Le témoignage des Connally

Je reprends ici le témoignage des Connally devant le HSCA, substantiellement le même que devant la Commission Warren. J'ai décidé de reprendre celui-ci car il m'a semblé beaucoup plus complet, surtout pour ce qui concerne Mme Connally. Je reproduis cependant dans une page quelques extraits du témoignage du Gouverneur devant la Commission Warren.

Mme CONNALLY. J'ai entendu --vous savez, nous étions assis dans la voiture, le Président et Madame Kennedy, John était assis devant le Président, et j'étais assise devant madame Kennedy-- j'ai entendu un bruit et je n'ai pas pensé à un coup de feu. J'ai simplement entendu un bruit dérangeant et je me suis tournée vers la droite d'où je pensais que le bruit était venu et j'ai regardé en arrière et j'ai vu le Président saisir son cou à deux mains. Il n'a rien dit. Il s'est juste en quelque sorte tassé dans son siège.

John s'était aussi tourné vers la droite lorsqu'il a entendu ce premier bruit, et il criait "Non, non, non", et alors qu'il se tournait dans l'autre sens afin de pouvoir regarder le Président --je ne pense pas qu'il ait pu le voir lorsqu'il s'était tourné vers la droite-- le second coup de feu a été tiré et il a été touché. Il était en train de se tourner, alors le coup l'a atteint à l'épaule et est sorti par ici. Il a alors reculé et est en quelque sorte tombé dans son siège. (...)

La seule chose que j'ai pensé à faire était de le retirer de la ligne de tir, où de quoi que ce soit était en train de nous arriver et je pensais que si je pouvais le faire se baisser, peut-être qu'ils ne le blesseraient plus. Je l'ai donc tiré sur mes genoux. (...) La seule chose que je pouvais faire était le tirer vers le bas et me pencher sur lui (...)

Je n'ai jamais regardé en arrière après que John ait été blessé. J'ai entendu Madame Kennedy dire "ils ont abattu mon mari". J'ai alors entendu un troisième coup de feu et de la matière est tombée sur nous et elle a dit "ils ont tué mon mari, j'ai de la cervelle dans les mains."

Mr. CONNALLY. (…)nous venions de tourner sur Elm. Nous avions parcouru, oh je pense 150 ou 200 pieds (entre 45 et 61 mètres) lorsque j’ai entendu ce que j’ai interprété comme un coup de fusil et j’ai pensé qu’il venait de .. j’étais assis droit voyez-vous, dans le strapontin juste devant le Président, et ces sièges ont un dossier plutôt droit, je me tenais donc bien droit.

J’ai pensé que le tir venait de derrière mon épaule droite, je me suis donc tourné pour voir si je pouvais apercevoir le Président du coin de l’œil parce que j’ai immédiatement, franchement, eu peur d’un assassinat parce que je pensais que c’était un coup de fusil.

Je n’ai pas pensé qu’il s’agissait d’un éclat ou d’une explosion. Je n’ai pas vu le Président du coin de l’œil, j’étais donc en train de – en tout cas je me tournais pour pouvoir regarder derrière mon épaule gauche pour le voir. Je n’ai pas regardé, je n’ai jamais terminé mon mouvement.. A peu près au moment où je m’étais tourné de telle façon que je regardais plus ou moins devant moi, dans le sens de mouvement de la voiture, j’ai été touché.

J’ai été bousculé par la force de la balle. Elle est entrée dans mon dos et est ressortie de ma poitrine environ à 2 pouces en bas et à gauche de mon mamelon droit. La force de la balle a projeté mon corps et lorsque j’ai regardé immédiatement, j’ai vu que j’étais couvert de sang. J’ai su alors que j’avais été salement touché et je me suis plus ou moins redressé.

A peu près à ce moment là, Nelly m’a attrapé et m’a tiré vers le bas sur ses genoux.

J’étais sur ses genoux, regardant vers l’avant lorsqu’un autre coup de feu a été tiré. Je n’ai entendu que deux coups de feu. Je n’ai pas entendu le coup qui m’a touché. Je n’en ai pas eu conscience. Je suis sûr que je l’ai entendu, mais je n’en ai pas été conscient du tout. J’ai entendu un autre coup de feu. Je l’ai entendu toucher. Il a touché avec un bruit d’impact très prononcé, presque (frappe ses mains) comme ceci. Un son presque aussi fort; ça a fait un son très très fort..

