par Olivier Heneau

Famille : Cichlidés
Genre : Pterophyllum
Espèce : altum (certains spécialistes considèrent P.altum comme une sous-espèce de P.scalare, car ,dans le Rio Negro, il existe des poissons aux caractéristiques intermédiaire)
Nom local : acara bandeira
Nom scientifique : Pterophyllum altum PELLEGRIN, 1903
Etymologie : Pterophyllum = nageoires en forme de feuilles, altum = élevé, au corps altier
Origine :réseau supérieur de l’Orénoque (Venezuela) et du Rio negro (Brésil)

Desriptions

Je ne mentionnerai ici que sa forme haute et comprimée latéralement typique des poissons vivant dans des milieux à faible courant, les muscles puissants de ses nageoires pectorales, ses bandes verticales sombres qui lui servent de camouflage, sa bouche protractile, et enfin l’encoche au-dessus des yeux, variable selon l’individu ou l’âge.

Pterophyllum altum

Dimorphisme sexuel

Indécelable en pratique en dehors de la période de reproduction . Certains auteurs prétendent que l’individu qui domine dans un groupe est souvent un mâle, et que les femelles ont un dos plus plat.

Biotope

Pendant la saison sèche, les altums vivent près des berges abruptes d’où sortent de nombreuses racines provenant de la végétation environnante. Il n’y a que très peu de plantes véritablement aquatiques. Le lit de la rivière est sombre et encombrés de branchages .La lumière qui parvient à trouer la canopée est encore réduite par l’eau teintée de tanins .Le courant y est très faible. Pendant la saison des pluies, toute la région est inondée, ce qui procure des territoires immense pour la reproduction. Ils chasseraient souvent dans la partie inférieure des îles flottantes formées de débris.

L’eau

Dans son biotope, l’eau est acide(pH entre 4.8 et 6.2),et très douce (GH et KH de 1 ou 2°all) ,elle est limpide mais teintée en brun. La température est d’environ 30°C.La conductivité est de+/-10µs.
L’eau dans l’aquarium peut être un peu moins acide (pH 6.5) et contenir un peu plus de sels dissout (GH et KH de 5°all) en vue d’obtenir une eau plus tamponnée. La température peut être abaissée à 27.5°C pour maintenir les plantes en bon état. L’eau sera changée régulièrement pour éviter toute acidose et contenir le moins de nitrate possible. On peut, si les plantes le permettent, filtrer sur tourbe pour recréer l’eau d’origine. La diffusion automatique de co2 est une solution pratique pour obtenir le pH souhaité

L’aquarium

Il sera le plus grand possible, surtout en hauteur. Il ne faut pas oublier que ces poissons deviennent grands et qu’il faut les garder par groupe de 6 au minimum. Un bon compromis étant un aquarium de 180(L)*50(l)*70(h).Le fond sera sombre et le décor sera principalement constitué de racines positionnées verticalement afin de créer des cachettes en rapport avec la forme particulière des « scalaires ».La vitre arrière, ainsi que les 2 latérales seront peinte en noir afin de sécuriser les poissons.
Le débit de la filtration sera de 1.5* le volume du bac par heure. L’éclairage sera faible, ou mieux, fort mais tamisé par des plantes flottantes. L’idéal est que la lumière s’allume et s’éteigne progressivement, les altums s’effrayant vite. Le choix de planter ou pas est personnel, mais c’est bon pour l’équilibre d’un aquarium et cela se rapproche du biotope naturel durant la saison des pluies, lorsque la végétation est submergée. On choisira des plantes supportant les caractéristique évoquée plus haut.(Cryptocoryne parva, Cryptocoryne albida, Aponogeton crispus, Anubias barteri, Vesicularia dubyana, Vallisneria spiralis, Limnophila heterophylla). Il faut veiller a laisser un espace dégagé sur le1/3 avant du bac pour ne pas entraver la nage des poissons .

