PTEROPHILLUM ALTUM (épisode 2, le retour)

par Olivier Heneau

Suite à la publication de mon article dans l’AQUAFAUNA n°82, je me suis décidé à reprendre la plume pour y ajouter quelques commentaires nouveaux. Ce texte fera donc très souvent référence à mon premier article, et n’en est qu’un complément.

Un peu de systématique pour se remettre en forme :

l’espèce (ou sous-espèce) altum fait partie du genre pterophillum, de la famille Cichlidés, du sous-ordre Percoïdes, de l’ordre des Perciformes, du super ordre desTéléosténiens, (ouf !, c’est fini).
P scalare peut s’hybrider avec P. altum et donner des descendants non stériles.

Esprit de famille

D’après Schultz (1967) il existe 3 Pterophylles : P. scalare, P.altum, et P. dumerilii (scalaire à tête pointue, possédant Une tache sombre à la base de la nageoire dorsale, il est plus petit et plus allongé que P.scalare).
D’après Kullander (1986) il y a : P.scalare, P.altum, et P.leopoldi (plus gracile que P.scalare, il possède Une tache noire sous la partie épineuse de la nageoire dorsale). Il considère P. eimeki et P.dumerilii comme synonyme de P.scalare.
Les noms zeus scalaris, plataxoïdes dumerilii, Plataxoïdes leopoldi, et Pterophillum eimekei (forme naine de P.scalare) que l’on peut trouver dans la littérature ancienne ne sont plus corrects.
Bref comme on peut le voir, c’est le flou artistique chez les ichtyologistes. On retiendra donc les dires de Kullander (= la dernière révision en date).
Il n’est pas improbable de découvrir de nouvelles variétés géographiques comme le P.scalare du Rio Téfé (Amazone) ou le P.scalare du moyen Ucayali (Pérou).

C’est moi qui l’ai vu le premier

Il fut trouvé par un certain Chaffanjon et décrit en 1903 par Pellegrin

De la géo maintenant

Il a une aire de répartition assez restreinte, on le trouve au Venezuela, en Colombie et au Brésil, il fréquente le réseau supérieur de l’Orénoque, le Rio Atabapo, le canal de Casiquaire et vraisemblablement le Rio Negro

Altum ou pas altum ?

Les plus scientifiques compterons le nombres d’écailles. Il a 41-47 écailles dans le sens de la longueur, 14-16 entre la ligne dorsale et la ligne latérale, 31-34 entre la ligne latérale et la moitié du ventre. En outre, il possède 30 rayons mous pour la dorsale et32 pour l’anale (Une autre source indique28-29 pour la dorsale, 28-32 pour l’anale). Le seul problème c’est que la bête ne se laisse pas faire !
Les autres rechercheront le poisson le plus hautain du magasin ou plus sérieusement on vérifiera
que le poisson possède une «cassure » sur le profil au-dessus des yeux (critère nécessaire mais pas suffisant) les écailles doivent être petites on se souvient que altum veut dire haut en latin, le corps doit former un ovale et les nageoires impaires doivent être longues. Ceci est surtout vrai pour les jeunes car les adultes me paraissent plus trapus. Les petits altums me font penser à ces grands moustiques appelés tipules, tout encombrés qu’ils sont avec leurs longues nageoires. les adultes, surtout les dominants, ont le dessus de la tête brun-orangé et le dos moucheté de petites taches de même couleur. Entre chaque barre verticale sombre, il y en a une autre très pâle mais complète les adultes, lorsqu’ils sont excités, ont une virgule noire qui se marque derrière l’il. N’ayant jamais détenus des P.scalaires de forme sauvage, je ne peu pas vous dire si cela est propre à l’espèce altum. adultes ils sont plus grands que les P.scalare (22cm de haut en aquarium et 30 cm dans la nature). On vérifie que la deuxième barre verticale qui commence sous les rayons durs de la dorsale se rétrécit en descendant vers la nageoire anale. on se méfiera comme de la peste de l’appellation « altum variété Guyana » ou plus récemment de« altum red back » en recherchant plutôt l’appellation « real altum, Orénoque ».

Sauvages !, vous avez dits sauvages ?