Immédiatement, j’ai vu du sang et du tissu cérébral sur tout l’intérieur de la voiture et sur nos vêtements. Nous avons été tous les deux couverts de tissu cérébral, et il y avait des morceaux de tissu cérébral aussi gros que le petit doigt. C’était une chose sur laquelle on ne pouvait se tromper. Il n’y avait aucun doute dans mon esprit sur ce que c’était..

Lorsque j’ai été touché, ou juste avant que je sois touché – non, je pense que c’était après avoir été touché, j’ai dit d’abord, presque de désespoir, j’ai dit "no, no, no (…). J’ai juste dit "no, no, no, no". [à la commission Warren, le Gouverneur avait témoigné “J’ai immédiatement, lorsque j’ai été touché, j’ai immédiatement crié "Oh, no, no, no."”. Il revient sur ce point ici].

Ensuite j’ai dit, juste après avoir été touché, j’ai dit "Mon Dieu, ils vont tous nous tuer." (...)

Les tirs venaient, selon moi, les deux tirs que j'ai entendus venaient de la même direction, de derrière mon épaule droite, ils venaient de derrière nous. L'endroit d'où ils venaient est très clair pour moi. Je ne pense pas qu'un tir soit venu d'une autre direction. J'ai été conscient jusqu'à l'autoroute Stemmons Freeway et alors j'ai perdu connaissance.

(...) A ce moment [au Parkland Hospital] j'ai ressenti pour la première fois la douleur, sur le brancard. C'était alors une douleur terrible dans ma poitrine.

Au moment où j'ai été touché, très étrangement, je n'ai pas ressenti de douleur importante. C'était comme  si quelqu'un était venu derrière moi et m'avait donné un coup de poing entre les épaules. C'était ce genre de sensation..

Je voudrais exprimer une opinion très très forte, je sais que beaucoup a été écrit que beaucoup a été discuté, j'ai été un participant, je ne peux que vous donner mon impression, mais je dois vous dire, comme je l'ai dit à la Commission Warren, que je ne crois pas, et que je ne croirai jamais, que j'ai été touché par la première balle. Je ne le crois pas. J'ai entendu la premier tir, j'ai réagi au premier tir et je n'ai pas été touché par le premier tir. Il y a eu beaucoup de spéculation sur le fait que j'aurais été touché par la même balle que le Président et cela se pourrait, mais ce n'était sûrement pas la première balle et Nelllie ne pense pas que c'était la deuxième. Je ne sais pas, je n'ai pas entendu la seconde balle. J'ai senti la seconde balle. Nous n'avons de toute évidence pas été touché par la troisième balle. J'étais penché sur ses genoux au moment de la troisième balle.

Mr. CORNWELL. Je suis désolé, je n'ai pas compris une de vos déclarations. Vous avez dit que Mme Connally n'était pas d'accord que c'était la seconde balle ou la même balle?

Mr. CONNALLY. La seconde balle.

Mme CONNALLY. Qui a quoi?

Mr. CONNALLY. Qui m'a touché. Qui nous a touché lui et moi--

Mme CONNALLY. Non; J'ai entendu trois tirs, j'ai eu trois réactions, trois réactions différentes. Le premier tir, lorsque j'ai regardé le président, le second tir, John, et le troisième, cette matière sur nous.

Mr. CORNWELL. Vous êtes donc d'accord que vos souvenirs sont que c'est le second tir qui a touché le Gouverneur?

Mme CONNALLY. Je sais que c'était le second tir qui a touché le Gouverneur.

Mr. CORNWELL. Et où vous êtes en désaccord est sur la possibilité ou la question de savoir si oui ou non c'est la même balle qui a touché, en d'autres termes, le Gouverneur ne sait rien sur ce sujet, si ceci est exact, puisque vous ne vous êtes pas retourné pour regarder le président, après le premier bruit, vous ne savez pas s'il a été touché et le souvenir de Mme Connally est qu'elle s'est retournée et l'a vu se tenir la gorge avant que vous soyez touché, est ce que ceci est correct?