Cohabitants

Choisissons des espèces calmes nécessitant les mêmes conditions de maintenance et ne dépareillant pas avec la prestance des altums (ils ne supportent pas la médiocrité !).Citons parmi d’autres :Papiliochromis ramirezi, Hemigrammus rhodostomus , Mesonauta fetivus,Symphysodon discus,Hypancistrus zebra, etc…Personnellement ,je les maintiens avec des Cheirodon axelrodi qui proviennent de la même région et qui contrastent admirablement par la forme et la couleur avec les altums .Ils ont en plus l’avantage de se nourrir des particules fines délaissées par les gros poissons. Je n’ai pas eu a subir de prédation jusqu’à présent, mais il faut néanmoins veiller a ce que les « cardinalis » ne soient pas trop petits et qu’ils aient été élevés ensemble depuis le début. Il est amusant de constater que malgré leurs agilité, les « cardinalis » évitent prudemment les altums. Ne surpeuplons pas nos aquariums et évitons d’y mettre trop d’espèces différentes.

Alimentation

Dans la nature ils sont omnivores avec une prédilection pour le zooplancton. Je les nourris avec: -artémias décongelé, -mysis décongelé, -cichlid mix décongelé, -mixture maison à base de crevettes crues et d’épinards, -daphnies décongelées et vivantes, -vers de vases blancs décongelés, -vers de vases noirs décongelés et vivants, -paillettes de bonne qualité, -granulés de bonne qualité, -paillettes de spiruline, -vers de terre vivants, -gamares vivants, -chenilles glabres vivantes, -cyclops décongelés (trop petit) -dylis décongelé (petit poisson), -drosophiles vivantes, -krill haché et décongelé . J’ajoute réguliérement à la nourriture une solution polyvitaminée,de la vitamine b12 et E, de la levure de bierre, du paprika doux, une solution d’oligo-éléments. Je distribue rarement du coeur de boeuf et des vers de vases rouges vivants car c’est déconseillé par certains pour des raisons sanitaires ou diététique.

La listes des aliments acceptés n’est pas limitative et dépend en grande partie de la persévérance de l’aquariophile et même de chaque poisson en particulier. Je pense qu’il est primordial de varier le plus possible l’alimentation, avec de temps en temps du vivant, pour garder les poisson en bonne santé. Mieux vaut nourrir peu mais souvent, et une diète hebdomadaire ne peut que leur être bénéfique.

Comportement

Pterophyllum altum

Le comportement des Cichlidés étant souvent intéressant, P.altum ne déroge pas à la règle ; une hiérarchie s’établit dans le groupe avec ses dominants et ses dominés. Ce phénomène est amplifié par le confinement. Il suffit d’ajouter un nouvel « altum » pour que cette hiérarchie se modifie . C’est ainsi que manquant de place j’ai introduit un jeune altum dans un bac qui en contenait déjà deux autres, un dominé, et…, un dominant. Le nouveau venu se fit naturellement houspiller, mais quelle ne fut pas ma surprise de voir l’ancien dominé prendre de l’assurance et s’octroyer une part de territoire. Cette expérience m’a aussi appris qu’il ne faut jamais garder ces poissons en groupe de moins de six spécimens, car alors, l’agressivité est répartie sur un plus grand nombre et il n’y a plus de bouc émissaire. Les variations de couleurs et d’attitude sont variées, mais pas toujours facile à interpréter. D’après mes observations et sous toute réserve, un P.altum stressé ou malade présente des barres verticales très pâles, un individu excité se reconnaît à une virgule noire en haut de l’opercule, un P.altum qui veut montrer sa force, s’assombris, écarte les nageoires ventrales et dresse ses nageoires impaires au maximum. S’il se trouve en face d’un autre de même force, il peut soit feinter une attaque, soit se mettre côte a côte en inclinant la tête et en rabaissant sa nageoire dorsale à 45° tout en continuant son « cinéma » .Si vraiment il faut recourir à la force pour en découdre, les deux poissons s’attrapent par la bouche et se poussent l’un l’autre. Si un P.altum ne veut pas se battre, il présente sa gorge à son adversaire en signe de soumission. En dehors de ces démonstrations spectaculaires, les dominants donne régulièrement des petits coups sur les inférieurs pour assurer leurs suprématies. J’ai déjà remarqué certains comportements que je n’ai pas pus expliquer tel que :assombrissement des ventrales, assombrissement de seulement certaines bandes verticales , tressaillement très rapide mais de faible amplitude du rayon supérieur de la nageoire caudale, contraction du corps par un mouvement convulsif (aide à la digestion ?), bâillement (désenkiloser la bouche protractile ?), claquement répété de la bouche (signal perçu par la ligne latérale des autres P.altum?). Pour finir, je mentionnerai le fait que ces poissons s’effrayent très facilement.

