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Le dessin d'observation.

1 - Observer - Savoir comment regarder.

Le dessin d'observation n'est qu'une des multiples possiblités d'envisager le dessin, à assimiler à la figuration réaliste ou hyperréaliste en peinture. D'autres approches du dessin peuvent être comparées à d'autres courants de la de peinture: l'abstraction, l'expressionnisme, le cubisme, le surréalisme, le pop'art, l'op'art, la peinture naïve, etc.

Cette approche fascine parce qu'elle donne le sentiment de maîtriser les formes de la nature, d'exercer un pouvoir sur elle. Mais elle décourage également le profane accroché à la conviction "qu'il ne sait pas dessiner", or, s'il ne sait pas dessiner, c'est essentiellement et d'abord parce qu'il ne sait pas VOIR, enregistrer consciemment et fidèlement ce qu'il a sous les yeux. L'apprentissage du dessin d'observation commence donc par une éducation du regard. Le secret du dessin d'observation ne réside pas dans la main mais dans l'oeil, et en amont dans le cerveau qui en gère les fonctions.

Tout quiconque possède assez d'intelligence pour comprendre ce que voir signifie, et qui est disposé à pratiquer les exercices qu'on lui renseigne, est capable après un certain temps, parfois très court, de dessiner sans maladresses n'importe quel sujet.

J'ai déjà mentionné dans ces pages l'excellent ouvrage de Betty Edwards "Dessiner grâce au cerveau droit" (éd. Mardaga), je ne saurais trop recommander sa méthode à toutes celles et ceux qui souhaitent maîtriser le dessin d'observation, de préférence sous la guidance d'un authentique artiste du réalisme qui attirera l'attention vers les modes non assimilés et corrigera les erreurs de perception.

Betty Edwards part du principe que nos deux lobes cérébraux n'exercent pas les mêmes fonctions, le lobe gauche est plus spécialisé dans la parole, la lecture, la logique, l'analyse, la représentation schématique, etc. Le droit serait plus sensible à la poésie, au sens des mots, il serait plus intuitif, contemplatif, analogique, plus spacial, etc. Si cette modélisation présente une description quelque peu simpliste, il n'en demeure pas moins que des centres différents du cerveau assument des fonctions différentes et que les centres qui perçoivent objectivement la réalité ne sont pas les mêmes que ceux qui filtrent les perceptions à travers des schémas simplifiés et préprogrammés. La différence est celle qui existe entre l'objet réel et le mot pour le désigner, par exemple le mot "table" qui suffit à donner un concept de l'objet, mais pas à me renseigner sur le design de telle table particulière.

Le petit test ci-dessous démontrera aisément le conflit qui peut exister entre l'objet que nous percevons et les mots pour le traduire, autrement dit entre le cerveau gauche et le cerveau droit. Il s'agit ici de nommer la couleur qui est celle du mot qu'on est en train de parcourir du regard. Et observez la gêne ou l'hésitation que vous ressentez.

Vous avez pu remarquer vos difficultés et éventuellement vos confusions entre le mot et la couleur pour l'écrire, ce qui démontre que les centres de perception de la couleur ne sont pas ceux de la lecture. En ce qui concerne le dessin d'observation, il faut se servir des centres appropriés à l'exercice, ce qui en général n'a pas été enseigné. A supposer qu'à chacune et chacun on ait accordé au dessin le même temps d'apprentissage qu'aux mathématiques, chacune et chacun serait autrement capable de maîtriser l'objectivité de ses perceptions visuelles et de les restituer par le dessin.

Je ne veux ni ne peux en quelques lignes développer ici toutes les subtilités du mode de perception objective de la réalité, j'insisterai seulement sur quelques points fondamentaux, à bien comprendre et surtout à bien appliquer pour atteindre une maîtrise du dessin d'observation.

Premier point, voir juste. La difficulté de reproduire avec justesse un modèle vient du fait qu'on regarde plus son dessin que l'objet à dessiner. Pour remédier à ce défaut, il faut se dire que la main est un outil neutre qui ne fait qu'obéir à l'oeil, à suivre "bêtement" les mouvements oculaires. Ce qui importe donc, c'est le travail de l'oeil. Comment l'exercer ?

