineuse.
Pour accentuer la visibilité des traces, il vaut mieux
peindre en poussant la couleur vers l'avant du pinceau plutôt
qu'en la tirant comme nous le faisons en général.
Le liquin de Winsor & Newton est un intéressant
médium alkyde, il existe en plusieurs formules: le liquin
"original", le liquin "détails fins"
et le "liquin light gel". En version "original",
son comportement est celui du médium alkyde décrit
ci-dessus. En version "détails fins", il est
plus fluide et permet comme son intitulé l'indique de réaliser
des détails très précis mais aussi des dégradés
qui s'estompent sans laisser de traces. En version gel il est
particulièrement indiqué pour les glacis; il se
fluidifie au contact du pinceau et ne coule pas.
Pour
en savoir (beaucoup) plus:
- "La technique de la peinture à l'huile" de
Xavier de Langlais (Flammarion). La Bible pour beaucoup de peintres.
- "Peindre à l'huile comme les Maîtres"
de Claude Yvel (Edisud).
|
-
Nettoyer les pinceaux
Après
chaque séance, il est indispensable de nettoyer soigneusement
les pinceaux si on souhaite qu'ils puissent nous servir
encore longtemps, d'autant plus si le matériel reste
quelques jours sans être utilisé. Dans la technique
de la peinture à l'huile, les pinceaux sont nettoyés
dans du white spirit ou dans de l'essence de térébenthine.
Il n'est pas nécessaire ici d'acheter ces produits
dans un magasin spécialisé et conditionnés
en petites quantités, ce qui est toujours nettement
plus coûteux, les bidons vendus dans les magasins
de bricolage sont à cet égard largement satisfaisants.
Si quelques heures séparent deux séances,
il est possible d'éviter que les poils du pinceau
ne sèchent en les trempant dans un récipient
muni d'un ressort qui maintiendra solidement le manche et
qui empêchera les poils de se plier en touchant le
fond. Voir photo ci-contre.
Personnellement
je n'utilise pas cet accesoire. Lorsque j'ai employé
un médium siccatif et que un jour ou deux séparent
deux séances de travail, je nettoie soigneusement
chaque pinceau dans du white spirit puis je les écrase
fermement sur une savonnette en les passant sous l'eau et
en les faisant tournoyer jusqu'à ce que plus aucune
tache de couleur ne s'en échappe. Je les rince et
leur redonne leur forme initiale avant de les laisser sécher.
Remarque
importante, le liquide qui a servi à nettoyer les
pinceaux peut servir plusieurs fois, il ne doit surtout
pas être jeté à l'évier, ce qui
serait un gâchis stupide ainsi qu'une pollution inconsciente
de la nappe phréatique. Pour réaliser méthodiquement
cette opération, il faut disposer de deux bouteilles
ou deux bidons, un pour l'essence propre, l'autre pour l'essence
salies par le nettoyage. Dans celui-ci, la couleur se déposera
en deux ou trois jours sur le fond du récipient tandis
que le liquide du dessus deviendra progressivement plus
limpide et pourra de nouveau servir au nettoyage.
Lorsque
le bidon d'essence propre est vide, on inversera le processus
en y déversant le produit de l'autre bidon qui aura
servi au nettoyage et qui se trouvera décanté
après quelques jours de repos.
|
|
|
|
Les vernis.
Faut-il
ou non vernir un tableau? La réponse dépend
des intentions du peintre et des résultats finaux dus à
l'utilisation plus ou moins régulière de médium.
Il faut savoir que:
- si on applique une couche de couleur diluée dans de l'huile
ou dans un médium huileux sur une sous-couche déjà
sèche et qui a été elle aussi diluée
dans de l'huile, l'huile de cette nouvelle couche sera absorbée
par la sous-couche (poreuse) et deviendra mate au séchage.
Ceci risque de créer des surfaces irrégulières,
certaines étant plus mates tandis que d'autres réalisées
avec moins de médium huileux seront plus brillantes. C'est
ce qu'on appelle les embus.