Malgré les affirmations d’un exportateur, les altum que l’on trouve dans les commerces actuellement me semble issus d’élevages. Je pense cela car il y a quelques années, on ne trouvait que des individus de grandes tailles qui étaient souvent en très mauvais états (pertes importantes). Maintenant, les altums sont petits, tous de même taille, et acceptent facilement la nourriture sèche. La reproduction des altums en captivité étant très rare, peut-être s’agit-il d’hybrides P. scalare / P. altum .

Allô docteur !

Je ne pense pas que ce poisson soit plus délicat qu’un autre. Il faut juste veiller à l’acquérir en bon état sanitaire et lui offrir des conditions de maintenances propres à son espèce (eau douce et acide a +- 28°C, changements d’eau réguliers, nourriture variée, volumes importants, et calme) Mon plus gros problème avec ces poissons a été des crises de paniques aussi soudaines que violente. Après lecture d’un article de Sven Fornbäck qui relate le «suicide » de ses altum, j’ai appris que ce n’est pas un fait isolé. Il convient donc de les sécuriser le plus possible, notamment par de grands bacs profonds (=distance de fuite importante), des cachettes en suffisance, et en soignant l’éclairage (allumage et extinction progressive). Ces crises survenant par période, il serait peut être judicieux de filtrer l’eau sur charbon actif afin d’éliminer tout phéromones de stress (=substance d’alarme) sécrétée par les altum. J’ai également observé à plusieurs reprises de petites lésions sur la lèvre inférieure, le corps, et les yeux sans doute dues à du gravier coupant ou a un choc sur le décor. Les altums sont sensibles a la pourriture des nageoires et mes poissons ont déjà eu de très légères nécroses des pectorales. Une hauteur d’eau importante (minimum 60 cm) évite que les nageoires ne s’usent sur le substrat, ce qui pourrait provoquer des pathologies.
Au chapitre des horreurs, j’ai déjà vu chez des commerçants des altums avec des moignons en guise de nageoires, des bouches complètement déformées par une sorte de verrue, et un altum agonisant avec un otocinclus coincé au fond de la gueule.

Que mange-t-on ce soir chérie ?

Comme anégdote, j’ai déjà vu mes poissons manger des criquets vivants, des petites planorbes, des lentilles d’eau (Lemna sp), des plantes aquatiques à moitié décomposées, des copeaux d’algues décollés par une lame de rasoir. Bref, il ne faut pas hésiter à varier les menus (j’ai même lu qu’un éleveur ajoutait des mangues a sa pâtée pour discus)

Barbec (chez) le voisin !

Dans mon premier article je préconisais des cardinalis comme cohabitant. Bien que n’ayant rien constaté de visu, je suspecte mes bébés d’avoir eu des fringales nocturnes, au moment ou les cardinalis sont désorientés par l’extinction des TL. Actuellement je les héberge avec des Microgéophagus ramirezi

Do you speak Fish ?

Dans une revue aquariophile, j’ai pu lire que les scalaires mâles émettaient des crissements aigus avec leurs mâchoires au cours de leurs luttes ou pendants leurs parades. J’ai également entendu mes altums émettre des sons, mais pour moi, ces bruits ressemblaient plus a des doigts dont on fait craquer le cartilage.