Étape 1 - Tendez par exemple votre main devant vos yeux, ne dessinez pas! Conduisez lentement et régulièrement votre regard le long des contours de la main. Essayez d'avoir clairement conscience de chaque modification rencontrée sur la ligne de contour: courbe légère, courbe accentuée, droite, angle... Faites cela très lentement pour vous donner la chance de tout enregistrer, de prendre conscience de la subtilité et des particularités de chacune de ces lignes. Avez-vous déjà regardé un sujet avec une telle attention ?

Étape 2- Prenez maintenant un crayon et une feuille. Faites le même travail de balayage du contour de votre main, avec la même lenteur et la même conscience de chaque modification rencontrée, mais ici, votre main suivra le mouvement de votre oeil, lui obéira "aveuglément". Ne regardez pas votre dessin, mais seulement votre modèle. Le résultat ne présentera que peu de rapport avec votre main, mais ceci n'a aucune importance, ce qui compte, c'est d'enregistrer consciemment chaque nuance présentée par les contours. Soyez comme le moine bouddhiste qui pratique le tir à l'arc, il s'intériorise de longs moments en s'identifiant au tireur, à la cible et à la flèche, une fois bien centré dans cette conscience, il lâche la flèche et ferme aussitôt les yeux, sans curiosité pour le résultat; l'objectif n'est pas là car il est d'ordre intérieur. Que votre objectif soit ce qui se passe en vous, dans votre oeil et dans votre cerveau.

Étape 3 - Reprenez ce même travail, mais cette fois en regardant de temps en temps votre dessin, ce sera seulement pour vérifier s'il corrrespond au modèle. Pendant au moins 80% du temps, dessinez doucement tout en regardant attentivement votre main ou tout autre objet, comme dans la deuxième étape. Arrêtez-vous pour votre comparer votre dessin avec votre modèle. Regardez où se situe une ligne par rapport à une autre, au besoin corrigez. Pratiquez en douceur jusqu'à ce que tout votre modèle soit reconstitué.
En complément, pratiquez l'exercice 1 renseigné ci-dessous.

Remarques:

- Vous vous sentirez peut-être fatigué après quelques dizaines de minutes de pratique de cet exercice, ce qui est normal puisque vous sollicitez des centres de votre cerveau qui n'ont pas l'habitude d'être fort actifs.
- Lors de la deuxième étape, remarquez à quel point notre conditionnement nous pousse à vouloir regarder le résultat avant d'avoir terminé et à nous détourner de l'essentiel, à savoir la présence au modèle.
- Si vous remarquez que votre main effectue des petits mouvements de va-et-vient pour dessiner, c'est que vous n'avez pas bien compris la méthode car votre regard ne pratique pas ce mouvement discontinu, ce qui signifie que votre main qui dessine s'est désolidarisée de votre oeil.

Deuxième point: penser en terme de FORMES. Lorsque nous parlons, les centres du cerveau sollicités ne sont pas ceux du cerveau qui observe. Si dans un portrait nous essayons par exemple de dessiner un oeil et que nous pensons que nous dessinons un oeil, nous nommons l'objet que nous essayons de dessiner et ce faisant, nous n'établissons pas un contact direct avec lui, mais nous le voyons à travers le schéma de l'oeil que nous avons programmé dans notre cerveau, un idéogramme bien connu dont les formes sont aussi celles d'un poisson tout aussi schématique. Voir ci-contre.
Pour restituer les formes réelles d'un modèle, il va falloir outrepasser tous les schémas tyranniques que nous avons élaborés. Le premier point détaillé ci-dessus va nous y aider, mais une autre approche déjà mentionnée plus haut va aussi nous apprendre à voir les formes réelles d'un objet en oubliant l'objet en soi. Dessiner les espaces vides est pour cela un excellent exercice. Comment le pratiquer ?