-
si le médium contient davantage d'essence, les couleurs
subiront moins cet effet désagréable.
Quoi
qu'il en soit, si la surface colorée présente ces
effets disgracieux, un vernissage de la surface devient nécessaire,
sauf intention bizarrement différente.
Le
vernis non seulement uniformise la couche finale, mais il la protège
aussi des chocs légers et des rayons UV.
Il existe des vernis provisoires et des vernis définitifs,
des vernis brillants, satinés ou mats, sans oublier le
vernis laque, par exemple le vernis "flatting"de Sennelier,
il donne à la surface un brillant proche de celui des meubles
laqués chinois. Mentionnons encore l'ambre qui peut être
utilisé comme médium ou comme vernis, pur ou dilué.
Il donne une belle intensité aux couleurs, mais son prix
est très élevé. Blockx propose un flacon
de dix grammes, présenté dans un coffret de bois,
pour environ 80 €.
Pour
ceux qui le souhaitent, Xavier de Langlais renseigne différentes
recettes de vernis, mais ceux du commerce sont d'une qualité
bien suffisante si ce n'est supérieure pour satisfaire
l'amateur le plus exigent.
Les vernis provisoires appelés aussi vernis à
peindre ou à retoucher créent une couche régulière
semi-brillante. Ils existent en bouteilles, en pots ou en bombes.
Ils sont très siccatifs.
Ils sont utiles quand on sait qu'un vernis définitif ne
peut être posé avant six mois minimum si les couches
peintes sont fines et un ou deux ans après la finition
de la peinture, si les couches de couleurs sont plus épaisses.
La raison en est que la couche d'huile ne sera vraiment sèche
en profondeur qu'après cette période et continuera
donc à subir des tensions. Comme le vernis sèche
plus rapidement, les tensions différentes entre couche
et sous-couche risquent de créer les craquelures que l'on
sait. Après la pose du vernis provisoire il est donc conseillé
d'attendre un an avant d'étaler la couche de vernis définitif.
Veiller à ce que ces couches soient fines! Les étaler
à la bombe ou avec un pinceau souple ou un spalter (pinceau
plat large) et évidemment impeccablement propre. Il vaut
mieux mettre deux couches fines qu'une seule couche épaisse,
afin d'éviter les cloques disgrâcieuses et les craquelures.
Dilué
dans de l'essence de térébenthine rectifiée,
l'ambre peut servir également de vernis.
Le
liquin "détails fins" offre une solution intéressante
comme vernis provisoire, une ou deux fines couches donneront à
la surface peinte une belle finition satinée.
Les
vernis définitifs ou vernis à tableau sont préparés
à partir de résine, il en existe une grande variété,
des gras (huileux) et des maigres (à base d'essence). Beaucoup
de vernis huileux, au copal par exemple, présentent un
coloration sombre qui risque de teinter le résultat final,
autant les éviter et utiliser des vernis transparents.
Lors
de cette phase finale, l'artiste choisira donc de créer
une surface brillante, satinée ou mate. S'il opte pour
une surface satinée, la pose d'un vernis brillant qu'on
laissera bien sécher, suivie d'un vernis mat sera du plus
bel effet.
Le
vernis est étalé avec un pinceau souple et large
afin de couvrir rapidement la surface peinte. Comme pour le vernis
provisoire, la couche sera fine et il vaudra mieux poser deux
ou trois couches fines qu'on laissera chaque fois sécher
plutôt qu'une couche épaisse qui riquerait de s'écailler.
Idem pour le vernis final en bombe.
Vérifier la régularité de la surface en inclinant
le support devant une fenêtre ou une source lumineuse.
Notes:
- Avant de vernir un tableau, enlever soigneusement les poussières
avec un chiffon légèrement humide et non pelucheux.
- Pour vernir sans risque de coulures, poser la toile horizontalement
jusqu'à séchage complet.
|
Suite
page 10: l'éxécution proprement dite >>>>>>>>>>
|
|