Reproduction

Je possède assez peu de renseignement à ce sujet, mais elle doit être assez voisine de celle de P.scalare. J’usquà présent elle n’a été réussie qu’exceptionnellement en Allemagne, au Japon, aux Etats-Unis, et en France. Pour réussir cette repro, il est nécessaire d’élever dans de très bonnes conditions un groupe de minimum six individus non consanguins pour que le couple puisse se choisir naturellement. Si on a la chance de voir un couple se former (les deux poissons paradent entre eux sans qu’il y ait de vaincu et ils s’isolent du groupe), rien n’est encore fait… C’est seulement si une ponte se produit que l’on pourra transférer le couple dans un bac rien que pour eux, par exemple cubique et ayant une bonne hauteur. Les quatres faces et le fond seront assombris. L’éclairage sera faible et la nuit, on simulera un clair de lune avec une veilleuse. Dans ce bac sans sol, on installera des supports de ponte tel que grandes anubias, echinodorus, cône pour discus, tube en PVC, ardoises, morceaux d’un sceau en plastique, etc. L’eau d’un pH de +-6, d’un GH de +-2°all, d’une t° de 30.5°C, aura une conductivité de 30 µs. Le débit de la filtration sera de 1* le volume du bac par heure, quitte à être encore réduit lors de la fécondation proprement dite. On peut envisager de filtrer sur tourbe, diatomée ou UV. On renouvellera l’eau tous les jours en petittes quantités ou mieux par goutte a goutte. On rajoutera à l’eau des oligo-éléments.Pour déclencher le frai, on peut essayer les méthodes classiques : introduire un corydoras pour décharger l’agressivité du couple ; faire un changement important d’eau plus fraîche, plus acide, et plus oxygénée ;retour d’eau du filtre par canne percée ; faire varier le débit du filtre ; diminuer puis augmenter la température ;faire un jeune de quelque jours suivit d’une distribution de nourriture vivante(je pense aux vers de vases rouges) ;changer la disposition des supports de ponte ; faire une cure de vitamine ;attendre une chute de pression atmosphérique ; attendre la période naturelle de reproduction des P.altum (=notre hivers) .

Les individus sexuellement matures se reconnaissent à leur iris rougeâtre et à une petite zone de même couleur située à la base des derniers rayons mous de la nageoire dorsale.

Pour la suite de la reproduction, on procédera comme pour P.altum en n’oubliant pas d’ajouter une plante flottante qui servira de point d’ancrage aux alevins, et en évitant l’aspiration des jeunes par le filtre.

Avec l’apparition d’individus provenants d’élevages et ne possédant pas de problèmes d’acclimatation, il est probable que dans un proche avenir, la reproduction de ce superbe poisson cesse d’être un mythe.

Maladie

Assez délicat, il est important de l’acquérir en très bon état sanitaire, car une fois malade, il est presque impossible à guérir. Je connais un commerçant qui en a perdu un lot entier malgré tout les traitements qu’il a effectué.Tout nouvel arrivant subira une quarantaine pour éviter toute contamination. Le vieil adage, mieux vaut prévenir que guérir prend ici tout son sens. Un « altum » malade devient très peureux, et panique pour un rien. (J’imagine qu’il se sent vulnérable). Personnellement, suite à un déménagement, mes poissons ont subits une attaque de vers des branchies que j’ai traité sans grands résultats avec une demi dose de « GYRODACTOL ». Les poissons s’en sont débarrassés d’eux même avec le temps et avec beaucoup de changements d’eau. Outre les affection classiques, les « altums »seraient souvent victime de la pourriture des nageoires qui leurs seraient fatal.(les hybrides P altum / P scalare sont moins sensibles).

Altum ou pas altum ?

Je regrette le manque de transparence voir d’honnêteté qui règne chez certains commerçants. Il est presque impossible de connaître l’origine des poissons vendus. C’est ainsi que comme dirait mon ami Jean-Luc, il est des P.altum qui n’ont de haut et de sauvage que le prix. L’existence de spécimens de P scalare très ressemblant à P altum dans le Rio Téfé n’arrange rien. Seul un examen scientifique (il faut compter le nombre d’écailles entre certains points) pourra répondre à cette question. D’après un commerçant de Wavre, il existe une variété de P altum appelée « Guyana »( ?).

Bibliographie

Source principale :Les scalaires communs et les scalaires « altum » de M.Salvadori .édition de vecchi

 

Pterophyllum altum2