MEPHIBOSHETH



M.E. 2008 pp. 19





L'histoire de Mephibosheth illustre de façon frappante la grâce de Dieu envers l'homme misérable. Elle a souvent été utilisée pour annoncer l'évangile. Nous y voyons d'abord la bonté de Dieu s'exerçant en faveur de l'homme, puis la réponse d'un coeur attaché au Seigneur dans le temps où il est rejeté.


Mephibosheth, objet de la bonté de David - « une bonté de Dieu » (2 Sam. 9)


Fils de Jonathan, Mephibosheth, âgé de cinq ans lors de la défaite qui coûta la vie à Saül et à ses fils, avait été emporté précipitamment par sa nourrice. Dans la hâte de la fuite, l'enfant était tombé, et Mephibosheth était devenu boiteux des deux pieds (2 Sam. 4, 4). Il illustre la condition de l'homme dans sa misère.

Mais Dieu veille sur Mephibosheth. Il trouve refuge dans la maison de Makir, fils d'Ammiel, à Lodebar, cet homme fidèle qui accueillera plus tard David fuyant devant Absalom (v. 4 ; 17, 27). Notre Dieu est « le conservateur de tous les hommes, spécialement des fidèles » (1 Tim. 4, 10) ; ses soins préservent le pécheur, qui pourra entendre la parole du salut, et gardent les siens à travers leurs détresses.

David, délivré de la persécution, établi sur son trône à Jérusalem, pense à la maison de Saül et demande s'il est demeuré quelqu'un de reste de la famille de son ennemi. Reflet touchant de la grâce de Christ, qui veut étendre sa bonté sur ceux qui n'ont aucun droit, sur ceux qui, par nature, se sont détournés de Dieu et sont « inimitié » contre lui. Rien dans Mephibosheth ne pouvait le conduire à se tourner vers David ; son infirmité rappelait le jour où Saül avait rencontré le jugement de son incrédulité. Cette infirmité rendait Mephibosheth incapable de faire par lui-même une démarche qui l'aurait amené dans la présence du roi ; et en elle-même, elle le rendait odieux aux yeux de David (2 Sam. 5, 8).

La gloire de David n'aurait pas eu son plein rayonnement si elle n'avait pas été l'occasion de manifester la « bonté de Dieu » (v. 3). David se souvient de Jonathan. Certes, Jonathan avait suivi Saül jusque sur le champ de bataille de Guilboa, mais David se souvient de l'alliance qu'ils avaient conclue (1 Sam. 20, 8, 16 ; 23, 18). Dans sa fidélité à sa parole, à sa promesse, il veut user de bonté envers celui qui reste de la maison de Saül.

La fidélité de Dieu est un sujet de méditation profondément enrichissant pour nous. Dieu a créé l'homme et l'a placé dans des conditions qui manifestaient son désir de le bénir. La désobéissance, la révolte, le développement du péché dans le monde, auraient pleinement justifié que Dieu en finisse avec l'homme (Es. 2, 22). Mais tout en prononçant une sentence de condamnation sur lui, Dieu maintient ses plans de bénédiction. Il est fidèle à lui-même, à ses pensées, à ses conseils, et malgré tout ce qui paraît s'y opposer, il bénira. Or cette bénédiction, liée à la gloire de Christ, ne peut trouver sa source que dans sa bonté, et non pas dans quelque chose qui viendrait de l'homme. Et cette bonté elle-même peut se manifester pleinement parce que la justice et la sainteté de Dieu ont été satisfaites.

Mephibosheth est amené devant David, qui l'appelle par son nom. Tsiba avait parlé d'un « fils de Jonathan, perclus des pieds », mais David peut l'appeler par son nom, et établir ainsi un lien intime avec lui. Telle est la grâce qui dit : « Je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi » (Es. 43, 1), la grâce de Celui qui « appelle ses propres brebis par leur nom » (Jean 10, 3). Mephibosheth reconnaît et confesse ce qu'il est, combien il est dépourvu de tout droit à faire valoir. Mais la réponse de David témoigne d'une pleine bénédiction. Il apporte la paix à Mephibosheth, en s'engageant à le bénir et en lui rappelant son alliance avec Jonathan. « Certainement j'userai de bonté envers toi », dit David. Cette certitude met Mephibosheth à l'abri du jugement qui devra atteindre, un jour, les descendants de Saül (2 Sam. 21, 7). David enrichit Mephibosheth des biens de Saül et lui donne une place à sa table (v. 7). Cette dernière bénédiction, répétée aux versets 10 et 11, souligne la relation dans laquelle, de ce fait, Mephibosheth va se trouver avec David et la dignité qui lui est ainsi conférée : il sera « comme l'un des fils du roi », et mangera continuellement « à la table du roi ». Dans ces expressions, nous lisons ce qui nous concerne : nous jouissons de la paix avec Dieu, nous sommes enrichis de toute bénédiction en Christ, amenés dans la relation d'enfants et de fils, revêtus de la dignité de ceux qui peuvent se tenir devant le Seigneur et jouir de sa communion.

Personnellement, Mephibosheth restait « boiteux des deux pieds » ; s'il avait essayé de marcher par ses propres moyens, il aurait manifesté son infirmité ; mais lorsqu'il était assis à la table du roi, elle ne se voyait plus. Tous nos efforts pour nous rendre dignes de la bénédiction et de la faveur de Dieu ne pourraient que manifester notre incapacité à acquérir quoi que ce soit. Nous trouvons la paix lorsque nous jouissons paisiblement de ce que la grâce nous a donné.