Sexxxxxxxxxxxx 

Après maintes recherches sur ce sujet (défense de rire !), j’ai enfin pu obtenir Une traduction de M Verdeau de l’article de Sven Fornbäck paru dans « DAS AQUARIUM ». En voici un résumé.
Caractéristique physico-chimique de l’eau du Rio INRIDA et ATABAPO durant la saison sèche : PH de 4.8 ; conductivité de 15 MS ; GH et KH de 0° all ; nitrite 0 mg/l ; t° 30-32° C. Il n’y a malheureusement pas de données pour la saison des pluies.
Dans l’aquarium, la conductivité était de 300 MS, PH 7, t°29-30°C, et le décor était constitué de racines qui délimitaient deux territoires. Il n’y avait pas de sol pour une meilleure hygiène. Dans cet aquarium de 700 litres (100*100*70) (L*l*h), il y avait 5 jeunes altum. La nourriture était surtout constituée de larves de moustiques blanches (chaoborus)qui est une très bonne nourriture pour nos poissons. Après un certain temps, un couple s’est formé naturellement. M. Fornbäck a ensuite diminué la conductivité à 30 MS et PH 5 avec des changements d’eau continus et une filtration sur tourbe en vue d’obtenir une reproduction pour le mois d’avril ou de mai, ce qui correspond à leur période de reproduction dans la nature (= erreur dans mon premier article ?). Ce qui semble avoir déclenché le frai c’est l’introduction d’un couple de discus qui pondit trois jours plus tard. Le couple d’altum se mit à nettoyer la racine et un pied de spathiphillum. La ponte des discus fut dévorée par les altums et les discus adultes ainsi que les 3 autres altum furent retirés. Le premier juin de 18 h 30 à 23 h 00, ils pondirent +- 600 oeufs sur la racine. Le tiers de la ponte moisit. L’auteur pense que cela est dû aux micro-organismes présents dans les fissures des racines. Après 60 heures à 30°C, les oeufs ont éclos et 72 heures plus tard, les larves commençaient à quitter le support. Après encore 72 heures, les alevins atteignirent la nage libre. Les adultes s’occupèrent très bien de leur progéniture. Les alevins reçurent des nauplies d'artémias comme première nourriture. L’élevage des jeunes fut très simple, chaque jour, siphonage des déchets et changement d’une partie de l’eau.
P.scalare vit en banc d’une trentaine d’individus, et s’isole en couple pour se reproduire lors de la saison des pluies. Les jeunes se rassembleraient alors par milliers dans des eaux plus profondes. Ces comportements sont sûrement extrapolables à P.altum.
Pour conclure ce chapitre, je pense qu’avec l’arrivée de P.altum issus d’élevage, il est plus que probable que sa reproduction en captivité va devenir plus facile. Rappelons-nous que P.scalare a été très difficile à reproduire au début de son importation (à Hambourg en 1909). L’altum a lui été importé pour la première fois au début des années 50 sans beaucoup de succès, puis de nouveau en 1972.

Monsieur ou Madame ?

Il n’est vraiment pas facile de reconnaître le sexe des Pterophylles, mais est-ce vraiment important ?, Puisqu’on doit en avoir 6 au minimum et qu’alors, la probabilité d’avoir au moins 2 poissons de sexe différent est de 96.9%.La papille génitale du mâle lors de la reproduction est conique et dirigée vers l’avant, alors qu’elle est cylindrique, tronquée à son extrémité et dirigée vers l’arrière chez la femelle. Pour infos, certains auteurs disent que : les femelles P scalare sont plus épaisses derrière les nageoires ventrales et sous les pectorales. Le profil de l’abdomen forme une courbe arrondie et régulière. Chez le mâle, ce profil forme un creux derrière les nageoires ventrales. Les mâles sont plus plats et comprimés latéralement, ils sont plus grands et ont un front légèrement proéminent (=bosse).

Avec ou sans filtre ?

J’ai longtemps minimisé l’importance de la filtration et du brassage de l’eau, mais depuis peu, suite à la lecture d’un article indiquant que la filtration biologique se faisait mal en milieu acide, j’ai revu ces paramètres à la hausse, et mes poissons ne s’en portent pas plus mal. Personnellement, en cas de reproduction, et sans utilisation de tourbe, je filtrerais sur UV pour limiter le développement d’organismes pathogènes toujours présents en grandes quantités dans nos aquariums, mais je ne filtrerais pas sur charbon actif, car cela a déjà posé des problèmes à des éleveurs de discus.

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Il faut compter entre 900 et 1400 francs pour un jeune poisson qui à mon avis doit vivre une bonne dizaine d’année. C’est cher, mais ce n’est rien comparé à ma facture d’ELECTRABEL

Chocolat/vanille

J’ai pu lire que les altums pouvaient avoir des phases claire ou sombre, cela veut simplement dire que les altums peuvent modifier l’intensité de leurs bandes transversales selon leurs humeurs, et non pas qu’il existe des populations claires ou foncées comme par exemple l’Aigle botté (seul mes amis ornitho comprendront…).

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