Reprenons l'exemple de l'oeil. Si au lieu de dessiner les contours habituels de la paupière, de l'iris, de la pupille... nous nous efforçons de percevoir les formes ENTRE ces détails, c'est-à-dire les espaces "vides", les blancs de l'oeil, l'espace entre le bord inférieur et le bord supérieur de la paupière, etc. nous ne pourrons donner un nom à ces espaces ni donc nous référer à des schémas que nous aurions depuis longtemps programmés dans notre cerveau. Il va nous falloir les voir avec une autre objectivité, les enregistrer pour ce qu'ils sont. Les illustrations ci-dessous nous montrent deux exemples de formes que peut prendre un oeil vu de face chez deux individus différents. Pour les dessiner il a fallu prendre conscience de la forme des blancs, de l'espace entre les cils et le pli de la paupière, de l'espace entre ce pli et les sourcils.

Remarques:
- Pour rendre l'expression d'un regard, la forme des parties hachurées sur le dessin est particulièrement importante. Être très attentif à la forme de ce morceau de vide.
- Dans la photo du dessus, remarquez comment la pupille est intégrée dans l'ombre au-dessus de l'iris. Un défaut très répandu chez l'amateur consiste à "noircir" ce point, à le faire ressortir de l'oeil plutôt que de l'y intégrer. Pourquoi ? Simplement parce qu'il sait que ce point existe, tout comme l'enfant qui dessine la poignée de porte d'une maison située à deux cents mètres, simplement parce qu'il connaît par expérience l'existence de cette poignée.

Trois exercices efficaces pour retrouver une virginité de regard devant les objets les plus connus.

 

EXERCICE 1. Conseillé à tout un chacun pour comprendre comment enregistrer objectivement nos perceptions.

 

 

Nous allons utiliser l'arabesque abstraite ci-contre, la ligne sinueuse noire et la dessiner en partant du point A jusqu'au point B, de préférence sans lever le crayon.

Etapes:

- Prendre une feuille de papier et un crayon ou un feutre ou un stylo.

- Placer la feuille de papier devant soi et le crayon vers le haut de sa surface à un endroit qui correspondra au point A.

- IMPORTANT ! A partir de ce moment-ci, on ne regarde plus la feuille de papier, jusqu'à la fin de l'expérience.

- Très doucement, millimètre par millimètre, votre regard va descendre consciemment le long de la ligne en essayant de bien enregistrer chacune de ses nuances, formes, longueurs, changements de directions, etc.
Votre crayon suivra docilement les mouvements lents de vos yeux, avançant au même rythme ou s'arrêtant avec eux. Ce qui est important ici, ce n'est pas la main, mais le regard, c'est-à-dire les yeux et les centres visuels du cerveau. La main n'est qu'un outil neutre. Surtout, ne regardez pas le résultat !!! Pas maintenant.

Pendant ce travail, rien d'autre n'existe au monde que cette ligne sinueuse.

Faites cet exercice maintenant, lorsque vous aurez terminé, vous irez lire les "commentaires à propos de l'exercice 1" au bas de cette page.

 

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EXERCICE 2.

1 - Tendez votre main devant vous, doigts légèrement écartés. Regardez attentivement les espaces entre les doigts. Comparez par exemple l'espace entre l'index et le majeur avec celui entre le pouce et l'index. Essayez de bien sentir dans toutes ses nuances la forme de ces espaces "vides". Comparez ensuite aux espaces entre les autres doigts.

2 - Fixez un de ces espaces et faites doucement pivoter votre main. Remarquez à quel point la forme de cet espace se modifie au fur et à mesure de la rotation.

3 - Si vous avez réellement perçu la forme de cet espace, vous voilà capable de la dessiner. Choisissez une plante en pot, placez-la devant vous, éventuellement devant un fond blanc pour bien percevoir les espaces entre les formes. Choisissez un espace vide pour commencer. Ne portez pas de réflexion à son sujet, votre regard doit être neutre et votre esprit vigilant. Regardez bien cet espace, enregistrez-en la forme globale puis dessinez-le, soyez plus attentif à cet espace qu'à ce qui se passe sur votre feuille de dessin. Comparez souvent ce que vous avez dessiné avec le modèle original. Corrigez si nécessaire, puis revenez à l'observation consciente jusqu'à ce que le forme soit achevée. Enchaînez avec les formes voisines en laissant entre elles l'espace formé par les tiges ou le tuteur qui les sépare.