La connaissance et la jouissance de nos bénédictions en Christ, de tout ce qu'il nous a acquis avec lui, sont essentielles à notre paix. Elles seront, en plénitude, notre part éternelle.

Mais nous sommes dans un monde qui a rejeté Christ, qui s'élève contre lui, et notre attachement au Seigneur est mis à l'épreuve. Comment répondrons-nous, dans ce monde ennemi, à la grâce dont nous avons été les objets ?


Mephibosheth, objet de l'injustice de Tsiba (2 Sam. 16, 1-4)


Lors de la rébellion d'Absalom, David est contraint de fuir, de quitter Jérusalem. Cette situation est l'occasion de manifester l'état des coeurs, pour David ou contre lui. Si Dieu permet que la révolte de l'homme contre Christ se manifeste déjà avec tant de vigueur dans le temps de son absence (cf. 2 Thess. 2, 7), c'est aussi pour que l'état de nos coeurs soit manifesté.

Tsiba, serviteur de Mephibosheth, s'empresse d'aller vers David avec les biens de son maître et, dans le rapport qu'il fait au roi, prête à Mephibosheth des sentiments totalement faux.

Tsiba déploie une grande activité au service du roi rejeté, mais il fait comme si tout ce qu'il apporte venait de lui (cf. 9, 9). Il connaît assez la pensée de Dieu pour savoir que c'est à David qu'appartient le royaume, mais il reste étranger à la « bonté de Dieu » : il ne peut ni connaître ni partager les sentiments de Mephibosheth si profondément attaché au roi.

David, ici, manque de discernement et n'est pas un type du Seigneur Jésus. La pensée que Tsiba prêtait à Mephibosheth n'avait aucun fondement. Comment celui-ci aurait-il pu s'imaginer qu'Absalom et le peuple qu'il avait séduit penseraient à rendre la royauté au petit-fils de Saül ?

Tsiba, pour se faire valoir lui-même aux dépens de Mephibosheth, « trompe » et « calomnie » celui-ci (2 Sam. 19, 26, 27). Dans ce triste récit, il y a une sérieuse mise en garde pour nous. Tout en étant des croyants, des serviteurs du Seigneur, nous sommes toujours exposés à nous faire valoir au détriment d'autres, en utilisant des biens spirituels qui ne nous appartiennent pas (cf. 1 Cor. 4, 7). Soyons aussi en garde contre les jugements hâtifs, légers et souvent critiques que nous pouvons porter sur les autres. Il est très dangereux de prétendre lire dans les pensées des autres pour connaître leurs motifs. Les jugements que nous portons ainsi manifestent souvent notre propre inintelligence et notre absence d'esprit de grâce ; ils font du tort à ceux que nous jugeons, à ceux qui nous écoutent et à nous-mêmes. Que le Seigneur nous en garde, et qu'il donne à chacun de savoir « estimer » son frère « supérieur à lui-même » (Phil. 2, 3, 4), plutôt que de juger sur la base de ses propres sentiments !


Mephibosheth mis à l'épreuve (2 Sam. 19, 14-30)


Après la mort d'Absalom, lorsque David revient à Jérusalem, Mephibosheth descend à sa rencontre. Il ne peut rien apporter, mais sa personne et son attitude expriment ce que l'absence du roi a signifié pour lui. Le Seigneur peut-il lire, dans nos vies, de tels sentiments ? David demande à Mephibosheth : « Pourquoi n'es-tu pas allé avec moi ? » Peut-être David manque-t-il ici de cette délicatesse de sentiments qu'il a montrée tant de fois dans sa vie. Mais la question posée sonde le coeur, et en cela, nous discernons quelque chose de la façon d'agir du Seigneur. Lui connaît et apprécie toute chose de façon parfaite. S'il nous pose des questions, c'est pour manifester ce qu'il y a dans nos coeurs, pour manifester ce que sa grâce y a produit. Or la grâce dont Mephibosheth avait été l'objet n'avait pas été vaine ; elle avait produit du fruit, un attachement personnel et profond à David. C'est ce que le Seigneur désire trouver en nous : un attachement à sa personne qui soit une réponse à ce que sa grâce a fait pour nous, et le fruit de ce que sa grâce a fait en nous.

Mephibosheth abandonne aisément les champs. Que Tsiba prenne même le tout ! Notons que la question de sa place à la table du roi n'est pas soulevée ; cette part lui a été donnée une fois par la bonté de Dieu, et ne peut en aucune manière être remise en cause (v. 28). Ce qui brille ici, c'est son appréciation de la personne du roi. Les champs de Saül pouvaient rappeler les richesses passées, mais ils ne peuvent retenir son coeur : ce qui importe pour lui, plus que toutes ces richesses, c'est la personne même de celui qui bénit, la personne de David.

Nous pouvons rappeler les expressions de l'apôtre Paul : « Les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte. Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l'excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur... pour le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances » (Phil. 3, 7, 8, 10).

Que le Seigneur nous conduise à mieux apprécier la grâce merveilleuse dont nous sommes les objets - cette grâce qui nous a donné une place assurée « afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement » (1 Jean 4, 17) ! Qu'il nous conduise aussi à mieux réaliser, dans un monde qui s'oppose toujours plus ouvertement à lui, les sentiments de ceux qui l'attendent et sont préparés pour le jour de sa gloire !

P.-Eric Fuzier