Mme CONNALLY. C'est exact.

Mr. CONNALLY. C'est exact. Je ne l'ai jamais vu. Je n'ai jamais vu Mme Kennedy après que les coups aient été tirés. Je n'ai vu aucun des deux et je ne sais pas quand il a été touché.

Mr. CORNWELL. Et vous avez témoigné que vous vous souvenez que les deux tirs que vous avez entendus venaient de l'arrière droit??

Mr. CONNALLY. C'est exact.

Mr. CORNWELL. Je ne me souviens pas que nous ayons entendu les souvenirs de Mme Connally sur ce point. Quelle est votre impression de la direction des tirs?

Mme CONNALLY. Tous de l'arrière droit.

(...)

Mr. DEVINE. (...) Concernant spécialement votre témoignage, Mme Connally, vous avez entendu un tir et vous vous êtes tournée à droite et avez vu le Président saisir sa gorge à deux mains. Est ce que quelque chose a été dit à ce moment là?

Mme CONNALLY. Rien.

Mr. DEVINE. Quel a été le son suivant que vous avez entendu? Vous regardiez encore derrière vers le Président. Avez vous entendu un autre son?

Mme CONNALLY. J'ai entendu le second tir, oui.

Mr. DEVINE. Le second tir. Vous regardiez derrière à ce moment là où vous regardiez à nouveau devant?

Mme CONNALLY. Je ne sais pas.

Mr. DEVINE. Vous ne vous souvenez pas. Ce second tir est celui dont vous dites qu'il a touché votre époux?

Mme CONNALLY. J'étais pétrifiée d'horreur lorsque j'ai regardé derrière, et j'étais peut-être encore en train de regarder.

Mr. DEVINE. Mais à ce moment là vous avez entendu le second tir?

Mme CONNALLY. Une chose difficile à croire.

Mr. DEVINE. Le second tir que vous avez entendu est celui dont vous croyez qu'il a touché le Gouverneur Connally?

Mme CONNALLY. Je sais qu'il a touché le Gouverneur Connally.

Mr. DEVINE. Et après que vous ayez su qu'il était touché et que vous l'avez tiré sur vos genoux, vous avez alors entendu le troisième tir?

Mme CONNALLY. Oui.

Mr. DEVINE. Et à nouveau venant de derrière votre épaule droite?

Mme CONNALLY. Oui.

Mr. DEVINE. Avez vous regardé derrière vous à ce moment là?

Mme CONNALLY. Je n'ai jamais regardé derrière moi après que John ait été touché.

(...)

Mr. DEVINE. Monsieur le Gouverneur, je pense que vous avez témoigné que vous avez entendu deux tirs et que vous ne pensez pas avoir entendu le tir qui vous a touché, est ce que c'est exact?

Mr. CONNALLY. C'est exact.

Mr. DEVINE. Ces deux tirs venaient de derrière votre épaule droite?

Mr. CONNALLY. Oui, de derrière moi, derrière mon épaule droite, c'est exact.

Mr. DEVINE. Le premier tir que vous avez entendu, et qui vous a fait regarder derrière vous, je pense que vous avez dit que vous n'aviez pas pu vous tourner suffisamment pour voir le Président, c'est exact?

Mr. CONNALLY. C'est exact.

Mr. DEVINE. Avez vous reconnu ce son comme étant celui d'une carabine ou d'un revolver?

Mr. CONNALLY. J'ai pensé que c'était une carabine.

Mr. DEVINE. Ensuite vous vous êtes tourné, puis vous avez commencé à vous retourner dans l'autre sens pour faire quoi?

Mr. CONNALLY. Pour voir si le Président allait bien, parce que immédiatement la pensée m'a traversé l'esprit que c'était un coup de fusil, que c'était probablement une tentative d'assassinat et je voulais voir si quelque chose était arrivé dans la voiture.

Mr. DEVINE. Est ce à ce moment là que vous avez crié "non, non" ou est ce que c'est plus tard?