Note: ce travail peut être réalisé avec une infinité d'objets, dans la mesure où ceux-ci présentent de nombreux espaces vides. L'étude ci-dessous donne un exemple de dessin mettant l'accent sur la variété et la qualité de toutes ces formes qui additionnées, finissent par reconstituer tout le monstera.
Remarque: un espace vide peut être ouvert ou fermé.

 






 

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EXERCICE 3 .

Lorsque nous dessinons, notre attention se porte généralement sur les contours ou les masses sombres, éléments plus simples à dessiner sur une feuille blanche. Nous allons déjouer ce réflexe routinier en nous tournant vers les masses de lumière.

Choisir une photo présentant de forts contastes entre les ombres et les lumières, dans le genre du document ci-contre.

Prendre un feuille à dessin de couleur noire ou foncée. Utiliser un crayon blanc couvrant: crayon pastel ou crayon "craie blanche".

Concentrez votre attention sur les formes des lumières et dessinez-les avec cette mine blanche. Ne vous préoccupez pas des masses noires sauf pour laisser la bonne distance entre les diverses masses banches.

Terminez en appuyant plus fortement sur les zones qui sont les plus lumineuses.

Remarquez que ce faisant, vous ne pensez pas à la partie de l'objet que vous dessinez, par exemple une joue, un blanc d'oeil, un menton, etc. mais seulement à la justesse des formes.

Cet exercice est un bon moyen pour s'habituer à SYNTHÉTISER la répartition des ombres et des lumières, éléments qui sont généralement disgrâcieusement éparpillés chez l'amateur.

 

 

Commentaires à propos de l'exercice 1.

Si vous avez consciencieusement réalisé cet exercice, il vous aura fallu plus d'une minute pour le faire, peut-être deux ou trois. Si quelques secondes vous ont suffi, que vous soyez artiste ou pas, vous l'avez expédié et il ne vous aura rien apporté car vous l'avez réalisé distraitement, même si le résultat vous satisfait.

Si votre crayon a opéré des mouvements de va-et-vient alors que vous dessiniez, c'est que vous n'avez pas correctement appliqué les principes indispensables à la bonne application car vos yeux n'ont pas progessé par saccades le long de la ligne, donc, votre main s'était désolidarisée de votre regard.

Maintenant, prenez votre feuille, faites-la pivoter de 180°, le bas en haut et le haut en bas. Regardez ce que vous avez dessiné. Si votre dessin est plus ou moins fidèle à l'original, vous avez dessiné un profil de clown. Sans le savoir. Vous venez de dessiner comme un artiste peut le faire, en étant attentif aux formes, aux proportions, aux orientations... sans "nommer" mentalement le sujet dessiné. Votre main était en contact direct avec le regard, le mental, l'émotionnel étaient laissés de côté. Vous détenez une clef importante pour ouvrir "les portes de la perception". Si vous pratiquez régulièrement cet exercice combiné aux deux autres, avec toutes sortes de sujets, votre regard s'affinera et prendra de l'assurance, votre dessin sera de mieux en mieux maîtrisé. Amusez-vous bien !

 

Remarque.
Les formes d'un objet naturel (personnage, animal, plantes...) présentent une alternance de parties courbes et de parties droites. Lors de l'observation il est bon de prendre conscience de toutes ces nuances. Un débutant a tendance à ne voir dans un visage, un corps humain ou un animal que des formes courbes, ce qui confère beaucoup de mollesse et d'imprécision à son dessin. On dira qu'il n'est pas "senti". A l'inverse, un excès de lignes droites lui donnerait de la sécheresse. Le dessin ci-dessous montre qu'une alternance entre ces deux types de trait donne de la vie et de la solidité à la forme. En dessinant, il est bon lorsqu'on a affaire à des lignes courbes d'essayer de repérer des parties qui se rapprochent de la droite ou qui parfois sont totalement droites. Exemple ici dans les contours de la tête du chat.

 

 

 


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