Mr. CONNALLY. Non, c'était un peu plus tard, parce que je n'avais aucune certitude à ce moment là que quelque chose s'était passé, c'est donc un peu plus tard que j'ai crié non, non, non. C'était après que j'aie réalisé que j'avais été touché, et que ensuite j'ai dit "Mon Dieu, ils vont tous nous tuer". [si vous avez suivi le lien vers cet endroit au début de témoignage de Connally, cliquez ici pour y retourner]

Mr. DEVINE. Lorsque vous vous êtes tourné vers la droite, vous faites de nouveau à peu près face, dans le mouvement de vous tourner dans l'autre sens, lorsque vous êtes touché?

Mr. CONNALLY. Oui Monsieur.

Mr. DEVINE. Mais vous n'avez pas entendu de tir?

Mr. CONNALLY. Non Monsieur, je ne l'ai pas entendu.

Mr. DEVINE. Qui vous a fait tomber en avant ?

Mr. CONNALLY. Oui Monsieur.

Mr. DEVINE. Et vous avez dit qu'il y avait beaucoup de sang?

Mr. CONNALLY. Oui Monsieur.

Mr. DEVINE. Etiez vous conscient à ce moment là que vous aviez été touché dans la main et le jambe?

Mr. CONNALLY. Non, Monsieur.

Mr. DEVINE. Quand vous en êtes vous rendu compte, dans les urgences ou ailleurs?

Mr. CONNALLY. Je m'en suis rendu compte quand j'ai repris connaissance le dimanche, je pense. (...)

(...)

Mr. FAUNTROY. Je n'ai qu'une question au sujet de la fusillade. Monsieur de Gouverneur,et Madame Connally, vous connaissez tous deux la théorie de la balle unique, n'est ce pas? Ma question est la suivante, Gouverneur, étant donné que Mme Connally se souvient de trois tirs, le premier qui touche le Président, le second qui vous touche et le troisième qui touche le Président, je me demande si votre impression est que le premier tir a raté, ou si votre impression est que le premier tir que vous avez entendu était le premier tir que Mme Connally a entendu et qui selon elle a eu pour effet que le Président a saisi sa gorge?

Mr. CONNALLY. Tu veux répondre à cela?

Mrs. CONNALLY. Non.

Mr. CONNALLY. Je vais donc y répondre. Je ne sais pas ce que le premier tir a fait. Tout ce que je sais, la seule certitude que j'ai est que le premier tir ne m'a pas touché. Maintenant, selon le témoignage de Mme Connally, le premier tir a touché le Président et c'est à ce moment là qu'elle s'est tournée et qu'elle l'a vu saisir sa gorge.

Mrs. CONNALLY. Et plus tard, les docteurs ont dit qu'une balle avait traversé la partie charnue de son cou, et qui n'aurait pas tué le Président si cela avait été le seul tir qu'il aurait subi. C'est donc évidemment la raison pour laquelle il portait les mains à son cou.

 

Il y a un certain nombre de choses à dire au sujet de ce témoignage.

Tout d'abord, il ne correspond pas vraiment avec ce que l'on peut voir dans le film. Ainsi par exemple, selon le Gouverneur et son épouse, le tir à la tête survient après que le Gouverneur se soit couché sur les genoux de son épouse. Or il est inutile de faire une analyse très pointue du film pour voir qu'à l'image z313, le Gouverneur est toujours assis. Ce n'est que dans les images suivantes que commencera la mouvement qui va l'amener sur les genoux de sa femme.

En l'occurrence, aussi bien le Gouverneur que sa femme ont une mémoire faussée à cette égard, ou en tout cas du timing des divers événements. La question est dès lors : quels sont les autres points où ils se trompent sur le timing, et se trompent-ils uniquement sur des questions de timing?

Quoi qu'il en soit, lorsqu'on examine le film de Zapruder, il faut garder à l'esprit que le témoignage de Mr et Mme Connally doit être considéré comme correct dans la mesure où il n'est pas contredit par les éléments factuels que nous trouvons dans le film et par ailleurs.

Nous savons déjà que sur au moins un point ce témoignage n'est pas exact. Nous verrons qu'il y en a d'autres.

 

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